‹ Révolutions de PologneChapitre 241 sur 282 · LIVRE XI1T · texte numérisé non relu

LIVRE XI1T

que, d'autre part, il priait le prince Kaunitz de considérer les devoirs qu'imposait à la Prusse l'alliance qu'elle avait contractée avec la Russie, alliance à laquelle il ne pouvait en aucune façon déroger : devoirs qui étaient comme autant d'entraves qui ne lui permettaient pas d'entrer dans les mesures que le prince Kaunitz venait de lui proposer. Le roi ajouta : « Que son unique désir était d'empêcher que la guerre entre les Russes et les Turks ne devînt générale ; que pour cet effet il s'offrait de bon cœur à réconcilier les deux cours impériales; qu'il était même temps d'y penser, de peur que des mécontentements réciproques ne dégénérassent enfin en hostilités ouvertes. »

Kaunitz, qui cherchait à détacher Frédéric de la Russie, exagérait l'épuisement et la faiblesse de cet empire, lorsqu'on apprit à Neustadt que la flotte turque venait d'être détruite dans la Méditerranée; que quatre-vingt mille Turks avaient fui sur les rives du Danube, et que le divan implorait la médiation de Vienne et de Berlin. Cette nouvelle renoua l'entretien et rendit la discussion plus précise. Le roi de Prusse consentait à la médiation , mais à condition que les Russes , conservant Azof et la Krimée, établiraient des princes indépendants en Moldavie et en Valaquie. Il se restreignait même, d'après les refus de Kaunitz, à demander Azof pour les Russes, et l'affranchissement absolu des Tatars. Le ministre autrichien, sans s'expliquer sur ces articles, pressait la médiation et en démontrait la nécessité. Cette entrevue n'eut aucun résultat bien positif; on a lieu de croire que Tidée du démembrement de la Pologne n'y fut ni exprimée ni peut-être conçue : mais Kaunitz parla plusieurs fois avec intérêt des malheurs de ce royaume.

Frédéricjugea convenable de ne point se séparer de l'empereur, sans lui rendre compte des conférences qu'il avait eues avec Kaunitz; et le jeune prince parut fort sensible à cette

déférence, à laquelle sa mère et son ministre ne l'avaient point accoutumé. De retour à Berlin, le roi de Prusse affecta d'imiter quelques manières et quelques usages de l'Autriche; il fit de pompeux éloges de l'esprit et des talents de Joseph II, qui lui avait récité des vers du Tasse, et un acte presque entier du Pastor fido.

Instruite par le roi de Prusse du projet de médiation, la tzarine lui répondit qu'elle n'en voulait point, et le pria d'engager la cour de Vienne à s'en désister ; elle envoya même un mémoire qui fut lu par le ministre prussien au prince Kaunitz, et qui détermina celui-ci à faire auprès de Frédéric de nouvelles tentatives. Kaunitz envoya près du roi de Prusse, Van-Swieten, jeune homme instruit et sage , qui semblait digne de soutenir daus la carrière politique l'honneur attaché à son nom par les travaux de son père, médecin célèbre. Frédéric conçut en effet de l'estime pour le jeune Van- Swieten, et n'en demeura pas moins l'allié de la tzarine et le rival de l'Autriche.

Marie-Thérèse hésitait toujours entre les Turks et les Russes ; s'allierait-elle à des infidèles ou à la coupable épouse do Pierre III ? Joseph avait moins d eloignement pour cette dernière alliance; il voulait à tout prix détruire l'empire ottoman , soit qu'en effet il se crût destiné à une entreprise si éclatante, soit qu'il sentît qu'un nouveau système dans la politique de sa cour était pour lui le seul moyen d'y acquérir aussitôt une grande influence. On mit tout en œuvre pour lui inspirer d'autres idées, et l'on forma dans ce dessein une espèce de triumvirat composé de Kaunitz, Bender et Staremberg. Ce dernier était apparemment celui que le jeune empereur redoutait le plus, car il s'empressa de l'éloigner, en le faisant nommer gouverneur des Pays-Bas. Pour Bender, on ne lui connaissait d'autre mérite que celui de plaire à Kaunitz. Une maladie de ce Bender

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