V. Entrevue de Ncisse
Toute l'Europe fut attentive à cette entrevue; et si, quelques années auparavant, l'alliance inattendue de la Prusse et de la Russie avait fait craindre un concert entre elles pour
démembrer la Pologne, une intelligence encore plus impré* vue entre la Prusse et l'Autriche semblait devoir renouveler les mêmes craintes. Toutefois, les vertus de Marie-Thérèse étaient si respectées, on avait une si haute opinion des lumières de son conseil, l'intérêt de la monarchie autrichienne était si évidemment opposé a l'accroissement des deux autres monarchies, que la simple raison se refusait à croire à la possibilité d'un pareil accord. Mais c'était, il faut en convenir, un événement bien propre à éveiller tous les soupçons, à fixer l'attention générale, que cette entrevue d'un souverain qui, depuis trente ans, avait fait craindre ou admirer ses talents politiques et militaires , avec un jeune prince , dont on ne connaissait encore que le désir de faire parler de lui. Cette entrevue devait avoir lieu dans une province enlevée à l'Autriche par Frédéric, dans cette même ville de Neisse, prise par lui en 1741, et que les Autrichiens avaient vainement tenté de reprendre en 1758 et 1762. Quels rapprochements! quels souvenirs! quels regrets! Comment Marie-Thérèse, après avoir refusé son consentement, avaitelle fini par le donner? Il fallait donc que de grands avantages la portassent à surmonter sa répugnance ? Comment se déterminait-elle à envoyer son fils, jeune encore, ardent, impatient de gloire et de nouveauté , devant un monarque familiarisé avec toutes les affaires de l'Europe , et qui disait hautement n'avoir plus d'autre intention que de conserver seul l'ascendant qu'il s'était acquis par lui seul ? Enfin, c'était quelques mois avant le mariage de l'archiduchesse Marie- Antoinette avec Louis XVI, alors dauphin. Comment l'impératrice-reine, au moment de former de nouveaux liens avec la France , allait-elle lui donner de nouvelles inquiétudes , en faisant une démarche de confiance auprès d'un prince dont la France avait sujet d'être mécontente, et qui avait aggravé ce mécontentement en s'alliant avec la Rus-
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