V. Marche des deux armées russes
Les deux années russes se mirent en mouvement à la fin de juin 1770. L'une, des frontières de Pologne, où elle avait hiverné, s'avança en Moldavie pour empêcher l'armée ottomane de passer le Danube, et couvrir par cette position les sièges que l'autre armée allait entreprendre. Celle-ci s'avança de la nouvelle Serbie dans la Moldavie tatare, afin de s'y emparer des villes fortes, gardées par des garnisons turques. Ce que les ïatars eux-mêmes avaient tant de fois prédit, sur le danger dont les fortifications de la nouvelle Serbie menaçaient l'empire ottoman, et sur le danger non moins grand de laisser les Russes subjuguer la Pologue et re frayer un double passage vers cet empire , fut alors vérifié par la marche instantanée de ces deux armées. Catherine, dans l'ivresse de sa présomption, avait d'abord eu d'autres desseins. Elle avait conçu le projet téméraire d'envoyer ses armées au delà du Danube, et de les faire marcher directement vers Constantinople, sans prendre garde qu'elles eussent laissé derrière elles ces nombreux essaims de Tatars, qui, depuis les embouchures de ce fleuve en remontant vers le nord et en suivant la cote de la mer Noire, erraient alors dans ces vastes plaines, et auraient pu, au moindre revers des Russes, leur fermer toute retraite et achever leur destruction. De plus sages conseils, et surtout ceux du roi de. Prusse, l'avaient ramenée à cette autre dessein, moins éclatant et d'une exécution plus sure. Tous les avantages qui (levaient résulter d'une entreprise "reete
246 ÎU-YOLLTIONS DE POLOGNE.
contre le pays des Tatars, avaient servi de motif ou de prétexte à la faction des ministres russes pour embrasser ce dessein, en opposition du projet de faire soulever la Grèce ; projet que tout le parti des favoris suivait dans le même temps avec taut de bruit et d'ostentation, et si peu de moyens réels.