‹ Révolutions de PologneChapitre 231 sur 282 · XIX. Ses relations avec Kauuitz, et conduite de celui-ci · texte numérisé non relu

XIX. Ses relations avec Kauuitz, et conduite de celui-ci

Il entrait dans les plans de Choiscul de lier ses desseins contre la Russie à ceux de la guerre qu'il méditait alors contre les Anglais. Il est constant que lors des préliminaires de la paix de 17G3, Choiscul avait pris à Fontainebleau, avec l'ambassadeur d'Espagne, l'engagement de se tenir prêt à la guerre dans huit ans; que le roi, instruit de ce dessein, l'avait approuve; que, vers 1 768, Choiscul fit faire un Mémoire sur le plan de cette guerre, sur les movens d'attaquer les Anglais chez eux; que le roi d'Espagne, conservant toujours le ressentiment de la prise de la Havane,

voulait à toute force cette guerre; mais, en 1769, les ennemis de Choiseul entraînèrent Louis XV dans une résolution contraire ; on lui fit peur de laguerre : on travailla à perdre le ministre, et on y réussit. En se préparant à venger la France des insultes qu'elle avait reçues de Y Angleterre, Choiseul voulait engager la cour de Vienne à favoriser ses vues ; il avait en effet des droits à sa reconnaissance , surtout depuis le mariage du dauphin. Raunitz avait toujours cherché à lui persuader que cette reconnaissance lui était acquise ; Marie- Thérèse le traitait avec une grande distinction : mais, de plus, l'Angleterre avait eu longtemps sur l'Autriche une habitude de prépondérance qui choquait to fierté de Kaunitz. Ce ministre n'avait pas oublié que, dans la guerre de sept ans , le cabinet britannique avait pris le parti de la Prusse ; et Choiseul espérait, en se servant de cette disposition, maintenir entre l'Angleterre et l'Autriche une méfiance qui lui suffirait pour ne pas craindre leur réunion contre la France; enfin, il voyait l'Autriche évidemment intéressée à conserver Tindépeudance de la Pologne, à contenir l'ambition de la Russie. Mais toutes ses combinaisons, aussi vraies que profondes, venaient toujours se heurter contre deux lignes entre lesquelles Kaunitz marchait avec autant d'adresse que de constance ; d'un côte, il voulait abuser de l'alliance* pour écarter la France de toutes les affaires, de l'autre, il voulait éviter tout ce qui pouvait occasionner une rupture avec la Russie. Renfermé entre ces deu\ parallèles auxquelles il ramenait tout, quelque détour qu'il fallût prendre, il espérait rester en paix; laisser la Pologne dans une éternelle anarchie ; et, sans trop laisser Catherine s'agrandir, lui conserver assez de puissance pour retrouver un jour en elle un allié utile : c'est ce qu'il fit.

Il est bien vrai qu'il y avait alors un refroidissement mar^ qué entre Vienne et Pétersbourg ; l'Autriche n'avait point en

Russie de ministre avoué; mais Kaunitz avait longtemps dominé dans cette cour, dont les intrigues politiques et galantes donnaient un libre accès à son insidieuse habileté : il comptait que la force des conjonctures y rétablirait son premier ascendant. Dans son opposition même aux vues de Catherine, il avait toujours eu pour elle les plus grands ménagements : il obtenait de Marie- Thérèse de contenir les sentiments qu'elle avait quelquefois manifestés contre cette souveraine , dont elle avait peine à prononcer le nom de sang-froid. II n'avait cessé de témoigner des égards aux favoris , dont l'élévation subite ne tenait qu'à des caprices de boudoir ; du reste, aucun ressentiment avoué, aucune résolution forte et prononcée qui pût élever un mur de séparation ou laisser dans l'âme irascible de Catherine un souvenir amer : c'est ainsi qu'il concourait secrètement 5 ce qui pouvait traverser les intentions de la Russie , mais sans que les instances réitérées du ministre français pussent Famener à concerter avec lui un plan général pour diriger ou suivre les événements. Tout ce que Choiseul avait pu obtenir, c'était la neutralité entre Constantinople et Pétersbourg ; et Kaunitz ne voulait que susciter à Catherine assez d'embarras pour lui redevenir nécessaire, et lui faire sentir qu'en comparaison de l'Autriche, la Prusse n'était pour elle qu'un allié dangereux ou inutile.

Quant aux confédérés de Rar, ils trouvaient un asile dans quelques provinces autrichiennes ; ils y tenaient même quelques assemblées ; mais on évitait toute explication avec eux. Joseph, qui, à son retour de Hongrie, les avait vus à Kpériès, leur avait promis, il est vrai, ses bons offices auprès de la Prusse et de la Russie, mais ne s'était rien permis qu'ils pussent interpréter trop favorablement; et, à la suite d'une conversation publique, avait fini par leur dire : « Voilà donc à quoi aboutissent les promesses et les insinuations

Page 1