‹ Révolutions de PologneChapitre 234 sur 282 · XXI. Craintes de Frédéric sur la Russie · texte numérisé non relu

XXI. Craintes de Frédéric sur la Russie

Kaunitz, pressé par le roi de Prusse, répondit donc que lorsque la cour impériale s'était chargée de déterminer les Turks à la paix , ils avaient forcé les Russes de reculer, et que toutes les mesures militaires avaient été prises en conséquence; mais que les circonstances , ayant changé, ne lui permettaient plus de suivre la même marche; que l'Autriche n'avait eu ce moment aucune liaison avec la Russie, puisqu'elle n'avait pas m3me de ministre à Pétersbourg : et qu'ainsi il n'y avait que la Prusse qui pût déterminer son allié à la paix. Cette réponse établit entre Vienne et Berlin une négociation, dans laquelle Frédéric mit tant de franchise, que Kaunitz, étonné, prit cette franchise pour une finesse. Frédéric , fatigué quelquefois des hauteurs de Catherine, l'était à tout instant de son exigeante amitié. Il lui payait annuellement un million de roubles ; il parlait souvent avec humeur de cette somme, qu'il n'acquittait jn-

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mais qu'avec regret : il était d'ailleurs sérieusement inquiet de l'accroissement de la Russie. Il avait été instruit des projets de Catherine sur les Tatars ; il voyait qu'en ajoutant à ses forces celles de ces peuples nombreux, elle serait en état de faire trembler les puissances les plus formidables : parce que, disait-il, une armée de troupes réglées, entourée de son artillerie, et répandant de tous côtés cette multitude de troupes légères habituées à tout ravager et difficiles à joindre, pouvait envahir les pays les mieux défendus, sans même risquer une bataille. Il ne concevait pas que les autres puissances vissent d'un œil tranquille approcher un danger qui, de jour en jour, devenait plus imminent. En présentantes observations, qui étaient sages, Frédéric avoua cependant que, pour lui, tout autre intérêt cédait à celui de conserver l'alliance de la Russie ; qu'il était arrêté, sur la médiation qu'on lui demandait, par la crainte d'offenser Catherine, en prenant une mesure qui détruirait toutes ses espérances. Il alla même jusqu'à dire quela cour de Vienne, après lui avoir fait faire cette démarche, pourrait en profiter pour s'allier avec les Russes, et lui enlèverait ainsi la seule alliance qu'il eût sur le continent. Kaunitz insistait toujours ; et répondant sur ce dernier article, il fit assurer le roi que l'impératrice-reine, engagée dans un autre système d'alliance, dont elle était contente, ne lui enviait point celle de Pétersbourg ; et que, si elle était recherchée par la Russie, il pouvait être certain qu'elle en éluderait les poursuites.

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