XXXIX. Peste en Pologne
La cour apprit alors, avec une terreur mêlée de joie, que la contagion qui désolait les armées russes commençait à se
répandre dans les provinces polonaises, et que déjà les puissances limitrophes prenaient contre ce fléau des précautions sur leurs frontières. On s'imagina que les cordons de leurs troupes allaient gêner les courses des confédérés; que, dans la crainte de la contagion, on refuserait à ceux-ci tout asile, et que privés de ce refuge , ils tomberaient entre les mains des H usses. Les ravages d'une maladie épidémique se joignirent en effet aux horreurs de la guerre pour dévaster ce malheureux pays. La peste régna quelque temps en Pokutie , en Podolie , à Sambor. Les froids de l'hiver en arrêtèrent les progrès. Mais une maladie locale , provenant de ce qu'on avait forcé les paysans de ces provinces à acheter des farines gâtées dans les magasins russes , acheva de dévaster les villages que la peste avait épargnés; cette autre épidémie ainsi causée par la seule corruption des aliments , perpétua la terreur qui s'était répandue au loin, et continua d'être partout annoncée sous le nom le plus effrayant. Le récit de ces calamités, déjà si grandes par elles-mêmes , fut encore exagéré non-seulement par la .peur, comme il arrive toujours , mais par les desseins secrets que chacun commençait à former. Les puissances voisines, sous le prétexte plausible de ne rien négliger pour préserver leurs Ktats , ordonnèrent à leurs armées qui environnaient une partie de la Pologne, de s'avancer de toutes parts sur le territoire polonais ; et les cordons prussien et autrichien dépassèrent partout leurs frontières.