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XV. Pourquoi les Anglais favorisent cette expédition

On demandera sans doute pourquoi les Anglais', rivaux naturels de toute puissance maritime, marquèrent alors tant d'empressement pour créer une marine russe. Ils avaient vu cinquante ans auparavant, avec une jalouse inquiétude, Pierre I pr employer tous les moyens de faire naître dans son empire un commerce actif. Ils avaient , peu de temps après la mort de ce prince , armé une flotte pour détruire cette marine naissante. Mais les ministres actuels de l'Angleterre n'avaient plus la même prévoyance. Les derniers succès du peuple anglais lui avaient donné la plus aveugle présomption. D'ailleurs tous les projets de Pierre I er paraissaient depuis longtemps retombés dans l'oubli. Les Anglais avaient repris tous leurs anciens avantages sur le commerce de Russie. Ils étaient presque les seuls qui revendissent, avec un profit immense, aux autres nations de

l'Europe, les bois que fournissent pour la construction des vaisseaux ces antiques forêts , si nouvellement découvertes, et toutes les matières premières dont ces climats abondent.

Les traités les plus avantageux à l'Angleterre avaient été successivement achetés de la vénalité des ministres russes. Ces traités de commerce étaient alors expirés ; on négociait pour leur renouvellement, et la tzarine en faisait envisager les concessions comme le prix des complaisances qu'elle exigeait. On négociait en même temps pour une alliance politique; et les Anglais, dont le système d'alliance était entièrement changé depuis les succès de leur dernière guerre, possédant seuls l'empire des mers, avaient presque abandonné toute liaison sur le continent, ne voulaient point accorder de subsides pour s'assurer d'avance une alliance éventuelle : et toutefois, dans l'espoir de conclure cette alliance sans une charge nouvelle pour leurs finances déjà si obérées, ils se prêtaient à des complaisances d'un autre genre.

Il faut ajouter encore que, suivant l'opinion générale , la France ayant suscité cette guerre , secourir la Russie c'était humilier la France , c'était suivre un mouvement de haine nationale contre la puissance rivale de l'Angleterre. Par toutes ces raisons, les Anglais, qui n'étaient plus alliés de la Russie, se prêtèrent à seconder son ambition, sans songer que par la faveur irréfléchie qu'ils accordaient à cette entreprise, ils allaient élever cet empire à ce même point que quarante années pfus tôt ils avaient vu avec tant d'inquiétude.

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