‹ Révolutions de PologneChapitre 265 sur 282 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

dans toute l'Europe, et même en France, malgré les soins particuliers que prenait Kaunitz pour abuser la cour de Versailles. Frédéric jugea qu'il ne fallait plus tarder, et commença par régler entre lui et les Russes sa part et la leur. Voici le compte qu'il rend lui-même de cette convention :

« La lenteur et l'irrésolution des Russes traînaient en longueur la conclusion du traité de partage ; la négociation s'accrochait principalement à la possession de la ville de Dantzick ; les Russes prétendaient qu'ils avaient garanti la liberté de cette petite république : mais ce n'étaient proprement que les Anglais, jaloux des Prussiens, qui protégeaient la liberté de cette ville maritime, et qui encourageaient l'impératrice de Russie à ne pas consentir aux demandes de sa majesté prussienne. Il fallait néanmoins que le roi se déterminât ; et comme il était évident que le possesseur de la Vistule et du port de Dantzick, assujétirait cette ville avec le temps, on jugea qu'il ne fallait pas arrêter une négociation aussi importante, pour un avantage qui, proprement, n'était que différé : ce qui fit que sa majesté se relâcha de cette prétention. L'on reçut, après bien des longueurs, l'ultimatum de la cour de Pétersbourg. Les Russes insistaient toujours sur les secours considérables qu'ils demandaient aux Prussiens, en cas que les Autrichiens leur déclarassent la guerre ; quelque choquantes que fussent ces inégalités, quelque disproportionnés que fussent des secours que deux alliés se doivent au fond réciproquement, comme on savait que l'impératrice-reine se trouvait dans des dispositions plus favorables et plus pacifiques que par le passé, on négligea des considérations qui cessaient d'être importantes , pour conclure un traité avantageux, et l'on promit aux Russes les secours dont dès lors il ne pouvait plus être question.

« Après que tant d'obstacles eurent été levés, cette convention secrète fut enfin signée à Pétersbourg; les acquisitions

prussiennes furent telles que nous les avons rapportées , à l'exception de la ville de Dantzick, deThorn, et de leur territoire. Par ce partage, la cour de Pétersbourg acquit en Pologne une lisière considérable le long de ses anciennes frontières depuis la Dzwina jusqu'au Dniester ; on fixa le temps de la prise de possession au mois de juin : on convint d'inviter l'impératrice-reine à se joindre aux deux puissances contractantes , afin de participer à ce partage. La Russie et la Prusse se garantirent leurs acquisitions, et promirent d'agir de concert à la diète de Varsovie, pour obtenir pour tant de cessions le consentement de la république. Le roi promit encore, par un article secret, d'envoyer vingtmille hommes de son armée en Pologne, pour se joindre aux Russes, au cas que la guerre devînt générale; de plus, sa majesté s'engageait à se déclarer ouvertement contre la maison d'Autriche, supposé que ce secours ne fût pas suffisant : on convint aussi que les subsides prussiens cesseraient d'être payés, aussitôt que leur corps auxiliaire aurait joint l'armée russe. On ajoutait, par un autre article, que sa majesté serait autorisée à retirer ses troupes auxiliaires , si, au sujet de ces secours, elle était attaquée par les Autrichiens dans ses propres États ; et dans ce cas, la Russie promettait de lui envoyer six mille hommes d'infanterie , et quatre mille kosaks, et même de doubler ce nombre aussitôt que les circonstances le permettraient ; aussi bien que d'entretenir une armée de cinquante mille hommes en Pologne, afin de pouvoir assister le roi de Prusse, de toutes ses forces , après que la guerre avec les Turks serait terminée ; et entin de continuer cette assistance jusqu'au moment où elle pourrait, par une pacification générale, procurer aux Prussiens un dédommagement convenable : on joignit à tous ces articles une convention séparée pour régler l'entretien réciproque des corps auxiliaires. »

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