III. Son plan pour la médiation entre les deux empires de
Russie et de Turquie.
Il avait toujours su ménager Palliance d'une princesse altière, et lui susciter des embarras toujours renaisscnts , replonger la Pologne dans l'anarchie, et empêcher que par cette anarchie même elle ne devînt une province de l'empire russe ; moyens détestables sans doute, les uns par leur perfidie, les autres par leur tyrannique injustice; mais dans lesquels on ne peut se défendre d'admirer ses talents et son génie, si on considère la grandeur de l'objet qu'il s'est proposé, la difficulté, la sagesse et la méthode de la marche qu'il a suivie, et même le terme où il est enfin parvenu. Car, quoique le succès ait passé de beaucoup ses espérances , quoique la fortune ait eu la plus grande part dans cette suite d'incidents peu vraisemblables , qui ont forcé ses ennemis eux-mêmes de concourir à son agrandissement, toutefois elle n'a fait que hâter un événement qu'il avait cru plus éloigné ; et cet événement a été la juste conséquence de la conduite qu'il avait tenue , et le dénoilment presque nécessaire des mesures qu'il avait prises.
Le plan qu'il avait conçu dès le commencement des hostilités, était de laisser quelque temps un libre cours aux événements de la guerre, persuadé que la tzarine , victorieuse ou vaincue, ne tarderait pas à en sentir les embarras ; et aussitôt que la fortune commencerait à s'incliner de l'un ou de l'autre côté, de se concerter avec la cour de Vienne , pour que cette cour, le laissant proposer sa propre médiation entre les Russes et les Polonais, afin de maintenir ainsi la Pologne dans l'anarchie, se proposât elle-même comme médiatrice entre les Russes et les Ottomans, afin de maintenir l'équilibre entre les deux empires