‹ Révolutions de PologneChapitre 32 sur 282 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

de crédit auprès du souverain, ou enfin qu'il se fût uniquement proposé de faciliter la paix, en simplifiant la querelle des deux empires.

Tels étaient le général et l'armée qui s'avançaieut vers la Moldavie. Des difficultés inattendues multipliaient à chaque pas les embarras que faisait naître l'indiscipline de pareilles troupes et l'inexpérience de tous les chefs. On découvrit à Andrinople un complot pour empoisonner les farines de l'armée. Le dépôt du poison fut trouvé, et trois Grecs punis de mort. Leur supplice répandit la terreur dans l'armée. On craignit une secrète conjuration de tous les Grecs. Leur patriarche fut arrêté à Constantinople. Mais après de sévères perquisitions, l'innocence de ce vieillard fut reconnue. Il fut cependant destitué de son emploi et envoyé en exil, par l'unique motif de ne pas rétablir dans un poste éminent un homme que cet injuste traitement pouvait avoir irrité. L'armée, après quelques jours de marche, éprouva toutes les horreurs de la disette. Les ordres donnés par le grand-seigneur pour les approvisionnements, avaient été mal exécutés ; les fonds en avaient été détournés par des malversations de tout genre. La plupart des magasins qu'on avait crus remplis, se trouvèrent vides. Ceux même qui se trouvèrent pleins furent bientôt épuisés par un horrible dégât dans les consommations, et par l'arrivée imprévue d'un beaucoup plus grand nombre de troupes qu'on n en avait demandé, la plupart suivies d'une multitude de valets qui passait de bien loiu le nombre des combattants.

Au milieu de tant de désordres, Méhemet-Emin , audacieux et infatigable, portait seul dans son armée tout le poids du généralat et du ministère; envié de tous les pachas, brouillé avec tous les ministres, qui semblaient plus occupés d'augmenter ses embarras que de les soulager. Lui cependant, simple et sans orgueil dans ton élévation, cherchant à

plaire aux subalternes, encourageant leur familiarité, méprisant la haine des grands, rejetant avec colère leurs dangereux avis, donnait sa conQauce à une foule d'interprètes grecs, la plupart vendus aux Russes, et qui l'entretenaient delà chimérique espérance d'une paix facile à conclure après les premiers avantages II expédiait chaque jour des courriers au grand-seigneur, en recevait des ordres fréquents et directs, affectait publiquement d'y obéir avec la plus scrupu- • leuse exactitude, et rendait ainsi sa propre autorité plus sacrée, en laissant toujours croire que l'ordre qu'il donnait était émané de l'autorité suprême. Et, en effet, Mustapha, retenu dans son sérail par l'avis unanime de ses ministres, et par les soins d'une santé que vingt-sept ans d'une prison rigoureuse avaient rendue faible et languissante, s'y occupait sans distraction des affaires de son empire. Toujours déliant et sévère, il ramenait à lui seul toute l'autorité ; et, contre les mœurs ordinaires de cet empire, le ministère de Constantinople, composé de simples substituts, prit bientôt un entier ascendant sur le ministère de l'armée.

Le gros des troupes n'avait pas encore passé le Danube , lorsqu'on apprit cette première entrée des Russes en Moldavie , dont nous avons raconté le peu de succès, leur vaine tentative sur Chocim, et le combat qui s'était donné pendant leur retraite. Cette victoire exagérée , suivant l'usage de toutes les nations, par les pachas qui avaient combattu, le fut encore à dessein par le grand-visir. On répandit que l'armée vaincue était soutenue par quatre-vingt mille Polonais. Les équipages russes qui avaient été pris ou pillé* par les Turks , étant la plupart conduits par de malheureux paysans enlevés en Pologne , et qui sous le sabre turk s'étaient dits Polonais, pour trouver plus aisément pitié aux yeux du vainqueur, fuvent le léger fondement de cette fastueuse exagération.

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