‹ Révolutions de PologneChapitre 144 sur 282 · LIVRE Xll · texte numérisé non relu

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jours ; ne formant jamais d'entreprise sans l'avoir concertée dans un conseil de guerre, parce que leur manière de combattre exige le plus parfait accord au milieu de son désordre apparent. Cinq ou six mille attaquaient l'ennemi de front, autant sur les ailes. S'ils ne pouvaient enfoncer, ils se retiraient en se dispersant, et se ralliaient avec une facilité surprenante. A ceux-ci d'autres succédaient, sans relâche ni jour ni nuit ; des corps détachés tombaient sur les équipages et les convois, empêchaient la cavalerie ennemie d'abreuver et de fourrager ; et les plus grandes armées, en leur faisant la guerre, continuellement sous les armes sans pouvoir combattre, étaient bientôt détruites par la fatigue et la disette.

Tant que les Turks firent trembler l'Europe, les Tatars partagèrent leurs succès. Pendant trois siècles, ils ont bridé l'ambition naissante des Moskovites, rendu le tzar tributaire, brûlé une fois la ville deMoskou, et rempli d'esclaves russes tous les marchés de l'Asie. Cet odieux trafic était devenu le principal objet de leurs guerres; et soit par les dévastations que ce trafic entraine, soit pour donner plus d'étendue à leurs pâturages, ils furent bientôt environnés de solitudes, où toute autre armée que la leur aurait péri, et qu'eux seuls pouvaient encore franchir. Enfin ce furent eux qui sauvèrent l'empire ottoman dans cette guerre désastreuse qu'ilsoutint à la fin du dernier siècle. Le kan réparant seul tous les malheurs précédents, battit dans le cours d'une même campagne les Allemands, les Polonais et les Moskovites ; et ayant refusé le trône de Constautinople, que lui offraient les janissaires rév oltés, lui seul ramena dans les armées ottomanes la confiance, la concorde et la soumission. Toutefois, ce fut pendant le cours de cette guerre que commença la révolution consommée sous nos yeux, et qui vient d'anéantir presque totalement cette malheureuse nation. Ce fut

alors que les Russes teutèrent, pour la seconde fois, de conquérir la Krimée. Mais ils perdirent leur armée dans les solitudes qui du côté des terres défendaient plus sûrement l'abord de cette presqu'île , que la mer if en défend les rivages. A la suite de ce revers, Pierre I er prenant en main le rénes de son fttat, et ayant conduit ses troupes aux embouchure du Tanaïs, hors detoutesles atteintes des Tatars, s'y empara sur les Turks de la forteresse d'Azof; et aussitôt il envoya proposer au kan de l'aider à recouvrer l'indépendance de sa couronne et de sa nation. Cette iusidieuse proposition fut rejetée avec dédain. Mais les Russes, contenus pendant trois siècles au delà des solitudes dévastées par les Tatars, commencèrent alors à brider ceux-ci et à les repousser vers les côtes de la mer Noire, par des lignes fortifiées et des redoutes avancées dans ces déserts. Les arts militaires se perfectionnaient en Russie; et les Tatars, abandonnés à eux-mêmes et toujours réduits par la simplicité de leurs mœurs aux seules armes antiques, après avoir percé plus d'une fois ces lignes, et combattu à forces égales avec ces anciens ennemis, ne purent les repousser au delà de ces solitudes. C'était une des plus grandes affaires qui eût dû occuper la prévoyance du divan. Mais les ministres turks avaient perdu tout souvenir de l'ancienne politique des Mahomet et des Sélim ; et dans cet oubli des anciennes maximes, dans l'ignorance où étaient les empereurs et leurs visirs de la position géographique de leurs différentes provinces et de leurs frontières, aucun n'envisageait dans ses véritables conséquences ce dangereux envahissement, lis laissèrent subsister les forteresses russes, quand la paix se rétablit entre les deux empires. Les perpétuelles représentations que les kans de Krimée faisaient parvenir à Constantinople, ne les y rendirent qu'importuns et odieux. Ils eurent le sort de tous ceux qui prédisent aux nations aveu-

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glées la ruine prochaine dont elles sont menacées, et qui passent toujours dans l'opinion de ceux qui gouvernent et de ceux qui jouissent des désordres publics, pour des esprits chagrins, inquiets et même dangereux. De là naquit bientôt une dissension ouverte entre les kans de Tatarie et les ministres ottomans. En vain dans les années suivantes, le kan des ïatars obtint du grand-seigneur la tête du visir, qui, en signant la paix du Pruth, négligea encore ce grand intérêt. Cette punition ne fit qu'envenimer l'interminable querelle entre les kans et les visirs. Ceux-ci, seuls organes de toutes les affaires, et courtisans assidus, avaient trop d'avantages sur des princes éloignés, retenus à la frontière où ils veillaient aux véritables intérêts de l'empire. La déposition des kans était donc bien plus fréquente que le châtiment des visirs.

Cependant, le danger de ces établissements nouveaux ne tarda pas à se l'aire sentir ; et dès l'année 1737 , les Russes, à la faveur de ces forteresses, s'avancèrent dans le pays des Tatars, et avant toute déclaration de guerre , surprirent ces peup(es dispersés dans les pâturages , et commencèrent l'attaque de la Turquie par le massacre de ces infortunés pasteurs. Munich, dans la campague suivante , avec toutes les précautions dignes de son expérience et de son génie , parvint à traverser ce qui restait encore de solitudes entre la Russie et la Krimée. Sans cesse inquiété sur cette route par des apparitions subites de Tatars , il enseigna aux Russes à s'en garantir par Tordre de leurs marches , par la disposition de leur artillerie , par le rempart ambulant de leurs chevaux de Irise , par la chaîne de leurs communications. 21 sut même se précautionner contre l'incendie général des herbes dans les plaines , incendie dont les anciennes armées russes avaient souvent été les victimes ; tous ces artifices de barbares furent vaincus par le terrible art de la guerre. Munich montra la faiblesse des boulevards qui défendaient

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la presqu'île. Il montra même, pour y pénétrer, des chemins nouveaux , au travers des marais qui bordent une partie de ses côtes. Cet homme impérieux , le premier général russe qui eût pénétré en Krimée, aussitôt qu'il fut entré dans cette presqu'île , envoya proposer au kau et à la nation tatare de reconnaître le tzar pour souverain; et cette proposition ayant été rejetée , il porta le fer et le feu dans tous les lieux où il put atteindre les Tatars abandonnés par les Turks, dont une autre guerre occupait les principales forces, et qui défendirent mal les forteresses de ce pays. Les Tatars suffirent encore seuls à sa défense ; et Munich perdit la plus grande partie de ses troupes par l'excès des fatigues , par la disette , par les flèches de ces escadrons fugitifs qui, paraissant se présenter sans cesse à une bataille. , et s'y refusant toujours, saisirent enfin loccasiou de détruire un grand détachement de cette armée. Dans les campagnes suivantes, d'autres forteresses turques , dans les autres provinces tatares , furent également mal défendues. Toutes les contrées soumisesau kan, souffrirent horriblement dans cette guerre. Les Tatars firent, il est vrai , payer cher leurs souffrances. Toutes les provinces limitrophes furent aussi dévastées. Les armées russes étaient presque détruites à la fin de chaque campagne; mais ces armées recrutées par la population d'un grand empire , étaient facilement remises sur pied ; et l'événement général de cette guerre fut un extrême affaiblissement de la nation tatare.

Dans le traité de paix conclu à Belgrade en 1738 , les intérêts des Tatars furent encore indignement sacrifiés par les Turks. Non-seulement deux provinces de la Circassie furent soustraites ù l'obéissance du kan, et déclarées libres à des conditions qui devaient bientôt fournir aux Russes les moyens de s'en rendre maîtres , mais les limites de tous les autres pays qui entourent la petite Tatarie, furent indiquées

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