CHAPITRE XXIX
Tratdis que k Oanemari^ s'afibib^isait de règne en régna par h» empiétements de b noblesse, la Suède, affermie par le génie de Guslàye Wasa, se recneillait daoBs tes inititations, et m^aaçait de ré-* pandre au dehors cette actinté inquiète qu'elle avait si longtemps tournée contre elle-même* Eric, en montant sur k trône, semUait n'avoir qu'à
suivre les traces de son père. Ce jeune prince, dont l'esprit était cultivé et naturellement ^ juste^ te montrait, en certaines occasions, prudent jusqu'à la méfiance^ tandis que, par un contraste étrange, ses actes les plus sérieux portaient le caractère de l'irréflexion et dç la bizarrerie.
Ses frères Jean, Magnus et Charles, avaient été désignés par le testament du feu roi, le premier, duc «de Finlande, le second duc d'Ostrogothie, <et le troisième duc de Sudermanie. L'intention de Gustave, en donnant des fîêfs si étendus à ses fils, était, comme il le dit lui-même, de les élever assez au-dessus des autres seigneurs pour que l'ambition et la jalousie de ces derniers ne pussent les atteindre. Mais en évitant un péril, il jetait entre les frères les germes d'une rivalité non moins dangereuse/Éric commença par mettre des bornes au pouvoir des ducs et par fixer les droits du ^uverain à leur égard. Il trouva la noblesse fevorable à cette mesure, en ordonnant la restitution aux femilles nobles de tous les biens qui leur avaient appartenu, sauf le cas où il serait prouvé qu'ils avaient été la: propriété des Wasa. Plus tard ce droit de i^^pétition fut étendu aux paysans libres.
Après son couronnement, ^1561, le roi nomma des comtes et des barons, déclarant qu'il iiedlait
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des dignités héréditaires dans un royautee héréditaire. « Cette innovation, dit Geier, fut suivie de la création de comtés et de baronnies, transmissibles aux aines de famille : c'étaient des fie£i de districts, de paroisses ou de domaines, auxquels étaient attachés le droit de justice, et celui d'y percevoir les revenus de la couronne. Svante Sture, Pierre Brahé et Gustave Johausson Roos, furent feits comtes. Le roi leur mit lui-même la couronne sur la tête et leur dit, en les touchant de son épée sur l'épaule : a Faites vaillamment pour le roi et la patrie. » En élevant le baron Sture Leyonhufvud à la dignité de baron, il dit à ce seigneur, qui s'était agenouillé : « Levez-vous, baron Sture; » et il lui posa également une couronne de moindre dimension sur la tête. La proclamation des hérauts semblait s'adresser aux ducs; elle était ainsi conçue: € Le roi de Suède, des Gotfas et des Vandales est tin, et quoique plusieurs couronnes brillent ici, sachez qu'il n'y a qu'une couronne royale. » Il créa aussi des chevaliers, et il dit à chacun d'eux en lui donnant l'accolade : « De païen vous êtes devenu chrétien, aujourd'hui vous êtes chev&liar» » .
L'année suivante, on restreignit l'obligation im^ posée à la noblesse d'équiper des cavaliers. Un comte eut la faculté de désigner trois terf^ qui
SSO BÉYOLUTIOI»
seMîeat exemptes de cette charge, un baron denx^ et un noble une seule, celle où il résidait. Telle est l'origine des biens privilégiés en Suède.
Les projets de mariage du roi ne tardèrent pas à mettre en évidence le côté faible de son caractère. U briguait simultanément la main d'Elisabeth d' Angleterre! celle de Marie d'Ecosse, et sans ronv^ pre les négociations, il demandait en mariage la princesse Christine de Hesse, et se faisait doioner des renseignements minutieux sur les agrémc^oits personnels de Renée de Lorraine, petite-fille de Ghristiern II. On a vu, dans le chapitre précédent, quelle fut l'issue de la négociation mati^imoniale entamée avec le landgrave de Hesse. Toutes ces Eusses démarches l'entraînèrent dans des dépenses ruineuses, et l'on peut dire de luî qu'il paya {dos cher poor Vattifer im refii», qa% nm<x^ à aucun prince de Suède pour les frais d'un étahlisr sèment réel. Aussii dès la seooyade année de son règne^ se vit-il obtigé de &ire un em{Mnmt au doQ de Finlande, son frère.
. L^QCcupation de fiievel, par les Suédois, £ûUit être roGcaaiôn d^une rupture avec la Russie. Jean é|K)usa biesilôt après. QitWine, sœur de Sigis^ m0nd, roi de ftole^e. Gme attbftce foi doMia
respoîr de m raidre irnéb^eadmA de la Svède.
BES PEQH£S DU IfORD. BM
Les diaciunoiu entre les deux frère» racirent bien-
tôt un caractère d'aigreur qui faisait pré.sager une rupture prochaine. Le. duc était de retour en Finlande, lorsque parut Tordre du roi à la noblesse finoise de passer en Livonie pour y servir la Pologne. Jean recevait en même temps l'injonction de se rendre à Stockholn^ pour y rendre compte de sa conduite ; sur son refus, il f nf; accusé par Eric de provocation à la révolte, e|; condamné à mort par les étata. Attaqué dans son château d'Âbo, le duc fut forcé de capituler. Qn le transporta au château de Gripsholm, .dans. une chambre au-dessous de laquelle se trouve le cachot où fut relégué depuis l'infortuné Ëiic. Catherine n'abandonna point son époux dans sa mauvaise fortune ; on lui offrit un château et un revenu considérable si ellç voulait quitter le duc* Pour toute réponset elle moxrtra son ^nji«9U ^mr. lequel était gravée cette devise : NUnisi mors. Eiio voulut. alon transportera Magnus les fb^'du prince caps^f, avec l'expqctative de la couronne* Pen de teipps après cette ofEre,^ qu^, pa fut point dCQf|>tée^ l'alié^ xiation de Magpos en ren4î;t ^é^Qç^rin^la Vçifét^sOiùu impossible; l^nol)lesseinamfe$ta^|.iS09iméQ0i|tenMxoent, ie roi se dispens^^ 4^ la Gpn¥9q%er ïïim^ii^^i il s'entoura de.&voris fui excfilàrai^M
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552 RÉVOUITIONS
naturelle, et bientôt les délations se succédèrent : les condamnations à mort devinrent de plus en plus fréquentes, enfin il osa faire couler le sang des nobles, et dès lors il chancela sur son trône. Les af&ires de livonie et le démêlé des trois couronnes amenèrent la guerre avec le Danemark ; nous en avons rapporté les circonstances principales en traçant le règne de Frédéric II. Cette guerre et celle de Livonie épuisaient la Suède. On trouve qu'en 4 566, un employé du roi fut condamné à la potence parce qu'il avait enrôlé des femmes pour le service militaire dans la Sudemanie. Un curé de Sôderkdping étant mort, son cercueil fiit porté au cimetière par des femme», parce qu'il n'y avait plus d'honmies pour lui rendre les derniers devoirs.
Eric était assise par des craintes continuelles^ il voyait partout des conspirateurs» et ceux sur lesquds tombaient ses soupçons étaient traités comme des coupables. La conduite du prince et lé caractère des nobles suédois rendaient, au reste, ces soupçons assez plausibles. Cependant le duc Charles demandait à étire investi de son fief; Eric nourrissait d'autres projets : il convoqua les états et poiM à leur connaissance les indices d'une conspûrarti<HaL où te «rouvaien* impliqués quelques sei-
gneurs dont le plus grand crime était de porter ombrage au roi et à son favori Pehrsson. Parmi eux, on remarquait Nils Sture, qui avait été envoyé en Lorraine pour y négocier le mariage du roi, et qui revenait précisément de sa mission avec le consentement de la princesse : son séjour à Stralsund^ où plusieurs ministres étrangers travaillaient au ^rétablissement de la paix dans le Nord, aigrit encore la méfiance d'Eric, qui le fit jeter en-prison. Quelques jours après, sur la nouvelle que le duc Jean s'était évadé de sa prison, Eric, un poignard à la main, courut à la prison de Nils Sture, et le blessa au bras. L'assassinat fut consommé par un neveu de Pehrsson. Encore couvert du sang de la victime, le prince fit ouvrir le cachot du père, Svante Sture : il se précipite aux genoux du vieillard en s'écriant : a Pour l'amour de Dieu, pardonnez-moi I — Tout, répondit Svante ; mais si mon fils a couru quelque danger, vous m'en répondrez devant Dieu. — Voyez, reprit le roi en lui montrant le cadavre de Nils ; eh *bren ! il faut que vous subissiez le mém.e sort, p Là-dessus, il sortit comme en démence, et revint bientôt avec l'ordre de mettre à mort tous les prisonniers, à l'exception de Sture ; Tambigùité de cet ordre sauva Sture Leyonhufvnd , et Sture Baner ; Svante Sture, Érfc Sture,
(M &ËVOLUTIOMS
Âbrahdm Stenbock, et Ivar tvarsson furent aussitôt massacrés.
n est à remarquer que Pehrsson obtint des états Farrêt de condamnation après le meurtre des accusés. Le roi ne tarda pas à donner des signes non équivoques d'une démence complète. Après avoir erré longtemps dans les bois, 11 fut reconnu et rentra à Stockholm où il fit son entrée les mains et les yeux levés vers le ciel (4). Dans une entrevue qu'eut le roi avec Jean, il se jeta aux pieds du prisonnier et le salua comme son souverain ; il était frappé de Vidée que son frère était sur le trône, et qu'il avait perdu lui-même la liberté. Peu de temps après, il épousa CatheriAe Mànsdotter, fille d'un sous-officier, après avoir porté ses vues sur les plus hautes alliances de l'Europe. La démence d'Éric explique suffisamment le mauvais succès de la guerre de Livonie et les avantages que les Danois remportèrent à cette époque dans le cœur du royaume ; cependant la flotte suédoise compensa tous ces revers et resta maîtresse de la Baltique .
Jean, après avoir obtenu son élargissement, se rapprocha de son frère Charles j informé qu'Eric s'était engagé à livrer au tsar la princesse Gathe-
(4) Geler, chap. XI.
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rine^ pour acheter à ses dépens l'aUtenoe dès Ranges contre k Pologne^ le duc crut qu'il était temps d'agir. Le méoonteiit^meiit était si gèftéral, que le parti du roi ne put comprimer la révolte; Pèhrsson fut livré et décapité, après avoir déclaré dans les tortures qu'Éric avait donné Tordre de
foire périr ses deux firères.
Les princes entrèrent à Stockholm le 29 septemhre 4567. Eric fut déposé et soumis à toutes les rigueurs de la plus étroite captivité. Ce traitement envers un homme en démence, et qui avait porté la couronne, fait peu d'honheur aux mœurs de l'époque, et témoigne de l'irritabilité qui fut Théritage commun de la lignée de Gustave Wasa. Plusieurs tentatives d'évasion, et des conspirations, dont le but ëtait la délivrance du royal prisonnier, causèrent enfin sa perte; sur une décision du sénat, le fils alioié du libérateur de la Suède fut empoisonné à Orbyhus, après neuf ans d'humiliations et de tortures.
• Jean m sûccé4a à Éric; mais Charles, sans avoir le titre de souverain, partagea de fait le pouvoir suprême. Les privilèges de la noblesse furent renouvelés, sous la condition que la couronne resterait héréditaire. Le traité de Stettin mit fin à la guerre de la Suède contre le Danemark. Jean donna
une sérieuse attention aux adirés de la Xivonlei dont le récit appartient au règne de Jean le Terrible, Les exigences de la Pologne deyenaient menaçantes pour la Suède , lorsque l'élection de Si^ gismond, fils de Jean, à la diète de 4572, mit un Wasa sur le trône des Jagellons^ mais les conditions delà paix furent mal observées, et Sigismond se contenta de promettre que la Livonie suédoise retournerait aux Polonais, quand la mort de son père lui laisserait la faculté de disposier de cette province comme roi de Suède.
Catherine était zélée pour les intérêts du catholicisme; elle se servit de toute son influence sur Tesprit du roi pour réhabiliter la religion proscrite, ou du moins pour en concilier les dogmes avec ceux de l'EgHse protestante. L'état où se trouvait lé culte semblait en effet appeler toute la sollicitude d'un prince religieux. Malgré les efforts de Gustave^ le catholicisme régnait encore en Suède, quoique sous un autre nom, ou plutôt telles étaient Tignorance et la confusion où le peuple était plongé, qu'il se croyait encore catholique, quoique les chefs du clergé fussent luthériens. Bientôt des réformes adroitement ménagées manifestèrent les tendances de la cour. Jean demanda au pape d'instituer des prières, dans tout Iç monde chrétien,
pour la restauration du 'catholicisme dans le Nord; de permettre que la messe ne fut pas célébrée entièrement en latin ; que les laïques pussent aussi toucher le calice dans la cène ; que les évêques fussent souinis à la juridiction royale, en ce qui regardait les causes capitales et les crimes de lèsemajesté ; qu'aucune contestation ne fut élevée sur les biens ecclésiastiques qui avaient fait retour, soit à la couronne^ soit à des particuliers ; que le collège de Stockholm, où l'on enseignait secrètement la théologie, fut autorisé, et qu'on dispensât les professeurs de porter l'habit religieux. Il réclamait aussi là promesse qu'on respecterait la sépulture des rois Gustave et Éric, et celle des nobles qui étaient morts dans le sein de l'église réformée ; que lecéhbat, quoique encouragé, ne serait pas une condition indispensable de la prêtrise, et que le roi pourrait assister aux cérémonies du culte évangélique, jusqu'à l'entier rétablissement du catholicisme dans le royaume (4 ).
lie pape ne pouvait obtempérer à ces restric^ tiens, qui eussent accrédité une religion mixte, dans laquelle le principe de la réforme aurait été virtuellement consacré. Le jésuite Possevin fut en-
(1) Hkloire de Suède, ebap. 201.