‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 11 sur 42 · CHAPITRE XXVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVm

Depuis la fuite de Christiem II, l'histoire de Danemark ne présente plus qu'un intérêt local. On (ireasent déjà que la prépondérance dans le Nord paaaeta successivement à la Suède et à la Russie, et qae Tépoque des Yaldemar est à jamais passée pour

leurs successeurs : la seconde phase de la guerre de trente ans en offre la preuVfe.

Frédéric, en acceptant la couronne dans des circonstances si difficiles, eut à lutter à la fois contre les prétentiojis de son neveu fugitif que soutenait l'empereur, et contre la réaction belliqueuse qui avait suivi J'élection de Gustave* Vasa. Ce n'était pas le moment de faire revivre l'union de Calmar ; aussi Frédéric, dans les tentatives qu'il hasarda à cet égard, semblait ne mettre en avant les anciens droits du royaume que pourqu'on le laissât maître dans ses propres États. D'au«^^ très causes contribuèrent à rendre son autorité précaire : pour se rendre agréable aux nobles qui l'avaient appelé au trône, il augmenta leurs priyi«9 léges, leur accorda, le droit de vie- et de mort sur leurs paysans, et celui de les condamner à des amendes ruineuses. « La noblesse danoise, dit Hvitfeld^ n'avait jamais joui de tels avantages sous aucun de ses rois; depuis cette époque, ses droits allèrent de pair avec ceux de la noblesse du Sleswig. Ni les Norvégiens ni les Suédois n'ont de prérogatives aussi étendues ; en ÂUemagne même, les barons e( les comtes jouissent seuls de semblables privilèges. » : Cette mesure, introduite dans l'intérêt de l'ariitocratie , dut en entraîner d'autres. Les codes da

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Chriaticm furent brûlés; en un mot, on prit à tâche de détruire tous les vestiges du règne précédent.

Le malheur qui poursuivait Ghristiern ne permit pas à ce prince de secourir à temps G>penhague, qui tenait toujours pour lui; Frédéric, aprèa s'être successivement emparé de toutes les villes de Scanie, à l'exoeption de Malmô, et avoir £ait re^ connaître son autorité en IHorvége , obtint enfin par capitulation la soumission de Gopc^ihague. Nous passerons rapidement sur les événements déjà indiqués dans le règne de Gustave, et dont le développement appartenait plus particulière-, ment à l'histoire de Suède. H suffira de fairere-, marquer (|ue. Falliance des deux rois du ISord tear dait à se rompre dès que le mauvais état desal&ires de Ghrisliem leur penitôUaît de s'occupef <^ leurs, propres intérêts. • -^

L'amiral Morby^ après aVoir longtemps soutenu le parti de Ghristiemy était' ^iOxé eA gl^çe auprès de Frédéric^ en facilitant aux ttoi^es danoises k; conquête de Gqthland; mais bientôt ;aprà^> ^oit qa'il ne pût se résigner à une vie oisive, sotit i qu'il restât fidèle à son anden maître, il se .mit à ktéte de quelques pirates, et inquiéti^ de nouveau le hh. de' Danemark» Gustave n'avait pas oublié la conduite de Tamiral : les deux rois se rapprochèrent

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pour arrêter les projets de cet homme dangereux, dont l'escadre fot totalement d^ite. Il alla, dier* dier du secours à Moscou auprès de Yassili Ivanovitch ; mais le grand prince, qui avait oondu une alliance avec Gustave, retint Norby prisonnier, et ne le remit en liberté que sur les instances de Charles-Quint. L'année suivante, oe marin^ dont le pavillon domina si longtemps sur la Baltique, fût tué au siège de Florence.

. Les contestations ordinaires entre le Danemark et la Suède roukient sur les provinces de Wiffsa et de Blekingen, et sur la possession de Tâe ât Gothtand: Sans le danger toujours imminent d'une invasion dans le Nord , sous h protection de Fempire, les deux rois eussent sans doute vidé ce diffifti» rend par les armes. Cependant, laissant de côtélenrs prétentions mutuelles, et sous la réserve de leurs* droits, ils cmidurent à Yariberg un traité d'idfiance défensive. Ffédéric i'sdlia plus étroitement enoore avec les <Àefii de la ligue protestante; toutes ces précautions étaient nécessitées par Fentrqnse que fitChristiera sur la Norvé^ On a vu préoédem* ment que ce prince, après une navîgatioii diffieiie, était parvenu à se faire reconnattre momentanément souvercdoi des Norvégiens, qui se prèlèrentà ses vues, parce qu^il afièdait un grand zèle pour

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la religion catholique, et que le clergé et le« habitants de ce pays étaient généralement oppbèés aux innovations des religionnaires.

Noui avons exposé sncdnctement, dans le règne de Gu8tave-Yasa, coniment Ghristiem^ après avoir échoué dans sa tentative d'invasion en Suède, se vit fow5é de se retirer à Opdo, où la flotte de Frédéric leréduiMt à dételles extrémités^ qu'il ne lui resta plus diantre parti que de se mettre à la <^rétion an vainqueur. H convient toutefois de faire obseï^ ver qm la «apitubtion signée par les pl^ipoteiH titirei de Rrâdéric^et en veirtu de laqaelle Ghristieni se réservait, entre dès Bvâiitage»assesi«M3Brtdérgblesj la liberté pour sa peraonde jet peur deux ceQt« de sa pina ^èka serviteurs^ ne fat pas observée, ou fut inicpprétée d'une manière captieuse, sbusle prétole que la captivité du roi déti^ôtnéintéiessait k traoquiBirà et b telut di| royaunië« Bittl>4tre.lÀ états de DëBemark îk €ÉûTéùt4k autcansés k m inenqiie de UA eavert un pxiobe'Cjftâ aeiainiîtini jeude seaéecmœtat eCi^tii^sattgidndfaressnr mdtiSi^ se f&t monfré ineaedrebte dans aes nmigéanoèa, A jaiiiàis il entreMmi le |)bttvosr.

Lea rêvera de €bri«6ersi iivmeirt ksâé la eonstah de aes pftrtiiaji^i. Vewiierçiir déanouit sa partiel-patioB à la guerre de Norvège, eiîia: régence dea

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Pays-^Bas, craignant que la rivalité des villes han*^' séatiques alliées du Danemark ne lui fermât les ports de la Baltique, se rapprocha du cabinet de Copenhague. Débarrassé de son ennemi, Frédéric s'occupa de la pacification de la Norvège : la^ clémence le servit mieux que n'eussent pu lelaîïe des act^ de rigueur ; il se contenta de condamner à une forte amende l'archevêque de Drontfadini et les évèques de Hammer et d'Opslo. Il garantit aux Norvégiens la jouissance de leurs privilèges, et reçut d'eux en échange la confirmation de ses droits-jde souver^jbd. La mort du prince Jean^ filé dé OirtSitiern, contribua encore à^ l'aEfermir sur le trôneb 'r^ Cependant sa santé, depuis longtemps languitisantevHBaisàit pirévoir upe catastrophe prochidae. n.expira à Gotihorp; en 4533, dans la soixàoitédeuxiènoe année de son âge. Ce prince avait épousé Âànede>Bi^deboui|[9 qui lui domia Christiem, et une princesse nommée^ Dorothée, mariée à Âlbecf^ margravfB de Brandebourg et premier duc de Prusse. Frédéric eut de Sophie^ fille de Bogislas, duc de Poméranîe, trois fils et trois filles, savoir: Jean^ qui reçut en héritage le tiers des duchés de Slesvig et de Holstein ; Adelphe, chef de la branche des ducs de Gotthorp ; Frédéric, qui motirut coadjuteur de Brème ; , £li#abeth ^ qui épousa successivement

Magnus etUIric, tous deux ducs deMecklenbourg; Âniie, et enfin Dorothée, qui fut mariée à GhristbphC) duc de Mecklenbourg.

La religion réformée^ cause ou prétexte de tant de troubles en Allemagne, avait fait de bonne heure des progrès en Danemark . Christiem II s'çtait déclaré assez hautement en feveur de Luther^ parce qu'il trouvait un intérêt positif à mettre le clergé sous sa dépendance immédiate, et à confisquer à son profit le bénéfice des investitures. La richesse des couvents et des prèlatures excitait aussi sa cupidité ; tout porte donc à croire que, s'il eût pu se maintenir surïe trône , il aurait feifcause commune avec l'électeur de Saxe, ion beau-fipère, et avec les autres princes de la ligue protestante; mais, réduit à implorer le secours de Fempereur, il se montra aussi zélé pour la causie des catholiques qu'il avait paru accueilhr avec faveur les idées nouvelles. Lesévéques danois se troul'aient dans une grande perplexité ; le souvenir des cruautés de Christiem, les tergiversations religieuses de ce prince, leur faisaient craindre le rétablissement d'un maître inexorable qui^ une fois affermi sur le trône, ne se ferait aucun scrupule de se déclarer ouvertement pour la réforme. Dans cette appréhension, les évêqués aimèrent mieux rester fidèles à Frédéric, auquel sa position conseillait la modéra-

fȐ lU&VOhVTIQm

tioxf, et la prudence. Il se contenta de tolérer les Luthériens sans persécuter les catholiques ; mais il ne tarda pas à manifester sa prédilection pour la réforme dès qu'il crut pouvoir le feire sans péril. Â la diète d'Odensée (4527)^ il recommanda aux évéques de £aire prêcher dans leurs diocèses l'Évangile dégagé de toutes les superstitions romaines; il avoua qu'il avait promis de protéger le catholidame, maïs sans prendre l'engagem^t de. tolérer les abus qi|e signalait le peuple lui-même { il termina en disant que la conscience de ses sujets devait être respectée^ et qu'il laisserait à chacun toute liberté en matière reUgieuse. Les évéques réclamèrent contre l'interprétation que le roi prétendait donner à des promesses formelles ; la majorité des états applaudit à l'initiative royale, et il fut défendu aux évéques dé faire venir de Rome le palliumj insigne de leur dignité. Il fot décidé en même temps que les élections épiscopales appartiendraient aux chapitres et qu'elles seraient soumises à la sanction du souverain. D^uis ce moment le parti protestant ne fit que s'accroître , et des prédicateurs célèbres, tels que Je^n Tausenj disciple de Luther et quelques autres, propagèrent rapidement^ dans toutes les terres de l'obéissance danoise , les nouvdles doctrines. En vain les évéques vou-

lurent arrêter ce mouvement : à Yibourg^ en Jatland, les habitants barricadèrent Jes rues, montèrent la garde devant les églises où prêchait Tausen, et tinrent le prélat lui-même bloqué dans son château. Dans ces manifestations populaires, Tautorite du roi n'intervenait que pour prévenir les dés* ordres, et il était facile de voir que, s'il blâmait les excès, il en approuvait le principe. La ville de Malmô se distingua par la vivacité de s^ luttes reUgieuses. C'était, suivant l'expression d'un écrivain catholique de ce temps, l'asile de l'hérésie, et le repaire des sacrilèges et des apostats. En "1530, on convint de part et d'autre de omettre en présence les deux systèmes et d'en confier la défense à des docteurs. Mais les prétentions mutuelles des partis ne permirent pas de donner suite à ce plaidoyer, qui probablement n'aurait point changé les convictions de gens décidés d'avance à défendre ou à condamner certains points fondamentaux. Frédéric, après la rupture des conférences, fit confirmer la Uberté du culte des deux religions, en prenant toutefois de nouvelles mesures pour propager à Copenhague les doctrines de Luther.

Bientôt après, 1533, Frédéric entra dans la hgue de Smalcade. Jusque - là les catholiques avaient pu se flatter que le temps et les circonstances afEaibh-

raient le8 partisans de Luther dans TAllemagne proprement dite, et que par suite le Danemark, toujours soumis à l'influence morale de ses voisins immédiats, échapperait aux conséquences d'une révolution religieuse. La détermination de Frédéric fit perdre tout espoir au clergé danois, et à plusieurs reprises les dissidences prirent un caractère violent, n y eut des torts de part et d'autre. Les évêques n^épargnèrent point les persécutions anx religionnaires, et ceux-ci portèrent l'oubli des convenances jusqu'à la profanation . Cependant, dès la mort de Frédéric, il était aisé de prévoir que la cause du protestantisme était gagnée en Danemark ; les résistances sérieuses, et la réaction catholique qui eut lieu pendant l'interrègne, furent moins une manifestation nationale que les derniers efforts des prélats qui ne pouvaient se résoudre à la perte de leurs privilèges.

Les états s'étaient engagés à reconnaître pour roi un des fils de Frédéric. Christiern l'ainé serait monté sans obstacles sur le trône, si sonafttachement au protestantisme ne lui eût aliéné tout le parti catholique. En attendant la décision des états, le sénat prit les rênes du goiivemement, et Christièm fut reconnu souverain des deux duchés, à titre d'héritier et comme tuteur de ses trois frères. Cependant

les états s'assemblaient à Copenhague pour y traiter de l'élection, mais les évêques trouvèrent moyen d'ouvrir les délibérations par l'examen de la question religieuse : le décret d'Odensée fut rapporté, malgré la répugnance des sénateurs laïques, de sorte que le clergé rentra momentanément dans l'exercice de ses anciens privilèges. La seule concession qu'il ne put refuser se bornait à la tolérance pure et simple de la religion nouvelle. Il parait même que les évêques, non contents des avantages que leur assurait le décret, y introduisirent frauduleusement de nouvelles clauses. Le premier point une fois décidé, l'on s'occupa de l'élection : cette seconde question était entièrement liée à la première. Les sénateurs ecclésiastiques et catholiques votèrent pour Jean, tandis que les autres se déclarèrent en faveur de Christiern. Les deux partis soutenaient leurs prétentions avec un zèle égal : les évêques, craignant d'être obligés de céder, représentèrent qu'on ne pouvait rien conduis sans les députés de la Norvège: ik.espéraient mettre à profit ce délai, soit en intriguant dans le royaume, soit en obtenant la majorité par l'accession de la diète norvégienne, le protestantisme n'ayant fait encore dans ce pays que de faibles progrès. Giô etBanner, chefs du parti protestant, s'opposèrent vainement à cette mesure. On

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conyint donc que jusqu à la diète définitiye d'él tion, le sénat aurait la direction des apures.

Les états donnèrent ensuite audience aux envoyés du duc Giristiern, qui, après avoir reooounandé les intérêts de leur maître, informèrent le sénat que ce prince venait de conclure un traité d'alliance avec Marie, gouvernante des Pays-Bas. Ce traité, avantageux dans les circonstances actuelles, impliquait en quelque sorte la réunion des duchés et du Danemark dans une commune négociation. L'approbation des états fut regardée par Christiem comme le présage de son élection future. Les députés des villes hanséatiques prirent ensuite la parole ; Fun d'eux, Wullenwevw, après avcnr rappelé tous les services que la ligue avait rendus au Danemark, demanda en termes* peu mesurés que la Baltique fut fermée au commerce des Hollandais. Cette exigence ne pouvait se ocmcilier avec la résolution qu'on venait de prendre ; s'il y avait péril à s'attirer le ressentiment de Lubeck, il n'était pas moins dangereux de romjMce avec les Pays-Bas. (^ sénat, dans cette irrésolution, prit le parti de rejeter la demande de WuUenwever, adoucissant autant que possiUe le refus. Le député, non moins blessé que surpris, conçut dès lors le projet d'humilier le Danemark pour ruiner ensuite plus sûrement la

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caBCurrenoe des Hollandais. Quelques détaiS tirés 4fe Fhistoire de Lubeck éclairciront la période dont nous nous occupons.

Lubeck était la tête des villes hanséatiquea de Yandalie; son commerce était immense : les bois de construction, le chanvre, les résines, le fer, le cuivre, les grains et d'autres produits non moins précieux de la Pologne, de la Suède et de la Kus^ie lui rapportaient des bénéfices considérables. Mais v^[^ la fin du quinzième siècle, sa prospérité com* men^ à décliner, et déjà les progrès qu'avaient &its les puissances maritimes menaçaient de la ruiner entièrement. Â ces causes extérieures vinrent se joindre des désordres non moins dangereux quoique d'une nature différente. Cette république était gouvernée depuis longtemps par un sénat auquel les citoyens confiaient la haute administration ; on ne pouvait s'élever aux premiers emplois qu'après des services signalés, de sorte qu'il y avait dans la direction des affaires cet ensemble et cette suite que donnent l'étude et l'expérience. Du temps de la mort de Frédéric, un des bourgmestres étant mort, WuUenwever trouva moyen de se faire élire en sa place. Cet homme ambitieux et entreprenant avait persuadé au peuple que la politique stationnaire de ses magistrats entraînerait infailli-

blemeBt la ruine du commerce, et celle de la république elle-même. •

Un autre homme, Meyer, également d'origine plébéienne, attirait à la méme^ époque l'attention des Lubeckois ; il s'était distingué au siège de Gopenhague^ et on lui avait confié le commandement d'un corps destiné à combattre les Turks. Des inclinations communes et une ambition égale ne tardèrent pas à rapprocher Meyer etWullenwever. Le crédit de ce dernier valut à Meyer le commandement de la ville ; dès ce moment, tous deux travaillèrent à paralyser l'influence des familles patriciennes : ils commencèrent par faire revivre un ancien statut, qui limitait à quelques années l'exercice des fonctions de sénateur : dès lors deshonmoes nouveaux remplacèrent ceux qui avaient depuis longtemps le maniement des affaires, et le système politique de Lubeck changea complètement. Désormais l'hanse, au heu de se borner à des conquêtes commerciales, voulut dominer par la force des armes, et fit son objet principal d'une influence politique qui n'était qu'accessoire dans l'esprit de ses* institutions.

La position géographique du Danemark le dé-

signait à l'hanse comme un allié subordonné, ou comme un ennemi. Après avoir échoué à Copen-

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hagae, WuUenwever s'était tourné du côté de la Suède, mais Gustave rejeta ses propositions. Le bourgmestre eut alors recours à l'intrigue: il fit des ouvertures à Âmbroise Bogbinder et à Georges Mynther, l'un bourgmestre de Copenhague, l'autre de Mal mô . Ces deux magistrats ,' Allemands d'or i gine^ étaient zélés protestants ; il leur représenta toutes les persécutions qu'auraient bientôt à souffrir les religionnaires sous la direction d'un sénat catholique, et leur montra dans l'élection dn duc Christiern le salut de la religion et de l'Etat ; il ajouta qu'en cas de refus de la part de ce prince^ l'interventioQ de Lubeck suffirait seule pour protéger lès libertés du peuple contre une noblesse avide, et les luthériens contre la tyrannie des évêques. Ces promesses furent accompagnées d'une offre non moins séduisante, celle de £3iire jouir les villes de Copenhague et de *Malmô de tous les droits et* privilèges de la ligue.

Le duc Christiern ne pou\^ait se dissimuler qu'en montant sur le trône à la faveur d'un complot formé et appuyé par Lubeck, il ne serait, aux yeux des Danois, que l'instrument d'une politique étrangère; il crut devoir rejeter les propositions de Wullenwever, et ne point compromettre des espérances légitimes, en s'assodant à toutes les éventua-

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litéft d'un parti extrême. Il comptait d'ailleurs sur les fautes des évéques, dont les persécutions contre les réformés commençaient à faire murmurer le peuple, et sur les ressources que les mêmes vues et des iùtéréts semblables lui ménageraient, au besoin, dans l'alliance de la Suède.

Cependant une crise était imminente; Giô et Banner s'étaient retirés du sénat et de Copenhague, et le peuple les avait accompagnés en triomphe à leur sortie de la ville. Les évéques se crurent tout permis; Tausen, fameux prédicateur évangélique, fut cité devant les tribunaux, sous prétexte d'enseignement illicite ; mais les menaces de ses oombreux adhérents intimidèrent les sénateurs, et l'on n'osa point lui appliquer la peine qu'il avait encourue.

Au milieu de la fermentation générale, le sénat ne négligeait point les relations internationales ; il ratifia le traité d'alliance avec les Pays-Bas, en conclut un autre défbnsif et offensif avec les duchés, et se rapprocha en même temps de Gustave. L'hanae, menacée de tant de côtés, fit tout à coup la paix avec la Hollande» réservant cette question de rivalité commerciale pour le temps où l'abaisseméat du Danemark lui laisserait toute liberté d'action. Les choses ain» réglées. Thaitte se prépara à

la guêtre. Wullenwever et Meyer avaient eu l'adresse de mettre le roi d^Angleterre Henri VlII dans leurs intérêts : ce prince, que la répudiation de Catherine d'Aragon venait de brouiller avec Charles-Quint, promit à la ligue des secours en hommes et en vaisseaux, et lui avança une somme de vingt mille livres sterling, à déduire sur celle qu'il aurait à payer lorsqu'on lui aurait assuré la possession du Danemark. La conduite de cette guerre fut confiée à Christophe d'Oldenbourg, qui se rendît immédiatement en Allemagne pour y faire des levées. Quand tout fut prêt, les confédérés firent passer une note au duc de Holstein-Sleswîg, dans laquelle on le sommait de remettre en liberté Tex-roi Christiern II. Le refus, signifié à l'envoyé de Christophe,fut suivi d'une déclairation de guerre. Le duc Christiern, pris au dépourvu, laissa l'ennemi dévaster le Holstein; mais ayant assemblé quelques troupes, il marcha sur Lubeck et parvint à fermer la Trave. Pendant ce temps, les flottes de l'hanse occupaient les districts, s'emparaient de Copenhague et de Malmô, et le comte exigeait des habitants le serment d'obéissance à Christiern II. La révolution était presque achevée dans les fies et dans la Scanie, lorsque les sénateurs, qui s'étaient réfugiés dans le Jutland, délibérèrent sur le parti

qu'il convenait de prendre dans un danger si pressant. Giô plaida avec tant d'éloquence la cause du duc, que, malgré la répugnance des évêques, il fut décidé qu'on lui offrirait la couronne, et qu'on lui porterait en toute hâte la nouvelle de son élection. A peine ce prince.se vit-il solennellement reconnu comme souverain, qu'il s'adressa à Gustave pour obtenir le secours stipulé dans le dernier traité. Le roi de Suède accueillit favorablement cette demande, et s'apprêta à faire une puissante diversion en Scanie. Quant à la régente des Pays-Bas, elle répondit par des promesses dilatoires aux ouvertures que lui fit le gguvernement danois. Marie nourrissait alors d'autres espérances : elle avait niarié les deux filles du roi captif, la première au comte palatin Frédéric, et la cadette à Sforze, due de Milan^ et elle comptait transporter à ces princes les droits de leur beau-père à la couronne de Danemark,

Cependant la guerre continuait avec des alternatives de succès et de revers; la Fionie était prise et reprise, ^et Lubeck se soumettait à tous les sacrifices pour sortir à son honneur d'une lutte qu'avait engagée son ambition. Christophe soulevait partout les paysans, leur promettant de les affranchir d^ la tyrannie des nobles, et leur facilitant le pillage

des propriétés seigneuriales. C'est ainsi que les privilèges deviennent, selon les circonstances, un objet d'envie ou un péril. Bientôt le Jutland fut enVahi par des aventuriers à la solde de Christophe; ils battirent un détachement de troupes royales et s'emparèrent d'Âlbourg. Le roi se trouvait alors devant Lubeck, qu'il se flattait de réduire par la famine : cependant la situation critique du Jutland ne lui permettait point de différer plus longtemps son retour. Dans cette extrémité les Lubeckois et les Issiégéants signèrent une convention en vertu de laquelle le roi s'engageait à lever le siège de la ville quiy de son côté, garderait la neutralité, en ce qui regardait le Ifolstein; quant aux hostilités dont le Danemark proprement dit aérait le théâtre, les deux parties se réservaient d'y prendre telle part qu'elles jugeraient convenable. Cette dernière clause indiquait suffisamment qu'on ne pouva,it regarder la trêve comme un • adieminement à une paix définitive. Le roi se porta avec toutes ses forces dans le Jutland, et les Lubeckois se hâtèrent d'envoyer en Danemark Jes troupes que le traité laissait disponibles.

Les succès de Christiern furent rapides : il emporta Albourg, ruina complètement le parti des aventuriers, et punit sévèrement les paysans qui

avaient pris part à la révolte. Depuis cette époque, le nombre des propriétaires libres a sensiblement diminué dans le Jutland.

Le roi et le œmte d'Oldenbourg, forcés par la saison de suspendre les hostilités, eurent une conférence à Colding. Christophe mettait la paix à des conditions telles, que Christiern ne pouvait les accepter sans déshonneur. On ne laissait au roi que le Jutland, et il devait céder à Christiern II les îles, la Norvège et la Scanie. De son côté, le roi ne voulait céder aucune des provinces de l'obéissance danoise, mais il offrait en argent une indeamité considérable. Les deux rivaux se quittèrent donc sans avoir rien conclu, et Christophe se rendit à Copenhague, pour y lever de nouveaux subsides. Le peuple attribuait tous les malheurs de TÉtat au mauvais vouloir des nobles; il demandait vengeance, et si le comte ne s'y fût opposé, il se serait porté aux dernières extrémités. La nouvelle qu'un corps de Suédois entrait en Scanie exaspéra encore les mécontents, qui pillèrent les châteaux, mirent les gentilshommes à rançon, et commirent toutes sortes d'excès.

Cependant les Suédois , sous la conduite de Thureson, étaient parvenus à faire reconnaître Christiern III dans la Scanie ; le comte se hâta

d'envoyer un renfort dans cette province, niais cette armée arriva trop tard et se retira précipitamment. Cinq cents gentilshommes danois passèrent aux Suédois^ qui continuèrent leur marche victorieuse. Meyer, vaincu et fait prisonnier, pousse à la révolte la garnison de Warberg et s'en rend maître. Pendant que la Scanie lui échappait, le comte levait une armée en Sélande. Ghristiem III attendait une flotte que Gustave et Albert, duc de Prosse, avaient promis de mettre à sa disposition ; il apprit bientôt que la Sélande était le théâtre d'une guerre civile* Les paysans et les soldats, excités par Christophe, poursuivaient à odtrance les nobles, et ne leur laissaient d'autre alternative que la ruine ou la fuite. La Norvège méridionale s'était déclarée pour Christiern III ; ce prince passa en Fionie sur des vaisseaux de transport , battit l'ennemi et le força à s'enfermer dans Assens. Les Lubeckois redoublèrent d'activité ; ils armèrent deux flottes, et donnèrent le commandement de quelques troupes au duc Albert de Mecklenboui^. La mésintelligence ne tarda pas à se mettre entré Albert et Christophe.

Cependant les flottes de Lubeck occupaient le Sund, où elles capturèrent un grand nombre de^ vaisseaux hollandais richement chargea. Albert et

Christophe firent passer en Fionie un corps d'armée sous les ordres du comte Hoya. Les chefe ailemands réunissant alors toutes les garnisons dont ils pouvaient disposer dans cette île, s'apprêtèrent à livrer bataille à l'armée royale. Hoya et Gustave TroUe comptaient surprendre les Danois, mais leur dessein fut découvert par un transfuge, et Rantzow, général des forces danoises , marcha à la rencontre de l'ennemi qu'il surprit à l'improviste et tailla en pièces. L'île de Séland restait seule aux Lubeckois, mais ils étaient les maîtres sur la mer, et cet avantage balançait toutes leurs pertes. Bientôt les flottes qu'attendait le roi se trouvèrent prêtes, il en confia le commandement à Scram, qui remporta coup sur coup de grands avantages. Peu de temps après, Christiern se vit en mesure de faire le siège de Co-

penhague : il se voyait à la tçte d'une armée nombreuse et aguerrie, et d'une noblesse qui attendait de la victoire le rétablissement de ses privilèges. La flotte obéissait à des officiers expérimentés, et ne le cédait en rien à celle de Lubeck.

Au mois d'août 1535, la ville fut investie, et les travaux poussés avec vigueur, tandis que des corps détachés allaient faire le siège de quelques autres ^ places. Le roi, pour ne pas perdre un temps précieux devant Copenhague, passa en Scanie, où il

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fut salué roi aux aoclamations du peuple ; de là il se rendit en Suède^ où il eut une (^nférencè avec Gustave. Les deux monarques se renouvelèrent l'assurance d'agir de concert, soit contre Lubeck, soit contre les gendres deChristiem II. Gustave exhorta son beau-&ère à restreindre le pouvoir des évoques ' et les revenus du clergé danois, dès que les circonstances le lui permettraient. Ghristiern II lui rendit tous les domaines que k maison de Yasa possédait dans le Halland , et lui céda Bohus, Aggershus et Wigen, pour sûreté des sommes qu'il lui avait empruntées.

 son retour en Danemark, il trouva que les sièges de Copenhague, de Malmô et de Landskrone n'avaient fait que peu de progrès ; cependant Warberg avait capitulé malgré la défense de Meyer, qui fut pris et appliqué à la question. Les révélations de oc chef prouvèrent que Henri VIII n'était pas éloigné de payer à la régence tous les frais de la guerre, sous la réserve qu'on le mettrait en pos-

session de Copenhague, Malmô et Warberg.

La cruauté caractérise ordinairement les guerres civiles, surtout quand l'ambition des princes est encore excitée par le ferment religieux. Meyer, ses frères et plusieurs chefs qui partageaient sa confiance^ furent conduits à Elseueur, où ils périrent

dan8 les plus cruelles tortures. Gcpeudant Land* skrone, réduit à la dernière extrémité, capitula. L'occupation de cette place ouvrit le Sund aux flottes royales. Un secours considérable, quelesLubeckois parvinrent à introduire dans Copenhague, ranima le^ espérances des assiégés , et la saison devenant trop avancée pour que les vaisseaux du roi pussent tenir la mer, Christiern mit la plus grande partie de sa flotte à l'abri dans le port de Landskrone, et fit mettre le siège devant Kxonenbourg, qui commande le détroit; il se rendit ensuite dans le Holstein, après avoir confié à ses généraux la conduite du blocus de Copenhague. Ce prince avait été informé que Frédéric, gendre du rpi captif, «créditait une invà^ sion dans les duchés. D'un autre côté, François I^', roi de France, avait fait prévenir Christiern que la régence lui avait proposé la couronne, de Dane^ mark. L'année suivante, 453(5, s'ouvrit pour Christiern sous des auspices favorables { il ne lui restait plus à soumettre que Malmô et Copenhague. Une réaction iniportante dans la poUtiq^e de L^beçk ne servit pas moins Christiern que ne l'avait fait la fortune des armes. Le pouvoir venait d'être rendu ^\)x familles patriciennes, et le peuple, également prompt à réhabiliter et à flétrir, se flattait que la rétablissement de ses anciens magistrats rendrailt à

la république son influence et sa prospérité premiè-^ res. Le sénat se trouvait dans ces dispositions, lors* qu'on ouvrit un congrès à Hambourg^ sous la mé* diation de Félecieur de Saxe^ du duc de Brunswick et de quelques villes hanséatiquas du premier or* dre. Âpr^s bien des contestations que faisait naître la divergence des intérêts, on convint que les hos* tilités cesseraient entre le roi et Lubeck, qu'on couserverait à cette ville les franchises et les privilèges dont elle avait joui en Danemark sous les règnes précédents ; qu'Albert et Christophe seraient com-^ pris dans le traité, s'ils consentaient à s'éloigner immédiatement du royaume ; que Wismar, Ros^ tock et Stralsund auraient un délai de six mois pour se décider, et que les habitants de Copenhague et Malmô ne seraient point inquiétés, s'ils se soumettaient immédiatement à Christiern. Les Lubeckois s'engageaient en outre à n'assister ni directement ni indirectement les ennemis de Christiern. Le roi de Suède et le duc de Prusse se trouvaient compris dans le traité. Il restait à persuader au comte d'Oldenbourg et au duc de Mecklenbourg qu'il ne leur restait plus qu'à se désister d'une entreprise qui ne leur offrait aucune chance de succès ; mais ces deux chefs, comptant sur les promesses de secours que ne cessait de leur £aire la gouveràante des Pays-

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Bas, rejetèrent toutes les propositions. Alors les Likbeckois licencièrent les troupes qu'ils entretenaient en Danemark, et ces mercenaires, dont la guerre était le métier, se mirent à la solde du comte et du duc. Straisund se détacha de l'alliance allemande; mais Rostock et Wismar, qui dépendaient du Mecklenbourg, se virent forcées de suivre la fortune de leur duc. Bientôt après, Christiern fit son entrée dans Malmô, après avoir accordé aux habitants de cette ville les mêmes avantages qu'ils avaient attendus de la résistance. Christophe, loin d'être découragé par tant de défections et de mé« comptes, ne voyait dans toutes ces vicissitudes qu'un motif de plus pour porter plus haut ses prétentions. Le duc de Milan venait de mourir, et sa veuve s'était retirée dans les Pays-Bas auprès de sa tante ; le comte demanda sa main, dans l'espoir de ceindre lui-même un jour la couronne de Danemark. Mais soit que l'état de ses afEaires n'inspirât au conseil de Marie qu'une confiance médiocre, soit plutôt que les prétentions de Christophe parussent exagérées à la maison d'Autriche, il ne reçut qu'une réponse évasive. D'ailleurs, toutes les prédilections de Charles-Quint et de Marie se portaient naturellement sur le comte palatin, qui avait rendu à l'empereur des services signalés, et qui, en sa qua-

lité de gendre de Christiern II, pouvait ccnnpter sur l'appui d'un parti en Danemark. En effets on s'occupait déjà de lever une année en Allemagne, et la Hollande armait une flotte destinée à agir dans le Nord, en faveur de Frédéric. Charles-Quint résolut toutefois de tenter la voie des négociations : - Frédéric, comme on le pense bien, ne pouvait se prêter à ses vues, et la malheureuse expédition de l'empereur en Afrique détourna l'orage qui menaçait le Danemark. Après avoir jEait une diversion dans rOst-Frise, pour prouver que non-seulement il était en état de se défendre contre les alliés de l'empereur, mais de les attaquer sur leur territoire , le roi pressa le siège de Copenhague ; il essaya d'abord de pénétrer dans le port à la faveur «. d'un subterfuge. Il jprit à son service un grand ngmbre de vaisseaux [de commerce de diverses nations, et, après un combat simulé, la flotte danoise se re-. tira comme en désordre, tandis que le parti vainqueur se dirigeait vers le port. Les habitants, persuadés que le secours qu'As attendaient venait enfin d'arriver, contemplaient le combat du haut des remparts, et se livraient à une joie d'autant plus vive, que la rigueur du blocus les avait réduits aux dernières extrémités. Mais ils ne tardèrent pas à être

détrompés, et ils se hâtèrent de barrer les passages, m. '20

8oe hÉVOLtTiorrs

La fernine décimait les assiégée, et le peu de ressources qu'ôf Ërait la ville suffisait à peine aut combattants. Les .soldats soupçonnaient les bourgeois de vouloit* se rendre ; ils en massacrèrent un grand ûombre^ sous ce prétexte, et ils exercèrent toutes sortes de violences sur ceux dont les richesses excitaient leur cupidité. Il y avait niême péril pour quiconque passait pour avoir conservé un peu de grain ou les plus vils alinoients. Quoique lé nomliure des as- Sièges décrut rapidement, par suite du manque de vivreset à cause des maladies qui suivirent làiamine, les ressources de la ville ne pouvaient plus suffire aux besoins de la garnison ; on se nourrit d^abord de la chair des chevaux et des animaux domestiques^ mais ^ bientôt les habitants se virent réduits à se disputer rherbe qui croissait sur les remparts et dans les cimetières. Les secours qu'à vait promis la Hollande n'arrivaient pas. Enfin la ville a^amée demanda à se rendre. Le rôi dicta les conditions de la capitulation,'et couronna cette guerre, la plus cruelle qui eût jamais désolé le Danemark, par une amnistie non moins &vorable à sa politique qu'honorable pour son caractère. Le duc -et le comte se rendirent au camp de Christiern, tête nue, et comme il convenait à des suppliants, et bientôt après ils s'embarquèrent pour TÂllemagne. L'entrée du roi dans

SIS f EUPLËS OU NOKD. $07

sa capitale offirait iin contraste frappant entre la Joie des vainqueurs et la misère des vaincus. Les ht* bitants avaient à peine la i^Drce de se traîner jusqu'au lieu où passait le cortège, pour y saluer le libérateur. La plupart des édifices publics tombaient en ruinés ; dans les maisons à demi écroulées, on distinguait des familles entières que Tépui-* semônt et la fiiim retenaient dané leurs demeures. L'abondance eut bientôt réparé tout ce qui était réparable ; le f>anemark respira, et la Fortune, souvent extrême dans ses rétours, sembla se complaire dans la perte et Thumiliation des auteurs et des principaux complices de cette révolution désastreuse. Meyer avait péri sur la roue, le duc et le comte étaient rentrés en Allemagne sous la honte de la défaite et du pardon. Mynter et Bogbinder avaient été amnistiés, à condition qu'ils serviraient le tknemark ; quant à Wullenweter, dont Tambition avait mis le Danemark en feu, il eut une fin plus déplorable 6n0ôre« Blâmé et déteste depuis qu'il était malheureux, il dut réliigner éon emploi de bourgmestre, et se réfugia dans les Etats de rarcheVèque de Brème; ce prélat, allié de Gustave, ei sollicité d^ailleuts parles magistrats de Lubeck, qui venaient de rendre contre le fugitif une ^n-* tence de mort, le fit condamner au supplice des

quatre quartiers. Bogbiuder s'empoisonna : le seul Mynter fut reçu en grâce par le roi, qui le maintint dans ses fonctions de bourgmestre.

Christiern ne pouvait oublier la conduite hostile des évêques à son égard. Les promesses qu'il avait faites à Gustave, ce qu'il devait aux nobles laïques qui avaient supporté avec^nt de dévouement les charges et les fatigues de la guerre, et, plus que tout le reste, l'état déplorable où se trouvaient les finances, dans un pays ruiné, tout concourait à l'affeirmir dans une résolution conforme d'ailleurs à ses convictions religieuses, celle d'élever le protestantisme sur les ruines du clergé latin. Il s'ouvrit de. ce dessein aux seigneurs les plus considérables du royaume, tels que Giô, grand maître, Trolle, grand maréchal, Brahe, Bilde, Rosenkrantz, Gytdenstierne, Prùs, et à d'autres sénateurs laïques. Dans ce conseiT, tenu d'abord secret, on prit la résolution d'aboUr le pouvoir temporel des évêques, de consacrer leurs revenus aux besoins publics, et de ne plus leur laisser à l'avenir aucune autorité, soit dans TEghsc, soit dans l'Etat ; si la décision de quelques conciles s'opposait à ces mesures, on devait n'en tenir aucun compte, et ^e rétablir les prélats que du consentement du prince, du sénat et 4es états du royaume. Enfin, on prit l'engagement

de favoriser) par tous ks moyens possibles, la cause des religiojinaires; et de soutenir Christiem contre tons ses ennemis, quel que pût être le motif de leurs agressions. L'archevêque de Lunden etTévéquede Roschild se trouvaient alors à Copenhague^ tous deux étaient regardés comme les chefs du parti catholique; oni s'empara de leurs personner, et plusieurs autres évêques eurent le même sort.

Le roi essaya de donner à cette mesure arbitraire une apparence de justice ; il convoqua les états du royaume, à l'exception des évêques, et obtint sans difficulté le décret connu sous le nom de Rêcès des états généraux, qui frappait à la fois le clergé catholique dans sa puissance temporelle et spirituelle. Tous les biens de l'Église furent réunis au domaine de la couronne ^ on permit aux moines de rester dans leurs couvents, mais à des conditions qui équivalaient à l'exigence d'une apostasie réelle ; de toutes les redevances qui avaient pesé sur le paysan, on ne conserva que la dîme, dont un tiers fut affecté au curé de la paroisse, et le reste partagé entre le propriétaire de l'église et le roi qui devait consacrer sa part à l'entretien de l'université et des écoles. Les évêques furent remplacés par des surintendants, mais pendant longtemps encore l'ancienne dénomination prévalut.

S4« B&YOLUTIONS

Cette réforme faisait disparaître de ^nds abus^j on ne peut se dissimuler toutefois qu'eu renversait uue institution si ancienne, on ébranlait l'Etat dans sa base. La noblesse laïque devenait prépondérante, et le roi ne pouvait plus opposer aux pré* tentions des grands une influence rivale,' à moins de chercher un point d'appui dans les privilège? démocratiques; en un mot, l'équilibre était rompu, et le gouvernement devenait forcément aristocratique ou despotique.

Bientôt après, les évêqùes furçnt remis en liberté; un seul, celui de Roschild, refusa le sermept exigé d'obéissance et de fidélité à la personne du monarque, et aima mieux finir ses jours en prison, que de manquer à ce qu'il devait à l'Église catholique et à sa conscience.

Christiern, tout en négociant avec les Pays-Bas et la Suède, ne perdait pas de vue la Norvège. On a vu précédemment que les provinces méridionales de ce royaume avaient promis de lui déférer la couronne : le Nord, où le catholicisme était la religion dominante, manifestait au contraire des dispositions hostiles. L'archevêque de Drontheim n'attendait qu'un prétexte pour se déclarer. Le prélat entretenait des intelligences avec la gouvernante et le prince palatin ; il profita d'une demande de subsi-

DES rsuriEs m nord. itu

des qui avait eiccité un vif méçQiitentfmeat parmi le peuple ; et, comme s'il y eût çté forcé par le vceu Çéuéral, il fit arrêter plusieurs évêqués et sénateurs (jui s'étaient déclares pour Christiem» A cette nouvelle, la Norvège , méridionale elle-même aban* donna le roi, dans Fespoir que l'empereur et le palatin la soutiendraient dans cette révolte. CJei événements avaient eu lieu en 4^3$ ; la i^eddition de Malmô et de Gopeuhague né tarda pa^ à opiérer uae réaction dans lea esprits. Le3 députée du roi parcouraient les provinces, promettaut partout que Ghristiern se montrenu^t clément envera tous qçwf qui se soumettraient. L'archevêque seul faf ^dv de l'amnistie f prtssentant le sort qui l'atteud^il;» il s'embarqua avec ses richesses et les effets les plu9 précieux de son église, et se réfugia en Hollande. En peu de temps toute la Norvège fut pacifiée, et Ton prit des mesures pour la teàir désormais dans une sujétion plus complète»

Ghristiern, tranquille à Tintérieur , fit des ouvertures pacifiques à la Uollande ; il obtint enfin une trêve de troi$ ans, dans laquelle toutefois le palatin n'hélait pas compris. L'électeur était loin de renoncer à ses projets : il prit à son service un aventurier nommé Ulebacher, qui l^va bientôt en Allemagne un corps conndér^ble. Ce chef débuta par une iur

vasion dans les États du duc de Gueldre, qu*il battit complètement ; il le fit prisonnier, et lui arracha dans les tortures dès révélations importantes. On sut que la gouvernante, toujours portée pour le palatin, lui avait fourni l'argent nécessaire, sans se croire liée par le traité de Bruxelles. Le mauvais succès de cette entreprise semblait promettre au Danemark une paix durable. Christiérn en profita pour se faire couronner solennellement. La cérémonie eut lieu à Copenhague. JeanBugenhag sacra le prince ; c'était un disciple de Luther, pasteur à Wittenberg , et professeur de cette université. Le choix d'un ministre protestant dans des- fonctions dont s'honorait jadis le primat d4 Nord, annonça à toute l'Europe que le protestantisme était désormais en Daneniark la religion du prince et de l'État, et que ce pays d'obédience, où les papes régnaient jadis à l'égal du souverain, échappait pour toujours à l'influence pontificale.

Bugenhag désigna parmi les ministres protestants les surintendants qui devaient remplacer les évoques. La simplicité de leur consécration contrastait avec la pompe romaine; on chanta quelques hymnes , et BugeiAag, après leur avoir imposéles mains, leur rappela en peu de mots les devoirs de leurs nouvelles fonctions. On s'occupa ensuite de dresser

un formulaire de foi et de discipline qui devait être la règle ecclésiastique de tout le royaume. Il fut rédigé en latin sous le titre Ordinatio ecclesiastica, et approuvé par Luther et les docteurs les plus célèbres de l'université, de Wittenberg. Les [ordres mendiants furent supprimés ; mais Luther obtint du roi qu'il conserverait les chapitres de chanoines^ auxquels on confia le soin de connaître des causes matrimoniales. Dans chaque diocèse on nomma un grand bailli qui fut charge de Fadministration^du temporel, en ce qui regardait le revenu des églises, des hôpitaux et autres établissements qui jusquelà avaient dépendu des évêques catholiques.

L'électeur palatin fit une dernière tentative ; il leva des troupes, et, comptant sur un secours considérable, que les Hollandais devaient mettre à sadisposition , il se préparait à attaquer simultanément ' le Danemark par une flotte, le Holstein et le duché de Prusse par deux armées allemandes : l'activité du roi et l'attitude des villes hanséatiques firent avorter cette tentative.

Quelques dissentiments s'étaient élevés entre Gustave et Christiern, mais ils furent bientôt levés, et le traité de Bromsebro rapprocha étroitement les deux cours. Cependant les Flamands avaient commencé les hostilités conti:e le Dane-

BU BÉYOLOTIOIfS

marki en «'emparant, sur les côtes de Norvège, d'un vaisseau richement chargé. Christiem, sans se croire autorisé par cet exemple^ envoya à là régente une déclaration de guerre en forme, et donna ordre à Gyldenstieme d'aller croiser avec l'escadre royale devant les ports de la Hollande ; mais la tempête rendit inutile cette expédition. Le commerce souffrait de cette guerre; et comme les Danois étaient les mattres de la Baltique, leurs ennemis se voyaient forcés d'interrompre tontes leurs relations avec le Nord. Enfin la paix de Spire mit fin à ces sanglants débats, dont la déposition de Christiern II avait été la cause ou le prétexte. Le Danemark avait un tel besoin de repos, que le roi resta sourd aux sollicitations de la ligue protestante, lorsque, après la bataille de Mùhlberg, ils réclamèrent le secours que devait leur fournir Christiern, en vertu du traité de Brunswick.

Les derniers embarras de ce règne si agité furent occasionnés par les prétentions qu'élevaient les frères du roi sur le partage des duchés, et en particulier sur l'investiture du SIeswig, fief mouvant de la couronne. Christiern, craignant que ses ennemis ne profilassent de cette circonstance pour Tattaquer dans ses droiti incontestables, déploya une grande fermeté el mit sor pied des forces oonsidérables.

DES nnfïM 011 NOBD. Ml

Cette affoire se termina par un comproime entre l'empereur, qui conféra l'investiture du Holsteiny et Christiem, qui resta en possession d'accorder celle duSleswig*

Les dernières années de ce règne furent paisibles et aussi prospères qu'on pouvait l'attendre d'une administration qui avait tout à fonder ou à réparer. Frédéric, fils aîné de Çbristiern, avait été désigné par les états coAime héritier de la couronne ; esx 4548, il passa en Norvège, où ses droits sur ce royaume furent également reconnus. A lamème époque, le roi donna la princesseÂnne à Auguste, prince de Saxe, nommé bientôt après électeur. Il e^cigea, dit-on, de son beau-frère, qu!il ne s'approprierait aucune part des dépouilles de Frédéric, son ancien allié. L'ordre commençait à régner dans le royaume ; la religion protestante s'était rapidement étendue dans toutes les classes de l'État, et même en Nor* vége, où le catholicisme avait succombé fautç d'un appui extérieur. L'Islande résista plus longtemps ; l'éloignement de cette île, la domination qu'y exerçaient les prêtres, Tàpreté de son climat qui donne' au caractère des habitants une énergie sauvage, tout contribuait à la rendre hostile à l'établissement d'une religion qu'on prétendait lui imposer. Ar-: mesen, évéque de Holum^ souleva le peuple, dé-

914 BEYOLunons

mark, en a'emparant, sur les côtes de Norvège, d'ttn vaisseau lâchement chargé. Christiern, sans se croire. autorisé par cet exemple, envoya à là régente une déclaration de guerre en forme, et donna ordre à Gyldenstieme d'aller croiser avec l'escadre royale devant les ports de la Hollande ; mais la tempête rendit inutile cette expédition. Le commerce souffrait de cette guerre ; et comme les jDanois étaient les maîtres de la Baltique, leurs ennemis se voyaient forcés d*interronïpre toutes leurs relation^ avec le Nord, Enfin la paix de Spire mit fin à ces sanglants débats, dont la déposition de Christiern XI avait été la cause ou le prétexte. Le Danemark avait un tel besoin de repos, que le roi resta sourd aux sollicitations de la ligue protestante, lorsque, après la bataille de Miihlberg, ils réclamérent le secours que devait leur fournir Christiern, en vertu du traité de Brunswick.

Les derniers embarras de ce règne si agité furent occasionnés par les prétentions qu'élevaient les frères du roi sur le partage des duchés, et en particuher sur l'investiture du Sleswig, fief mouvant de la couronne. Christiern, craignant que ses ennemis ne profitassent de cette circonstance pour l'attaquer dans ses droite incontestables, déploya une grande fermeté et mit sur pied des forces considérables.

oette expédition périlleuse \ mais Frédérie TQUlut s'y associer^ et il fut convenu que 1^ charges et les avantages de là guerre seraient partagés entre tous ]es princes d^ Holstein et lé monarque danois. L'armée fut bientôt prête, et l'on en confia le commandement à Rantzow. On emporta, d'abord la place de Meldorp, upi des forts qui commandaient l'entrée du pays. La conduite des habitants fut héroïque, les femmes conibattaient avec autant d'acharnement qua des soldats aguerris. Cette résistance exaspérsi le. vainqueur^ qui passa au fil de répée tout ce qui se trouvait dans la ville., sans distinction d'âge ni de sexe. Déjà la partie méridionale de la province était conquise : l'armée marcha sur Tilbourg,^ du côté du nord, et $'en empara sans beaucoup de peine;, parce que la ville avait été dégarnie pour la défrise de Hçnmcôngstadt, que l'ennemi croyait menacé. Une grande sécheircsse fevorisait la marche des Danois dans ce paysden^arécages; il né restait plus qu'à forcer Heyde, où résidaient les sénateurs ou anciens. Les Ditmarses y avaient réuni leurs forces. C'est dans ee dernier asile qu'ils s'apprêtaient à faire le sacrifice* de leur vie plutôt que de renoncer à lem* liberté • Quand leurs remparts furent abattus, ils se retranchèrent dans les rues, repoussèreuit plusieurs foi^ Feïinemi, dont les pçrtes

posa le surintendant protestant ; mais bientôt aprèè il fut décapité, et l'île se soumit à la religion comme au gouvernement des Danois.

Ghristiern H travailla avec zèle au rétablissement de Tunivèrsité de Copenhague; il affecta à fcette institution des fonds considérables, et voulut qu'elle eût désormais pour protecteur le chancelier du royaume. La législation danoise, après tant de changements, avait besoin à'être refondue ; il la modifia, aussi bien que celle des duchés , par des règlements pleins de sagesse. Il mourut à holding, âgé de cinquante^six ans, après en avoir régné vingt-quatre. H eut de Dorothée de Saxe-Lauenbourg : trois fils, Frédéric, qui monta après lui sur le trône ; Magnus, dont nous avons déjà parlé dans le règne dé Jean IV, et Jean/ surnommé le jeune duc de Sleswig-Holstein. Anne, sa fille aînée, fut mariée à Auguste, duc dé Saxe, et depuis électeur ; Dorotliée épousa Guillaume de Lunebourg, souche des électeurs de Hanovre.

La mort de Ghristiern II suivit de près celle du roi de Danemark. Frédéric II prit lés rênes de l'État, et ouvrit son règne par une entreprise contre les Ditmarses, dont l'indépendance avait été re- •connue par la paix de Lubeck. En 4436, Adolphe, duc de Holstein-Gdttorp, avait conçu le premier

DES HBtPLBS DU. HORS. ïlt

IWillerie; ils se virent aussitôt eûvipoùnéd pÊit Tarmée danoise, et prêtèrent serment de fidélité (4 ). Le pays fut partagé en trois portions égales, dont une échut au roi, et les deux autres aux duôâ. ^

La solennité du couronùemfent de Frédéric suivit de près cette victoire. La noblesse ne négligea point dans cette circonstance d'étendre encore les jpriviléges de son ordre ; la capitulation royale portait, entre autres articles, que le souverain ne pourrait conférer les libertés et les privilèges de la noblesse à aucun roturier ; que nul étranger ne serait admis dans le sénat ; qu'aucun gentilhomme ne pourrait être arrêté ni emprisonné ; que la guerre ne serait déclarée que du consentement des états ; et enfin que le roi ne se regarderait comme tel qu'en vertu du libre droit d'élection.

Magnus, frère du roi, peu satisfait de sa part d'héritage dans les duchés, vit dans les troubles qui

agitaient alors la Livonie, un moyen de s'élevei* au rang de prince indépendant. On a vu précédemment que rOrdre Teutonique, menacé pat le» armes de Jean IV, s'était inutilement adressé k Gustave, qui, peu de temps après, signa la paix avec le tsar. De nouvelles attaques de la jpart de^ Russôé'

(I) Qiliâiu Cimbtr.

SM BÉVOLUTIOItS

forcèrent 1^ Livoni^s à implorer le secours du roi de Danemark. GhristierA ni était encore sur le trône; il acheta l!îled'Cffi8el et la province deWick qu'il destinait à Magnus, son second fils. A la mort de Christiem, Frédéric II termina cette transaction, joignit à rfle d'OEsel le diocèse de Courlande, et donna l'investiture de ces provinces à son frère, qui, en retour, dut renoncer à ses droits sur le Holstein. -•

Le roi envoya des ambassadeurs à Jean, pour le prier en son nom, et de la part de l'empereur Ferdinand, de ne plus inquiéter la Livonie; en même temps le jeune prince partit pour OEsel. Nous avons vu précédemment que Magnus trop confiant dans sa fortune, et resserré entre la Suède, la Pologne et la Russie, se vit forcé de devenir l'instrument de la politique du tsar. Revel passa sous la domination suédoise, et depuis ce temps ces pro*^ yinces devinrent le théâtre d'une lutte qui finit par assurer la prééminence de la Russie dans le Nord.

Eric avait succédé à Gustave Vasa ; presqu'à la même époque, le Danemark et la Suède obéissaient à deu?c jeunes princes, plus jaloux de se signaler que de suivre la politique prudente de leurs pères. Dès le règne de Christiem III, une question assez futile en elle-même avait occasionné un refroidi»-

sèment entre les deux cours. Le pince danois avait conservé dans son écu les trois couronnes, ce qui semblait annoncer la prétention de faire revivre ultérieurement' l'union de Calmar. Cependant Christîem et Gustave sentaient trop la nécessité de rester unis, pour feire de cet incident un sujet de rupture. Éric XIV, dès son avènement au trône, éleva des réclamations à ce sujet, et voyant qu'elles restaient sans effet, il ajouta aussi à son écu les armes de Norvège et de Danemark. Cette sorte de défi n'en fut pas moins suivie d'un renouvellement d'alliance, mais il était aisé de prévoir que la guerre éclaterait à la première occasion ; elle ne tarda pas à se présenter. En 4563, on vit arriver à Copenhague une ambassade suédoise qui se rendait auprès du landgrave tle Hesse dont Eric recherchait la fille. Le chef de cette mission était Sten Ericsson, que l'on savait très-opposé aux intérêts du Danemark. Le grand chancelier, soit excès de précaution, soit que les propos peu mesurés de Sten lui eussent fait concevoir quelques soupçons, retint les ambassadeurs soùs divers prétextes. Sten, blessé de ce procédé, prit le parti de s'éloigner sans passe-port ; mais il fut arrêté malgré .sa résistance et consigné provisoirement dans la maison qu'il occupait Bientôt un envoyé danois revint ni. 24

lit lUÂVOLtiTIOl^S

de Suède avec k nouvelle qu'Éric ge préjparait à la guerre. Alors, contre ledroit des gens, onconduisit les ambassadeurs suédois au château de Gallen-^ bourg, où ils restèrent deux ans prisonniers. Éric voulut mettre de son côté toutes les apparences du bon droit, et fit à son rival des ouvertures pacifiques. Un second incident rendit la rupture inévitable. Deux flottes, Fune danoise et l'autre suédoise, se livrèrent un combat très-vif près de Bomhlom ; selon toutes les apparences, la dernière flotte avait pris Foflfensive (1). Les Suédois firent environ six cents prisonniers qu'ils conduisirent à Stockholm, où les humiliations ne leur furent pas épargnées. Lubeck prit parti pour Frédéric, et la guerre allait éclater malgré l'intervention de la reine d'Angle* terre, de la Pologne, de l'électeur de Saxe et du landgrave Philippe.

Une lettre d^Éric à Elisabeth fut interceptée par un officier danois. Le prince y sollicitait la main de la reine à IHnstant même où il demandait celle de la fiUe du landgrave* Prédériô ne put se refuser la satisfaction de communiquer cette missive à Philippe, qui, justement irrité d'un procédé si étrange^ Congédia aussitôt les ambassadeurs sué-

(1) Mattét, €hyfi««iii, de Thon. *

dois et fiança la princesse an duc Adolphe de Holsteih.

Tout accommodement était désormais impossible. Le Danemark et la régence de Lubeck déçla* rèrent la guerre à Éric, et Frédéric fit répandre en Suède un manifeste justificatif, et dans lequet il rappelait les avantages dont ce pays avait joui sous les rois de l'union.

L'armée danoise pénétra en Suède par le Hôl'* land^ et emporta Elfebourg. Les provinces de Smaland et de Westrogothie, la Scanie et quelques districts de Norvège furent tour à tour envahis et délivrés ; les avantagés et les pertes se balançaient sar mer et sur terre, cependant l'amiral suédois Hom battit la flotte danoise à la hauteur de Bom* bolm. L'année suivante, >I865, Varberg fut pris par les Suédois : parmi les étrangers qui combattaient avec les Danois, se trouvait Pontus de la Gardie, gentilhomme français, dont la famille, adoptée par la Suède, se rendit célèbre dans le Nord. Rantzow essaya de reprendre Varberg; enveloppé par des forces supérieures, il battit l'ennemi, lui tua beaucoup de monde et le força à la retraite. Quelques années après, ce général se couvrit de gloire, et sortit d'une position non moins critique à

su EÉYOLUTIONS

l'instant même où les chefs suédois et les Danois eux-mêmes le croyaient perdu.

Les hostilités continuèrent jusqu'à la déposition d'Eric XIV que les Suédois remplacèrent par Jean^ son frère. Le roi de Danemark, au lieu de profiter des troubles dont la Suède était devenue le théâtre, conclut une trêve avec Jean, soit qu'il jugeât prudent de laisser l'ennemi s'affoiblir par une guerre civile, soit qu'il voulût mettre ce temps à profit pour organiserses ressources. En efifet, si les Danois avaient eu souvent l'avantage sur terre, leur flotte avait considérablement souffert, et l'amiral Hpm l'avait tellement maltraitée en plusieurs redcontres, qu'il fallait du temps pour la remettre en état de tenir la mer, .La pak fut signée à Roschild aux conditions suivantes : les deux rois pourraient porter les trois couronnes du Nord dans leur écu, sans s'attribuer par là aucun droit sur les états l'un de l'autre ; la Suède renoncerait à toutes ses pré^ tentions sur la Norvège, le Halland, le Blekingen, la Scanie et l'ile de Gothiand; de son côté, le Danemark reconnaîtrait l'indépendance delà Suède, de droit comme dé fait ; les provinces et les places fortes conquises dans la dernière guerre seraient rendues à leurs souverains respectifs; Ma'gnus

DES PEDPISS m NORD. B«

garderait Laueiibourg, Vue d'OEsel, le diocèse de Revel et de Gourlande, sans que les Suédois le troublassent dans cette province ; enfin la Suède devait payer au Danemark une indemnité pour les frais de la guerre. Frédéric signa ce traité, de sorte qu'cm n'attendait plus que la ratification du roi de Suède. Ce prince, se voyant affermi sur le trône, fMrétendit que ses ambassadeurs avaient outre-passé leurs pouvoirs. H publia un manifeste pour justi^ fier cette mesure, demanda du secours à Sigismond, son beau-frère, et se hâta de mettre ses frontière en état de défense. Au commencement de l'année suivante, la flotte danoise et celle de Lubeck s'emparèrent du port de Revel et y capturèrent plusieurs vaisseaux marchands. Yarberg, assiégé par Frédéric, se rendit après une défense opiniâtre qui ooûta la vie aux généraux Rantzow et Broken*hua. Les Suédois se vengèrent de cet* échec en dévastant la Scanie et le Blekingen, tandis que le Smaland était envahi par Tannée danoise. La Norvège ne frit pas épargnée dans cette guerre de représailles où l'on se feisait de part et d'autre tout le mal possible «ans autre résultat que l'incendie des villes et des bourgs, et le massacre ou la mine des populations. La paix deStettin, ménagée par la médiation de l'empereur, du roi de France

BJBTOiimOIfS

et de plutiettr» princes d'Àllemogne* diswma <% suite les deux puissances bellJgéraQtes, et n- appcM^ que de légères modifications à la conventioi» 4f Roadbild. Cette lutte si longue et si stgo^nte n^avaH ' servi qu'à séparer; par une démarcation plus prcH^ fonde, deux États dont le génie de Alargu$r|^ n'avait pu détruire les rivalités*

La paix de Stettin permit à Frédéric de s'opaur per dea afSaires de l'intérieur • Après avoir régules différends qui s'étaient élevés entre les ducs <)e Holstdn et de Sleswig, il épousa Sophie^ fillc^ 4u duc de Medilenbourg* Cette princesse lui dpiw^ successivement deux filles, ËUsabeth tt Âun^^et d» fils, nommé Christiern, qui porta depuis la cpur ronne. Quelques années s'écoulèrent sans événement important, lorsque la mort de MçgnustouprAtt rattention de Frédéric sur la livonie. Après de longues négociations et des efforts inutiles, il cédn au roi de Pologne tout ce qu'avait possédé Magnus dans cette province, et se réserva File d'ONËsèL Ce prince mourut en 4588. dans la cinquante<8Uft^ trième^année de son âge ; il encouragea les lettres et les sdenceSy étendit ses libéralités jusque sur les savants étrangers, persuadé que le mérite qui sert la cause de l'humanité tout entière a des droits réels i la munificence de tous les souverains édaîr

DBS psofim va «obs. mt

îé^ Jje» théologien da M^gddïc^iii^, Stfuwius» proj«B9ettr da Witt^bwg, Philippe Melaiiçhton, reçurent de lui 4^9 encouragemepf^^ Tyçbo^S^rahé diit à «I proteotion de pouvoir se liyrar ^ux sdeocei attroiuwûqaes : le roi lui doBoa THe de Hwea dans le canal du Suud, et y fit cou4truira à set bai$ l'obswtfttoire d'Uraniwborg.

Outre Christiem, ee iprioM eut encore de Sophie Ulric, nommé é¥ê(|ue de Sleswig en 1&32, et Jean qui mourut la vimw^ année à Moscou, fiancé à là fille de Godounof , Deu?( aujtres filles, Âugusta et Ikd^fîge f^tmt mariées, la première, au duc Adplphe de Holstein-Gothorp, et la ^eeande à l'électeur de Saxe.

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