LIVRE X
nom pouvait servir aux confédérations. Cet intérêt politique remporta sur des vues plus militaires, et l'empêcha de prendre une route entre des rivières, des marais et des bois, qui eût favorisé son évasion. Dans le pays ouvert où il se hasarda par cette faute que lui-même avouait dans la suite avec une généreuse franchise, il fut attaqué par trois détachements réunis. Les Polonais firent retraite quelque temps. Kasimir conduisait l'arrière-garde. Son frère avait gagné beaucoup d'avance. La troupe de Kasimir vivement poursuivie, fut dispersée, et se jeta eu déroute par des chemins détournés. François Pulaski reçut la fausse nouvelle que son frère était prisonnier. Il revint précipitamment sur ses pas pour le dégager, et se jeta sur les Russes avec fureur. Sa troupe fut renversée , lui-même disparut. On ignore quelle fut sa destinée*. On sait seulement que les Russes, peu de jours après, mirent en vente dans une ville voisine ses habits déchirés et sanglants.
Kasimir se sauva avec dix hommes, vers les frontières de Hongrie, à l'endroit où ses équipages avaient eu ordre de se rendre. Il restait seul de cinq parents du même nom, qui, depuis un an, avaient pris les armes pour la délivrance de leur patrie. Leur père était mort dans les fers, un jeune frère était prisonnier en Russie. Un autre parent avait été tué dans un des combats livrés en Lithuanie ; François venait de se sacrifier pour le salut de son frère. Tous deux, dans cette course en Lithuanie, avaient fait en six semaines plus de cinq cents lieues, livré cinq grands combats, et contribué à former toutes les confédérations du grand-duché. Kasimir ne resta pas longtemps caché dans son asile; nous le verrons bientôt en sortir avec éclat, et se rendre de jour en jour plus redoutable.