‹ Révolutions de PologneChapitre 229 sur 282 · XVII. Vues et conduite de Catherine · texte numérisé non relu

XVII. Vues et conduite de Catherine

Par prudence , par intérêt, non moins que par orgueil, Catherine tenait à ce que sur le continent Frédéric n'eût d'autre allié qu'elle; elle n'apprit qu'avec peine l'entrevue de Neisse. Exigeante et jalouse en politique comme en amour, elle avoit regardé cette entrevue comme une infidélité ; celle de Neustadt n'eût pas manqué de l'exaspérer encore : il fallait donc ménager sa faiblesse et dissiper ses soupçons. Frédéric lit plus ; il se fit auprès d'elle un mérite de ce qui aurait pu la mécontenter ; il ne se souciait pas que le prince Henri vînt à Neustadt : il lui suggéra l'idée d'aller à Pétersbourg. Soit par ses lettres, soit parce qu'il chargea le prince de dire à Catherine , il trouva moyen de vanter les dispositions de l'empereur contre la Porte ottomane ; il les représenta comme le fruit de ses insinuations, et comme pouvant être entretenues par ses soins : il laissa entrevoir le parti que la Russie pourrait en tirer. Catherine, séduite ou rassurée, revint à ses premiers sentiments pour Frédéric, parla de lui avec enthousiasme , de la Porte avec mépris, du jeune empereur avec espoir et intérêt.

Tout Polonais sage et bien intentionné put alors prévoir combien d'obstacles allaient s'élever contre les changements qu'aurait exigés le vicieux gouvernement de la république, puisque ces changements ne pouvaieut s'effectuer qu'avec une entière liberté, que des puissances voisines étaient prêtes à lui ôter, et dont les autres puissances paraissaient peu occupées de lui conserver ou de lui rendre l'usage.

Nous allons nous engager dans un labyrinthe d'intrigues

où nous aurons de la peine à suivre des hommes attentifs à se dérober leur conduite réciproque, à se faire les confidences les plus trompeuses au moment même où ils semblent éviter avec le plus de soin de se rencontrer. Il nous faudra chercher, saisir, et ne pas perdre le fil qui peut seul nous conduire jusqu'au fond de ce dédale. Nous espérons que le nombre et la grandeur des intérêts et des personnages , la variété des caractères , la célébrité des événements, soutiendront l'attention du lecteur dans le détail de toutes les négociations que nous serons obligés de parcourir; et pour mieux traiter un sujet si compliqué, nous croyons devoir ici rappeler en peu de mots combien l'Autriche et la France suivirent une politique différente , sous les apparences d'un concert dont Kaunitz parlait toujours , précisément parce qu'il n'existait pas.

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