‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 9 sur 42 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Tel était Tétat de la Russie et des pays voisins, lorsque Jean IV, surnommé le Terrible, monta sur le trône. Trop jeune pour administrer, il resta pendant quelques années sous la régence de la princesse Hélène et de quelques conseillers. Parmi ces derniers, on remarquait Telennef, favori d^Hélène, et Glinski, son oncle. Des intrigues et des supplices signalèrent le commencement de ce règne. Youri, oncle de Jean, périt dans les tortures de la £aim ; Glinski, lui-même, jaloux de Telennef, fut arrêté et mis à mort. La Russie était en paix avec la Suède et b livonie; la Moldavie allait tomber sous le pouvoir de Soliman ; les Tatares Nc^^ais, ennemis des Tauriens, recherchaient l'alliatice de la Moscovie, et les Kazanais se reconnaissaient dépendants du grand prince. Les Tatares de Tauride renouvelaient firéquemment leurs excursions, et Sigisroond, roi de Pologne, essayait en vain de recouvrer les provinces qui avaient fiiit partie de la Lithuanie ; il fit alliance avec le khan de Tauride, et, secondé de ces au3dliaires> il porta la dévastation

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dan«r les provinces méridionales. Une trêve de cinq années suspendit les hostilités. Hélène profita de la tranquillité générale pour s'occuper de règlements utiles et des embellissements de la capitale; la mort la surprit au milieu de ces soins : elle était jeune encore, et sa fin prématurée fut attribuée au poison. On soupçonna de ce crime le vieux prince Schouiski. En effet, à peine la nouvelle de la mort d'Hélène fut-elle répandue, qu'il se déclara chef du gouvernement; il ordonne l'arrestation de tous ceux qui lui portaient ombrage, condamné Telennef à mourir de faim, et, secondé de son frère Jean et des deux Belzki, il réforme arbitrairement tout ce qui le gênait dans les actes de l'administration précédente. Tout à Coup Schouiski tombe malade, et meurt ; son frère Jean lui succède, non moins avide et non moins cruel. Les mœurs de cette époque ofifrènt un mélange révoltant de dissolution et de tous I s vices les plus honteux : la violence, l'amour ef* fréné des richesses, l'empoisonnement et le meurtre, déshonorent les classes lès plus élevées de la société russe, et le peuple, resté la proie commune de toutes les ambitions, de tous les instincts pervers, s'aperçoit à peine qu'il a changé de maîtres. Cependant, tous (îes désordres achèvent de le façonner à Tobéisiaùce; désormais il lui faut des chefs

impitoyables, c'est à leur rigueur qu'il reconnaîtra leur autorité. Tandis que les boyards se disputaient le pouvoir dans le conseil de régence, les Kazanais et les Tauriens ravageaient les provinces de l'empire; le système politique adopté . par Jean III n'était pas abandonné^ mais Timpéritie des boyards en entravait le développement ; cependant on s'occupa des relations internationales ; des ambassadeurs furent envoyés à Constantinople . et à Stockholm ; une paix fut signée avec la ligue hanséatique, et on renouvela l'alliance qui avait été conclue avec Astrakhan.

Belzki prit un moment les rênes du gouvernement, et quelques améliorations signalèrent son passage ; mais bientôt il succomba aous les intrigues des Schouiski^ et tout retomba dans le désordre. De tels exemples ne pouvaient qu'exercer une influence fôcheuse sur le caractère de Jean. Il avait à peine atteint sa treizième année, et déjà le tyran se révélait dans l'enfant : il se plaisait à torturer les animaux^ à pousser son cheval sur les vieillards et sur les femmes; sa féi*ocité naturelle était comme impatiente de se donner carrière ; il frémissait dans les entraves dont Schouiski l'entourait. Tout d'un coup il donne l'ordre de faire dévorer par des chiens André Schouiski; Bouterlln, pour avoir parlé

trop librement, a la langue coupée.... Gliûski et le métropolitain se hâtent d'exploiter la faveur du jeune tyran, et d'assurer leur crédit en lui désignant de nombreuses victimes.

La guerre fit diversion à tous ces .crimes de palais. En 1446, deux armées russes marchèrent sur Kazan, ravagèrent les environs, et revinrent chargées de butin. Le khan Onaleî avait péri dans une sédition; Safa-Ghireï, qui l'avait remplacé, fut obligé de s'enfuir et de céder la place à Schig-Oleï, créature des Russes ; ce dernier fut dépossédé à son tour, et Safa-Ghireï, de nouveau tnaitre du pou* ' voir, se vengea sur le parti de son rival, dont les chefs les plus influents se réfugièrent à Moscou ; c'est ainsi que se préparait de longue main la conquête définitive de Kazan .

JcSn venait d'atteindre sa dix-*buitième année ; il se fit couronner avec une grande pompe, et prit pour épouse Anastasie, qui n'avait d'autre titre à cette faveur périlleuse que ses vertus et. sa beauté. Depuis cette époque, le grand prince prit le titre de tsar, qui passa à tous les souverains de la Russie. La férocité de Jean semblait se développer avec l'âge; tout à coup il se fit dans ce caractère si sondbre une révolution extraordinaire : en moins de six semaines un double incendie avait dévoré Mos«

cou ; le magasin à poudre, le Kremlin, le» résidenccB du tsar, les dépôts d'armes, les archives, tout, jus- (ju'aux saiutes images et aux reliques, fut dévoré par les flammes. Un vent violent augmentait la fureur de l'incendie, et, changant de direction, le propageait dans tous les quartiers de la ville. Le peuple errait sans asile, et le besoin le rendait furieux ; tout à coup les habitants se rassemblent sur la plac^ du Kremlin, le bruit se répand que les Glinski sout les auteurs du désordre, et que leurs maléfice» ont attiré sur la capitale l'indignation céleste. La princesse Anne, leur mère, dit-on, a arraché les entrailles des morts, et aspergé de sang les rues de Moscou. Crédules par superstition et par haine, les T.'oscovites demandent vengeance. Youri Glinski est massacré dans la basibqué, les demeures^des favoris sont livrées au pillage, et un grand ncnnbre d'enfants boyards sont égorgés. Jean s'était réfugié dans son château de Vorabief ; une lâche crainte 8*était empacée de cette âme féroce ; tout à coup un moine, Sylvestre, paraît devant lui. Il s'avance vers le tsar, le doigt levé, et comme obéissant à une force divine ; il reproche au jeune prince tous les crimes qui avaient déjà signalé sa jeunesse, et telle est l'impression qu'il fait sur le tsar, qu'il arrache de lui la promesse d'une vie chrétienne et conforme

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itu devoirs d'un souverain. Adachef seponda puissamment le moine; tous deux eurent la gloire de suspendre^ pendant quelques années, les malheurs de ce règne désastreux. En ef^t» Jean s'oc*cupa de la réforme des abus, punit les prévarica* teurs, refondit le code de Jean III, et encouragea quelques réformes utiles dans les affaires de l'Église.

Un Saxon, nommé Scblitt, reçut h mission d'en* ' gager des étrangers instruits au service de la Russie CbarlesrQuint s'était prêté à ce projet civilisateur. Le tsar, de son côté, s'eï)gageait à soutenir l'Europe contre les Turks, et à payer annuellement deux tonnes d'or pour les frais de cette guerre. Déjà Scblitt avait réuni une centaine de savants, artistes, artisans, médecins, lorsqu'il fut arrêté à Lubeck. La bgue hanséatique aimait mieux exploiter sans concurrence le commerce de la Russie» que de voir cesser son monopole. Cependant quelques Allemands se rendirent isolément en Moscovie, et y portèrent le goût des arts de l'Europe occidentale.

La Russie commençait à sentir sa fwce sous un r^me despotique. Du côté de l'est elle était me^ sacée par des peuples que les institutions et 1^ re^ lîgion rapprochaient de l'empire d'Allemagne. Aa ind, la TauKde lui rappelait souvMit les dép|^éda«

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lions des Mongols. La Suède l'inquiétait également au nord. Elle voulut d'abord se mettre en sûreté du côté de l'orient, afin de menacer plus tard l'Europe par l'Asie. Safa-Ghireï n'était plus, Astrakhan était au pouvoir d'un khan çle Tauride qui exigeait des Russes un riche tribut. Jean résolut de frapper au cœur ces restes de la horde ; il marche sur Kazan à la tète d'une puissante armée, les pluies l'obligent à rétrograder ; mais d'abord il fixe l'emplacement de la forteresse de Sviaga ; c'est par elle qu'il tiendra les Kazanais en respect. Peu de mois après il revient sur ses pas, achève les ouvrages projetés en moins de quelques semaines, et tel est l'effroi qu'il inspire, que les tribus voisines, composées de Tschouvaches, de Mord viens et de Tçh^émis8es,accoarurent implorer sa protection. Kazan ne comptait qu'environ vingt mille défenseurs, dont quelques-uns étaient déjà gagnés par les Russes. Le tsar de Kazan n'était pas en âge de régner, et la régente laissait le pouvoir entre les mains de Katchak, son favori. Ce dernier et quelques-uns de ses partisans, furent livrés aux Russes et exécutés à Moscou \ la tsarine et son jeune fils perdirent la couronne avec la liberté, et Scbig* Oleî prit le sceptre : mais il ne tarda pas à reconnaitre combien était pesante la protection de l'étranger. Le mécontentement éclata dans la viUe^

qui refusa d'ouvrir ses portes aux voïévodes moscovites. Edigée-Makkmet se jeta dans Kazan^'s'empara de l'autorité et s'apprêta à une résistance vigoureuse. Jean tenpit à honneur de finir lui-même cette guerre; il était en paix avec la Livonie et la Pologne ; Astrakhan venait de conclure avec lui une alliance, et les Cosaques du Don, aventuriers d'origine russe, fondaient, sous sa^protection, la ville de Tcherkasse, au confluent du Don et du Volga. Jean prend congé de la tsarine, et fait son entrée à Sviaga, après une route longue et pénible. Bientôt il commence le siège « Pour la première fois les Russes déployèrent toutes les ressources de l'art contre une place forte. Les assiégés, cinq fois moins nombreux que les Russes, combattaient pour leur liberté, et le dévouement religieux doublait leur courajge. Yapantcha, prince tatare, s'était jeté dans les plaines d'Ârsk, et harcelait sans relâche l'armée enneiiiie. Jean, de son côté, ne néghgeait rien pour animer ses soldats. Pendant plusieurs jours toutes les attaques furent repousséés. Enfin, la destruction du corps de Yapantcha permit aux Russes de mieux combiner leurs attaques. L'artillerie continuait à foudroyer les remparts, qui se relevaient comme par enchantement. Les éléments semblaient combattre pour les Tatares; des torrents de pluie

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noyaient le camp dfis £.u88e$, qui attribuaient ee phénomène aux sortilèges des paysans. Enfin Tasr saut général fut livré, et les Kazanais^ malgré les efforts les plus héroïques, virent la place envahie, I

On combattit longtemps dans les rues, et les Ausses^ tout occupés du pillage, furent sur le point de voir la victoire leur échapper. Une poignée de Tatares s'oi^vrit un chemin à travers Farmée victorieuse, et tous vendirent chèrement leur vie* On dit que Jean, à la vue des corps dont la ville était jonchée, s'é* cria: « Ces infidèles sont pourtant des hommes comme nous. » Le tsar marqua l'emplacement de quelques temples chrétiens, et prit les mesures nécessaires pour assurer sa conquête. Kazan garda longtemps les moeurs orientales, et même depuis que le christia-^ nisme y domine, elle a conservé quelque chose de ce caractère asiatique qui, dans une grande partie de la Russie, a résisté aux réformes de Pierre leGrand. Le tsar rentra en triomphe dans Moscou, un fils lui était né pendant son absence, mais les acclamations du peuple allaient bientôt faire place à la crainte et au désespoir. Une maladie le mit subitement au bord du tombeau,. . . il désigna le jeune Dmitri pour son siioœsseur. Adacfaef et Sylvestre se déclarèreiït pour Yladimir, cousin du tsar. Cependant, contre tout espoir, Jfeaa le rétabbt, ipais il dissimula d'à-

bord son mécontentement : la mort dii jeyae tsarévitch l'aigrit encore ; peut-être soupçpnnaittil ses conseillers d'avoir hâté cette fin par le ppison. Dans un pèlerinage qu'il fit à Calomna, Vassian, éyéque de cette ville, eut avec lui des entretiens particu* liers^ et lui donna^ dit-on, le conseil de gouverner par lui-même, et de se soustraire au joug de ses conseillers ; on remarqua dès lors entre' Jean et Vladimir un refroidissement, précurseur de la dis*grâce d'Adachef et de Sylvestre. Cependant ses résolutions étaient encore enveloppées d'hésitation et de mystère ; il désigna pour lui succéder son second fils Jean, déclarant que, s'ily avait lieu, Vladimir serait appelé à la régence on même au trône, en cas de décès du tsarévitch.

La guerre vint &ire diversion aux sombres pen<^ sées du tsar. Il s'occupa de réduire les populations à demi sauvages qui einvironnaient Kazan, et bientôt la conquête d'Astrakhan assura la communication du Volga avec la Caspienne. Khiva, la Boukharie et les princes tcherkesses lui envoyèrent des ambassadeurs ; enfin Yedigher, dont l'autorité s'étendait sur une paitie de la Sibérie, se déclara allié et tributaire de l'einpire.

t Vers la même époque (4555)^ les Anglais, qui cherchaient un passage aux Indes à travers la mer

Glaciale, débarquèrent dans la baie de la Dvina, k l'endroit où l'on fonda depuis Arkbangel; ils se rendirent à la cour de Jean^ dont la magnificence les surprit, reçurent du prince un accueil favorable et revinrent bientôt pour dresser un traité de commerce entre les deux nations (>l). » De ce moment data l'importance commerciale de Kholmogor : les relations des Anglais .avec la Russie contribuèrent puissamment au développement de cet empire^ qui devait un jour mettre en question leur omnipotence maritime.

Les Tauriens venaient d'être assistés par Ghérémétief ; la contagion et des invasions mal concertées avaient mis les Tatares à deux doigts de leur ruine. Les Tcherkesses, de-leur côté, s'eixiy^araient au nom de la Russie, de Temrouk et de Taïnan, sur la mer d'Âzof . Les secours que les Tauriens reçurent du sulr tan ranimèrent leurs espérances; ils renouvelèrent leurs dévastations dansr la Litbuanie, offranten même temps de vendre leur alliance aux Moscovites.

L'intérêt de la Pologne et de la Russie était de se réunir contre l'ennemi Commun; mais l'ordre de Livonie, auquel portait ombrage Fagrandissement rapide de la puissance moscovite^ paralysa les dis- If) DiiiT«n«

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positions amicales des deux cours. Le tsar voulait être maître de quelques côtes sur la Baltique : ses troupes prirent INarya d'assaut^ presqu'à la vue de Kettler, dernier grand maître de Tordre. Dorpat fut réduit à capituler, et un grand nombre de villes ouvrirent leurs portes ati voïévode Schouiski. Les contrées maritimes de la Livonie et la Courlande étaient en feu jusqu'aux frontières de la Prusse et de la Lithuanie; l'Europe s'émut enfin : la Pologne, la Suède et le Danemark intervinrent en faveur de. Tordre. Jean, que menaçait une invasion des Tauriens, accorda à l'ennemi une trêve de six mois. Kettler met ce temps à profit : il court à Cracovie, conclut un traité d^alliance avec la Pologne, et taille les Russes ,en pièces auprès de Dorpat. L'empereur Ferdinand essaye en vain d'arrêter la guerre, les Russes s'emparent de Marienbourg, et Kourbskibat à six reprises différentes Furstenberg, ex -grand maître de Tordre.

Ces succès n'empêchaient pas Jean d'avoir Tceil sur les Tauriens; il les inquiétait et les resserrait de toute part, en s' attachant surtout à ne pas mécontenter les Turks» Vers cette époque mourut la tsarine Anastasie ; elle emporta dans la tombe les regrets du peuple et les dernières vertus du tsar. Un incendie Ta vait corrigé ; un autre incendie sembla le

rendte à iês emportements naturel». Sylvestre fut confiné dans nn monastère de la mer Blanche ; • Adachef reçut Tordre de ne pas sortir de Fillin, ôù bientôt après il termina ses jours. Le cercueil dé la tsariùe était à peine fermé, que J^an manifesta Tintention de se remarier. IF prit pour épouse Marie, et s'entoura de nouveaux courtisans, bien dignes d'un tel maître, et parmi lesquels figurait l'archimandrite de Tschoudof. Le récit des crimes du tsâr passe toute croyance; meurtres, mutilations, rapts, adultères, tout ce que l'imagination la plus dépravée put jamais concevoir, déshonora le trôné. La guerre se pout*suivait contre la Livonie avec un nouvel acharnement. Furstenberg, pressé dans Fillin, s'était rendu à discrétion. Le tsarJni donna le domaine de Lubim, où il termina sa carrière. Taftdis que Kettler négociait avec Sigismond, Magnus, frère de Frédéric, roi de Danemark, achetait l'évéché d'Osel, et le roi de Suède, Eric, entrait en possession de l'Esthonie. Ce partage décida du sort de la Livonie, qui fut incorporée à la Pologne en -1564. Kettler, nommé duc héréditaire de Courlande, se reconnut vassal et tributaire du roi.

Les voîévodes de 'Jean s'emparèrent de Polotsk et consetitirent à une trêve. Bientôt ils essuyèrent une défeite totale dans une bataille que leur livra

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Aadziwil. Cependant le bruit se répand que soixante mille Polonais, Lithuaniens et Allemands marchent contre Polotsk^ sous la conduite de Kourbski^ transfuge ilisse, que sa haine contre le tsar avait jeté dans les rangs ennemis ; tandis qu'au midi Devlet- Ghirei menace Moscou à là tête d'une armée formidable. Cette dernière expédition échoua devant lé courage des deux Basmanof , et celle de Polotsk n'eut d'autre résultat que le pillage et la dévastation des terres voisines.

Jean méditait de nouvelles scélératesses : tout à coup il prend une résolution étrange : suivi de ses iavoris, il abandonne Moscou et se rend à la Slabode d'Alexandrovèky. « Le peuple cherchait le mot de cette énigme, et tous, pour plus de sûreté, feignaient une grande inquiétude, lorsqu'une dépêche du tsar vint dissiper tous les doutes : les mutineries des boyards et les entraves qu'apportait le clergé à l'exécution de ses volontés, le forçaient, disait^il, à déposer le sceptre ; il conservait d'ailleurs toute sa bienveillance aux bourgeois et aux marchands. Sonpeupleétait en état de lui rendre ruse pour ruse : une députa tion, composée des grands, du clergé et des bourgeois, se rendit auprès de lui pour le supplier de garder la couroniie. Jean daigiia se laissée fléchir, mais il exigea l'établissenlent de l'Oprit*

china, espèce de garde privilégiée dont il voulait entourer sa personne. Il déclara en outre qu'un grand nombre de villes, ainsi que les dépendances de Moscou, deviendraient sa propriété particulière^ enfin ^ entre autres mesures qui annonçaient non moins sa]|méfîance que l'intention de sévir en toute sécurité, il désigna mille satellites parmi les princes, les gentilshommes et les enfents boyards, auxquels il se réservait de donner, dans certains diatricts, des fiefs dont les titulaires seraient transportés en d'autres lieux. Il se fit construire un nouveau palais entouré de remparts, et, selon l'expression de Karamzin , cette partie de la Russie et de Moscou, ce millier du tsar, cette cour nouvelle, formèrent dans leur ensemble une propriété privée de Jean, sous le nom d'Opritchina. L'administration du reste de l'empire fut confiée aux boyards ; les Russes s'inclinèrent, et la nouvelle organisation fut proclamée : ce fut le signal de nouveaux massacres. Quand on décrit le règne de Jean, il faut bien se résigner à particulariser quelques crimes, de peur qu'on n'aille lui faire honneur d'une cruauté banale. Un prince, Alexandre Schouiski, ■ fut décapité avec soii jeune fils, Pierre, âgé de dix-sept ans. Ce pieux adolescent voulait être exécuté avant son père^ mais le prince l'ayant supplié de lui épargner la douleur de

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le voir mourir le premier, il eut le^ courage d'attendre : couvert de sang, il prit la tête de son père entre ses mains, la couvrit de baisers et subit le supplice sans se plaindre. Environ douze mille propriétaires furent dépossédés; et chassés de chez eux pour enrichir les opritchniks. On peut aisément se figurer quel était le sort des paysans qui devaient satisfaire aux exactions de ces hommes de proie. Les gardes du corps du tsar portaient à leurs selles des têtes de chiens et des balais^ comme pour indiquer que leur mission était de mordre etde déblayer. Jean déshonorait l'Eglise comme le sceptre. Il transforma son repaire d'Alexandrovsky en un monastère dont il se constitua Tabbé , assignant à ses favoris les emplois de trésorier et de sacristain. Le matin était consacré aux exercices d'une piété grotesque ; redevenu souverain et bourreau ^ il prenait son re:* pas^ sommeillait ou se rendait dans les. prisons poui s'y repaître des plus cruelles tortures. Le clergé, les nobles portaient toujours ombrage à sa tyrannie; il exigea du métropolitain le serment de ne se mêler en rien de ce qui regardait l'Opritchina. Quelquefois, pour frapper les grands de stupeur, il les accusait' de conspirations, de sortilèges : c'est ainsi que le boyardFéodorof, dénoncé comme ayant voulu usurper la couronne, fut placé sur le trône,

IM HÈYOtUTÎONS

lé sceptre tn main ; salué par le grand prince, il reçut de lui le coup mortel. Un prince Tchéniatef fut grillé vif dans un poêle, après qu'on lui eut enfoncé des aiguilles sous les ongles ; le trésorier Tutin, avec ses quatre enfents, fut haché par morceaux. Le rapt des filles et des femmes qui avaient le malheur d'être belles, la spoliation ou la mort de ceux qui passaient pour riches, l'exil ou Temprisonnement des métropolitains qui osaient blâmer tant d'horreurs, le massacre de populations entières, tels sont les actes que Ton rencontre à chaque instant dans les annales de ce règne. On eût dit qûè Jean s'était imposé la tâche de faire bénir le despotisme de ses successeurs, en les mettant dansl'impbssibitité d'égaler ses crimes (4). Ce qui prouve que lean était féroce sans sortir des conditions de sa nature, t5*est quHl n'en était pas moins attentif à la politique extérieure. Sigismondlui offrit de joindre leurs forces pour expulser les Suédois de FEsthonfe. Le tsar convoqua extraordinairement un con- ^il général composé du haut clergé, des boyards, des fonctionnaires, des marchands et des bourgeois^ il avait eu la fantaisie de leur soumettre ce traité qai fut approuvé sans objection, puis après avoir

(4) CniTers, tiisUÂré de Jltt<tt>.

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levé une armée, il iNetourna brusquement dans, sa capitale, comme s'il eût voulu prouver aux représentants de toute la Russie, que sa volonté se trouvait à Tétroit dès qu'elle était confirmée par le vœu général. Une trêve suivit bientôt cette étrange manifestation.

Jean venait de détrôner son frère Éric, qui avait succédé à Gustave-Vasa. Le tsar crut la circonstance fëvorable pour chasser les Suédois de la Livonîe.

Selim voyait kvec inquiétude la puissance de la Tauride décroître ; cette barrière une fois détruite, il prévoyait que, dans un avenir prochain, les mafaométans et les Russes se rencontreraient au nord de la t!aspién{iè et de la ilier Noire : comprenant la nécessité de leur feriner TAsie du côté de l'est, il conçut îe projet de Joindre le Volga au Don par un C^nal et d*envoyer des flottilles jusqu'à Astrakhan, pour détruire dans ces contrées l'influence et les établissements des Moscovites. Mais l'incendie d'Âzof et des bâtiments qui étaient dans le port Fempêcha d'exécuter cette vaste entreprise.

Les avantages que la Russie doit à sa position géographique se fécondaient pour ainsi dire d'euxmêmes : du côté de l'occident, il lui suffisait d'at-

tendre, pour compenser les défaites ou pour utiliser

arrêt vous parait-il juste ? Et le peuple répond par des acclamations* L'eau bouillante, la hache et touf les genres de torture varièrent ce spectacle atroce } le prince lui-*niême ne rougit pas de faire Tof*^ fîce de bourreau. La fille de Founikof poussait des cris déchirants en invoquant son père qui venait de périr arrosé alternativement d'eau bouillante ou glacée; déjà Jean l'avait désignée à la hache, lorsque, par un raffinement de cruauté, il en fit la concubine de son fils. Le meurtre succédait au meurtre, et le nombre des crimes semblait défier la puissance des remords; quelquefois Jean trouvait le secret d'ajouter à la cruauté par le cynisme de ses railleries. Le voîévode de Golokhvastof avait pris le froc pour échapper à la proscription, Jean le Ml sauter en l'air sur un ba-^ ril de poudre, en disant que les cénobites étaient des anges qui devaient s'envoler au ciel. Une jeune et belle femme fut violée et pendue en présence de son mari. Au miheu de la stupeur générale, le palais du tsar retentissait des cris de Tivresse et de l'orgie. Les courtisans s'amusaient à lâcher des ours contre les passants ; cependant ils étaient loin d'être eux-mêmes sans inquiétude. Un des bouffons, qui avait la tâche difficile de foire rirele tyran^ fiit arrosé d'un breuvage bouillant par le prince qui Vach^ya

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d'un coup de Gcmteau, Un Titof remercia son matere de s'être contenté de lui couper une ordlle. Plua d'une fois, en sortant de table» Jlean s'élança à cheval pour aller massacrer les prisonniers : un jour, dit* on, il en tua cent de sa main*.. Aux saturnales de la tyrannie^ vinrent se joindre d'autres fléaux ; la £amine et la peste semblaient travailler, de concert avec le tsar, à dépeupler cette terre d'esclavage.

Jean careslait le projet de foire de la Livonie un Ëtat particulier sous la dépendance de la Russie : Farstenberg refusa cette couronne, et le duc de Courlande déclina la même proposition. Magnus, liuquel appartenait l'île d'Ôsel , se prêta aux vues du tsar; il se rendit à sa cour et partit à la tête d'une armée russe pour aller feire le siège de Revel. Le mauvais succès de cette entreprise le dégoûta de l'allianoe russe, et il retourna daos son fief.

La Turquie devenait menaçante ; eUe exigeait, outre la cession d'Astrakhan et de Kazan, un tribut considérable. D'un autre côté, Selim réclamait de Sigismond la ville de Kief . Jean se trouvait à Ser* poukhof avec ses opiitobniks. Tout à coup Devkt* Ghirel, qtii avait £ait un détour, parait devant cette résidence à la tête de qsnt mille cavaliers. Le ter** rlble Jiwa prit auMÎIât la fuite, kissant sa capitale exposée à tous les dangers de l'invasion. Li^jottr dll

iOê RÉVOLUTIONS

rÂscension 4574 , le khan attaqua la ville, où il fit mettre le feu. En peu d'instants l'incendie, propagépar un vent impétueux, eut dé voré Moscou . Le Kremlin seul était debout. Cent vingt mille soldats ou citoyens, sans compter les eiifents et les femmes, «vaîeat péri, étouffés par lès flammes ou écrasés sous les décombres; la perte totale de tous ceux qui étaient venus chercher un refuge dans Moscou a été portée à huit cent mille âmes. Devlet-Ghirdi reprit la route de sa capitale, emmenant plus de cent mille captifs* Bientôt il expédia au tsar l'ordre de lui faire immédiatement la remise de Kazan et d'Astrakhan. Jean promit tout, et se montra aussi lâche envers l'ennemi qu'on l'avait vu cruel à l'égard de ses sujets. Au milieu du deuil de l'empire, il eut la fantaisie de former de nouveaux liens : deux mille filles, choisies dans toutes les provinces et sans autre distinction que leur beauté, durent comparaître devant le satrape. Après quelques épreuves qui fbiit juger peu favorablement des mœurs de ce temps, le choix du tsar tomba sur MarphaSabakin, fille d'un marchand de^tovgorod, mais elle ne survécut que peu de temps à la cérémonie de l'hymen. La rage du prince en redoubla, et de nouveaux supplices solennisèrent les funérailles de la tsarine.

L'armée russe venait de se rassembler à Dorpat et à Oréchek, pour attaquer à la fois la Finlande et l'Esthonie. Jean s^était rendu lui-même à Novgorod, mais tous ses apprêts n'aboutirent qu'à la prolongation de la trêve , et il retourna à Moscou, où il donna un scandale d'un nouveau genre. n déclara, qu'il épouserait Anne Koltovskoï, et qu'île se passerait de la bénédiction épiscopale ; toutefois il se ravisa, et se soumit à cette formalité plutôt par caprice que par remords.

Le khan de Tauride s'apprêtait à une nouvelle invasion ; Jean partit aussitôt pour Novgorod, se faisant précéder de tous ses trésors. Vorotinsky fut chargé de tenir tête aux Tatars. Le khan avait déjà passé rOka, lorsque le brave voïévode marche à sa rencontre et l'atteint sur les bords du Rojaï ; la victoire resta longtemps indécise. Yorotinsky la fixa par une manœuvre habile ; Moscou respira ; toute la Russie méridionale échappait au joug. Jean cintra triomphant dans sa capitale.

La guerre contre la Suède se poursuivait avec vigueur, c'était une rude école pour l'armée russe. Cinquante Suédois se défendirent dans le fDrt de Wittenstein ; Jean faisait brûler les prisonniers, mais ennuyé de ces lenteurs, il retourne à Novgorod. Le général Àckesson défait seize mille Russes avec deux

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mille Suédoîsr. Cet écKec rendit le tsar plus accommodant, et il passa rapidement des prétentions les plus arrogantes, à des ouvertures toutes pacifiques. Une nouvelle défaite des Russes à Pernau permit aux Suédois de traiter sur un pied d'égalité. Pendant les négociations, on célébra, à Moscou, les noces de Magnus avec Marie, fille de Vladimir ; Vavarice de Jean força le jeune prince à s'éloigper de la Russie dans lé dénûment le plus complet. '

Vers cette époque (1573), s'ouvrit à Varsovie une diète pour l'élection d'un roi. Parmi les concurrents, on distinguait Ernest, fils de l'empereur Maximilien, Henri d'Anjou, frère de Charles IX, le roi de Suède et son fils Sigismond, et Jean, tsar de Moscovie. Ce dernier avait, dit-on, quelques chances, mais il commença par exiger la restitution de la Livonie et de Kief : pour toute réponse, on le raya de la liste des prétendants. La politique russe essaya alors d'appuyer Ernest et d'af&iblir le parti du duc d'Anjou, que l'alliance de la France avec la Porte pouvait rendre dangereux pour la Moscovie. Montluc parvint à &ire triompher le parti français, et ce dénoûment rapprocha l'Au-» triche de la pphtique moscovite. Tout à coup ^ mort de Charles IX vint donner une nonvelle fe^e a^ma^Ëûfes, Hegm déserta le trotte de Pologne poijur

DES PSUPU^ Bn VOKD. 2QS

aUer «'atseoir sur celui de Frauce, et le3 intrigue^ recommeucèrent ; enfiu la diète partagea ses vote» entre l'empereur et Etienne Bathori, *duc de Tran* sylvanie. Ce dernier ne tarda pas à se trouver seul maître de la couronne par la mort de Maximilieu, Le tsar se mit en caïqpagne ; il échoua d'abord devant Revel, et Tannée suivante, 1 578, il eut quelques succès dans la livonie méridionale. Oesoncôté^ MagBUS, oubliant qu'il n'était plus que l'instrument du tsar, lui fit dire de ne point inquiéter le pays. En même temps il entretenait des relations avec le duc de Gourlande, et négociait avec Bathori. Jean marche sans tarder sur Yenden, où commandait Magnus ; il somme le transfuge de comparaître de^ vaut lui ; le prince n'o*se désobéir, mais la place refuse de se rendre ; les Livoniens mettent le feu aux poudres et s'ensevelissent sous leurs ruines, Ces suc* cès^ fisicilesdans une contrée dégarnie de défenseurs, enflaient l'orgueil du tsar, qui traitait avec Batho^ ri comme un suzerain l'eût &it avec son vassal. Les services les plus signalés n'étaient point à l'abri de sa vindicte caprideuse : le sauveur de Moscou, Vo-* rotinski, fut brûlé vif sous les yeux de Jean, quji attisait lui-même les charbons. La tsarine s'était réfugiée dans un cloître. Jean se remaria une cin«* quièroe fois avec Anne YassiltchîJtof , qui mourut

peu de temps après^ et une sixième à YassUissa Melentiof . Pour toute cérémonie^ il se contenta de la bénédiction de son confesseur.

Rodolphe avait succédé à Maximilien : lé tsar fit proposer au nouvel empereur de joindre leurs forces contre la Pologne pour attaquer eqSuite les Turks ; cette proposition fut éludée ; alors Jean conclut une trêve de quinze années avec le Danemark. LesTauriens menaçaient la Lithuanie, maisBathori les éloigna en leur payant une somme considérable; en même temps le roi de Pologne négociait avec Jean^ et ses plénipotentiaires avaient signé une trêve de trois années, lorsqu'on s'aperçut que l'acte portait une surcharge frauduleuse intercalée par la chancellerierusse : elle portait que le roi renoncerait à ses prétentions sur la Livonie. La guerre prenait un tour défavorable pour les Moscovites; les Suédois et les Lithuaniens les pressaient vivement, s'empa» rant des places fortes^ et Magnus venait de se mettre sous la protection de Bathori. Sous les murs . de Venden, les Polonais, réunis aux Suédois, culbutèrent vingt mille Russes, mais en s'emparant des batteries, ils virent avec étonnement que tous les canonniers s'étaient pendus à leurs pièces. Il ne manquait à de tels soldats qu'une bonne discipline et des capitaines. Bathori sut profiter de ses atan-

tages; sans se laisser prendre aux supplications de Jean, il intéressa à sa cause le pape, le sultan et Télecteur de Brandebourg } il fit un traité offensif avec le roi de Suède, et acheta la participation du khan de Crimée. Le Danemark, sans se prononcer ouvertement, penchait également eh faveur des Polonais : la lutte prenait un caractère sérieux, et le génie des deux princes Ëetisait prévoir aisément quelle en serait l'issue. Bathori commandait à une armée composée de peuples différents, mais pleine de confiance dans son chef, dont Textérieur et les discours annonçaient la noblesse et la grandeur d'âme; enpaysconquiSvSes troupes observaient une discipline sévère^ tandis que le pillage et la dévastation marquf^ent le. passage des Ausse», Ënfin^ ^atrecç^ deux pv^xp.^ il v, avait toute la distance iqui sèpoope le courage de la férodjcé. La marche de Bathori fyct, une suite de trion^phes : il emporta Polotsky fit tout plier. devan,t lui de Seversk à St^odoub^ et désola les environs de Smolensk* |Le ncutuvais temps suspendit les hostUités. X^'année suivante, ^JE^athori rentm en Rvssie^ V^^^ .Yeliki'LQukîet bat Jps. Baisses près de Toropetz. Ia prise de BeveJ.et d^ quelque^ autres, plaœs fortes termina cette jpampagne. . ,

Pendant que je roi se rendait à la diète pour :y

206 BÉVOLtmONS

drenre compte de ce qu'il avait hit et préparer ce qu^i! lui resl»it à feire, ses généraux poursuivaient la guerre dans le Nord. Jean écrivait à ses voïévodes d'àgir selon leurs inspirations, leur laissant ainsi toute la responsabilité des événements. C4omme pour s*é* tourdir, il célébrait les noces de son second fils Féodor, avec Irène, sœur de son fevori Boris Godounof) qui jetait alors en silence les fondements de sa gran* deur future. A cette même époque, Jean contracta un septième mariage avec Marie Nagoi. Bathori refusait de traiter avant l'évacuation entière dfe la Livonie par les MoscoTités ; les ambassadeurs du tsar avaient ordre de montrer la plus grande humilité et de supporter les injures et même lescoups ; mais les exigences de son rival croissaient en même temps que sa honte. Bathori se piiépéfl*àit à une nouvelle invasion, loréquc Ite pape Grégoire XIII, le 'même q*i avait fait illuminer Rome à là nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemi , (crut l'oocasion fevorable pour imposer au tsar la réunion des Eglises' grecque et latine. Jean ne se disait aucun scrupule de tout prômettrt, mais Batfaërl représenta ati pape combien il serait dangereux de séHer^iik prôlHeésihs de ce monarque, et se chargea lui-iiiêmè de négocier avec l'épée. Le roi fit investir Pskof , où les Russes Se défendirentàvecun courage opiniâtre', tendis que les

DES ^EtPtSS DU NORD. 207

Suédois s^emparaientde Habsalet deNarva. laGardie pénétra dans le territoire de l'ancienne Russie, et inspira une si grande terreur aux Kusses^ qu'ils instituèrent des prières pour deniander au Ciel qu'il les préservât d'un si terrible ennemi. Jean était comme paralysé par la crainte :. il mettait tout sou espoir dans le jésuite Possevin, envoyé du pape, qyi se trouvait au camp de Bathori. Ce négociateur écrivait au tsar que le roi était toujours disposé à accorder la paix, mais qu'il y mettait pour condition que les Russes abandonneraient la Livonie ; les plénipotentiaires de Jean furent enfin contraints de céder. On conclut une trêve de dix années^ dont tous les avantages furent pour la Pologne, Tandis

quele tsar faisait si bon marché de l'honneur russe.

le tsarévitch Jean essaya de relever le courage des troupes, et manifesta rinten^on d'aller au secours des Pskoviens. H va trouver son père et lui conir munique ce dessein. « Tu veuj^ donc me détrôner! » s*écrie Jean, et il lui porte sur la têteuncpup violent d'un bâton ferré; Je jeune prince tomba baigné dans son çang. ; . Cependant les entrailles du tyran s émurent, et cp spectficle lui arracha des larmes. Le tsarévitch lui baisait lea mains et protestai! en expirant de sa fidélité ; tous ks secours de l'art furent impuissants, les blessures que faisaient Jean

20$ BÉYOLUTIONS

étaient mortelles. Pendant quelque temps on crut que Ténormité du crime opérerait dans son caractère un changement favorable, tel que <îelui dont la Russie avait eu l'exemple lors de la faveur de Sylvestre et d' Adachef ; mais bientôt il étouffa ses remords, et déploya même une grande sagacité dans les conférences qu'il eut avec Possevin , au sujet d'une^alliance entre la Russie et la Pologne, contre le khan de Crimée, et surtout dans les conférences relatives à la réunion des deux Églises, discussions où échoua toute la subtilité du légat.

La Livonie venait d'échapper au tsar, mais un nouveau monde s'ajoutait aux frontières orientales de la Moscovie. La Sibérie, avec ses forêts

profondes, ses rivières poissonneuses, ses riches fourrures et ses métaux précieux, reconnut la souveraineté de Jean IV. Si l'on ajoute foi à quelques chroniques, Ivak, mahométan de la tribu des Nogaïs, gouvernait sur les bords de la rivière d'Ischim des hordes de Tatars, d'Ostiaks et de Vogoulitches; il fut détrôné par un chef nommé Genghis, qui envoya Taïbouga, fils du prince dépossédé, faire là conquête des pays arrosés par l'Irtisch et l'Obi, où ce jeune guerrier fonda la principauté de Sibérie. Parmi les princes qui se succédèrent, on-cite Mahmet, qui fonda la ville de Sibir, sur Vlçtisch;

Edigher, tributaire de la Russie^ et Koutchoun, premier tsar de Sibérie. Il paraît que les Nogais d'Ischim , réunis à ceux de Tumèn, ne prirent possession des bouches du Tobol que vers le seizième siècle. Les rapports parvenus eni Russie sur ces contrées lointaines avaient excité la curiosité de Jean. En 1567, deux Cosaques avaient parcouru le pays compris entre le lac Baïkal et la mer de Corée, et visité toutes les tribus de la Mcmgolie orientale et occidentale; ils avaient même pénétré jusqu'à Pékin. Les Tatares de Sibérie étaient déjà tributaires d estsars russes, mais ik se montraient peu scrupuleux sur l'exécution des traités, et ils inquiétaient même dans leurs excursions le territoire de la grande Permie. Depuis longtemps des colons russes s'étaient établis . entre la Dvina et la Kama pour y faire le cdminercé lucratif des pelleteries avec les peuplades sauvages des environs : parmi ces colonSj on remarquait lés deux frères Jacques et Grégoire Strogonof . Jean les fit venir, leur ac^corda d'importantes Cessions en terres, leur pei^ mit de construire des forts et d^entretenir à leurs firais des troupes pour assurer la sécurité dé leurs établissements. En 4572, ils étaient déjà assez puissants pour apaiser une révolte des Tchéré-

misses, des Ostiaks et des Baschkirs. bientôt les in. ^^

^tirageiBof portèrent leprn vjjçs p^f Jp^n, I^qW^ pir les troupe d? ÎÇ^oiitchçajft, pqftcç 4p 3itt^, i]U ^olUcitéreiit §t obt^nrep^ 4t) t^sF l'^utpnfiitit^ de tm ^rtifier sijp Iq Tobo}, e% ^ ftirg )? guçf^ pour ïeuf (ÇQpiptp. fl J§yr é^ij pisyipifi «n çmjrç d'expleitw le§ mum df feip, d'çt^jf», 4e plopfib çj de BQnfip« qi|§ 1« 8p\ pau^rçit leur (rffriJ?- Bès )iiff il leur fut possible dp pçflu: ip«F« e<¥pft» W^W^riçi^

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qne§ «utre». Simépu StrpgQBof, qui ftvf j}. fwpcédé I»

$ep deux frères, l§uir ê| prppQsçr 4'çia}xer ^ so|i ger- YÏfie ppur défendrp Iq grande PepipiQ CQpi|Fe les 'mGWÇf tJQus des b^rbare^. I^ep Cp^q^eit ^ccep^rent, défi-; rent pluàau»! ^i» lei Uoi^ef vpisin^s, et grqs f irei^(

ve^^% çBftibf qu'ilsacbetnîent au:i Plpgaî^, Pè& lor^ ^ lea3trpgoiiQ||tiuioAGèrôat une «pédjjâowçojxtite Ift

$ibéri§. lermak orgwi» » pçtit« arwéç^ çboijiH ILolti^ci pour ^9 UeuteMi^. et §'e8»barq^». ? v Ifls

TcbouiijQYaïa m i^4 , À p^ne le^Cpsa^ue^ s'ét^ie^ta il« élôignét, qufs 1^ piinq? d« Sibé^îç, ^ 1* têtç dft «omteeyMs, le iota |ur U» établÎMcmenU

DES PG;UPUS pu NORD. ti\

russes, les détruisit ei^ partie^ et se mit à la poursuite d'Iem^ak. Ce guerrier, dont le merveilleux a grossi la reuommép, repionte le pays jqscju'à l'Oural; y pavigfie dans plusieurs autres rivières,' et, après quelques eng^enients avec les troupes de Koutchoun, il gagne une grande bataille, et se fraye une route jusqu'à l'embouchure du Tobol; une seconde victoire décida de la domination des J^nsses depuis rOural jusqu'aux rives 4e l'Obi et du Tptol; et la ville d'Isker (Sibir) ouvrit ses porte$ an brave Cosaque, qui se reposa jusqu^au printenops. Dès que la saison le peripit, il se porta vers le campegient des Ostiaks et des Yogouls de la Kouda. Vainqueur de tous les obstacles , lermak imposa un chef aux tribus de l'Oby, ^t reprit la route d'Uker. De là, il fît ponnaitre le résultat de son expédjition au tsar et aux Strogonof. Jpan envoya cinq cents strélitz pour fortifier l'armée de Sibérie ; mais le scorbut en détruisit une bonne partie ; l'hiver amena la famine, et la trahison d'un mourza; nonjtnjp iÇarat^dia, mit les Russes à deiix doigta de leur perte. Ils sortent de leurs retranchements, tombent sur le^ Tatares endormis, et les forcent à s'éloigner. I^f^mak n'ayajt plus qu'une faible troupe; il entreprit de poursuivre Karatcha en remojdtant l'Irtisch, battit les ennemis, prit quelques bourgades, et ne

s'arrêta qu'au désert. Déjà les marchands de la Boukharie se rendaient à Isker pour y échanger contre des pelleteries les produits de l'Orient; lermak apprend que Koutchoun interceptait leur marche dans le désert du Vagai; il part pour le combattre; mais n'ayant pu le rencontrer, il s'arrête à l'endroit où VIrtisch se divise en deux branches; là, le Cosaque s'abandonne au sommeil avec ses compagnons. Les ennemis fondent sur les Russes et les massacrent ; deux d'entre eux échappent seuls à la mort : l'un va porter à Isker la nouvelle de ce dé^stre; le second, c'était lermak, lutte seul contre le nombre, se précipite tout armé dans l'Irtisch, et trouve la mort dans ses vagues profondes. Sa mémoire est restée célèbre en Russie^ et les chants nationaux retracent, avec les exagérations de la poésie, son courage chevaleresque, sa piété et sa tempérance, vertu assez rare dans un Cosaque. Les Russes, découragés par la mort de leur chef, quittèrent leur conquête, et Koutchoun rentra dans sa capitale ; mais les travaux de cette poignée d'aventuriers ne resteront pas stériles, et le règne suivant ouvrira aux Russes les trésoré de cette vaste contrée (i). Jean profita de la trêve avec la Pologne pour attaquer lès Suédois ; il comptait sur le concours

'1) Karamxin.

de Batfaori; mais le roi, retenu par une diète ora* geuse, ne put agir en temps utile^ et le tsar signa . un armistice, qui laissait quelques places au pouvoir de l'ennemi. Sur ces entrefaites, la tsarine mit au monde un fils nommé Dmitri, ce qui n'empêcha pas le tsar de . &ire demander la main d'une

nièce de la reine d'Angleterre ; cette saillie matrimoniale n'eut pas de suite.

Les excès avaient miné le tempérament de Jean ; superstitieux comme Louis XI, il regarda conune le présage de sa fin une comète qui parut eh i 584 . Les devins avaient osé pronostiquer la mort 4u tsar; il dicta son testament, désigna pour successeur le tsarévisch Féodor, et lui donna pour conseil les boyards Schouiski, Mstislavski, Yourief , Boris Godounof et Belzki. Les derniers moments de Jean n'altérèrent en rien la lucidité de sou esprit ; aux conseils qu'il donnait ^ son fils, un étranger eût pu croire que le moribond connaissait tout le prix de la sagesse et de la vertu; mais à peine sentait-il quelque an^élioration dans son état, qu'il retombait dans les habitudes de toute sa vie. Il se faisait porter dans les salles où Ton gardait ses trésors, et semblait prendre congé de toutes ses richesses. On dit même que sa belle-fille, s'étant approchée de son lity fut obligée de s'éloigner, épouvantée de sa

norable pour une mémoire à jamais flétrie, prouve que le peuple n'a pas même osé se montrer juste devant un tombeau (1).

L'héritier de Jean, le jeune Féodor, d'un caractère doux et £eiible, fut salué avec enthousiasme par la multitude. Le commencement de son règne ressemblait à l'affaissement qui suit une crise violente ; on se demandait quel serait celui des cinq conseillers désignés par Jean qui régnerait sous le nom de Féodor ; mais Godounof résolut bientôt cette question. Schouiski n'avait qu'une réputation militaire; Joûrief, frère d'Ânastasie, rappelait. les vertus de la tsarine ; Mistislavki se recommandait par uu nom illustre, et la faveur de Je§n pesait sur Belzki comme un grave reproche. Le bruit s'était répandu que Schouiski voulait faire périr le jeune tsar pour placer Godounof sur le trône : à cette nouvelle, le peuple court au KremUn et demande à grands cris qu'on lui hvre Belzki, qu'il regardait sans doute comme capable d'un tel attentat. Cepen* dant il se contenta de son exil. Godounof pressentit qu'on voulait le perdre, il s'empara d'abord de Tes» prit de son beau-frère, qui le combla des plus insignes faveurs ; mais il justifia toutes ces distinctions par son mérite ; et les boyards, intimidés par sa fer^

(4) .Hifloire ie Xiifi<0 par J. Gbopin.

DES peuple!; dit Kohd. ï\i

mune. H institua où réorganisa sur une basé ineilleurfe les khèteSj ou collèges qui portaient lès déhominations de cours des ambassades^ dé la guerre, des domaines et de Kazan. Il fonda quelques écoles et protégea les étrangers. U aimait les discussions théologiques et faisait de fréquentes citations qu'il interprétait d'une' manière subtile et captieuse. On lui doit des règlements sur les différents degrés de juridiction et sur la hiérarchie des dignitaires ; il introduisit quelques améliorations dans le service militaire, et init en campagne des armées plus nombreuses qu'aucun de ses prédécesseurs ; enfin, il cbmpléia le code civil promulgué par son aïeul, et punit sévèr&nent les concussionnaires, n'excusant les dilapidations et les crimes que lorsqu'ils semblaient descendre de son autorité. Quoique bigot à là manière de Louis ,XI, il mit des entraves à l'àvidité du clergé, lui interdit l'achat de biens inimeubks sans la sanction du souverain, et lui iipposa dès règlements qui feraient honneur à un bon prince. Tous les contrastes de cette nature extraordinaire, où toutefois le bien s'efface sous 1 énormité da mal, composent de Jean IV un être à part, qui résume tous ks crimes aes tetnps barbares et ceui des empires dégénères, des Sujets te désignèrent sous le nom de Jean ie Terribtti itinh tk mfào'Ùï, tf(^ h6-

norable pour une mémoire à jamais flétrie, prouve que le peuple n'a pas même osé se montrer juste devant un tombeau (1).

L'héritier de Jean, le jeune Féodor, d'un caractère doux et faible, fut salué avec enthousiasme par la multitude. Le commencement de son règne ressemblait à l'affaissement qui sijit une crise violente ; on se demandait quel serait celui des cinq conseillers désignés par Jean qui régnerait sous le nom de Féodor; mais Godounof résolût bientôt cette question. Schouiski n'avait qu'une réputation mihtaire; Joûrief, frère d'Ânastasie, rappelait, les veilus de la tsarine ; Mistislavki se recommandait par un nom illustre, et là fieiveur de Je§n pesait sur Belzki comme un grave reproche. Le bruit s'était répandu que Schouiski voulait faire périr le jeune tsar pour placer Godounof sur le trône : à cette nouvelle, le peuple court au Kremtin et demande à grands cris qu'on lui livre Belzki, qu'il regardait sans doute commecapable d'un tel attentat. Cepen* dant il se contenta de son exil. Godounof pressentit qu'on voulait le perdre, il s'empara d'abord del'es» prit de son beau-frère, qui le combla des plus insignes faveurs ; mais il justifia toutes ces distinctions par son mérite ; et les boyards, intinoddés par sa fer*

(4 ) .Hisfoire de Buitie pir I . Chopin.

DES PEUPLES 1)U NORD. 2il

meté ou séduits par ses lai^esses et ses manières insinuantes, plièrent devant son autorité. Il étendait sa sollicitude sur toutes les branches de l'administration san^ négliger la politique extérieure : ses voîévodes achevèrent la conquête de la Sibérie, et fondèrent les villes de Tumen et de Tobolsk. Des colon| furent envoyés dans ces contrées, dont la culture constitua pour la Russie la véritable possession. Une conspiration Mûit raci verser Godour. nof. Mistislavski, qui en était Tâme, fut obligé de se faire moine. Le régent fit la paix avec la Suède, et tout en négociant avec Bathori, il se itf^agea Fappui de l'empereur en cas de rupture. La Géorgie, menacée par les Musulmans, venait de se déclarer tributaire de la Russie : Godounof la prit sous sa protection, au risque de mécontenter les Turks ; mais en même temps il mit la Perse dans ses intérêts. La Russie prospérait sous l'œil vigilant de Boris ; mais ses ennemis ne s'en montraient que plus ardents à le précipiter du pouvoir ; ils voyaient avec jalousie un favori d'origine tatare recevoir les ambassadeurs dans son propre palais, et plus maître que le tsar lui-même, se tenir si près du trône, qu'il semblait ne dépendre que de lui de s'y placer. Le clergé exerçait une grande influence sur Féodor ; les mécontents essayèrent de tou]:n!pr contre Godounof

M* tiÉVOLttldl^S

Textrêiiië dévotîoh dû jetinê mohârqUe ; oii lui fit eiitendre que là taisôn d^Etat exigeait qu'il répudiât Irène qui né lui avait pas encore donné d'héritier. Le ihétrôpolitain Denis conduisait cette iiitrigiife, mairf Gtfdhtiiiôf, averti à teiiips, détoUriia le fcoiip* Bientôt, vtiyànt que la douceur né désar-^ mëf*2(it jamais là haine, il prit le parti dé sévir, ef ùiië fois entré daiis cette vdîé, il lui fut difficile dé sMrrêtcr. André et Jeaîi Sbhouiski périrent en -prison; un grand nombre dé gfentilhoilinîëè et de riches tnarchatids subirent la peine dfe l'éxil ; quelques-uns eussent là tête tranchée suf» là place publique. Marie, veuve de Màgnus, avait été inandée à Moscou avec sa fllle Ëudôxie ; elle nr'y trouva que ralternative de la plrison ou d'uii couvent ; elle prit lè voilé, et bientôt après elle perdit sa fille, dont la âiort né fut pas regardée comme naturelle.

La mort de Ëàthori, arrivée en 1586, délivra la ftùèsié d'ujni rival redoutable ; les compétiteurs sérieux qui prétendaient à là couronne étaient le prince. de l'ransylvanie, frère dË'tienne ; Maximilién d^Autriche ; Sigismond, frère du roi de Suède, et le tfer dé Aùssié* Le parti de Féodor était appuyé . par le primat de Griesne, et peut-être Feût-il emporté, si de jpàrt et d^àutre on eût émis des conditions rfïôini exclusives. Lés diètes d'élection offrirent une

DES PEUPLES DD NORD, i\i

ùianifeètaiion sincère et franche des tendances politiques des diverses cours ; les Polonais exigèrent que Péodor, en prenant la couronne, fît de ses États une annexe, de leur pays. De son côté, Godounof, qui stipulait au nom du tsar, laissait entrevoir le projet de réunir la Lithuàtiie à k Russie orientale ; la question teligiéuse présentait un obstacle nbn hioins difficile à lever, de sorte qiie Féodor rie j^tit Jprofiter de ses avantages. Le prince de Suède rempoirta, ef les envoyés de Godounof signèrent avec le sénat une trêve de quinze années ; cependant le nouveau roi Sigismond avait pris avec 2amoïski l'engagement de s'unir avec le roi de Suède, son jpère, pour s'emparer dé Moscou, oii du moins de Smolensk et de Kief , tandis que l'on pousserait vivement la guerre datis les pf'oviilces Cèritraléè dé l'empire. Les Suédois devaient ruiner leè établissements de commerce que possédaient lefe Russes datis leè mers du Nord. L^empereur feisait fôns succès la gUerrè cotxtre leis Polonais ; un péril commun le rapprocha momentanément dé Godouiiof , mais Zanioiski ayant battu et fait prisonnier Htaiimilien, l'empereur se vit forcé de renoncer & toutes ses prétentions pour obtenir la liberté de ibâ&èrè.

f Ccpéûdânt lé khail de Crimée s'êtâif jeté int lé

territoire lithuanien ; Gôdounof profita de cette diversion pour se déclarer contre la Suède : il mit en campagne une armée formidable, dont Féodor prit le commandement, et ses voîévodes ravagèrent r£sthonie jusqu'à Revel, et la Finlande jusque sous les murs d'Âbo. Déjà les Russes commençaient à lutter avec moins de désavantage ; ils achetaient chèrement leur expérience militaire, mais le nombre leur assurait quelquefois l'avantage ! dans cette campagne, ils s'emparèrent de presque toute la Carélie .

Peu de temps après, une trêve fut conclue entre la Russie et la Pologne; elle portait, entre autres stipulations, que les Suédois cesseraient la guerre.

<i (jîodounof touchait à l'apogée de sa grandeur ; il étabht en Russie une nouvelle dignité ecclésiastique, celle de patriarche, qui fut détruite un siècle plus tard par Pierre P'. Le métropolitain Job en fu^ revêtu, c'était un appui que le régent se ménageait à tout événement, car déjà il marchait ver$ le pouvoir suprême à front découvert. L'état valétudinaire du tsar l'effrayait ; si Féodor venait à mourir, Irène passait du trône dans un couvent, et Dmitri ceignait la couronne : il n'y avait réellement entre Godounof et le trône qu'un faible enfant .... Cet pbftaçlç devait disparattre. On avait répandu

le bruit que le fils de Jean le Terrible avait déjà . les inclinations féroces de son père ; qu'un jour, jouant avec d*autres enfants sur la glace, il s'était plu à mutiler des figures de neige auxquelles il donnait le nom des premiers dignitaires de TËtat^' Godounof chargea Bitiagovski de faire périr" le jeune Dmitri: Les assassins se reindirent à Ouglitch, rési* dence de la tsarine ; Fenfant fut égorgé sous un vestibule^où on l'avait attiré malgré les résistances - de sa nourrice. Au bruit dé cet attentat, le peuple s'émeut; vainement Bitiagovski prétexte que la victime s'était tuée elle-mêiné dans une attaque d'épilépsie. On s'empare des meurtriers qui sont aussitôt mis en pièces. Cependant Godounof fit dresser un rapport circonstancié de l'événement, en ayant soin d'en altérer les circonstances véritables. Personne ne fut la dupe de cette prétendue justification. On fit cependant un simulacre d'enquêté, mais au mi-

lieu des tortures, la nourrice de Dmitripersistk à déclarer que l' enfent avait été'aâsassiné. La tsarine se vit obligée de prendre le voile, et tous les habi-' tants d'Ouglitch furent déclarés meurtriers ; deux cents d'entre eux expirèrent dans les supplices; quelques-uns eurent la langue coupée, lé plus grand nombre subit l'exil. Le règne précédent avait accoutumé à des exécutions non moins mônstriieii-

%it vmowTKm

^^ mm^on q'étfiit lebca^d'fintdar qui frappait, et Mosqou retentissait de sourds murmures (1). >> llp^ doqble diversion sauva Godoupcf du péril où l'ayait jeté son ambition ; un incendie terrU^Ie détruisit presque entièrement la capitale. Godouuof était partout, secourant les uns, copsoiant les autres, et prodiguant sea trésors pour réparçr le désastre. I4 yille sortait è peipe de ^es ru^i^es, <jue le bruil; le répand qii'u^ arinée de cent cinquante milleX^tares vient fondre sur la ville. Godounof se montre gr^nd comme le danger ; la plus grande partie de l'armée était oçcqpép dans le Nord, il organisç toutes le? troupesi disponibles, ranime le courage des babi* tant^p^r^ fermeté; deç palissades, des fortifications protègent les faubourgs, les couvents $ont tfpfisfprjxxft^ ejx Jïlaç^s dç; guçrre. F.éodqr resta daAS la cfipir talc, ïî^et:l8pt §^ confiance en ï>im et en Godounqf, Lç régent avait confié le commandement de l'armée au pripce Afstislavski ; soit qu'il youlùt désarmer Isj bî^ine par cette déférei^ce, soit qu'ij jugeât prudent d^ !?if ser ^ uçi au1;re Is^ resppA3abi|ité dç Tévénement, Le khan ^vait passé l'Oka et iparcbait droit sur Moscou j l'armée r^sçe se rangea en b?\taille sous les i^^rs de la capitale, l^e tsar puisaif ^

DES PEUPLpS ou r^ORD. %»

con^Qce dans une piété viyç. et sincère.; il çût rf gardé la crainte cpmme un péch^. L'armée avait passé la auit sou^s \es arn^es j au point du jour, 1^ hcoinissement des coursiers annonça l'approche dç Tennemi. On se baXtit sans avantage décisif jusqu'^ Ifi nuit I rjartillerie des Russes jeta le désprdre rarmi les TatareS; dont les masses irrégulières venaleiiit 9^ rompre deyant les rapg^ serrés des j^sçovites : Iç khan, étonné d'une résistance si ppiniàtrç,^ prit le parti de la retraite, fnqis il fut vivement poujsiiiv^ et rentra blessé à Bakhfchi^aràï^ après svqif* perd^ les deux^tier| de soi^ armée. Le tsar ré{:pgf)pçi}^f inagnifj(pieïnei^ ses vp|évpdeç, Godçîii^ojf, déjçi ^^ f?îté de la fe vqqjr^ r^çiit le titrp honorifique d« ^vviteqr^ dénpjninfitipn qqi }^ mett?tit aii-de§çus 4e tovs les bpygrdft, et qu'g i^'appftenait <j\|>u 4espoti^mede dgçlarçr la prenaigye de l'çmpirp^, 1^ réjqal persévéra dajas la na^ifts P^lHil^ve; «e m9»^^»Lli fé- ^lprç^x envçr^ ses créatu?^, ji»M yiB4iP9t|f Çf j^e^^o-r rj^le envejiç m epnçflïi^. l?u? ççs e^^1^efa^teç^ Jjiçft^ devint grosse, mais elle mit au monde unei ^\<^^j^

Déjà les gué^ois. avj^ient ^mj^ Vf^ff^:^ ^

déroute désTatares déconcerta leurs projets, Sigismond confirma la convention de Moscou, et toiit le poids de la guerre tomba sur la Suède. Une trêve de deux années fut signée au nom du roi de Pologne, qui venait de placer sur* sa tête la couronne de Suède. Cet événement eût pu être'fatàlà la Russie, mais le roi mécontenta les Suédois en voulant rendre l'Esthonieàla Pologne, et en s'effotçant

de rétablir le catholicisme dans ses Etats Scandinaves. '^Sigismond abandonna la Suède, et partit pour Yairsovie, laissant au sénat la direction des aiffistires. La paix de Tiavsin assigna Marva, Revdi et toute TEsthonie à la Suède, tandis que Kexholm restait aux Russes* L'année précédente (1594), la paix avait été également signée entre Gazi-Ghireï et le tsar. 'Rodolphe continuait en Hongrie la guerre contre les Ottoiiians ; les secours qu'il tirait de la Russie se bornèrent à l'envoi de quelques fourrures ; le légat du pape envoyé à Moscou pour négocier la réunion des deux églises, échoua comme sels prédécesseurs. - ' ' Les querelles entre la Turquie et la Perse amenèrent'desrelationd amicales entre Àbbas et Féodor; lé sc¥ah dôiinait au tsai^ l'Ibérie', où régnait de feit le sultan. \A Russie se niontraft déjk habile dans cette politique d'agrandissement qui; en Fimmift-

çant dans les ai&ires de ses voisins, fait succédei a Talliance et au protectorat^ la domination, et bientôt la conquête.

Le Danemark était en paix avec la Russie, et un nouveau traité réglait les intérêts commerciaux de la Moscovie et de l'Angleterre.

Tout semblait réussir au gré de Godounof, mais plus son joug était pesant, plus il se méfiait de ceux auxquels il imposait la dissimulation ; pour flatter les seigneurs, il rendit une ordonnance qui rivait les fers des paysans. Jusque-là il était permis aux cultivateurs de quitter les terres des boyards et de se transporter, eux et leurs familles, partout où ils espéraient trouver le plus d'avantages. Cette faculté n'était pas sans inconvénient : souvent des terres devenaient tout à coup désertés, au grand préjudice des propriétaires et de la production, tandis que les. émigrants erraient de côté et d'autre et se livraient au brigandage ; mais du moins les seigneurs se trouvaient forcés à la modération, et quand le paysaû était bien traité, il arrivait rarement qu'il voulût s'exposer aux chances d'un déplacement. Gôdounof rendit un ukase qui défendait à tout cultivateur serf de passer d'un village à un autre; on donna à cette mesure un effet rétroactif , les maitres eurent le droit de rappeler forcém. -15

aS6 .RÉVOI.UTIOIfS

ment ceux qui les avaient quittéa ; le sort des domestiques serfe f\it réglé d'une manière non moins rigoureuse ; les seuls affranchis conservèrent lear liberté. Quant aux marchands, il paraît qu'ils purent conserver leurs serfs, en justifiant toutefois de leurs droits acquis. Les seigneurs applaudirent à ces changements, sans prévoir que ledroit illimité de possession les rendrait responsables de la conduite de leurs esclaves.

Cependant la santé du tsar déclinait sensible^ ment : uniquement occupé de son salut, il se reposait sur Godounof de tous les soins qu'impose la couronne. On assure que dès l'année 1596,il pressentait que sa fin était prochaine ; Un jour, comme il s'occupait de la translation de quelques reliques, il ordonna au régent de les prendre en main, en lui disant : Touche les choses saintes, régent du peuple orthodoxe, gouverne-le à l'avenir avec zèle ; tu parvietk" dras au- terme de tes désirs; mais tout, sur cette terre, nest qu'une figure qui passe. Le 7 janvier \ 598, il expira sans agonie avec la sérénité d'un saint. Le testament était écrit. Le sceptre revenait à Irène 3 Ilomanof , couçin du tsar, et Boris^ étaient désignés comme exécuteurs testamentaires et conseillers du trône, Irène, toute à sa douleur, répétait d'une voix déchirante : % Je suis une veuve stérile... c'est

DES PEUFLB8 DU NORD. %il

par moi que; périt la souche souveraûxe. » j^e^ funérailles furent, remarquables par un désordre tou* chant ; les lamentations du peuple couvraient les chants de TÉglise. La dynastie de Monomaque Tenait de s'éteindre.

D est vraisemblable que le tsar avait cédé à Finfluence de Godounof en appelan:t Irène à lui succéder; le règne d'une femme sans ambition Iqi parut s^ns doute une transition nécessaire : comme frère de la tsarine, il pouvait plus facilement franchir l'intervalle qui le séparait du trône. La conduite d'Irène donna un nouveau poids à cette supposition ; elle renonça solennellement à l'empire, et se rendit au monastère des Vierges, où çUe prit le voile sous le nom d'Alexandra. Les supphcations du peuple, les instances du clergé, celles de Godounof, sincères ou simulées, tout fut inutile. Alors la couronne fut offerte à ]Boris; longtemps il s'en défendit, protestant qu'il n'avait jamais aspiré au rang suprême ; enHn on convoqua une grande as^ lemblée nationale^ où siégèrent les hauts dignitaires du clergé et des autorités séculières, et plus de cinq cents fonctionnaires envoyés de toutes les provinces de la Russie, pour y traiter de l'élection d'un souverain. Boris fut salué tsar au nuUeu des aodamations} il résista encore quelques jours, et

23S RÉYOLUTICmS

Ton eût pu croire qu'il se résignait au plus pénible des sacrifices lorsqu'il reçut la couronne de Russie avec la bénédictidki de la tsarine.

Le nouveau tsar partagea son temps entre sa sœur Irène, et les soins de l'empire. L'armée et tous les dignitaires jurèrent obéissance à lui et à sa race. On s'occupait de la cérémonie du sacre, lorsque le bruit se répandit que les Tatares s'apprêtaient à une nouvelle invasion. Boris feint de croire à cette nouvelle, il veut déployer toute la puissance que la Russie doit à la sagesse de son administration. En peu de semaines, cinq cent mille combattants sont sous les armes ; Godounof prend le commandement de cette armée, et marche vers rOka. L'ennemi ne paraissait pas, mais Boris profite de l'ascendant que donne le commandement militaire pour faire cesser les disputes de boyards sur la préséance ; il intimide les uns, éblouit les autres, et, le premier de tous les tsars russes, il assied son influence sur l'armée. Au lieu de paraître en ennemis, les Tatares vinrent briguer l'aUiancedes Russes, et Boris congédia l'armée après avoir donné à cette immense multitude un repas somptueux sur les bords de l'Oka.

Le 1*' septembre de la même année, il fut couronné avec une pompe extraordinaire. Le peuple

DES PEUPLES DU NORD. 22i

priait en silence ; le tsar venait de recevoir la bénédiction du patriarche, lorsque, dominé par les sentiments qui l'agitaient^ il s'éCrià tout à coup : « Je prends Dieu à témoin qu'il n'y aura dans mon empire ni un orphelin ni un pauvre ; » et comme la reconnaissance du peuple éclatait en transports et en sanglots, le souverain jura de ne punir les criminels que par la déportation. Ses premiers actes forent des libéralités ; il répandit, parmi les con* seillers et les courtisans^ des distinctions et des fiiveurs, doubla les émoluments attachés à tous les services, dispensa de tout impôt pendant deux années 1^ marchands et les cultivateurs, et jusqu'aux peuplades sauvages de la Sibérie. Il régla le travail des serfe, et fixa la redevance exigible ; enfin il donna des festins au peuple pendant douze jours consécutif. . La domination* russe était désormais assurée en Sibérie; de nouvelles villes s'élevaient au milieu de ces contrées désertes, et servaient comme de jalons aux caravanes de l'Asie.

La Pologne et la Suède se faisaient la guerre, et recherchaient toutes deux l'alliance de Boris. Le tsar^ profitant de leurs dissensions, s'efforçait de recouvrer les provinces que Jean IV avait cédées à Bathori.-

n attira à sa cour le prince Gudtave, fils d'Eric»

dans l'espoir d'en foire un instrument de sa politique ; mais celui-ci refusa de se prêter à ce rôle, et perdit les bonnes grâces du tsar. Boris, tout en feisant la paix avec Sigismond, flattait l'orgueil du duc Charles eh lui donnant le titre de roi; en même temps il suspendait la ratification de la paix avec la Suède, et s'alliait avec Christiern, roi de Danemark^ Sa fille Xénie fut fiancée au duc Jean, frère dé Christiern; mais la mort du jeune duc trompa les espérances de Godounof . Le tsar voyait avec satisfoction la Turquie occupée dans une guerre sérieuse contre l'Autriche; il promettait à l'empereur Talliance de la Perse, «ur laquelle il avait peu de raisons de compter lui-même, car bientôt après iï eut à soutenir une guerre difficile contre Âbbas à propos de l'Ibérie.

Alexandre, tsâr de Gréorgie, fut massacré par son fils Constantin, qui avait embrassé l'islamisme. Cette ' révolution vint soustraire momentanément les régions caucasiennes à l'influence russe. Le Schavkal se mît sous la protection de Mahomet III, et les Russes se virent forcés d'évacuer le Daghestan.

Boris, "après avoir mis l'empire sur un pied î<«s- 5', "et ouvert des relations suivies avec fes puissances étrangères, comprit que le ififteilfetir moyen d'assurer son influencé «n Europe étmt de

faire flenrir dans ses Ëtats les arts et la civilisatioû de rOccident ; il appela en Russie des officiers expérimentés, des savants et des artistes; mais ces innovations trouvaient de grands obstacles dans les préjugés nationaux et dans le sentiment de répulsion que la supériorité inspire à l'ignorance.

Cependant Thumeur du tsar s'aigrissait, soit remords, soit qu'il démêlât à travers le respect des grands un reste de jalousie et de haine. Belzki avait eu Fimprùdcnce dé dire : « Boris est tsar à Moscou, et moi je suis tsar à Borissof. » Ses biens furent séquestrés, et il subit tin châtiment ignominieux. Les Romanof lui portaient ombrage; ils furent accusés d'avoir voulu emj^oisonner Boris, et appliqués à' la question ; mais la peine capitale fut commuée en celle de Texil, et Féodor Romanof reçut les ordres, et prit lé nom de Philarète. Les plus ^nds personnages de l'empire furent relégués sur le Biéloozéro ; il défendit aux jprincès Mîstislàvskî et Schouîski de se marier. Les délations se multi^ plièrent comme les soupçons du Souverain, et la moralité pubîi(|ue menaçait de se corrompre sans retour. Le peuple conimençaît à murmurer; noû content de teproeher ad tsar la cruauté de sa jpo- Ëqne, on lui '&hàit même un crime de toutes lèè rèforï&ei quH! méditait, on blâmait son zèle pour

les scjienceè de l'Europe, comme s'il eût pria à tâche d'insulter à la simplicité antique.

Au commencement du dix-septième siècle, la £aLmine désola l'empire ; dans l'espace de deux années, Moscou compta cinq cent mille victimes, fin 1603, l'abondance reparut, mais le peuple avait perdu sa confiance dans le tsar, et il interprétait ses misères passées comme le châtiment des crimes de ce règne. La loi que Boris avait rendue sur les esclaves avait rempli les maisons des grands de fugitifs et de gens habitués au vagabondage. La disette avait forcé les maîtres à se débarrasser de tant de bouches inutiles; ces malheureux se livrèrent au brigandage pour vivre, et un grand nombre d'entre eux alla se joindre aux déserteurs et aux criminels que Boris avait enyoyés pour peupler l'Ukraine et le pays de Seversk; ils se nommèrent des chefs, combattirent à main armée les troupes du tsar, et ne cédèrent qu'au ' nombre et après la résistance la plus opiniâtre. Ceux qui échappèrent au fer et aux supplices reprirent le chemin de l'Ukraine.

L'étoile de Godounof pâlissait, bène venait de mourir au monastère des Vierges ; la noblesse et le peuple murmuraient ; mais le danger qui menaçait Godounof devait être extraordinaire conune sa fortune. Un aventurier, un moine, conçut un projet

hardi, imemé même) et que la fbrtnne se plut i couronner d'un succès momentané.

Youri Otrépief , fils d'un pauvre gentilhomme de Galitcli, servit d'abord dans la maison des Romanof ; bientôt il entra dans les ordres, et prit le nom de Grégoire ; pendant quelque temps il enj^ de cou«vent en couvent^ et se fixa enfin dans celui de Tchoudofy ou il habita, dit-on, la cellule de son ûeul. C'est là qu'il se fit connaître du patriarche Job, qui le sacra diacre, et le choisit pour son lecrélaireà H eut ainsi l'occasion de voir la cour et les grands, et il recueillait avec le plus grand soin tout ce qu'il entendait raconter de la mort du jeune Dmitri. Dqà.il osait convoiter le trône de Godou* aof, se sentant assez d'habileté pour tourner les obstacles^ et assez de courage pour les vaincre. Qiidqi]»fois il disait aux nioinesde Tchoudof : t Savez-vous que je serai tsar de Moscou? » Hais on lui répondait par des sarcasmes et des insultes. Boris ordonna d'éloigner Otrépief ; mais celui-ci trouva moyen de s'évader, et se rendit à Kief. Là, le fugitif laissa dans sa cellule un billet adressé à l'archimandrite, et dans lequel il déclarait être Dmitri^ fils dé Jean lY. Soift défiance, soit appréhension, le prélat gal!da le «îleaoei. ta lithnanie ouvrait une vaste ourrière au jeune aventurier; il engagea on moine

à prendre son nom, jeta le froc et resta longt^nps au miKeu des Cosaques Zaporogues pour se former aux exercices militaires* Bientôt il mania comme eux un glaive et un coursier. De là il se confina dans .une petite école de Voihynie pour y étudier le latin et le polonais; il entra ensuite au seryice d'un seigneur nommé Wisznewecki. Il ne tarda pas à attirer l'attention de son maître ; puis il fei* gnii <le tomber malade, et demdnda uii con^s#âur« n Quand je serai mort, dit-^il au prêtre, fais. ense<N velir mon corps avec, les honneurs dus à un Jihdes tsars; ne divulgue -mon secret que lorsqîie jç ne wcai plus; Tu trouveras sous;moli cheveiles preuves écrites de mon extraction. >i Le confesseur alla tout redire. à Wisznewecki, et cette étrange nouvelle parvint bientôt à Sigismond, qui la crut on feigflit délacroirev II convenait à la politique die cepiHiMy de^faiverraant^SHr le trône de Russie, à'iap]a(:ledé Gddtiunof, uniiQmiiiedévouéà^sintéréts,|etqui loi serait redevable de son éléi^tiôn. Les jésuites rôôn^ iràrent'peut^êtreàce prinoE la résurrection de DiQitri eomméim évéoemènt providentiel destiné 4 bpéf^ faîtiêàmoiidès dette Ëgliise^ ) iqttoi qù^osnisoit^im sfoicciifnl 9ioina de'Bçrnter la'Térité',bc^iei^ tkffe» qM«promettaitrerreiir JDei conwiittôiàs ptéft^ Ubks furent ^rauM; Otiépief embrania )« tdigtwr

catholique 5 mai» la cérémonie de sa conTersiôn ftit différée, dans la crainte de le rendre impopulaire parmi les Russes. L'abjuration eut lieu à huis^clos dans la maison des jésuites, à Cracotie. Sigismoiid, sourd aux représentations de Zamôîski et de quelquelques seigneurs polonais, ordonna à Visxnewecki et à Mniszek, beau-frère de ce dernier, et voîévode de Sandomir, de levei* l'étendard contre Godounof Ml nom de Dmitri, et d'a^semblei^ une armée de volontaires ; -puis il fit partir le prétendant pdtfr la Galide. ou déjà se» partisans se rèoniséaient. .

Otrépief grossit sa petite armée de quelques Russes et des Cosaques du Don, qui ne deniandaieiit que la guerre et le pillage. Partout le bruit se répaiiclît que Dmitri, miraculeusement sauvé , venait reprendre le sceptre paternel; les aventuriers, les inêeontetits, les Cosaques Zaporogues, n^hésitèr^nt pas à se déclarer pour le rtvaldeGodoiinof. Cependant le tsar fei^ait une sécurité qtri était déjà de rimprUdénce;* erifiÉr^l essaya de démdsque* Je feux Dmîfri; il adressa d'abord un* métfidirè c5#fi&nîHsfncié à Sigt^moilFd 5 maiV sott envoyé ne ftit pas itoéiiie éb6Uté; il aVfliil^ dépêché Kt^ut4^b;6f âtix CtosôquèsJKëporôgttés poui^len^dévoileff todte l%i6tdfirè d'OtrêpiëFîi ceuîc-ci rcBkîhtiiiïèi'ent et lé c«à- ^ui^i^rit devant le préiefiidant« Krôutdbtof^ après

ravoir considéré pendant quelques mstanu, versa des larmes, et se jeta à ses pieds, en s'écriant qn*il retrouvait dans son visage les traits de Jean IV. Jraitre ou dupe, il donna à Otrépief des renseignements précis sur Tétat des esprits et sur la santé chancdUinte de Godounof .

Sigismond répondait aux réclamations de Boris, qu'il n'avait pas rompu la trêve, et que cette levéi de boucliers était l'œuvre de quelques seigneurs turbulents qu'il se réservait de châtier. Otrépie' s'avançait toujours, répandant des proclamations, tandis que les Polonais qui l'accompagnaient prenaient, au nom de leur maître, l'engagement de rendre la couronne au prétendu Dmitri. Des ville: importantes lui ouvraient leurs portes ; tout le mid de l'empire était soulevé. Dans plusieurs rencontre les voiévodes de Boris eurent l'avantage. Âpres \ défaite qu'essuya le prétendant près de Novgorod il ne lui restait plus que quatre cents Polonais^ c qui ne l'empêcha pas de combattre à Poutivle avei un courage et une habileté dignes d'une meilleur cause. Cependant les ordres de Boris étaient si ma eiécutés, que son rival semblait trouver de aou ▼dies ressources dans ses défiùtea mêmes. L'incerli tede et la confusion régnaient partout, lorsque 1; aaovt aubîteda Godounof vint dianger la fiice de

affaires ; il n'avait eu que le temps de bénir son fils comme tsar de Rassie, et de se iJeiire sacrer moine. Le caractère de cet homme extraordinaire reste nn problème pour la postérité. Administrateur habile, pieux jusqu'à la dernière heure, appui de la Russie dans le danger^ et père des pauvres^ il se montra soupçonneux jusqu'à la cruauté ; faible et indécis devant un rival dont le nom usurpé lui riappelait le premier, le plus grand de ses forfieiits ; il eut le regret d'avoir contribué lui-même à ses revers en entourant d'obscurité le tombeau de sa victime.

Son jeune fils Féodor monta sur le trône; prince d'une grande espérance, mais que le crime paternel avait marqué au front d'un sceau fatal. Mistislavski et les deux Schouiski furent désignes pour lui servir de conseil. Basmanof prit le commandement de l'armée, mais pour trahir aussitôt son mattre. H parait que l'ambition lui inspira cette démarche, à moins qu'on ne suppose qu'il ait partagé une erreur commune à un grand nombre de boyards. L'armée, entraînée par cet exemple, salua tsar le faux Omitri ; l'aventurier parut digne de . cette hautefortune, il neremerda pas l'armée, il lui pardonna. U rencontrait partout des fronts ser viles, la foule se pressait autour de son cheval, et baisait les pieds de son nouveau maître. Féodor, trahi par

^S« IlÉVOLUTIOlfS .

tfi$ OQurtUans, attendait «oa sort ^vec une résigoation héroïque; tout à coup le bruU se répand qi^e le vrai tsar marche sur Moscou , des forcenés répètent avec fureur le nom de Godounof , le Krem* l4n est envahi^ et le peuple arrache Féodor du tr6nè et le conduit avec la tsarine et sa fille dans une 9^son où ils sont gardés à vue.

Le clergé et quelque^ boyards allèrent au-devant du faux Omitri pour lui porter des paroles de soufission. Déjà il avait envoyé à Moscou Pierre Basmanof pour hâter le dé'noûment de cette étrange usurpation; le patriarche Job fut arraché des autels et confiné dans un couvent; on exila où Ton mit aux fers les Godotinof et leurs adhérents, les princes Galitzin et Massalzki, assistés de Moltchanof et de Sçhéréfédinof se transportèrent avec trois «trélitas à la dicmeure où l'on gardait Féodor, sa mère et sa sœur. la tsarine fut étranglée, mais Féodor lutta longtemps contre quatre assassins, qui ne parvinrent qu'avec peine à l'étouffer. La belle et pudique Xénie eut un sort plus déplorable encore : Maasalzki la prit dans sa maison et la réserva au dernier outrage, à la lubricité de l'usurpateur. L'in^posteur était à Toula, s'essayant pour ainsi dire àporterlesceptre;ilserenditenfinàMoscouetditaux chefs allemands assemblés : « Sovez nour moi ce aue

Tcmsarez été pour Godounof ; j'ai plus eôtt&BMit dans vous que dans mes Russes. « Le 20 juin 4605, il entra solennellement dans la capitale. « La mardie était ouverte par les Polonais ; après eux venaient les timbaliers, les trompettes, les lanciers^ les arquebusiers, des chars attelés de six chevaux^ et les dievaux de main du tsar richement caparaçonnés : ensuite marehaient les tambours et les régiments russes ; enfin le clergé, portant la croix, précédait le feux Dmitri, qui, monté 8ur\in cheval blanc, et vétn d'un costume magnifique, portait à son cou un collier estimé cent cinquante mille ducats. Il était environné de soixante boyards ou princes que smvaientles Lithuaniens, les Allemands, les Cosaques et les strélitz. Toutes les cloches de Moscou sonnaient, les rues étaient encombrées d'une foule innombrable, les toits des maisons et des églises, les tours et les murailles étaient également couverts de spectateurs. En apercevant le feux Dmitri, le peuple se prosternait en s'écriant : « Vive notre père le souverain et grand plrince Dmitrî- Ivanovitch, que Dieu a sauvé pour le bonheur de la Russie (i)l »

Un ouragan violent s'éleva, et les Russes en tiiè'-

(4) KanmiiB.

S4# BÉVOLUTIONS

rent uii £leheux augure; le nouveau tsar se prosterna en pleurant sur le tombeau de Jean lY : « O m<m père bieU'^imé ! s'écria-t-il, tu m'avais laissé or^ phelin dans Texil, mais par tes saintes prières, je suis sauvé et je règnes et le peuple répétait : « Cest le TéritableDmitri. » Ses premiers actes annonçaient une réforme dans l'administration : après s'être concilié la reconnaissance publique par des améliorations générales et des faveurs particulières^ il congédia sa garde polonaise, et introduisit dans le conseil, non-seulement le patriarcbe, ce qui n'était pas nouveau, mais encore quatre métropolitains, sept archevêques et trois évéques. Il nomma sénateurs tous les membres du conseil, qu'il présidait lui-même chaque jour, et en porta le nombre à soixante et dix.

Cependant le peuple s'étonnait que la tsarine n'eût pas encore reconnu son fils Dmitri ; le tsar ne recula point devant cette épreuve- Marpha feignit la joie la plus sincère, et la veuve de Jean rentra au palais du Kremlin en attendant qu'on lui eût préparé une demeure au couvent de Yoznessensk, où die eut une cour particulière. Le couronnement fut le complément de cette scène, où l'an^bition et la crainte simulèrent les plus doux sentiments de la nature.

DBS PEWIES DV MOBB. «44

A peine quelques mois s'étaient émulés que repthousiasme général se refroidit; le souverain prodiguait toutes ses faveurs aux Polonais , et semblait prendre à tâche de dénigrer les mœurs russes^ et de froisser le sentiment national. Il frondait avec légèreté les pratiques réputées ' saintes par le peuple, ne se signait jamais devant les images, et se mettait à table au son des instruments , négligeant les prières d'usage.

n assigna aux jésuites un local dans l'enceinte du Kremlin, et leur permit de célébrer la messe latine. Vêtu à la polonaise, il sortait à la dérobée du palais pour visiter les peintreîs^ les joailliers et d'autres artistes. Il se plaisait à dompter des étalons sauvages, et à tuer de sa main des ours en présence de la cour et du peuple ; il éprouvait luimême des. canons neuft et les pointait avec une adresse remarquable. Ces occupations valaient bien les passe-temps de Jean IV ; mais rien ne déplaît au peuple comme les innovations imposées par les étrangers. Les Russes d'ailleurs né pouvaient se dissimuler que Dmitri n'avait saisi la couronne que prot^é par les armes lithuaniennes, et ils se voyaient traités moiils en sujets qu'en vaincus.

On murmurait aussi de ses prodigalité^ caprî-

deuses. Son trône était d'or ms^if^ cnrné de glands m. 46

m 4iami«ti; Q«!qun^pQur ipiiter M» le T^ri^e,

il M lîvmit à h (lig^olution la plus e£&ënéç« I^ retraites wlqtei fijr^t touveat les témoixu de m débauches; enfioi pour âyilir la mémoire de SQ9 prédécesseur, f)U peut-être saus autre but qfx'm libcnrtiuage moins yulgaire, il condamna Xénia à partage sa coudie j quelques mois après SP9 déi* bcmneup, Tinfortuuée prit le voile swsie 9M» d'Olga. Â ce crime audacieus:> le peuple pauvsil recômialtre le sang de Jean ÏY) (linai, par wsie bisarrerie de sa position, plus il aa montrait ooupa-^ blet plus il semblait confirmer son origine. Lq prer mier qui osa dire tout haut la vérité fut un moiae qui avait appris à lire à Qtré^ief ; il fut mis à iport secrètement. Mais un témoignage bien autre* n^e^t redoutable allait s élever contre Timposlettr. Yassiii Schpuiski avait vu hû^méme le fils de Jasa df^M le cereneîl ; le succès de raventuriers Taveu-? gleinent de la . nation et Textineticm do la yaoa de )f On^paque, tout semblait l'inviter à prendre le sceptre ; mais réseri^é par calqul^ it se ccintMlftit de

révéler ? quelques^ intimes lee qu'était le prétendu ts^r. Basmanof, qm la perte d'Qtrèpief eut préeir pité,. dénonça oe complot; Sohouiafci et sea fr^^ furentjugésavecdesformesnouvelles^Qnaoumitraf-' ^ôfe à un. jury rcqmposé de citoyens ^isMâamtous

DES PKlPIilS m- «ORD. 945

le» nx^ etdanatoutes les classes, comme silaaation entière eût été prise pour arbitre* Sc}ic»uiski 4édai* gaa de se rétracter ; il fat condamné è la mort^ et fe« frères à l'exil. « Frèrçsi dit-U aup^qple, je mmn pour la yqrité, pour la.^cligio^ chrétienne et pour TOUS. » La tête de Schouiski touchait au billot, lors^ qjO^xm envoyé du tsar apporta la grâce du condamné. Toutefois, la démence ne fut pas complète, on confisqua les biens des Schouiski , et ils durent s'éloigner delà capitale, ^^t^t la mèce^ Toi^Qle et le frère d'Oti'épief le reconnurent : l'exil ou la prîsoii furent leur parti^e. Dès lors, le tsar eut recoure à la terreur ; les délations se succédé* reliât, et l'on vil renaître le temps des tortures et des suppliées. Otrépief ^ en quittant la Pologne^ avait pris rengagement d'épouser Marine, fille de lluiszek; il envoya Ylassîef demander solennelle* mi^ la main de sa fiancée. La cérémonie foi égayée par l'ignoraiiçe complète où était Vlassief des formes usitées en pareille circonstance : ne pottvnni cempreiadre qu'il représentait son souverain i il a'osa échanger les bagnes nuptiales, et se pros* tema lorsqu'on but à la santé du tsar/ Quand on lai denîknda si Dmitri n'était pas déjà fianeé à quei qne nuise, il répondit : « G^te question n'a pas été piéviie dana naes instni6tiiHii« siSigiimqnd fâ\

quelques paroles bienveillances à Marine, lui recommanda de ne jamais oublier les intérêts delà Pologne ; puis il se découvrit et lui donna sa bénédiction. Moscou était dans la joie des fêtes, les Schouidd obtinrent leur grâce^ et Yassili devint l'idole du peuple.

Vers (Jette époque, les Cosaques du Terek, jaloux

dés honneurs de leurs confrères, voulurent aussi

produire un prétendant; ils répandaient le bruit

qu'Irène,en4592, avaitmisau mondeun fils, auquel

on avait substitue une fille, çtqtfllléika, ce fils, était

parmi eux. L'imposture était manifeste, mais cette

fable faisait réfléchir sur tout ce que le salut de

Dmitri offrait d'extraordinaire. Les esprits en étaient

à ce point où il suffit d'une circonstance pour les

pousser à une révolte ouverte. On faisait un crime

au tsar de sa passion pour la guerre : et en effet, il

meoiLçait à la fois le sultan el la Suède; on l'accu-

sait aussi de vouloir soumettre l'Eglise grecque au

pontife de Rome, et livrer à la Pologne quelques

prQvinces russes. Des strélitz^ et même un diacre,

l'accusèrent publiquement d'imposture et d'hérésie.

Sur ces entrefaites, Mniszek et sa fille entrèrent en

Russie. La tsarine fut reçue dans^ la capitale avec

nme magnificence extraordinaire; sa suite était nom*

tireuse, et pour loger convMd^emem tant d'étran-

DES PEUPLES pu NOBD. 21 S

gers, on chassa des plus belles maisons les propriétaires , ecclésiastiques, gentilshommes et boyards. Bientôt après arrivèrent les envoyés de Sigismond Olesnicki etGossecki» qui devaient assister au ma* riage, et renouveler au nom de leur souverain l'alliance avec la. Russie. Marine abrégeait les heures qu'elle devait passer au couvent, en recevant seule son fiancé qui, pour la distraire, faisait exécuter devant elle des dantes et des chants profanes.

Le tsâr, qui montrait si peu d'égards pour ses nouveaux sujets , s'humiliait devant les envoyés lithuaniens ; Olesnicki, à la suite d'une contestation assez vive, exigea que le protégé de Sigismond se levât en prononçant le nom de ce monarque.

Cependant Marine quitta le couvent pour la cérémonie du mariage : deux trônes avaient été élevés dans la salle crénelée. Après les fiançailles auxquelles peu de Russes assistèrent, et sur l'invitation de Scfaouiski, Marine prit place sur le second trône : Michel Magoi tenait devant la tsanne le diadème et la couronne de Monomaque. De. là, les fiancés se rendirent à l'égUse de l'Assomption, où la filïe de Mmszek fut solennellement couronnée. La consécration religieuse n'eut lieu qu'après le sacre, et le peuple en tira un fâcheux augure. Le bruit des fêtes et de» r^oqissances couvrit pendant quelque temps

246 RËVOLUTlOIfS

les murmures des Moscovites ; mais Schouiski^ soit par Itli-iâéme, soit par ses nombreux agents, excitait encore Tirrîtation générale ; et telle était déjà la disposition des esprits, que lorsquHl annonça qu'il était temps d'agir, le complot se trouvait tout monté : les cénïeniers répondirent du peuple, les officiers des soldats, et les seigneurs des domestiques. Les chefô des conjurés répandirent des bruits sinistrès : ils disaient, que le tsar allait incessamment faire périr les boyards, les principaux fonctioniiaires et les bourgeois, et que, sous prétexte de donner le simulacre d'une petite guerre, on mitraillerait les assistants. Cesrécits^ et d'autres plus absurdes encore, étaient accueillis par la multitude. Otrépief, au lieu de redoubler de précautions, se contenta de placer dans les rues quelques piquets pour protéger les Polonais. Déjà un grand nombre de soldats avaient pénëtré dans la ville pour appuyer les conjurés, et les maisons habitées^ par les seigneurs polonais avaient été marquées de signes particuliers. Tout à coup la révôke éclate, le tocsin appelle les Russes, les enfants boyards, les rtrélitz courent en armes sur la graride place où les attendaient les boyards à cheval, environnés d'une foule de pHnces et de voïévodes. Une multitude innombrable se presse autour d'eux. Alors Vassili

DES l^EUPLË^ DU NORD. S4t

SùhOuiski eûtre dans le Kii^miin, il se proéteme deyaiit Timage dç la Vierge, et s'éérie : « Au nom du Seigneur, marchez contre Fodieuï hérétique I »

Cependant Otrépief entend lé« cris du peuple, il appelle Basmanof, qui d'èlance dans le vestibule, rentre avec précipitation, et ordonne âui gardes du corpé d'arrêter leë révoltés. « Tout est fini, dit-il itt tsar, Moscou demande ta tète. » Otrépief s^em^ parc d'une hallebarde, outre lui-même la porte du vestibule envahi, et s'écrie : « Vous n'avez point a£hire à un Godounof I n On lui répond p&r une déèharge de mousqueterie : Basmanof est firappé mortellement ; alors le tsàr s'élance d'une fenêtre, et tombe sûr là place, baigné dans son sang. Lesassail^^ lants allaient le mettre en pièces, mais ses gardes du corps l'entourent et protestent qu'ils le défendront jusqu^à la mort, à moins que Marpha ne déclare qu4l ti'éét point son fils. On se rendit au coûtent, et la tsarine, démentant son premier parjure, jura que le tsar n'était point le fils dé Jean IV, et que le véritable Dmitri avait expiré dans ses bras. Cette révélation était un arrêt de mort i en vain Otrépief demanda à être porté sur la grande placé pour parler au peuple, deux coupé de feu Tachevètent. La populàcé traîna le côrpi près de la place des exécutions, on le mit dur uiie table avec

%4S REVOLUT][ONS

un masque, une Mte et une masette.... les r^tes de Basmanof furent exposés à ses pieds. Les boyards protégèrent Marine qui, plus tard, fut remise entre les mains de son père ; mais un grand nombre de Polonais et d'étrangers, qui n'avaient point eu le temps de seréunir, furent massacrés. Schouiski, qui venait de faire tomber la couronne du front d'Otrépief , sans oser s'çn emparer encore, ne 'voyait personne qui put la lui disputer. Le prince Mistislavski, loin de prétendre au rang suprême, disait à qudques ami» : « Si l'on me choisit pour tsar, je me fais moine. ^ Le lendemain, Schouiski fut salué tsar au même endroit , où, peu de temps avant, il avait posé sa tête sur le billot. La cérémonie du sacre se fit avec une grande précipitation, et le peuple avait à peine un tsar, que déjà quelques personnes se disaient que le salaire avait suivi de trop près le service. Le jour de cette solennité, on eut à peine le temps d'enlever les cadavres qui obstruaient les rues. Le corps de Basmanof fut rendu à sa famille; quant aux restes d'Otrépief, Us furent inhumés dans un hospice près de la porte Serpoukhof ; mais peu de jours après, de fortes gelées ayant nui à la v^étation, on attribua ce phénomène à la sépulture de l'imposteur. On déterra le corps, qui fiit brûlé sur des charbons, et après avoir mêlé ces

restes avec de la poudre, on en chargea un. canon qu'on tira dans la direction qu'avait suivie le prétendu magicien y lors de sou entrée solennelle à Moscou.

Le règne de Schouiski fut court et orageux. Ce prince du sang de Ruric était dans la soixantième année de son âge ; il avait de bonnes intentions, mais son autorité ne se reconimandait par aucun de c^ avantages extérieurs qui ont tant d'influence sur le vulgaire. Les circonstances difficiles où il se trouvait mirent en relief ses défaut^ plutôt que ses qualités, et il ne tarda pas à s'apercevoir que le poids de la couronne excédait ses forces. H prononça le serment de ne &ire périr aucun Russe^ l'engageant en même temps à laisser dans l'oubli tous ses griç& personnels. Économe et simple, il voulut que la cérémonie de son sacre se fît sans pompe ; on accusa sa modération, et on lui fit un crime de sa parcimonie. Depuis la mort de Jean IV, le peuple s'était dépouillé de ce respect sans bornes qu'il portait à ses princes légitimes; il s'habituait à regarder les tsars comme ses créatures^ et ne parlait de Schouiski qu'avec une hberté qui présageait une catastrophe prochaine. Le tsar, au lieu de frapper les esprits par quelque grande mesure qui eut assuré son autorité, réveilla les souyenirs des

tï'oubki paiisés y en disant apporter d'Chlglitch à Moscou les f^estes de Dmitrî Ivanovîtch. Le corps se trouvait daids uû état parfait de conservation^ et la tsarine Marpha n'hésita pas à le reconnaître : mais ràbus de ces manifestations en détruisait Fef- *fist. Cependant il prit qilélques sages mesures à Fégalrd dd Sigismond, gai'da comme otage Marine Miiiszek et quelques autres dignitaires, promettant déîeè rendre à la liberté dès que la paix serait définitivement Conclue. Sigismond ne s'était pas eittcore déclaré ; toutefois le massac3*e dès Polonais eiigeait une réparation éclatante , et la guerre était au fond de la situation. t>es révoltes sérieuses se siiccé'* dèrent à Moscou , et furent comme le signal des désordres qui allaient éclater dans Tempire. Bientôt l'Ukraine se souleva au nom du faux Dmitri; lé prince Ghakhovskoï prétendit que ce tsar était éôhappé ail niàdsacre de) Moscou, et qu'un Âillemand avait été exécuté en iia place. Lé héros de cette nou- Vdte insurrection se tï'ouvà bientôt ; les aventuriers, les mécontents et les ambitieux entraînèrent les cïêdulës et leé indécis : en cetenips^ toute révolté trouv£ât ^ést chéfe. Bientôt les insurgée victorieux parurent jttsqUe^ons les murs de Moscou. Schouiski oppo^la forcé à la violence, et bientôt tout sembla rentrer dans le 'dévoir. Cependant le Second fauï

DES PËtJPL^S DU NORD. 2Ù

Dmitri ne paraissait pas. Balotnikof, voyant que Vinsurrection allait s'éteindre, lui donna pour chef le Cosaque Illéika dont nous avons déj^ parlé. En attendant, on demanda aux Polonais un prétendant quelconque , et comme cette demande servait la politique de Sigismond^ il ne fut pas difficile de trouver quelqu^un qui se prêtât à jouer ce rôle. La guerre continua pendant quelque temps avec des alternatives de succès et de revers ; Illéika fut pris et pendu, mais toute la ïlussie méridionale/ depuis la Desna jusqu^à Tembouchure du Volga, se déclara pour le Dmitri polonais.

Cependant Schouiski, au lieu de redoubler d'activité, s'occupait de détails administratifs; ce prince sexagénaire épousa la fille du prince Bouinof Rostovskl. Les Polonais accouraient en foule sous les drapeaux du prétendant; les partisans Lissoi^ski, Yiszne wecki et Rojinski, conduisaient leurs trôUpos en Russie comme au pillage.'Ce dernier rut revêtu par l'imposteur delà dignité d'hetman.

Vassili n^osait rompre ouvertement avec Sigîsmond; il refusa les secours du roi de Suède, qui lui montrait la tithuanie et le pape comiiie les véritables instigateurs de cette guerre. Les troupes du tsar reçurent coup sur coup de rudes échecs. Volkhof ouvrit ses portes au faux Dmitri; alors Vas*

sili confia la conduite de Farmée à Skopin Schouiski et à Romanof ; au lieu de pousser la guerre avec yigueur, et de frapper un coup décisif, le tsar négocia avec les envoyés de Sigismond, et conclut une trêve de quatre ans. Les stipulations portaient que la Russie et la Pologne conserveraient leurs frontières respectives ; qu'on mettrait en liberté Mnis** zek, sa fille, et les autres seigneurs détenus depuis la mort d'Otrépief ; que, d*ùn autre côté, Marine renoncerait au titre de tsarine, et que les Polonais quitteraient le service du faux Dmitri.

Yassili exécuta ponctuellement le traité ; mais les Polonais rompirent la trêve, surprirent les Russes, dont ils firent un grand carnage, et se replièrent sur Touchino, où bientôt le célèbre Sapieha vmt les rejoindre avec un renfort de cavalerie. Les Polonais mirent le siège devant le monastère de Saint- Serge, dont les richesses les intéressaient plus que les succès des prétendants. Lissov^skl, qui venaiti de s'emparer de Kolomna, fut battu par Kourakin et Likof . Sapieha vengea cet échec sur les voîévodes Golovin et Romodanovski.

Cependant Marine, qu'une escorte russe reconduisait en Pologne, fat déUvrée par les partisans de Touchino. L'ambition de cette jeune femme lui imposait un rôle difficile. Conduite devant Tim-

postenr^ qui se disait spn époux, elle nliésita pas à le reconnaître, et Feffet de cette détermination hardie porta la conviction dans plus d'un esprit.

En présence du péril, le tsar eut enfin recours à la protection du roi de Suède; les troupes russes se tenaient concentrées dans le rayon de Moscou. Les Polçnais se portaient rapidement d'un point à un autre, dévastant les villes et les villages qui leur résistaient, et entraînant à leur suite tous ceux que la guerre promettait d'indemniser'de leurs pertes. Le monastère de Sàint-Serge tenait encore; une poignée de soldats et de moines tenaient en échec toute l'armée polonaise, et cet exemple de défense héroïque semblait révéler aux Russeîs que la désunion seule était la cause de leurs revers.

Tandis que le prétendant attendait que Moscou lui ouvrit ses portes, Sigismond crut l'instant favorable pour saisir lui-même le sceptre de la Russie, ou du moins pour le mettre aux mains de son fils Yladislas* Il lève une armée considérable et jnarcbe tout à coup sur Smolensk.

Quelques avantages remportés par Pojarski sur les insurgés, et la résistance de Nijni-Fkivgorod, ae relevèrent point la fortune de Vassili : Moscou était un foyer de discorde. Les mutins demandèrent la déchéance du tsâr ; mais, déconcertés par sa fër*

2S4 fiËVOLUTIONS,

mcsté, ïes plu? cpupçibles s'enfuirent de li^ capitale.

Un seiCDUra 4e cinq mille Suédois, commandés par Jacques dç U G^rdie, changea subitement 1^ ^çç. dç5 afÉaires : ep peu de temps, tout l'espèce çpïï^prij, entre BJoscou et Novgorod fut purgé d'eunemiSi

l^e Êtuiç Dmitri^ sibandonné de Sigismo9dy sf trouvait dans une pqsition critique; il voulu!; risquer uuç pojjgite sur Moscou, mais ses lieutenants essuyèrent' une défeite complète. Le& troupes du tsar av£^içnt eu l'avantage sur 1^ insurgés, et Sché^ rémetief les avait chassés do toutef, les province;^ qui s'étendent entre. K^zan et Nijui^lMovgorod, m^i^ bientôt après, cç capitaiue fut be^ttu et pris par Lissowski •: toutefois cet écbeo fut plus que compensé p^r la jonctioqi deSkopin et de la,Gardie, qu; prirent position à la slabode d'Alaxandrov^ki. Skoppi pouvait i^cilemept a'empfirer du trdne, on le regardai! comme le libmteur de la patrie, ^ 9^ qu^lit^s ibrilUutes effaçaif)nt complétemenf

le tsar : un parti lui offrit mémela GpuroQjiç^i9aî% sa gloire devait rester pure; îj rejeta cettQ offre^ et tînt de gwudetjr c»usçi ^^ p^rje. .

Si las B.usseS:avaie«t mal concerté leur d^nse» l^ P^^Iqi^s n'étaient guère mieux d'accord; lea généiwi^ q^ SQUtenaient le prétendanta'indignaieat.

DES PEGpj^i^S pu NORD. m

quç ^igîimon4 pfqpcjit un temps ipréciçDx at| àé^ de Smolen^, et pan|ly«ât tou^ hxiin. ^QTt§ en substituant pes prét^tions ^ cell^ 4u &iu Dmi^î ; ila éclataient en menaqe$, et annonçaient qu'j^ traiteraient en ennemi quiconque viendrait trav^f^ ^ar leurs projeta. Sigifj»4K|id «e conteuti» d'envqyçp d«i ambassadeur» au ^mp dé K^ftuçbiijo, prpmelr tant des récompen^s et dfi. IVitïuiemçnt à f ^4|; qui se rangeraient §qu9 ses étendards. Il s'adressa €â[t m^ne temps auxJ)Qy ards moscovites, au çl^gé, a.uK troupes, et à la bourgeoisjie rixss^i^ leur pffr^n^ de . mettre un termç à une lutte si longue en le recQn-; daissaiit pour souveraiUf ]Le roi eut bientôt un parti qoQ^dérable à Moscou. L'hetman Rojinski fut l^ pi^mier à abandonner le prétendant ; on assurei qufC «W»é pT le feux Dmirt d. .•expliquer, a le™, pour toute réponse, son fouet ^ur I^ miaçrabl^, q^ ppit la fuite, abandonnant Mariiie et.sa couir,

Cette jeune femme ne; perdit pas xx^ur^ge^ ,e^^ rqpignit spn éppux fugitif qui av^t trouvé. un,e^ ' 4 ^alouga \ là, son parti refait quelq^ç çon^îsta^cicci^ §apiqlifl, forcé de lever le siège ,du moiigstèpe ^f; Saint-Sqrge, se retira entre KaLougp ^t Simcdens^;, où il pouvait se décider, selpj^ 1^ pixcçu^stances^è pour SigismQnd ou pour Dmitri. fmimfki fnjt Jç^ ^ à TouchmO) et, à la tête des trqupef qui.v,

étaient restées, il alla se renfermer dans Pskof. Skopin venait de rentrer dans Mbsciou , qui le reçut comme en triomphe. Cet enthousiasme alarma Yassili, et, quelque temps après, le jeune prince fut empoisonné au milieu des réjouissances d'un festin. Lé commandement de Tarmée fut confié à Dmitri Schouiski^ dont la femme avait commis le crime : dès lors tout changea de face. Liapounofse déclara le premier contre le tsar, qu'il accpsaît tout haut d'avoir fait périr Michel. L' anarchie et la confusion étaient partout. Jôlke^ski, envoyé par Sigismond^ n'hésita pas à attaquer les Russes ; quoique son ar- mée ne fut composée que de quelques miUiers d'hommes, il les battit, ainsi que les Suédois, près dé Klouchin^ les étrangers passèrent à l'ennemi, et la Gardie, après avoir obtenu une capitulation honorable, se retira à Novgorod, avec les débris de son corps. Le faux Dmitri et Sapieha marchaient ' en même te^nps sur Moscou, tous deux ennemis àd Russes, mais combattant pour une cause différente : le premier ne pouvait se résoudre à l'abandôn^de ses espéi'anees; le second répandait des nwiifestës au nom de Yladislas, et paraissait devoir l'emporter par le double ascendant de son génie et de ribfluence de son maître. Vassili n^avait plus qfue l'oftïbre du pouvoir suprême ; le peuple lui

frisait un crime de ses revers, plus encore que du meurtre de Michel; Enfin^ Liapounof lui signifia sa déchéance, et l'infortuné vieillard soutint cette épreuve avec fermeté* Une nouvelle lutte s'engagea ^bientôt entre les partisans du faux Dmitri et ceux de Sigismond. Le prince Mstislavski conseilla aux boyards de se décider pour Yladislas : c'était le moyen de désarmer le roi, de tourner contre le faux Dmitri les efforts réunis des Russes et des PolonaiSy et de ruiner en même temps les espérances de ceux qui aspiraient au pouvoir suprême. Le clergé, qui redoutait l'influence du papisme, penchait pour le prince GaLttzin. Le peuple faisait des vœux pour le jeune Michel Romanof,fil8 de Philarète,. et neveu de la tsarine Anastasie. Le temps pressait, Jolkewski crut être conséquent avec sa mission, en appuyant l'élection de Yladislas; il eut bientôt aplani tous les obstacles ; mais les cérémonies de Félection étaient à peine terminées, que l'hetnlan reçut l'ordre d'occuper Moscou au nom du roi, sans faire mention de son fils. Le négociateur se trouvait dans une position embarrassante : il crut devoir tenir ses dernières instructions secrètes, parvint à détacher quelques Polonais du parti du prétendant, réduisit les autres par la force, et fit tant, que Dmitri et Marine s'enfuirent presque in. 47

9eal« à Kalouga. L'hetman conduisit ses trou|yes à Moscou^ leur fit occuper de fortes positions, éloigna les strélitz, et fit partir comme ambassadeurs Galitzin et Philarète pour demander à Sigismond la ratification du^traîté. Le roi, opiniâtre dans ses résolutions, s'obstinait à prendre Smolensk, et voulait qu'on le reconnût pour tsar en même temps que Vladislas. L'hetman partit lui-même pour se rendre au camp royal, emmenant avec lui le tsar détrôné et ses deux frères ; mais il échoua comme Galitzin et Philarète. Gossewski avait pris le commandement en l'absence de Jolkewski ; sa position était des plus critiques: les Moscovites, qui attendaient en vain des nouvelles de Vladislas, édataient en murmures ; les Polonais, que la nécessité rendait circonspects dans la capitale , se montraiait hautains et avides dans les provinces ; enfin la Gardie s'était à tout hasard emparé, au nom de Charles, de Ladoga et de Kexholiti j le feux Dmitri avait pour lui Lissowski, et ses partisans occupaient Pskof, Kazan et plusieurs autres villes. La mort de l'imposteur, qtf un prince, Ouroussof, tua de sa main, ne détruisit pas les espérances de Marine; elfe se déclara grosse, et bientôt le peuple salua uta tsarévitch^ fils supposé d'un père imposteur.

Cependant les boyards composèrent avec le conseil de Moscou ; ils livrèrent Marine^ qui eut une prison au lieu d'un trône. Cet événement donna ' plus d'unité au parti national ; les Polonais n'étaient plus^ aux yeux des Russes, que des hérétiques ambitieux. On commença à comprendre que, dans une question d'élection, il était peu sûr et peu digne de se conformer au caprice de l'étranger. Toutefois il fallait du temps pour se concerter ; le conseil n'avait point de volonté, et rendait des oukases au no^i de Sigismônd ; le patriarche Hermogène prêtait à ]a résistance l'autorité de sojql nom et de seç vertus. Liapounof et Pojarskj^ che& militaires du parti national, en attendant qu'on eût pris une résolution définitive^ com^ battaient les Polonais^ tantôt vainqueurs, tantôt vaincus. Les confédérés russes tenaient Moscou ejx échec, et avançaient toujours sans s'inquiéter des manifestes du conseil, qui craignait les représailles des Polonais. Les partisans de la paix essayassent en vain de mettre le patriarclie dans leurs intérêts. Le clergé russe voyait tout le danger qui aurait menacé l'Égbse grecque dans 1^ (91 où un prince catholique serait placé sur Je trône. Gossewski s'apprêtait à marcher contre les confédérés, lorsqu'il apprît que Moscou était %n pleine révolte. Les Po-

lonais, attaqués sur tous les points, reprennent bientôt Tof fensivê ; tandis que les strélitz résistent à la porte de Tver, Pojarski repousse les Polonais qui se replient sur le Kremlin. Le capitaine Margeret s'élance alors du Kremlin, et fiait un grand carnage des insurgés : cependant le nombre allait l'emporter, lorsque les Polonais^ secourus par Liapounof, mettent le feu à la ville, et forcent ainsi les confédérés à se disperser. Moscou, brûla pendant deux jours j elle n'offrait plus qu'un amas de cendres, et les. Ausses, désespérés, luttaient encore sur ces débris. Enfin, Sigismond venait d'emporter Smolensk ; au lieu de marcher droit sur Moscou, il rentra à Cracovie, pour y donner le spectacle d'un tsar russe captif. Sçhouiski survécut peu à cette humiliation. Quant à Philarète et à Galitzîn, que le roi avait retenus au mépris^ du droit des gens, ils restèrent encore neuf ans en Pologne.

Pojarski, couvert de blessures, avait été transporté à demi-mort au monastère de Troïtzka. Trois chefs, Liapounof , Troubetzkoï et Zaroutzki, commandaient les confédérés. Marine s'était adressée à ce dernier, et lui avait offert sa main s'il procurait le trône à son fils. Liapounof, pour déconcerter ce complot, engagea les Novgorodiens à demander un tsar à la Suède. Alors Zaroutzki, craignant la

DES PEUPLES DU NORD. iH

bravoure et Thabiletéde ce chef, excita parmi les Cosaques une émeute dans laquelle Liapounof fut massacré

La Gardie s'était emparé de Novgorod, qui venait d'élire un tsar suédois, Philippe, fils de Charles IX. Sapieha, profitant des fautes et des dissensions des confédérés, pénétra dans Moscou, et, réuni à Gossewski, il eut bientôt repris sur les Russes toutes les positions que les Polonais avaient dû abandonner. Le parti de Zaroutzki, qui défendait les droits du fils de Marine, s'effaça bientôt par la mort de son chef, qui avait été pris avec la fille de Mniszek. On lui fit subir le supplice du pal. L'en&nt, sur lequel reposaient les espérances ambitieuses de la tsarine, fut pendu, et la mère, reléguée dans une prison, expira peu de temps après.

Cependant un homme obscur,- un boucher^ Minin, avait relevé par son exemple et sa parole ' énergique le courage de ses compatriotes : la résistance s'organise, chacun veut combattre et s'in^pose des sacrifices. Minin eût pu se poser comme ciief ; mais conmie si la générosité, aussi bien que le courage» eût dû surgir des rangs du peuple, il désigne lui-même Pojarski comme celui auquel 11 faut obéir. Pojarski prend le commandement de

lonais, attaqués sur tous les points, reprennent bientôt Toffensivê ; tandis que les strélitz résistent à la porte de Tver, Pojarski repousse les Polonais qui se replient sur le Kremlin. Le capitaine Margeret s'élance alors du Kremlin, et fiait un grand carnage des insurgée : cependant le nombre allait l'emporter, lorsque les Polonais, secourus par Liapounof, mettent le feu à la ville, et forcent ainsi les confédérés à se disperser. Moscou, brûla pendant deux jours ; elle n'offrait plus qu'un amas de cendres, et les. Russes, désespérés, luttaient encore sur ces débris. Enfin, Sigismond venait d'emporter Smolensk ; au lieu de marcher droit sur Moscou, il rentra à Cracovie, pour y donner le spectacle d'un tsar russe captif. Sçhouiski survécut peu à cette humiliation. Quant à Philaréte et à Galitzin, que le roi avait retenus au mépris' du droit des gens, ils restèrent encore neuf ans en Pologne.

Pojarski, couvert de blessures, avait été transporté à demi-mort au monastère de Troïtzka. Trois chefs, Liapounof , Troubetzkoï et Zaroutzki, commandaient les confédérés. Marine s'était adressée à ce dernier, et lui avait offert sa main s'il procurait le trône à son fils. Liapounof, pour déconcerter ce complot, engagea les Novgorodiens à demander un tsar à la Suède. Alors Zaroutzki, craignant la

COU élurent son fils Michel^ à Texclligion de plu* sieurs boyards de race sonveraine.

Les ancêtres de Ronianof étaient de race prus*- ^enne, mais cette considération ne fat point un obstacle ; les prétendus héritiers dé Jean IV avaient causé tant de matl, aunom de la légitimité, que des prétentions appuyées seulement sur un degré de parenté avec les anciens tsars ne devaient pas ren^ contrer une grande faveur. La mère de Michel était retirée dans un couvent de Kostx^ma ; on vint loi annoncer que son fils était tsar : elle pleura^ dit^on^ en apprenant cette nouvelle, et ne laissa partir son fils qu'à regret. L'élu du peuple se rendit à Mo»- GOUy où il fut sacré par le métropolitain de Kazan i on réserva la dignité de patriarche, à Philarète^ père du tsar. Après une si longue anarchie, toutes les branches de l'administration étaient en souf-* finance; les premiers soins de Michel et du conseil se portèrent sur le rétablissement de Tordre et ds la justice.

La Gardie poursuivait le cours de ses conquête^ dans la Russie septentrionale. Gustave-Adolphei succsesseur de Charles IX, ne paraissait pas disposé à soutenir les prétentions de son frère Philippe au trône de Russie, jugeant plus sur et pkw atanta-* geiud^ vaciller ses frontiMMs ormitalts* Gqp«lidftttl

Tarmée, et dès lors tout change de face. Ni les renforts envoyés aux Polonais par le roi, ni la marche de Sigismond, qui' s'avançait en personne contre la capitale, ne purent arrêter l'élan de Tarmée libératrice. Ce yoïévode remporte une double victoire, et Minin fiait des prodiges de valeur. La famine désolait Moscou; Sigismond, découragé, s'était décidé à la retiraite ; enfin les Polonais, n'ayant plus de secours à espérer, capitulèrent sous la condition qu'ils auraient la vie sauve. Malgré les efforts de Pojarski, un de leurs régiments fut surpris et taillé en pièces par les Cosaques.

MoacQu venait d'ouvrir ses portes au libérateur : les Suédois occupaient Novgorod^ et les débris des bandes de Zanovit^ désolaient encore quelques provinces. La situation était périlleuse;^ et les niaiheurs récents conseillaient la prudence et l'union. U patriarche Hermogètie avait puimiuiient contribué à la délivrance de Moscou, et les efforts hé^ raques des moines de Troîtzka et du cierge dç ^ Novgorod avaient donné à cette longue lutte un caractère religieux : il n'était plus question de donner le tr6ne à un étranger ; la patrie des Skopin- Schouiskii des Liapounof, des Pojarski et des Minin^ devait se suffire à elle-niéme. Philarète était p^iÊommm m Pologne ; les états assmiblés à Mff^

cale, et Michel associa le nom de son père à tous les actes de son gouvernement.

A l'expiration de la trêve, Michel fit une nouvelle tentative sur i^molensk ; elle échoua comme la première, et fut suivie d'une prolongation de la trêve. La tranquillité était rétablie dans l'empire, Michel envoya des ambassadeurs en Perse et jusqu'en Chine, pour établir avec l'Orient des relations commerciales. La prise d'Âzof par les Cosaques ne troubla point la bonne harmonie qui régnait entre la Moscovie et la Porte.

Michel mourut à l'âge de quarante-neuf ans^ en 4645. Les guerres qu'avait entreprises ce prince eurent une issue malheureuse ; mais son règne dut paraître aux Russes un temps de prospérité, après tant de dissensions et de désastres. L'ainé de ses fils, Alexis Michaelovitch, monta sur le trône.

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