LIVRE XI
menacée des dernières calamités par le soulèvement téméraire que Papaz-Ogli cherchait à susciter. Dans cette conjoncture critique , il se conduisit avec une franchise mêlée d'adresse. Il rejeta le peu de confiance que devaient inspirer toutes ces prétendues promesses des Grecs, sur le zèle aveugle qui leur déguisait à eux-mêmes leur faiblesse. Il sollicita pour eux les secours les plus puissants et les plus prompts, si on ne voulait pas les laisser exposés à une ruine certaine. Instruit du prochain départ de l'escadre , il conseilla d'y emporter une grande quantité d'uniformes russes, parce que, disait-il, le vêtement ordinaire des Grecs leur inspire à eux-mêmes autant de crainte, qu'il donne contre eux de confiance aux Turks, accoutumés à les traiter en esclaves sous cet habit, et accoutumés au contraire à trembler à l'aspect de l'uniforme et du casque russes. Par ses conseils, on fit venir de Taganrog le petit nombre de marins qui étaient sur le navire de Mykono. Ils furent distribués sur chaque vaisseau de la flotte pour servir dans l'Archipel de pilotes-côtiers ; et lui-même, placé sur le vaisseau amiral , comme lieutenant de la marine russe , fut chargé de donner à Spiritoff tous les avis qui tiendraient à la connaissance des lieux. Les différents vaisseaux de cette escadre , après avoir séjourné plus ou moins de semaines dans les ports d'Angleterre , suivant le besoin plus ou moins grand qu'ils avaient de réparations , en repartirent séparément. Quelques-uns échouèrent à la sortie des ports ; d'autres s'ensablèrent. Les Anglais les secoururent , et les conduisirent hors de la Manche.