‹ Révolutions de PologneChapitre 19 sur 282 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

penser que la plus noble manière de justifier la mémoire de leur père, c'était d'achever son entreprise. Le plus sublime effort d'une vertu qu'ils avaient apprise de lui, celle du saeri- Gce des ressentimeuts personnels à la cause publique, fut de suspendre toute vengeance de sa mort. Chacun d'eux répondit constamment à tous ceux qui s'efforcèrent de le soulever contre les nouveaux chefs des confédérés : « Le temps viendra où on rendra justice à mon père ; aujourd'hui, c'est uniquement à la délivrance de la patrie qu'il faut songer ».

Après avoir pris de concert une résolution si vertueuse et comparable à tout ce que l'antiquité nous a laissé de plus beaux exemples, tous pensèrent égalemeut que ce qu'ils pouvaient alors entreprendre de plus important et de plus décisif, c'était d'achever de confédérer entièrement toutes les provinces de la république. Leur opinion, qu'ils avaieut prise d'après les sentiments et la conduite de leur père, mais qui se trouvait opposée aux sentiments et à la conduite de l'évêque de Kamienieç, était que cette grande opération ne pouvait se faire que les armes à la main et au prix du sang des Polonais et de leurs ennemis. Et nous verrons bientôt, malgré la contrariété de ces deux opinions, que toutes deux tendant au même but, produisirent enfin, par des efforts divers, le succès de cette difficile entreprise. Ce que les jeunes Pulaski concertèrent alors contribua surtout à ce succès. Ces deux frères, méditant une marche longue, difficile et périlleuse, engagèrent tous leurs officiers à se séparer des nombreux équipages qui suivaient leur petite troupe. Ils composèrent un détachement des hommes les plus faibles, de ceux dont la santé avait quelque altératiou, et donnèrent au commandant un billet cacheté qu'il ne devait ouvrir qu'à une grande distance de leur camp. Ce billet contenait l'ordre de conduire par des routes détournées et qu'il indiquait, tous les équipages eu Hongrie.

28 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.

Ils longèrent, ensuite, au nombre de six cents hommes, »ne forêt d'une immense étendue ; et bien assurés, par toutes les précautions qu'ils avaient prises, que leur marche n'avait pu être ni épiée, ni trahie, et qu'ils pouvaient gagner beaucoup d'avance sur les Russes, ils se jetèrent dans l'épaisseur des bois, les traversèrent par des routes inconnues, et entrèrent en Lithuanie dans les premiers jours de juin.

XTIf. La Lithuanie.

Il faut d'abord exposer l'état de cette vaste province et h situation particulière des grands et de la noblesse qui l'habitaient. Depuis qu'une nombreuse partie de la noblesse lithuanienne rassemblée auprès du prince Radzivill et surprise par les Russes dans la forteresse de Nieswiez, s'était vue forcée d'abjurer toute confédération, s'était dispersée dans ses terres, et que cette forteresse, la plus considérable , ou plutôt la seule du pays, était demeurée au pouvoir des Russes, un calme profond paraissait régner dans cette province. Quelques gentilshommes connus pour les plus entreprenants, avaient été enlevés la nuit, après que, sur la foi de cette capitulation, chacun se fut retiré sur ses terres. D'autres avaient fui. Les Lithuaniens, par cette perfidie de leurs ennemis, se croyaient déliés d'un serment arraché par la force, violé par ceux qui en avaient dicté les conditions, et nul en soi, puisque son exécution eût entraîné l'esclavage de leur patrie. Ceux qui avaient fui, avaient publié du milieu des forêts une protestation éloquente. Ils disaient dans ce manifeste : « Que plus de vingt mille citoyens, ou massacrés ou détenus dans les fers depuis le commencement des troubles, s'écriaient du sein de leur captivité et du fond même de leurs tombeaux : « Non, nous n'avons pas consenti aux lois que la

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