‹ Révolutions de PologneChapitre 220 sur 282 · LIVRE Mil · texte numérisé non relu

LIVRE Mil

du Word. Il attisait rineeodie de l'Europe; d'autant plus attaché à ses projets , que les alliés de la maison d'Autriche faisaient seuls pour elle tous les frais de ses grandes entreprises. Mais des événements inattendus trompèrent la politique de ce vieillard. Des négociations séparées et secrètes entre toutes les puissances ennemies , amenèrent alors un congrès général, où la paix particulière de l'Angleterre et de la France détermina aussitôt la paix du reste de l'Europe. Kaunitz, si hien secondé par la fortune , était, au nom de sa cour, plénipotentiaire à ce congrès. Son habileté échoua dans ses efforts secrets pour empêcher que la possession de la Silésie ne fût garantie au roi de Prusse par l'Europe entière. Mais il ne tarda pas à reconnaître dans les négociateurs français quelque ressentiment contre ce prince; et il osa leur dévoiler son art perfide.de rendre nulles, par des expressions à double sens, les stipulations les plus positives , et de ménager à sa souveraine les moyens d'éluder les engagements qu'elle ratifiait. Cette confidence fut ménagée avec un art extrême ; ce n'était pas l'effronterie libre et avouée d'un homme qui se joue naïvement de la bonne foi , et qui croit avoir trouvé des complices, ni l'adresse d'un séducteur hypocrite qui sonde le cœur de ceux qu'il veut séduire; c'était le flegme étudié d'un sophiste subtil , qui se montre persuadé lui-même de ses raisonnements captieux ; qui, avec l'air de se respecter, insulte la raison sans paraître outrager la probité, semble vous instruire, dans le temps qu'il vous tend un piège, et fait ses dangereuses, propositions d'une manière si simple, que le refus annoncerait une mauvaise volonté gratuite. Tel était déjà cet homme dont l'Europe respecta longtemps la droiture et l'intégrité.

La paix conclue, Kaunitz vint ambassadeur en France , avec le projet d'y tenter l'alliance des deux maisons; et dans le même temps il se frayait à Vienne la route du premier

ministère , en faisant agréer à sa souveraine ce projet entièrement opposé à ceux du premier ministre. Ce vieillard regardait cette espérance du nouvel ambassadeur comme vaine et chimérique, et tout ce dessein comme ia folle imagination d'un esprit superficiel. Mais Rauuitz, avant son départ, obtiut de sa souveraine de correspondre directement avec elle sur la tentative qu'il allait faire , et de ne correspondre avec ce premier ministre que sur les affaires abandonnées au courant de Tancieune politique. Nous avons raconté , dans les premiers livres de cette histoire , une partie des intrigues qui assurèrent le succès de cette tentative. Nous ajouterons seulement ici que le ministère français rejeta cette proposition inattendue. Les mécontentements que Kaunitz avait entrevus , mécontentements inévitables dans les alliances les plus naturelles , étaient presque totalement apaisés. Les ressentiments contre le roi de Prusse ne laissaient plus contre lui que de légères défiances. On s'était raffermi dans les principes de l'ancienne politique. On sentait que la liberté générale de l'Europe tenait à la liberté particulière de l'Allemagne; que la France, à ce double titre, protectrice ancienne et naturelle de la constitution germanique, devait protéger l'accroissement d'une nouvelle puissance dans cet empire , où la maison impériale, depuis le commencement de ce siècle , avait accru elle-même sa puissance. Mais, dans ce royaume, ce n'était plus le conseil d'État qui dirigeait l'autorité souveraine. Kaunitz, toujours heureux par les défauts mêmes qui auraient dû traverser sa fortune; Kaunitz, que sa paresse et son orgueil réduisirent dans cette cour aux sociétés qui se trouvaient honorées de sa présence , s'y jeta précisément dans celles qui avaient alors un crédit sourd, mais assuré dans les affaires ; et pendant que les ministres des deux monarchies continuaient de se conduire par toutes les maximes de l'ancienne rivalité,

Page 1