‹ Révolutions de PologneChapitre 169 sur 282 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

de s'avancer sur le glacis , d'où il devait envoyer des partis parcourir les rues de la ville. Cette troupe de Turks ne trouvant rien qui l'arrêtât , et de toutes parts enveloppée et cachée dans les nuages de fumée , s'avança donc jusqu'au camp , massacrant tout ce qui se trouva sur sa route. L'alarme et la confusion qu'elle y répandit est inexprimable; les tranchées étaient dégarnies de troupes, toutes étant ou sur les remparts ou répandues dans les rues de la ville; la plaine était couverte des blessés qu'on ramenait au camp : des Moldaves qui fuyaient de la ville, des valets que la curiosité ou l'espoir du butin y attirait, tout fut sabré par ces furieux. Le général même et toute sa suite se trouvèrent dans un extrême péril.

Mais la batterie qui couvrait cette partie du camp fît feu sur eux, les fit changer de chemin et donna le temps à la cavalerie, qui aurait dû garder la porte, de se mettre à leur suite. Leurs chevaux enfermés longtemps dans une ville assiégée, n'étaient point en haleine et ne purent les sauver. Quelques-uns se défendirent en désespérés ; la plupart massacrèrent leurs femmes à la prière même de ces infortunées, et préférant de les voir expirer à la douleur de les laisser en proie à la licence du vainqueur. La cavalerie russe serrant de plus en plus ceux qui fuyaient encore, ils n'eurent plus d'autre parti à prendre que de fuir à la débandade vers le chemin d'Akerman ; et tous les Rosaks du Don détachés sur cette route, en tuèrent ou en prirent la plus grande partie. Pendant ce temps, le feu qui continuait d'embraser la ville, gagna un magasin à poudre dont l'explosion devint également funeste aux vainqueurs et aux vaincus. Cet assaut coûta aux Russes trois mille hommes, et le siège plus de vingt mille. La garnison que les Russes laissèrent dans cette ville, fut obligée de s'y baraquer, faute de maisons.

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