‹ Révolutions de PologneChapitre 219 sur 282 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

la négociation dont il était chargé, et qui fut conclue par l'ascendant impérieux de l'Angleterre. Mais tandis qu'il offensait la cour de Turin , sa propre cour lui sut gré de cette fermeté altière et exigeante , qui voulait tout asservir aux seuls intérêts de sa souveraine ; de cette nonchalance qui avait laissé passer cette négociation en des mains étrangères , dont on pourrait un jour rétracter les engagements ; enfin de sa hauteur, qui se trouvait d'accord avec cette orgueilleuse suprématie qu'a toujours affectée la maison d'Autriche; et son rappel de cette cour, où il avait déplu, fut une récompense de la manière dont il s'y était conduit.

On lui confia l'administration des Pays-Bas , dont une sœur de Marie-Thérèse était gouvernaute , et dont les Français avaient entrepris la conquête. Les habitants de ces contrées se souviennent encore avec étonnement des oiseuses et frivoles occupations de ce ministre pendant ces temps orageux. Mais l'adresse qu'il eut, au moment où la capitale se trouva subitement investie par l'armée française , de faire sauver tout l'argent qui était dans les caisses , et de le faire passer à Vienne , où la détresse était alors extrême , honora beaucoup son administration. Bientôt toutes ces provinces ayant été conquises par les Français , une paix précipitée avec la France pouvait seule le faire rentrer promptement dans un si bel emploi ; et de sou intérêt personnel faisant l'intérêt général de sa patrie, il courut à Vienne proposer cette paix.

Un grand et mémorable succès en politique ne peut pas être l'ouvrage de la seule fortune ; et quelque part qu'elle ait à revendiquer dans cette espèce de jeu , auquel on a réduit toute la politique européenne, on est encore forcé d'y reconnaître, dans les joueurs constamment heureux, une conduite line et habile, et des talents consommés. Mais pour apprécier ce qui est dû d'estime aux talents du prince de

Ivaunitz, ne faudrait-il pas examiner ce que fut en elle-même cette fameuse réconciliation des maisons de France et d'Autriche, qui lui a donné dans ce siècle la plus éclatante renommée? Ne faut-il pas considérer les moyens qu'il employa pour y réussir, et la conduite qu'il a tenue après le succès ? De cet examen approfondi, s'il résulte que les nouvelles alliances, formées par cette réconciliation , ne sont point fondées sur l'intérêt mutuel des États qu'il a réunis; si lui-même en a toujours senti la fragilité, et n'a jamais eu d'autre dessein que d'égarer la politique de la France; si le projet de sa propre fortune a toujours été joint à son nouveau système ; si les moyens employés pour y réussir furent de sourdes intrigues, où le talent qu'il développa fut celui d'épier et de saisir le faible des favoris et des maîtresses; enfin si, dans cette alliance même , il n'a jamais cherché ni plan commun, ni intérêt commun , n'hésitons poiut à le dire , on ne reconnaît nulle part, dans un tel ouvrage, une âme et un génie véritablement élevés , un grand homme d'État : on y reconnaît partout le plus raffiné, le plus subtil , le plus ambitieux intrigant dont l'histoire ait conservé le souvenir. Ce caractère , déjà si bien marqué dans toutes ses démarches, va l'être bien davantage.

La paix qu'il était venu proposer à Vienne fut rejetée par le premier ministre autrichien. Celuj ci, le baron Ulefeld , d'origine danoise, était un vieillard habile, laborieux, sans autre appui à cette cour où il était étranger, que ses longs et fidèles services; formé à toute la pesante discussion des chancelleries allemandes , et qui , en servant bien Marie- Thérèse, ennuyait beaucoup cette jeune souveraine. Il poursuivait la guerre contre la France avec une animosité implacable, et qui tenait à la constante rivalité des deux monarchies. Il travaillait à réunir aux ennemis de ce rovaumo, et tout l'empire d'Allemagne, et les Russes appelés du fond

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