‹ Révolutions de PologneChapitre 30 sur 282 · LIVRE X. 4S · texte numérisé non relu

LIVRE X. 4S

que des hommes oisifs, ou distraits de la vie militaire et de la discipline par des occupations sédentaires, quoique le gouvernement ait cru nécessaire de leur donner des chefs dans chaque district. Les sultans eux-mêmes on favorisé les commencements de cette révolution ; et afin d'affaiblir un corps dont ils redoutaient les mécontentements et les séditions, ils ont ruiné, et pour ainsi dire fait écrouler, ce principal appui de leur empire.

Un autre ramas non moins vil composait encore cette armée. C'étaient des levées nouvelles, conduites par descenteniers, et enrôlées uniquement pour cette campagne. Le sultan, afin d'avoir un plus grand nombre de troupes, avait préféré ce moyen à celui d'une augmentation dans chaque compagnie de janissaires, parce que les privilèges de ceuxci les mettent à l'abri des réformes, quand le retour de la paix rend ce grand nombre de troupes inutile. Mais chacun de ces nouveaux soldats, ramassés parmi la populace des capitales, avait reçu à la fois le salaire de toute la campagne; cette somme, dissipée par la débauche, n'avait pu être remplacée que par le vol et l'assassinat. La plupart désertaient pour venir, sous un autre nom, recevoir le prix d'un nouvel engagement, et revenaient à l'armée en recommençant sur leur route les mêmes brigandages. Cette troupe était grossie par un autre ramas d'hommes qui se donnaient eux-mêmes le nom de gens sans aveu; espèce de volontaires attires par la soif du butin ou par le fanatisme de leur religion, et dont les uns se dévouant au martyre, les autres n'ayant d'objet que le pillage, portent toujours l'indiscipline dans les armées turques, ne consultent que leur témérité ou l'inspiration de leur fanatisme, marchent à l'ennemi sans aucun ordre du général, vont éprouver, à ce qu'ils croient, si le moment que la destinée doit avoir marqué pour la victoire est enfin venu,

et fuient à la moindre résistance ; ou, le sabre en main, se font écraser sous le feu des batteries ennemies.

Chaque pacha avait encore à sa suite les troupes particulières de sa maison, sans aucune liaison avec le reste de l'armée; autre genre de soldats indisciplinables, et qui, sous l'abri d'une protection puissante, donnaient partout l'exemple du désordre.

Toutes ces troupes différentes, tant les volontaires que les nouvelles milices, et les janissaires eux-mêmes, étaient armés à leurs frais et à leur gré; un très-petit nombre s'était pourvu de baïonnettes, arme si terrible qu'on ne peut lui résister qu'en l'opposant à elle-même T-.es calibres des fusils n'étaient point uniformes; en un mot, il régnait une telle div ersité dans la manière dont chaque troupe et même chaque soldat était armé, que des moyens si différents ne pouvaut produire les mêmes effets, il était impossible qu'il se formât le moindre ensemble dans leur manière de combattre.

Les spahis seuls paraissaient dignes de leur ancienne réputation; mais quelle que fut au premier coup d'œil la légèreté et même la grâce de ces troupes brillantes, et l'adresse de chacun de ses cavaliers fréquemment exercés dans des espèces de tournois et de jeux militaires, aucun d'eux n'était ployé au mouvement et à l'ensemble de l'escadron, aucun de leurs chevaux n'était formé aux différents bruits de guerre.

L'artillerie, si perfectionnée chez les nations chrétiennes, et dont le service est devenu parmi nous si facile et même si sur, consistait en des masses informes de métal qui écrasaient de lourds affûts, dont la pesanteur et la grossièreté nuisaient à leur service et n'ajoutaient rien à leur force ; aucun des canonniersqui la suivaient ne savait les moindres

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