LIVRE X
SI
cordait qu'un refuge : la France, plus occupée d'affaiblir et d'embarrasser la Russie que de secourir la Pologne, se contentait d'avoir armé les Turks. Et d'ailleurs, l'ambassadeur de France à Constantinople , engagé par son devoir même dans cette intrigue mystérieuse que nous avons développée, obéissant aux ordres secrets qu'il recevait au nom du roi son maître, et qui rompaient toutes les mesures du ministère français, ne protégeait que faiblement auprès des Turks les chefs de la confédération de Bar, leur rendait même avec adresse quelques mauvais offices, et en faisait à dessein de fâcheux rapports au ministre de France , afin de leur enlever cette protection. La Saxe , sous une administration nouvelle, n'avait aucun plan arrêté. On ne connaissait ni les desseins ni le caractère du jeune électeur, parvenu à sa majorité depuis quelques mois, et qui avait pris en main les rênes de son électorat. Le silence absolu qu'il observait sur les affaires de Pologne et son extrême réserve, ne laissaient apercevoir en lui aucun mouveriient d'ambition. On ne pénétrait pas même s'il était irrésolu et timide , ou prudent et dissimulé. Les jésuites exerçaient quelque empire sur sou esprit; et ces religieux, de jour en jour plus persécutés dans les autres États delà chrétienté, et voisins de leur ruine, n'avaient plus rien de ce fanatisme que leurs ennemis leur reprochaient alors avec tant de fureur et d'animosité. S'ils dominaient sur sa couscieuce, c'était en nourrissant se» scrupules. Ils lui persuadaient qu'il ne pouvait sans crime contribuer à détrôner un roi que lui-même avait reconnu, et que ses vues sur le trône de Pologne ne pouvaient devenir légitimes, que quand ce trône aurait été déclaré vacant. Le vœu unanime des Saxons était plus opposé encore aux instances des confédérés. Ce vœu était que toute liaison entre la Saxe et la Pologne fût entièrement rompue. Ils regardaient l'espoir de cette couronne comme le seul obstacle au retour
de leur prince vers la religion luthérienne; retour qui lui conciliait en Saxe l'amour de ses sujets, et en Allemagne la confiance du corps évangélique. La noblesse saxonne, si longtemps humiliée par le faste des seigneurs polonais, leurs prérogatives, leurs immenses richesses, se félicitait de n'avoir plus ni à soutenir cette concurrence, ni à redouter que l'électeur, devenu roi héréditaire, regardât son électorat comme une province. L'épuisement et le désordre des finances ne pissaient entre les mains du prince ni argent, ni crédit. La nécessité où il se trouvait de recourir à la générosité de ses sujets, redonnait aux états du pays une influence qu'ils n'avaient pas eue depuis longtemps sur les affaires publiques. Ils cherchaient à accroître leur autorité. Ils exigeaient des réformes dans tous les genres. Ils prescrivaient l'économie dans tous les départements ; et suivant l'esprit de ces assemblées nationales, entièrement opposé à l'esprit des cours, ils exagéraient peut-être le mal que celles-ci prennent toujours à tAche de pallier. Ils remettaient sans cesse sous les yeux du prince que les pierreries de sa couronne étaient engagées pour d'anciens emprunts ; que la dépense de son gouvernement en surpassait le revenu ; que sa maison domestique n'était point payée ; et taudis que les confédérés lui représentaient que le moment était décisif, que s'ils étaient abandonnés ils allaient être détruits, que le plus léger secours suffirait à leur courage, on lit à dessein trouver sur le passage de ce prince tous les gens de sa 1U vrée réunis pour implorer sa pitié, et demander à genoux le payement de leurs gages.
Ajoutons encore que la Saxe, déchue de tout ce qu'elle avait été, n'avait plus en Allemagne même ni considération ni puissance. Les forces de ses voisins n'avaient cessé de s'accroître, tandis que les siennes avaient été ruinées par la folle ambition et le luxe insensé de sesderniers princes. Les