LIVRE X
nage de la ville et de la foret put fournir de moyens à des ouvriers ignorants et maladroits. Il fit venir du camp impérial, qu'il laissa à Kautépessy, plusieurs caisses de ces aigrettes que les généraux turks ont droit de distribuer comme prix de la valeur, et surtout des vivres et des fourrages qui manquaient à son armée, mais dont le camp impérial éprouvait la même disette. Il publia un manifeste sur la prochaine entrée des troupes ottomanes en Pologne, absolument opposé à celui qu'avait publié son prédécesseur. « La Porte , disait-il, s'était abstenue jusque-là de faire entrer ses troupes sur le territoire de la Pologne, pour ne point ajouter aux malheurs de cette république ; elle se voyait forcée d'y poursuivre ses ennemis : mais les ordres les plus sévères étaient donnés pour traiter les Polonais comme les fidèles alliés des Turks ». Potoçki publia un manifeste pareil. Il régnait entre le nouveau graud-visir et le chef des confédérés cette confiance que les braves gens s'inspirent mutuellement. Toute l'armée ottomane attribuait au comte Potoçki la défense de Chocim. La garnison lui en avait rendu un témoignage public par un armazar, ou écrit authentique adressé au grand-seigneur ; et le sultan, pour prix d'un si grand service, lui avait envoyé les marques d'honneur que les usages de cet empire accordent aux étrangers. Un grand officier du sérail était venu le revêtir, au nom du sultan, d'une superbe pelisse ; et ce prince avait joint à ce présent celui de trois cents bourses, récompense que les besoins des confédérés rendaient bien plus importante.
XX Vil. L'armée russe se rapproche du fleuve.
Aussitôt que les Ottomans eurent commencé à construire un pont sur le Dniester, l'armée russe se rapprocha de ce
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fleuve, et se retrancha à sept mille pas du rivage, mais sans occuper les terraius qui le dominaient , dans la crainte d'y être trop exposée au canon de Cliocim. Elle occupa les bois voisins; elle s'environna d'abattis, et multiplia les défenses d'une manière dangereuse pour elle-même , parce que, ne pouvant les garder toutes, elles pouvaient devenir favorables à l'ennemi. Sa position n'empêchait ni la construction du pont, ni le passage du fleuve. Cinquante mille hommes pouvaient se former entre la hauteur qui suivait le cours du fleuve, et les bas-fonds du rivage, s'y ranger en bataille sous la protection du canon de la ville, et marcher ensuite à la faveur d'un ravin et d'un bois, jusque sous les retranchements des Russes. Les batteries turques, établies sur les coteaux de la Moldavie, envoyèrent même quelques boulets dans le camp russe, et y tuèrent quelques hommes dans leurs tentes.
\XIX. Plusieurs détachements turks passent le Dniester.
Chaque jour, selon l'usage de toutes les armées turques, des détachements de volontaires partaient de leur camp sans ordre, traversaient le fleuve à la nage, attaquaient le camp russe, se précipitaient sur les abattis, en coupaient les branches à coups de sabre, avec une bravoure capable de tout vaincre, si elle eût été mieux conduite. Leur première impétuosité était toujours formidable, et souvent heureuse. Un petit nombre forçait les premiers retranchements. Les soldats russes opposaient une fermeté inébranlable ; la supériorité de leur feu arrêtait les assaillants, et les forçait de se retirer avec perte.
Le pont fut achevé le premier septembre, et aussitôt six mille Turks s'établirent sur la rive polonaise, dans un re-