‹ Révolutions de PologneChapitre 77 sur 282 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mettaient pas au pacha qui y commandait ces fréquentes révoltes contre l'autorité impériale qui désolaient la plupart des autres contrées. Une longue paix, et cet amollissement des mœurs générales, qui suit toujours une sécurité profonde, avaient porté plus de douceur dans le commerce de la vie. Une faible civilisation renaissait dans ces villes si anciennes, et qui furent autrefois le berceau de la première civilisation européenne. Quelque prospérité se faisait apercevoir dans les campagnes. Les Russes avouent que, quand ils arrivèrent dans cette presqu'île, elle leur présenta de toutes parts l'aspect riant et cultivé d'un jardin. En comparant les relations des voyageurs modernes avec celles du dernier siècle, on voit que la population était presque doublée. Au temps même dont nous parlons, un de leurs proëstos, nommé Benaki , exerçait une sorte de puissance, et jouissait auprès des Turks eux-mêmes de la plus singulière considération. Il était proëstos de Calamata , ville située au pied des montagnes ; et sous le prétexte d'arrêter les incursions des montagnards, qui récemment encore avaient pillé et ruiné cette ville,, la maison qu'il s'y était fait rebâtir était une véritable forteresse. C'était un vieillard riche, d'une belle flgure et d'un aspect vénérable, avantages toujours remarquables, et plus encore auprès des peuples barbares. M joignait à ces dons de ta nature un esprit très-souple et trèsrusé. Il avait su se concilier la faveur successive de tous les pachas par un moyen dangereux, kl est vrai, et qui aurait pu le discréditer et le perdre dans l'esprit de ses concitoyens - r mais l'usage qu'il avait toujours fait de cette faveur, avait enfin justifié la manière dont il l'avait acquise. A l'arrivée d'un nouveau paclia, tous les, primats étant obligés de venir rendre hommage et offrir chacun le tribut volontaire de son district, Benaki, venu pour la même fonction, se récriait sur la modicité de leurs offres, leur reprochait de déshonorer

leur district, les excusait dans l'esprit du pacha sur la crainte qu'ils avaient eue de s'attirer l'animadversion de leurs concitoyens, et faisait porter leurs présents au double de ce qu'ils avaient offert. 11 affermait, et quelquefois à perte pour luimême, les revenus du pacha et les terres des Turks les plus puissants, dans l'espérance de s'en dédommager par leur protection pour ses propres biens, les plus considérables de la province. Parvenu ainsi à se conserver successivement la bienveillance de tous les gouverneurs, il résidait presque toujours auprès d'eux ; et la laveur qu'ils lui accordaient était pour tous les Grecs une protection assurée. Il portait leurs plaintes au pacha contre la tyrannie des subalternes. Souvent, à ses seuls ordres, des Grecs accusés avaient été relâchés, et des Turks coupables avaient été punis. Il s'était arrogé le droit de ne se montrer à la cour du pacha qu'avec une suite nombreuse ; et par les liaisons qu'il avait soin d'entretenir avec les montagnards indépendants, il avait eu l'adresse de donner à son autorité un fondement plus solide que la simple faveur du pacha. On lui supposait assez de crédit parmi ces montagnards pour les faire soulever ou les apaiser à son gré ; et les Turks, mollement plongés dans toutes les délices de la vie, craignant tout ce qui pourrait les forcer à sortir de leur indolence, croyaient devoir à lui seul le repos dont ces peuples indomptables commençaient enfin à les laisser jouir. Ainsi les Grecs du Péloponèse avaient en quelque sorte, dans cette grande presqu'île, un chef de leur nation.

Vil. Examen de Vopinion qui fait descendre les Maniotesdes

Spattiates.

Il faut maintenant faire connaître ces montagnards qui,

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