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marquable dans son caractère , et si peu vraisemblable dans sa vie , que nous avons cru nécessaire de le développer par tout le récit précédent. Il ne regardait plus les soins militaires que comme l'un de ses devoirs ; mais il portait dans ce devoir même toute l'étendue et toute l'application de sou génie : et ce fut alors qu'il acheva de perfectionner l'art de la guerre, en l'appropriant de plus en plus aux armes terribles et aux mœurs abjectes des peuples modernes. Il avait su, avec une égale sagacité, saisir tous les avantages que lui offrait la situation politique de l'Europe. Presque tous les souverains , ceux même avec qui il n'avait eu aucune alliance , lui avaient garanti la possession de sa conquête ; mais une profonde iutrigue se joua bientôt de toute sa politique : et dans l'Europe entière, il allait se trouver sans allié. Il ne perdit pas un moment, et bientôt il se joua de tous les desseins tramés contre lui. INous avons vu dans cette histoire avec quelle singulière activité, avec quelle valeur héroïque et quelle science de la guerre, il prévint les premiers efforts de la ligue qui se formait pour l'accabter, et comment il lui résista pendant sept années entières. Euttn, une première défaite , à la troisième bataille de cette nouvelle guerre, avant corrigé en lui une confiance trop présomptueuse, on ne lui reprocha plus qu'un seul défaut militaire, si toutefois c'en fut un dans les conjonctures difficiles où il se trouva , le défaut de remettre quelquefois au hasard un avantage acquis, et d'être prêt à tout perdre pour vouloir pousser trop loin ses succès. La paix, obtenue, après sept ans de cette guerre mémorable , laissa à Frédéric, non seulement sa première conquête, mais encore tout ce que la terreur de son nom pouvait ajoutera ses forces réelles. Cependantses États étaient épuisés, ses peuples appauvris ; l'élite de ses troupes avait péri ; son armée, aussi nombreuse, notait composée que de nouvelles troupes; et la tzarine
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était son seul allié. D'un autre côté , son irréconciliable ennemi était, devenu plus redoutable; les armées autrichiennes, aguerries par leurs défaites, étaient parvenues à remporter sur lui plus d'une victoire; elles avaient adopté tout ce que lui-même avait ajouté à Part de la guerre. Des généraux justement célèbres s'étaient formés parmi ses adversaires. Tout força donc sa vigilance à ne point se ralentir; et s'il se donna aux soins de la paix, s'il embellit l'agréable retraite où il vivait en solitaire dans le voisinage de son armée, s'il prit plaisir à orner ses plus belles villes , trop certain qu'il ne devrait le repos de sa vieillesse qu'à la terreur qu'il continuerait d'inspirer, il fut loin de désarmer. Il forma de nouveaux corps; il rétablit ceux que la guerre avait écrasés; il grossit son trésor; toute son administration tendit à l'effort prodigieux d'entretenir perpétuellement deux cent mille hommes sous les armes. Tout dans ses arsenaux était toujours prêt pour partir au premier signal. Il craignait d'être surpris au moindre ralentissement dans ses efforts ; et il continua d'inspirer une perpétuelle méfiance à un ennemi dont il avait raison de se méfier lui-même.
La conservation d'une seule conquête l'avait donc forcée pendant toute la durée d'un long règne , à contrarier sans cesse ses véritables penchants ; et il se voyait chaque jour plus observé par un voisin devenu formidable, et qui craignait le plus léger agrandissement de la puissance prussienne : cet agrandissement lui était cependant nécessaire pour réunir en un seul corps tous les membres épars de sa, monarchie , pour établir entre ses différentes provinces une communication facile, qui contribuât à leur sûreté récU proque, qui, en ajoutant à son étendue, diminuât eu même temps l'étendue de ses frontières , et rendit cette monarchie aussi forte par elle-même, qu'elle l'était par les seuls talents de son .souverain. Vax un mot, pour achever en quelque sorte
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et consolider sa puissance, il lui restait à envahir cette partie de la Pologne qui séparait ses États d'Allemagne de son royaume de Prusse. Son ambition devait se ramener toute entière vers cet ancien projet, dont l'exécution avait été autrefois suspendue pour l'envahissement même de la Silésie. Mais comment réaliser ce projet? Et, en supposant qu'il parvînt à maintenir les Polonais dans une impuissance absolue de s'y opposer par eux-mêmes, comment déterminer la tzarine , son unique allié , à souffrir le démembrement d'une république que d'abord elle avait cru protéger, et qu'ensuite elle avait entrepris de subjuguer dans toute son étendue? Pouvait-elle consentir a laisser élever ce nouveau rempart entre les Russes et l'Europe? D'un autre côté, l'Autriche, toujours attentive aux moindres démarches qu'il oserait faire, avait authentiquement déclaré, dès la naissance des troubles de Pologne , qu'elle prenait sous sa protection le moindre village polonais. Aussi, les témoignages irrécusables que s'est procurés l'auteur de cette histoire, et qui seront cités en leur lieu, ne laissent-ils aucun doute que Frédéric , uniquement occupé de n'être point entraîné dans cette guerre, sans manquer ni à sa gloire , ni à son intérêt, ni à son allié, n'avait formé le projet d'aucun envahissement sur les domaines de cette république; il se réduisait à garder pour ainsi dire à vue une si belle proie, à empêcher qu'elle ne lui échappât pour jamais : et sans faire aucune tentative pour s'en saisir, il bornait ses desseins à assurer de plus en plus, à lui-même ou à ses successeurs, la facilité de s'en emparer dans d'autres temps.