CHAPITRE XXVII
Alexis, tsar à l'âge de quinze ans, feîsait concevoir les plus belles espérances. Morozof, son milâstre et son fevori, abusait deTineïpérienee de
il conservait Novgorod, et menaçait les provinces voisines ; enfin le roi de Suède accepta la médiation de l'Angleterre et de la Hollande, à condition gue la Russie renoncerait à ses prétentions sur la Livonie et sur l'Esthonife, et qu'en outre elle céderait ringrie, la Carélie et tout le territoire qui sépare ces provinces de Novgorod. Le traité signé à Stolbova stipulait pour l'Angleterre de grands avantages commerciaux. I^a Pologne était plus difficile encore à désarmer ; les Cosaques du Don et une foule d'aventuriers ravageaient les provinces russes. Le prince Likof les battit et les contraignit à se soumettre. Les Russes voulaient reprendre Smolensk, mais les Polonais les forcèrent à lever le siège, et, quoique repoussés par Pojarski, ils s'avancèrent jusqu'aux portes d^ la capitale. La défense ne fut pas moins vive que l'attaque. Les Polonais n'avaient qu'une vengeance à exercer^ les Russes combattaient pour l'indépendance nationale. Yladislas dut renoncer à cette couronne, que, peu de temps avant, on l'avait pressé d'accepter, et une trêvede quatorze ans couronna cette lutte sanglante. Là Russie sacrifia Smoleusk, la Sevérie et Tchernigôf : à ce prix Phils^rète fut rendu à la liberté. Les Moscovites le reçurent avec un respect mêlé d'enthouftasme ; on le revêtit de la dignité patriar-
par l'élection, tenaient en respect les Tàurieiis, et attachaient un grand prix à leur liberté, A différentes reprises, les rois de Pologne essayèrent de changer leurs mœurs en altérant leurs institutions; de là des hostilités fréquentes^ à la suite desquelles les seigneurs polonais affectèrent d'en user, à Tégard de ces hommes libres, comme avec leurs propres serfs. Tout à coup la guerre éclate, et les Ukrainiens sont forcés de livrer leur hetnian qui, au mépris de la capitulation, est décapité à Varsovie. Peu de temps après, un gentilhomme polonais, ennemi d'un Cosaque nommé Bogdanko Khmelnicki^ ravagea ses propriétés, viola sa femme et la massacra sur le corps de son fils. Khmelnicki demande vengeance, et, ne pouvant l'obtenir des lois, il a recours à la révolte. H assemble les Cosaques, leur expose son outrage, qui est celui de tous ses frères, et se fait élire hetman. Vladislas meurt tandis que la guerre s'allume : Bogdanko entre en Pologne, massacre les nobles, bat l'ennemi, et marche sur Cracovie, d'où l'on s'empresse d'enlever la couronne qui allait tomber aux mains du vainqueur* Deux fois les nobles se réunissent pour chasser l'ennemi, deux fois Bogdanko les taille en piècçs. L'armée de Casimir se soulève : enfin Solneski rétablit l'ordre en même tempâ que la confiance } le roi
prend le commandement des troupes', et la fortune se déclare contre les Cosaques. A la suite de cette défaite, un grand»nombre de familles avaientjabandonné la rive occidentale du Dniepr, pour se fixer de l'autre côté du fleuve. J)e là elle? ^avancèrent vers rOrient jusque dans les environs de Belgorod. Le gouvernement russe leur assigna pour demeure les frontières delà Crimée ; il leur conserva les privilèges dont elles avaient autrefois joui en Pologne. Bogdanko organisa ses troupes, réunit soixante mille lances, et, après s'être joint aux Tatares, il rentra en Pologne, où il perdit la bataille de Beretock. Feignant d'être découragé par une série derevers, J'hetman demande et obtient la paix à des conditions équitables ; mais il négociait sous main avec Alexis, et, croyant qu'il ne pouvait se venger plus efficacement des Polonais qu'en se donnant aux Russes, il reconnut le tsar pour protecteur et pour maître, s
Alexis, mettant à profit l'affaiblissement des Polonais, chercha et trouva facilemept un prétexte de guerre : il lève une armée, s'empare de Smolensk, de Mohilof , de Yitebsk , de Polotsk et de plusieurs autres places. Bientôt Kief tombe en son pouvoir, et Vilna lui ouvre ses portes. Ces conquêtes importantes assuraient aux Russes une partie de la
Sevérie novgorodienne. Les Suédois, d'un autre côté, s'emparent de la Mazovie et pénétrent dans l'intérieur de la Pologne. La médiation de Ferdinand mit fin à cette guerre désastreuse pour Casimir ; il dut abandonner aux Russes, provisoirement toutefois, Kief, Smolensk et les autres conquêtes de Ylâdislas. La guerre que fit Alexis à la Suède s'ouvrit sous des auçpices également favorables j mais, complètement l)attu à Riga, il signala paix, sur les bases du traité de Stolbova.
Ces guerres avaient épuisé Tépargne du tsar; on recourut à des expédients financiers , non moins funestes que le mal lui-même ; aux murmu-* res succéda bientôt la révolte : le peuple exigea le châtiment de Morozof, et comme on hésitait à le satisfaire, il alla jusqu'à insulter la tsarine. Il fallut opposer la force à l'émeute : les mutins furent dispersés, et le tsar livra leurs chefs aux siip^ phces. Bientôt après mourut Morozof, emportant les regrets de son maître et les malédictions du peuple. Ce fut sous le règne d'Alexis que vécut le patriarche Nikon. Jeune encore, il s'était senti une vocation si décidée pour l'état ecclésiastique, qu'il s'était fait moine contre la volonté de son . père : partout il se fit remarquer par des pratiques rigoureuses et par les austérités de sa vie : il devint
prend le commandement des troupes, et la fortune se déclare contre les Cosaques. A la suite de cette défaite, un grand»nombre de feinilles avaientjabandonné la rive occidentale du Dniepr, pour se fixer de l'autre côté du fleuve. J)é là elle? s'avancèrent vers rOrient jusque dans les environs de Belgorod. Le gouvernement russe leur assigna pour demeure les frontières delà Crimée ; il leur conserva les privilèges dont elles avaient autrefois joui en Pologne. Bogdanko organisa ses troupes, réunit soixante mille lances, et^ après s'être joint aux Tatares, il rentra en Pologne, où il perdit la bataille de Beretock. Feignant d'être découragé par une série derevers, l'hetman demande et obtient la paix à des conditions équitables ; mais il négociait sous main avec Alexis, et, croyant qu'il ne pouvait se venger plus efficacement des Polonais qu'en se donnant aux Russes^ il reconnut le tsar pour protecteur et pour maître. ^
Alexis, mettant à profit l'affoiblissement des Polonais, chercha et trouva facilemcAt un prétexte de guerre : il lève une armée, s'empare de Smolensk, de Mohilof, de Vitebsk, de Polotsk et de plusieurs autres places. Bientôt Kief tombe en son pouvoir, et Vilna lui ouvre ses portes. Ces conquêtes
importantes assuraient aux Russes une partie dé la
s PEUPLES DU NORD. 275
Lionnel. En >I653, Alexis appela les is capables de Fempire, et les chargea i corps raisonné de lois. Chaque proordres de l'Etat, boyards, citoyens, rent concourir à cette œuvre de
chapitre règle les peines encourues •mateurs et par ceux qui troublent 1. Ce déht est puni sévèrement, et dans les cas graves.
ud, le législateur s'occupe des crimes
I lèse-majesté et de non^révélation.
encourent la peine capitale. Le troi-
II r les querelles, violences et larcins palais du tsar. Si le délit est grave, le
. également s'ensuivre. Le quatrième
le mort pour les faux eu écriture pu-
• jiiième frappe d'une amendé graduée
. aura altéré le titre des métaux, et
[aux monnayeur à recevoir du plomb
-a bouche. Le sixième interdit aux
ager à l'étranger sans passe-port.
répression signale plutôt le vice des
M 'il n'accuse le peuple, placé entre le
;i rompt et la loi qui fi^ppe. L'homme
"1" •- ie rien en propre ne peut se foire
successivement archimandrite du monastère de Novo-Spaskoï, métropolitain de Novgorod et patriarche. Ses vertus étaient la sauvegarde du pauvre et de Topprimé, et sa fortune, le patrimoine de tous dans les temps de calamités publiques. Il introduisit le chant grec dans l'église russe, et persuada au tsar d'assembler un concile, pour comparer les différents textes de l'Ecriture; on signala plusieurs altérations dans le rituel, et l'ancienne Bible slavonne fut reconnue pour la seule fidèle.
La faveur dont jouissait le patriarche excita l'envie ; le mécontentement se manifesta dans toutes les classes, et il se forma une secte, celle des roscolniks ou s^chismatiques, qui rejetaient avec obstination les nouvelles réformes. Nikon, entier dans ses vues, les persécuta d'une manière cruelle, et leur nombre ne fit que s'accroître. Bientôt le patriarche perdit la faveur du tsar j il se dépouilla de ses dignités, et rentra sans regrets dans la simplicité monastique ; mais cet esprit trop actif pour la solitude du cloître voulut faire tourner ses loisirs à l'utilité de son pays : il rassembla las vieilles chroniques, et composa la première histoire que l'on ait de la Russie.
Un autre homme, Stènko-Razin, se rendit célèbre par des voies bien diffîrentes. Il commença par
DES PEUPLES lyD NOBD. 2T4
eietctt qndiques brigandages, pillant les caravanes, et arrêtent lea barques qui descendaient le Volga ; bientôt sa troupe fut assez considérable pour s'emparer de quelques villes, et pour lutter avec avantage contre les corps envoyés contre lui. Après avoir dé&it en batailles rangées, près d'Astrakhan, le stolhik Bogdân Severof , il se retira sur les bords du Jaïk, où un autre aventurier,.Serge Krivoï, vint le joindre; leurs bandes réunies se jetèrent sur la Perse, où elles commirent de nombreuses déprédation» ; ils rentrèrent bientôt en Russie, où ils trouvèrent le moyen de recruter de nouveaux aventuriers. Razin se montrait surtout cruel envers les nobles, et appelait à lui les serfs et les paysans, leur promettant la liberté et le jpillage. Il se voit bientôt à la tète d'une armée, prend Tsàritzin, disperse un corps de strélitz^, et s'empare de la ville de Tcfaernoï-Jar , dont les habitants sont passés au fil de Tépée. Le gouverneur d'Astrakhan, trahi par les strélitz, est surpris de nuit par les Cosaques qui étaient parvenus à escalader les murs de la place. Razin, maître d'Astrakhan, s'en éloigne après y avoir laissé deux de ses lieutenants, qui font périr l'archevêque dans les torturés, et exercent les plus atroces cruautés sur tous ceux que leur rang]] ou leurs richesses
272 BÉVOLUTIOItS
désignaient à k rapacité des vainqueurs. Enfin, k fortune abandonna ces hommes de proie. Miloslavskî défit les rebelles près d'Astrakhan, et Raaân, battu par le prince Dolgorouki, est chargé de fers, et envoyé. à Moscou pour y subir la peine de ses crimes. Ainsi périt cet homme extraordinaire, qu'on peut regarder comme le précurseur de Pougatchef.
 la mort de la (sarine, Alexis avait épousé Nathalie, fille de Narichkin, qui devint soii ministre, et contribua puissamment à la prospérité de l'empire par ses lumières et la sagesse de son administration. Les étrangers commencèrent à se rendre en Russie, attirés par la protection du tsar; mais le monument le plus important de ce règne, c*est le code connu sous la dénomination d'Oulagénié. Cette compilation des anciens règlements et des ordonnances des tsars est précieuse pour l'histoire, en ce qu'elle donne une idée exacte des mœurs du temps.
L'ancien code, ou Roushaîa Pravday qui fut en vigueur jusqu'au temps de l'invasion des Mongols, avait été modifié par Ivan dans l'intérêt de son despotisme : sous les règnes suivants, il tomba en désuétude, la nouveauté des circonstances imprimant souvent aux actes de l'administration un
caractère exceptionnel. En >I653, Alexis appela les liommes les plus capables de Fempire^etles chargea de formuler .un corps raisonné de lois. Chaque province, tous les ordres de l'Etat, boyards, citoyens, marchands, durent concourir à cette œuvre de régénération.
Le premier chapitre règle les peines encourues par les blasphémateurs et par ceux qui troublent le service divin. Ce déUt est puni sévèrement, et même de mort dans les cas graves.
Dans le second, le législateur s'occupe des crimes de trahison, de lèse-majesté et de non-révélation. Les coupables encourent la peine capitale. Le troisième statue sur les querelles, violences et larcins commis dansle palais du tsar. Si le délit est grave, le supplice peut également s'ensuivre. Le quatrième fixe la peine de mort pour les faux en écriture publique. Le cinquième frappe d'une amende graduée l'orfèvre qui aura altéré le titre des métaux, et condamne le faux monnayeur à recevoir du plomb fondu dans la bouche. Le sixième interdit aux Russes de voyager à l'étranger sans passe^port.
Ce luxe de répression signale plutôt le vice des
institutions qu'il n'accuse le peuple, placé entre le
principe qui corrompt et la loi qui frappe. L'homme
qui ne possède rien en propre ne peut se faire m. À S
274 BËVOLUTIONS
qu'une idée impar&ite deFinviolabilitédei faieaa et des personnes; placé pour ainsi dire en dehors du droit commun , il fait à ses risques et périls une guerre de ruse ou de force à l'arbitraire et au privilège.
Le septième éhapitre fixe la contribution exigible en temps de guerre pour la solde et l'entrçtien das troupes. Le huitième impose tous les sujets de l'empire pour la perception du tribut exigé pour la rançon des prisonniers ; ce qui est digne d'attention, c'est que les biens de la couronne et les domaines de l'Eghse sont taxés» comme tous le^ autres» en raison dé leur valeur ou de leur revenu. Le neuvième est tout en faveur du clergé, des gentilshommes ou des militaires, qu'il exempte des droits de péage et de douane* Le dixième cpncwne les juges, auxquels il est enjoint déterminer sans délai les procès et les différends entre les nationaux et les étrangers, avec défense de recevoir quoi que ce soit des parties. Il permet aux plaideurs de récuser leurs juges pour motifs légitimes» et punit sévèrement les &UX dans les pièces, soit de la part des parties, soit par le &it du secrétaire ou des greffiers* Ce chapitre contient, entre autres articles, un dispositif curieux ou tarif des peines et des amendes infligées pour insulte, suivant la gravité du cas, le rang de l'offensé, et celui de Foffenseur. Si un
DES PEyPUBS DU NOftD. 275
boyard, un gouvemeiir> ou un conseilleor du prince insulte le patriarche, il sera livré à sa discrétion ; s'il y est métropolitain, l'offenseur lui payera quatre cents roubles; un archevêque et un évêque auront droit, le premier à trois cents roubles, et le second à deux cents ; à défaut dé payement, le coupable sera mis à la disposition du plaignant. Si l'offenseur est d'une condition inférieure, c'est-àdire un simple gentilhomme, un employé, un boui^eois ou un étranger, il sera puni du knout ou des battogues, et de la prison, dans le cas où il s'agit d'une insulte faite au patriarche ou à un métropolitain, et d'une amende proportionnée au rang de l'ofiEensé, si ce dernier est un membre du clergé de second ordre ; l'amende baisse successivement pour les monastères subordonnés, de sorte que tel abbé n'a droit qu'à une indemnité de dix roubles, et le simple moine qu'à cinq. Le même esprit règle les peines pécuniaires infligées pour injures adressées à quelqu'un des membres des autres corps de l'État. Unefille insultéereçoit ledouble desa mère, et celle-ci deux fois autant que son mari, tandis que le fils ne peutprétendre qu'à la moitiédel'indemnité accordée à sa sœur : cette disposition semble émaner des lois Scandinaves. Quoi qu'il en soit, il était urgent d'entourer d'une prçtection spéciale les femmes russes,
sur lesquelles les maris s^arrogeaient déjà un droit illimité de correction. On peut se faire un^idée de ce qu'était à cette époque la civilisation d'un peuple qui acceptait un tel code comme une amélioration.
Ce fut également sous le règne d'Alexis que la noblesse russe commença à faire usage des armoiries, qu'eUe emprunta aux Polonais et aux Allemands. Ce prince mourut à quarante-huit ans. Bon, mais feible par nature, il laissa trop de liberté à ses ministres. Quelquefois cependant il se laissa emporter à des actes trop séyères, si toutefois la plupart des hommes qui l'entouraient pouvaient être traités trop sévèrement. Une accusation qui trouve égale-* ment son excuse dans les mœurs de l'époque, c'est l'établissement de la chancellerie secrète, qui metlait trop souvent la yié et la fortune des citoyens à ]a merci de la délaticbi et de la haine.
Slovo % diétoy c'est-à-dire la parole et l'acte, ces trois mots suffisaient au dénonciateur pour faire arrêter un homme. Cependant le péril que courait le dénonciateur remédiait en partie à cet abus.
La réforme militaire date également de ce règne^ où l'on voit germer toutes les améliorations que Pierre le Grand eut le courage d'accomplir. La Russie en était encore aux tâtonnements, et déjà elle était respectée et puissante : que ne devait-on pas
attendre de ses progrès, lorsque Funité de vues et le génie féconderaient toutes ses ressources !
De tous les enfants qu'Alexis avaient eus de son premier mariage., Ivan, Féodor et Sophie lui survécurent seuls ; sa seconde femme lui avait donné Nathalie et Pierre, qui mérita plus tard le nom de Grand, et qui eut à triompher des mœurs et des préjugés de son peuple avant de lui marquer sou rang parmi les Etats prépondérants de TEurope.
Le règne de Féodor iFut court; 1676-1683, Ce prince suivit le plan que son père avait tracé : il soutint les Cosaques Zaporogues dans la guerre qu'ils firent contre la Turquie; puissamment secondé par la médiation delà Pologne, il dicta les conditions de la paix , et plaça l'indépendance de cei tribus belliqueuses et remuantes sous le protectorat de la Russie. Son ministre Galit2din, frappé des entraves .qu'ap{K)rtaient dans le service les prétentions des nobles^ au sujet de leurs prérogatives, persuada au tsar de détruire les titres et les chartes qui donnaient naissance à ces différends. Le tsar fit apporter dans son palais tous les registres titulaires, sous prétexte de donner un règlement définitif sur la matière ; il convoqua ensuite le haut clergé et la noblesse, et représenta avec force la nécessité de sacrifier au bien de l'État des prét^tîons qui
2n BÉVOLUnONS
classaient lès hommes, non selon leur mérite personnel, mais en raison du rang qu'avaient occupe leurs pères ; le patriarche appuya les raisons
du tsar de l'autorité des saintes Ecritures, et les titres furent brûlés dans la cour du palais. CSette mesure était devenue urgente depuis que Ites princes de race royale avaient été écartés du trône ; elle marquait la transition de la Russie dé Riuric et de Kalita à la Russie des Romanof; de la Russie restée asiatique malgré les S^ndinaveè et le chiistianisme, a la Russie se préparant à la èivlBsation européenne, sous une dynastie d^origine étrangère, Rîeû ne contribua plus ptilssaminent à l'abaissement des familles princièk^es, et au Hbre développement du priiici{)e monarctiique, que la hiéi^rchie des services actuels subétituée à des droits douteux. Cependant il eut été non moins dangereux qu'impolîtique d'annuler les distinctions, seul hé^ ritage de la plupart des ancien^ nobles; il s'agissait de les rendre dépendants du pouvoir, et de frapper d'impuissance toutes les prétentions qui chercheraient ailleurs leur point d'appui ; on ouvrit donc un nouveau registre où les noms des premières familles de l'empire furent inscrits à coté de ceux des hauts fonctionnaires, et le pas fut désormais réglé sur l'importance des emplois.
On attribue à Féodor quelques améliorations utiles : il fonda des écoles, et manifesta même Tintentiond^établir une Académie ; mais rien ne prouve
Biieus combien un ensâgnement libéral eût ëté prématuré en Russie, que les vues du prince à cet égard. Dans le plan qn^il a laissé, on punit du knout et des battogues le profeséeur qui s'écarterait de la rdigion orthodoxe. S'il paraît ait dans une opinion dédarée schismatique, il serait condamné au feu, aussi bien qnt celui qui enseignerait la magie, ou qui insulterait aux saintes images. Ce luxe de rigueurs^ dans un règlement universitaire, témoigne de la faaine du clergé russe tant de fois menacé par l'Eglise latine. Féodor mourut sans postérité ; persuadé de Tincapacité de Son frère Ivan, il avait désigné Pierre pour son successeur.