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déposer l'autorité tout entière , et ne conserve plus auprès de sa personne que des vice-ministres pour l'expédition des affaires courantes.
Les officiers de tout grade, dans la pleine confiance qu'ils marchaient à des victoires , et que la vente des esclaves les dédommagerait des frais de la guerre, avaient fait travailler à de superbes tentes tissues de soie et d'or.
Toutes les routes qui conduisaient à l'armée étaient couvertes de troupes de volontaires qui, partout sur leur passage, pillaient les villes, brillaient les villages, dévastaient les campagnes, massacraient les Grecs ; et par ces effroyables désordres, toutes ces troupes se privaient partout des ressources de chaque pays, et du service des paysans.
Les janissaires étaient plutôt rassemblés en cohue que formés en troupe militaire. Aucun d'eux, depuis trente ans que durait la paix , n'avait manié une arme; les patrouilles dans les villes se faisant toujours le bâton à la main, et les parades n'étant qu'un simple dénombrement pour la distribution de la paye. Mais ce qui mérite encore plus d'être observé, ce corps n'avait plus rien de sa constitution primitive. On sait que les janissaires, nom composé des deux mots, yenUtehery, qui signifient nouvelle milice, ne furent d'abord et dans leur première origine, avant la conquête des provinces grecques, qu'un ramas de jeunes esclaves chrétiens enlevés dans ces provinces, et enrégimentés sous la plus rigoureuse discipline. Après rétablissement des Turks en Europe, cette nouvelle milice, devenue la principale force de l'empire, fut annuellement recrutée d'enfants que les chrétiens livraient en tribut, et qui bientôt n'avaient plus d'autre famille, d'autre patrie, d'autre loi que le camp, l'obéissance et la guerre. Vers la fin du siècle dernier, la nécessité de réparer prompteinent les pertes énormes que
ce corps avait souffertes, força de le recruter à la hate parmi
les Turks, et peu à peu cette méthode a prévalu. Différents prétextes d'utilité publique, tirés la plupart de ce que la population diminuait parmi la nation conquise, ta seule assujettie au tribut en argent et adonnée aux travaux de l'agriculture, ont maintenu cette grande altération dans la constitution de cette troupe célèbre. Mais depuis ce temps, tout y a dégénéré. Dès lors le célibat, la simplicité de Phabillement, l'habitude des grands travaux et d'un violent exercice, la résidence dans les casernes, Péloignement de toute autre profession que celle des armes, tant d'autres sages règlements qui avaient rendu ce corps si propre à la guerre, et qui en avaient fait pendant trois siècles une des meilleures infanteries qu'il y ait jamais eu chez les nations les plus belliqueuses, ont cessé d'être observés. Si Ton voulait comparer les anciennes mœurs des janissaires avec leurs mœurs actuelles, un seul exemple suffirait. L'usage de leur donner en un jour le prêt de plusieurs mois fut sans inconvénient pendant trois cents années, parce que la sévérité de leur discipline y maintenait avec toutes les autres vertus d'un soldat, celle d'une exacte économie. Ce même usage aujourd'hui conservé accroît leur dégénération, parce que , payés en un seul jour pour plusieurs mois, il se plongent à cette époque dans tous les excès de la débauche, et restent ensuite dans tous les embarras de la misère et des dettes. D'autres causes accroissent encore cette dégénération. Leurs privilèges consacrés par la religion ne pouvant être violés, leur nombre dans chaque compagnie n'étant point fixé, leurs officiers, pour s'approprier la solde des absents , accordant tous les congés qu'on leur demande, des gens de tout état s'y font inscrire à Tenvi, et quelques-uns même à force d'argent, afin de profiter des privilèges, sans être astreints a .aucun service. Le nom des janissaires s'est donc multiplié et ."répandu dans toutes les provinces; mais ce ne sont partout