CHAPITRE XXX
Deux règnes mémorâbleà, œlûi de Chrîstîcrn Tf en Danemark, et èeluî de GtiftaVe-Adolphe en Suède, nous présentent lé Nord luttant coîitfe le principe catholique à 1& fiivêur duquel la maison d'Autriche s'apprêtait à consommer VaiSêf Vissement de l'Europe. La destinée dé cesdéui princes fut bien différente: le premier, mal sedôndé, et malheureux autant que brave, survécut longtemps à ses revers ; l'autre, qu'on peut regarder comme le premier capitaine de son siècle, pcMà dans toute l'Allemagne la gloire des armes suédoises, et tomba au sein même de la victoire, laissant là postérité incertaine sur le but- politique qu'il se proposait. La guerre de trente ans dtjmîne toute cette époque; avant d'indiquer la' part qu'y prirent les rois de Danemark et de Suède, jetons un regard rapide sur l'Allemagne elle-même. Nous montrerons d^'abord l'Empiré attaquant le Nord, où la réforme s'était réfugiée, et, rentrant dans le sujet de cette histoire, nous indiquerons la réaction dil Nord dans cette longue lutte religieuse, où tàiit d'intérêts se trouvaient en présence.
DES J^ECPUBS W MORD. Ui
La <|uerell^ dont *la réfonHation avait ddïiùé ïé «gnal devait èe renouveler au dik-^eptième siècle!. Sous CSiarlea-Ouînt et depuis ce prince, la paii iie prouvait (}ue la lassitude des parfis ; la liécëssité l'imposait, les prétentions réciproques des catholiques et déli rdbgidfliïiiiJred en aineùàiënt la rupture*
GcMme le pdncipé de là Itltte était Tintêrét p6btique appuyé sur l'intérêt religiëuJc, l'Europe chrétienne devait entrer en lice, soit par une ttào^ pération armée^ soit par les voies diplomatiques.
Ainsi qu'au ^eiiiième siècle, le^ princes formaient leurs alliàtices en raison de leurs convenances pârticuUèreSj soutenant sans le moindre scrupule les hérétiques, soit dans Un but d'agrandissement, soit pour diniinuér là puissance de la maison d'Âutliche, dont les deux branches occupaient le trôné impérial et t^lui des Espagneè.
Pltfk que jamais les cabinets se dirigeaient par les réglés d'une politique dêUée; les d'Ossat, les ftidielieu, leà Oiènstièrtia, trioniphèrent tour k tour danë la conduite des ii%oiciaiiôns ; ils étaient béa diplomates, Ébiais les circonstances fécondèrent leur génie.
L'Autriche^ en aspirant à là domination Univerteilé, é*était &it deé éhiieiûis ii^rèconciliables
des princes qu'elle avait dépoûiUés; le corps germanique, frappé daïis ses membres, frémissait sous le joug, et montrait aux peuples la liberté liée à la réforme : tels étaient les points d'appui des intri* gués étrangères.
La diffusion des lumières et des richesses avait rendu les bourgeois raisonneurs et entreprenants; la commune, qui se souvenait d'avoir aidé les souverains contre la féodalité, retrouvait sous une autre forme les vexations dont elle s'était crue affranchie; tout en se persuadant qu'elle défendait ses croyances, elle combattait pour ses libertés.
U> prtaoe. d. l'Empire pra»àen. p.rt poor <«, contre la réforme, les uns par ambition, d'autres par nécessité^ le plus petit nombre par conviction.
Entre les rangs des princes circulaient ces aventuriers pour qui les armes étaient un métier, véri* bles machines de guerre acquises au plus offrant. Ces honunes d'épée étaient l'efBroi des populations; à la dévastation qu'exerçaient leurs bandes, le paysan ne distinguait qu'avec peine le passage de l'ennemi d'avec celui d'une armée alliée : avant tout il fallait £ftire vivre le soldat, et comme on manquait d'argent, le pillage était sa paye.
Cependant, au miUeu de cette époque si agitée, appiaraissent les dernières grandes figures de la cfae-
Valérie féodale : un Mansfeld qui , regardant comme une honte d'expirer dans son lit^ se fait couvrir de ses armes^ et meurt debout ; un Pappenheim, catholique de bonne foi, téméraire jusqu'à la folie et zélé jusqu'au fenatisme, qui tombe à Lutzen en cherchant au plus fort de la mêlée le grand Gustave-Adolphe^ et qui se console sur son lit de mort en apprenant que l'ennemi de sa foi est enseveli dans son triomphe ; un Yallenstein, qui porte le g^laive comme un sceptre, et dont le sceptre qu'il a sauvé brise le glaive.
L'Allemagne apparaît comme un vaste champ de bataille; la diplomatie alimente le feu de la guerre, et, tandis que l'or oii le fer triomphe tour à tour, le génie change souvent la victoire en dé&ite.
Suivant les succès divers, les frontières religieuses s'étendent ou se resserrent; jamais le dévouement aax chefs ne fut plus grand^ car la foi s'identifie avec la fortune des armes. Dam le même temple où le parti impérial vient de solenniser le service catholique, le ministre protestant tonne contre le papisme. Tout est désordre et confusion; toutes les forces de l'homme sont en lutte. L'intelligence s'élève à la hauteur du danger, c'est le laborieux enfantement du grand siècle. Gathohques, sectateurs de Luther, de Zwingle, ou de Calvin, tous
SMi« HÉVQLBTIONS
CQpipremient qu'après avoir triomphé il faut conr vaincre. J^a paroïe est désormais une puissance.
Rome voit ses adversaires désuuis ; elle sait que Fabsolutisme religieux s'appuie sur l'absolutisme politique ; la vieille église redouble d'efforts ; Iqs jésuites sont partout où il y a danger pour la foi ; cette milice active a quitté les austérités du olottrç pour se mêler au monde qui va se perdre ; elle prêche les vertus solides aux purs, elle s'insmue dans le cœur des faibles à la faveur de leurs pas* sions secrètes : ce qu'elle veut d'abord, et à tqul prix, c'est le salut de l'unité cathohque» le r^te viendra en son temps.
Dès les règnes de Ferdinand I" et de Maximî* lien II, la guerre était imminente ; l'ambition de Je^i^-Frédéric, duc de Saxe-Gotha, les prétentions d^ l'ordre Teutonique sur la Prusse et la Livonie^ peusèrent la faire éclater ; la prudence de Maximi* lien, qui le prouvait engagé dans une lutte périlleuse contre le^ Traî^isylvains et les Turcs, retarda l'oxplos^on de la guerre civile. Rodolphe II, gouverné par les jésuites, n'avait ni assez d'habileté pour tourner les difficultés qui menaçaient l'Empiye, ni assez d'énergie pour les vaincre. L'apostasie de l'archevêque de Cologne, et le schisme de Strasbourg amenèrept la trausaction de Hag^naù^
DES PSUPLBS m faOVD. SSf
qui £at bientôt suivie de^^QioaévaQgétiqttet dont la guerre dQ trente ans devait sortir. Les persécutipps des catholiques semblaient provoquer une pri^e d'armes ; on parlait déjà tout haut d'anéantir les privilèges religieux de la Hoqgrie et de la Bobéme^ Qt d'étendre ces mesures à tous les États de l'Empire. L'interdiction du culte réformé à Àixla-Chapelle, et le coup d'État frappé à Donauwert, furent comme les préludes des hostihtés. Rodolphe, sévèrement admonesté par les princes unis, accorda tout ce qu'on lui demandait. Bientôt il se vit forcé de signer les lettre» de majesté qui confirmaient 1q9 Bphémiq^f 4ans le libr^ fi|:Qrc|çe de leur religion. La succe^sioi^ de Juliçrs, à laquelle pr€H tendaient l'électeur de Brandebourg et le comte palatin de ISeubourg, fut dévolue à l'archiduc Lèo^ pold que soutenaient l'Espagne et l'empereur. L'union évangélique, alarmée 4o cette prise de possession^ conclut une alliance aveq Henri IV, qui avait formé le projet de changer le système politique de l'Europe, en abaissant la maison d'Autriche. Taudis que les puissances étrangères excitaient ka mécontents de l'Allemagne, Mathias forçait son frère d'abdiquer la couronne de Bohême ^ Rodolphe survécut peu à cette catastrophe, et Mathias lui succéda. Les persécutions contre les protestants
commencèrent avec plus de rigueur et de suite : Ferdinand, déjà désigné pour porter le sceptre d'Autriche, entra triomphalement en Autriche, et prit des mesures militaires qui soulevèrent de vives réclamations. La défenestration de Prague fut le signal de la guerre de trente ans. Les troupes impériales furent battues sur cette terre de Bohême, "berceau delà réforme, et les comtes de Mansfeld et de Thurn chassèrent les partisans de Mathias de presque toutes les places qui leur restaient encore.
En 1619, Ferdinand%nonte sur le trône ; décidé à comprimer la révolte, mais arrêté par un refus de subsides, il forme une aUiaiice avec la Bavière et la ligue catholique, tandis que les Bohémiens proclament sa déchéance. Le comte palatin Frédéric ose ceindre cette couronne, qui tombe de son &ont à la bataille de Weisberg. ^
Les supplices, l'exil, annoncèrent quef le parti de Ferdinand était irrévocablement pris. L'union était dissoute, la Hongrie pacifiée, laf Bohême humiliée et. obéissante, la France indécise, PAngleterre sans direction politique -, Ferdinand eût pu en venir à ses fins et achever l'œuvre de la restauration catholique par la clémence ; il préféra frapper ses ennemis à terre, et leur inspira ainsi le courage du
désespoir. Il croyait n'avoir plus qu'à partager ses conquêtes entre ses alliés.
Les chefs de l'union protestante s'adonnèreot alors à Christiern I V, roi de Danemark; ce prince semblait répondre aux espérances que l'on plaçait dans son appui : il avait pris les rênes de l'État après une minorité paisible; le Danemark était en paix avec la Suède, malgré le caractère guerrier des deu? rois, et parce que les gueirres entre la Russie et la Pologne avaient longtemps occupé l'activité de Gustave-Adolphe.
Ghristiem, de son côté, était gêné par les privilèges excessif de sa noblesse, et quoique les conquêtes des Suédois dans la Livonie portassent préjudice à la marine et au commerce des Danois, il préférait les avantages que lui assurait le dernier traité à ceux qu'une guerre dans le Nord pouvait lui promettre.
Toutefois l'état de l'Allemagne atti!rait son attention ; dans le conflit des intérêts qui allaient se débattre tout près de 9es frontières, il ne pouvait rester inidilïérent à la cause du protestantisme qui était celle de son royaume ; et il espérait en outre obtenir , en échange de sa coopération^ quelque riche évéché pour son second fils Frédéric. Le rôle de protecteur de l'union lui assurait en même temps, sur le
aiftS RÉVOLUTIONS
QQPtinent germanique, une influence dont il pourrait au besoin s'armer contre la Suède. Les deux mônarquea du Nord étaient du reste dans une parfaite intelligence ; ils avaient eu une entrevue sur 1^ frontières du Halland^ dans la ville de Halmstadt. L'électeur palatin était gendre du roi d'An* gleterre et neveu du prince Maurice d'Orange ; lorsqu'il eut perdu la couronne de Bohême, il s'adressa inutilement à son beau-père, et recourut à la protection de Chnstiem. Ce* prince, retenu par les sages conseils de son ministre Bantzow, résistait aqx sollicitations du palatin, et terminait, ^i attendant qu'il prit une résolution définitive, quelques démêlés au sujet de la succession du comté de SckanQboprg, et avec les* Hambourgeois qui essayaient de se soustraire à la domination de la maison de Qplstem.
Le roi bâtissait la ville de Glukstadt qui domine leqours de l'Elbe, donnait son nomà celle deOuistiania, qui s'éleva sur remplaçaient d'C^pslo, détruite par un incendie, et formait une aUiance étroite avec Frédéric m, duc de Hoktein-Gottorp.
Gqp^ndant les événements se pressaient : les Esp8gttc4a avaiottl envahi le Palatinat, et la spohation de râecteur venait de donner Fév^ à tonte l'Europe. Manrfdd luttait encore contre le parti
impérial ; mais le découragement de» chef» de Tumon et le manque de ressources paralysaient son génie. Christian de Brunswick, qui se faisait appeler l'ami de Dieu et l'ennemi des prêtres, avait fait vœu de rétablir Félecteur, et mettait au service de cette cause presque ruinée sa bravoure chevaleresque qu'enflammait «encore la passion qu'il avait conçue pour l'électrice. Ses premiers exploits furent heureux, mais bient^ï^t, forcé de reculer devant Tilly, il vit le Pçilatinat de nouveau envahi par les Impériaux et les Espagnols. Ce fut à la wite de ces succès que Ferdinand disposa des Etats de l'électeur palatin en faveur de Maximilien de Bavière^ des Espagnols et de quelques autres chefs dont il voulait récompenser la défection ou les services.
Tilly avait poursuivi Mansféld et Christian dans la Wéstphalie^ où il exerça toutes sortes de vexations sur les protestants. Ce fut alors que les cours de France et d'Angleterre, ainsi que la Hollande, Venise et la Savoie, sollicitèrent les Etats de la basse Saxe d'entrer dans leurs vues contre }a maison d'Autriche; Le roi de Danemark, en sa quahté de duc de Holstein, et plus encore par la re^ nommée qu'il s'était faite et par les ressources dont il pouvait disposer, apparaissait comme le chef le
plus capable de relever la fortunç de Télecteur , en ralliant à lui toutes les forces protestantes. L'ambassadeur français des Hayes le pressait vivement tandis que le roi Jacques, l'électeur de Brandebourg et les Hollandais lui promettaient des secours. Christiern hésitait encore, lorsqu'il apprit que des ouvertures semblables venaient d'être faites à Gustave-Adolphe. La crainte que la gloire et les avantages d'une si grande entreprise ne devinssent le partage de la Suède le décida ; il accepta à Lauenbourg la dignité de capitaine général du cercle de la basse Saxe ; et tous les États, à l'exception des ducs Christian et Georges de Lunébourg, souscrivirent à cette capitulation. Le roi ne tarda pas à reconnaître qu'il aurait à soutenir presque seul tout le poids de la guerre. La Hollande seule rempht ses engagements]; il était trop tard pour reculer, les Impériaux et les Danois se concentrèrent sur les bords du Weser. Dans cette première campagne , les succès furent balancés. L'empereur voulut partager la gloire de Tilly, [général de la hgue catholique ; il leva une armée en son nom, et en confia le commandement au célèbre Wallenstein. Ce capitaine se vit bientôt à la tête d'une armée nombreuse et dévouée, il s'avança vers le théâtre de la guerre^ chassant l'enne-
DES PEIS'LSS DU NORD. ttt
mi, 8'eniparant des places fortes, çt soldant ses troupes avec les contributions levées sur les vain«eus. Tandis que les forces deTilly étaient doublées par la jonction de Wallenstdn, leroi était rejoint
par A&nsfeld et Cliristian qui lui amenaient un renfort d'Allemands, de Français et d'Anglais.
Dans la campagne suivante, les confédérés devalent « partager en trois corp» pour forcer, l'ennemi à abandonner ses positions. Tandis que les ducs de Weimar et de Brunswick se jetteraient dans ]a Westphalie,. Mansfeld pénétrerait en Silésîe et se joindrait à Bethlen Gabor, que les mécontents de Hongrie appelaient à leur secours, et le roi de Danemark défendrait le Weser et agirait selon les circonstances. Mansfeld, surpris par Wallenstein devant DessaUf essuya une déroute complète; mais sans se laisser décourager par ce revers, il eut bientôt formé une nouvelle armée avec laquelle il p&aétra dans la Silésîe ; après avoir mis la Moravie à feu et à sang, il menaçait déjà la capitale de l'Autriche, lorsque, poursuivi une seconde fois par Wallenstein, et abandonné de ses alliés les Transylvains et les Turcs, il tomba malade en Hongrie, et couronna son aventureuse carrière par une fin chevaleresque.
Christiem était entré en Westphalie ; Hlly, en
seraiei^t mis 8ur le même pied que les grands d'Es* pagne, et qu'on verrait les évêques égaux aux aii môniers de la cour impériale. Ferdinand ne se proposait rien moins que de ruiner le commerce et la marine des Hollandais, et de soumettre la mer Baltique et les pays qu'elle baigne à la domination de la maison d'Àutrich%. Bientôt les ducs de Mecklenbourg furent mis au ban de TEmpire, et Wallenstein, déjà duc de Friedland, fut investi du duché de Mecklenbourg et de la charge de grand amiral de l'Empire dans la Baltique et l'Océan du Nord.
Bientôt Wismar et Rostock ouvrirent leurs pcMPtes à Wallenstein; mais ce grand homme ne pou* vait improviser une marine : il essaya d'associer à ses intérêts les villes de l'hanse, dont la puissance, bien que déchue, pouvait se relever sous le patronage de l'Empire. On leur promit d'ouvrir à leur commerce la route des Indes; mais elles comprirent que^ si leurs privilèges avaient été précaires tant qu'elles se trouvaient placées entre le Nord indépendant et TÂllemagne, elles ne tarderaieiïl pas à perdre jusqu'à l'ombre de leur liberté , dès que le despotisme de la maison d'Autriche serait affermi. Alors Wallenstein jeta les yeux sur Straliund, dont la possession pouvait lier les Etats dk
DES mctiBÂ DtJ Nord. îli
bbfotQ et le itoiitem, où Tâttendàit VëtitOë dé TiUy. Chmtiera n'était plus en étet âe téihiAt^ mais Ferdinand ne consentait à h pak qii'à dés eoâdîtiong si onërenées pour le Danemark, que le roi crut devoir les rejeter. *AlorS Wallèhs* lein et TiUy entrèrent dans le Holstéin, tandis que les Impériaux envahissaient le territoire de Brème, et que Pappenhein ^'apprêtait à feiré le siège de Wôlfenbiittel. Le duc de Lunéboùj^g <i6ntenâit les Etats de basse Saxe. La marche de Ttlïy, dans le Holstein, ne fut qu'une suite de triomphes et de dévastations; 'Wallenstein, qui le suivit de près, adieva de désoler cette malheureuse cohtrée. Le roi ae retira dans le Jutland, et, ne s'y croyant pk% encore en sûreté, il passa dans File deFionie. Lé Mecklenbourg n'avait pas encore été attaqué ; mais une fois maîtres de la plus grande partie du Dane- . matk, les Impériaux résolurent de s'emparer dés villes qui couronnent la côte méridionale de la Baltique : là ils comptaient trouver des reésoùtcés tnà^ ritimeaet équiper des flôttcfs, qui leui* perifiettralènt de poursuivre, dans leur dernier èsilè^ les héréti** qiies du Môrd« Ces projets ambitieux alarmèrent Goatave^Adolphe; il coiiiprit <|ue Tinstant était vèiiA de tendre la main à Ghristiei^n : WaBènsteiïi disait plkiUic]iiement que bientôt lès priÀcéè derSolpirâ
posé les armes en de tdUies drconstances, sacrifiant ainsi la cause du Mecklenbourg et celle de ses core* ligionnaires. Il crut sans doute qu'il était d'une bonne politique de laisser à la Suède alliée, mais toujours rivale de sa couronna, sa part de dangers et de sacrifices ; quoi qu'il en soit , l'événement prouva combien le génie d'un seul homme peut mettre de différence dans des résultats nés d& deux situations semblables.
Désormais Gustave-Adolphe va dominer tonte cette période de la guerre de trente ans, comme cette guerre elle-même domine le dix-septième siècle. L'enfance de ce prince s'était écoulée au milieu des guerres civiles; comme Charles son père était éclairé, grave ettcourageux, et que sa mère Christine avait l'âme haute et généreuse, l'éducation de ce prince fut exempte de mollesse, et dirigée, pour ainsi dire, par les vertus de ses parents. A dix ans, on lui permettait comme récompense d'assister aux conseils publics et aux audiences des ministres étrangers. Les capitaines étrangers qui affluaient en Suède à cette époque, entretenaient le jeune Gustave des sièges et des batailles mémorables où ils avaient assisté. Tout gravait dans cette inteUigence précoce et ardente; il écoutait non-seulement pour savoir^ mais pour imiter. A
DES PEUPLES DIT NORD. 36d
H^cklenbourg aux expéditions qu'il méditait confire le Danemark. Il somma les bourgeois de se rendre, et, sur leur refus, il jura d'emporter cette place forte, fût-elle suspendue à la voûte du ciel. La résistance biîllante de Stralsund donna à Ghristiern le temps de respirer ; les flottes danoise et hansëatique étaient partout, et les Impériaux, vainqueurs sur terre, voyaient leurs ennemis supérieurs dès qu'ils combattaient sur leurs mers natales. La Baltique elle-même semblait repousser le jôûg des descendants des Germains ; des tempêtes furieuses détruisirent les flottes impériales, et Stralsund, dont les ports restaient libres, put recevoir des secours qui rendirent vaines toutes les tentatives du duc de Friedland. GustaveHAidolphe venait d'y jeter un renfort considérable -, la guerre de trente ans touchait à sa troisième phase, la Suède s'était enfin déclarée. L'empereur vit le danger; en présence de ce nouvel ennemi, il crut devoir accueillir les offres pacifiques du duc de Holstein et du sénat de Danemark. Le traité de Lubeck arrêta les bases de la pacification entre Ferdinand et Ghristiern.
Toutes les conquêtes des Impériaux furent restituées au Danemark, et cette concession importante donne la mesure des appréhensions des catholiques. On peut reprocher à Ghristiern d'avoir mu 24
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posé les armes en de telles drcomtaoce^y sacrifiant ainsi la cause du Mecklenbourg et celle de ses core* ligionnaires. Il crut sans doute qu'il était d'une bonne politique de laisser à la Suède alliée, mais toujours rivale de sa couronnfi, sa part de dangers et de sacrifices ; quoi qu'il en soit , l'évéïiement prouva combien le génie d'un seul homme peut mettre de di£Bérence dans des résultats nés d& deux situations semblables.
Désormais Gustaye-Adolphe va dimiiner toute cette période de la guerre de trente ans, comme cette guerre elle-même domine le dix-^ptième siècle. L'enfance de ce prince s'était écoulée au milieu des guerres civiles ; conune Giarles son père était éclairé, grave et^courageux, et que sa mère Giristine avait l'âme haute et généreuse, l'é* ducation de ce prince fut exempte de mollesse, et dirigée, pour ainsi dire, pcup les vertus deses parents. Â dix ans, on lui permettak comme récompense d'assister aux conseils pubhcs et aux audiences des ministres étrangers. Les capitaines étrangars qui affluaient en Suède à cette époque, entretenaient le jeune <iustave des sièges et des batailles mémwables où ils avaient assisté. Tout gravait dans cette intelligence précoce et aid^te; il éûoutait nonrseulement pour sav<ùr. mais nour imiicir A
DES JffiiUPLES DU NORD. S7«
seizeam, son père le nomma grand-duc de Finlande et duc d'Esthonie et de Westmanland; il était déjà mûr pour gouTerner. La crainte de Dieu, le respect de ses parents et Tamour de son pays, tels furent les fondements de sa morale. Son esprit était cultivé et jiiste^ et sa passion pour la guerre eut toujours un but solide. Dans la guerre contre le Danemark, en 4614, il gagna ses éperons en combattant comme soldat. Élevé pour le trône, il se conduisit avec le duc Jean comme avec le suc-* cesseur légitime ; ces deux princes, élevés ensemble^ étaient si unis, que Charles IX, dans son testament, ne craignit pas de laisser aux états la faculté de choisir entre son fils et son neveu.
« En 4644 , dit AxelOxenstiema, s'ouvrit la diète de ISikôping. La première proposition se fît au> nom de la reine, dû duc Jean et des sénateurs. Quelques jours après, la reine et le duc déposèrent, par mon organe, la tutelle et la régence, qu'ils confièrent au nom des états à Gustave-Adolphe. Enfin 4je prince reçut, en présence des états, les rênes du gouvernement. Il prit le titre de son pèr&: roi élu et prince h^éditaire de Suède, d^s Goths et des Vandales. H entrait alors lians sa dix-Jiui'tième année. Le royaume était bouleversé ; à Tîntérieur, d^s guerres civiles } au dehors la gqerrè
Saède, en échange de sa coopération contre le parti protestant. Après un siège de six senlaines, le roi emporta Riga, Mittau eut le même sort ; ce fut dans cette campagne que Charles-Philippe, frère du roi, termina sa carrière. La troisième campagne de Gustave-Adolphe contre la Pologne se termina par la conquête de la Livonie et de la Courïande» Les Polonais se défendaient avec acharnement, mais les Suédois gagnaient tous les jours du terrain. Le roi avait résolu de tram* porter le théâtre de la guerre sur les bords de la Vistule; il s'empara de Pillau, et emporta au pas de course Braunsberg, Elbing et Marienbourg, H çut bientôt atteint les frontières de la Poméranie. De leur côté, les Polonais remportèrent quelques avantages, et l'Allemagne devenait menaçante pour Gustave- Adolphe ; enfin les négociations s'ouvrirent sous la médiation de la France et de l'Angleterre, et le 16 septembre K 629, l'armistice entre la Suède et la Pologne fut signé pour six ans. Strasbourg, Dieschaa^ Wormditt, Muhlsack, Frauenbourg, furent livrées à la Pologne ; Mittau fut donné au duc de C!our^ lande. L'électeur de Brandebourg devait occuper Marienbourg, Stum et Danziger-Haupt pendant l'armistice. Gustave - Adolphe conserva Elbing, Brauewberg, Pillau et MemeL La hberté de ccwa-
Knàred, signée en 4645, rapprocha la Suè4e du Danemark.
Les guerres de Livonie occupèrent dès lors Taciivité du jeune roi ; il emporta plusieurs places fortes, mais il fut obligé de lever le siège de Pskof, où tomba le brave Horn. Il prévoyait déjà que le danger viendrait un jour de la Russie : en >i6>l6, il écrivait à sa mère et au sénat : « Les citadelles de Kexholm, de INeutebourg, de Jama, de Koporié et d'Ivangorod sont comme une clef pour la Finlande et la Livonie, et ferment la Baltique et la Russie. Si Ton cédait Meutebourg ou Ivangorod, et si la Russie avait conscience de ce qu'elle peut^ elle pourrait non-seulement attaquer la Finlande de tous côtés, mais encore, à la faveur de ses nombreuses ressources, couvrir la Baltique de ses flottes. y> Le traité de Stolbova couronna la constance de Gustave-Adolphe. L'Ingrie devint suédoise, et sur les frontières on éleva une pierre avec les trois couronnes de Suède, et cette inscription : Hic regniposuit fines Gustavus-AdolpkuSy rexSuecoruray fausto numiney duret opus.
La guerre de Pologne durait toujours ; en A 64 6, les Polonais rompirent la trêve. Sigismond intriguait auprès de Ferdinand et de Philippe III, qui lui promettaient de le rétablir sur le trône de
le héros suédois jeta promptement son épée dans la balance. « Mous ne souffrirons pas, écrivait-il au sénat de son camp sur la Yistule, que Stralsund appartienne aux Impériaux, car le Danemark et le Sund seraient perdus, et le danger serait toujours à nos portes. » Il disait encore :. « Gardons*-nous ^t transporter en Suède le siège de la guerre ; nous ne sommes jamais plus faibles que dans notre pays. Je suis d'accord avec vous qu'il n'est guère possible de fBiire la guerre en Allemagne ; cependant si nous avons l'avantage, nous trouvero^s bien quelques ressources. On me fait espérer quelques secours de l'Angleterre. Les villes hanséatiques sont indécises ; elles seront pour nous si nous réussissons. . . La perte d'une seule bataille rendrait la position très-critique... L'armée de Tiliy est très-éloignée, et le sort peut se décider en Poméranie, avant sa jonction avec Wallenstein. Mais Dieu seul sait ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire : c'est lui qui donne la volonté pour bien commencer, la force pour poursuivre et les succès qui couronnent les efforts... J'aimerais mieux prouver par des faits qu'avec la plume ce que j'espère pouvoir exécuter. » La paix conclue enlare l'empereur et Christiem IV avait rendu douteuse l'alliance de la Suède avec le Danemark. Gustave prit toutes les mesures que
rédâmait, à rouverture de la guerre, une position si délicate.
Lorsque les états, réunis en diète générale, eurent approuvé la guerre d'Allemagne, le roi déploya autant d'activité pour l'agression, qu'il avait montré de prudence à peser toutes les chances de l'avenir. Cependant il tenait à convaincre son sénat.
Bien que confiant dans la victoire, il semble dominé par le pressentiment de sa fin prochaine; mais il pei^sévère, et l'on sent qu'il est soutenu par un grave sentiment religieux. L'empereur, informé des conditions auxquelles Gustave-Adolphe consentait à déposer les armes, se contenta de dire : a Mous avons un.' petit ennemi dé plus. » Le roi faisait peu de fond sur l'alliance de la France, malgré les promesses de Richelieu, ou plutôt il espérait mettre bientôt les choses en un tel point, que la politique française trouverait avantage à le soutenir, a Le A 9 mai, dit Geler, le roi convoqua pour la dernière fois ses états. Il leur présenta sa fille Christine, âgée de six ans, comme héritière du royaume, la recommanda à leur fidélité en la prenant dans ses bras, et leur fit des adieux touchants. « Comme beaucoup de personnes s'imaginent que nous entreprenons cette guerre sans cause légitime, je prends
Ibeu à témoin que je ne la £aÎ8 ni par plaisii" ni par ambition ; mais que je suis appelé depuis plusieurs années à secourir tous les Allemands de notre communion contre toutes les violences des catholiques; nous avons l'espoir d'y parvenir,.. Moi qui ai exposé ma vie au milieu de tant de dangers, et qui ai versé mon san^ pour la patrie, sans avoir été, grâce à Dieu, blessé à mort, je dois couronner ces efforts par le saorifice de ma personne ; je vcfux donc, avant que de partir, vous faire mes adieux dans Tespoir que nous nous reverrpns dans un ^ monde meilleur. »
Ensuite il s'adressa à chaque état en particulier, et finit en récitant le psaume 90 du roi David.
Le ^ 0 mai, Gustave s'embarqua au port d'Elfsnabben. Sa flotte était f^rtagée en quatre divisions. Il conmiandait la première, et avait sous Ittî le général Jean Baner. La seconde était sous les ordres de l'amiral Gylienhielm. Bubbe et Ryning dirigeaient les deux autres. Si la flotte était dispcarsée par la tempête, elle devait se rallier d'abord au promontoire septentrional d'Ôland , puia sous l'île de Bornholm. Mçis la route était tracée de Klfsnabbcn aux côtes de la Poméranie et à Ffle de Gripswald.«. Le trajet, qui dura cinq semaines, fut trè^énible, et si lent à cause des vents contraires,
qu'on fut obligé de relâcher dans les ports pour y prendre des vivres. Le jour de la Saint-Jean^ >I630, le roi j eta l'ancre près de l'île de Rugen, vers l'embouchure la plus occidentale de l'Oder, et pendant un violent orage. La côte était éclairée par des feux nombreux : c'étaient des signaux de l'ennenii qui s'était retiré dans son camp à Ânclam. Le roi apporta lui-mêine cette nouVeUe à ses soldats r il s'était jeté dans une barque pour reconnaître l'en*nemi. Le débarquement s'opéra dans l'île d'Usedom. Gustave s'élança le premier à' terre, et à mesure que le débarquement s'opérait, une partie des soldats travaillaient aux retranchements, tandis que les autres se rangeaient en bataille prêts à combattre. En peu de temps l'armée fut renfermée dans un camp retranché, défendu par l'artillerie.
Les lies de Rugen et d'Usedom, Wallin, Wolgast et Kâmln étaient au pouvoir des Suédois. Le roi résolut de s'emparer de Stettin, dont l'occupa^ tion le rendait maître de toutes les embouchures de l'Oder. Le vieux duc Bbgislas af était avancé pour négocier, lorsqu'il vit les Suédois rangés en bataille. Stettin, où les, Impériaux avaient négligé de mettre garnison, ouvrit ses portes a Gustave le iO de juillet. Les lieutenants de l'empereur avaient ordre de ne point livrer bataille ; d'observer la
marche des Suédois, et de leur fermer le chemin de la Silésie. Wallenstein Venait d'être privé de son commandement, et Tarmée, si longtemps victorieuse, paraissait tout entière frappée dans la personne de ce capitaine. Ces hommes, qui combattaient moins pour le catholicisme que pour la gloire et le butin, en perdant tout à coup le lien qui les retenait, perdirent en même temps ]a résolution et la confiance qui les avaient rendus si redoutables. Un assez grand nombre d'entre eux passèrent dans les rangs suédois. La lutte prenait un caractère plus tranché ; plus que jamais elle devenait, pour les peuples de FÀllemagne, une question de liberté politique et religieuse.
La discipline sévère qu'observaient les Suédois, facilitait leur triomphe, et contrastait avec la hcence efft^ée de l'armée de Wallenstein. Cependant Tilly, général de la ligue catholique, et devenu chef des forces impériales, s'approchait de la basse Allemagne. Â la solhcitation du margrave de Brandebourg, les bourgeois de Magdebourg prirent les armes et se déclarèrent pour Gustave. Cet exemple fut suivi par le duc de Saxe-Lauenbourg, et par celui de Bruns:wick-Lunébourg ; la maison de Hesse-Cassel prit également parti pour les Suédois.
Les ducs de Mecklenbourg , parents du roi, cherchèrent d'abord à recouvrer les grâces de Fempereur^ bien que leur réintégration fût Fobjet particulier de l'expédition de Gustave.
Le roi laissa Hom à Stettin, et après avoir perdu et repris Wolgast, il tenta de faire une invasion dans le Mecklenbourg ; mais l'attitude timide des ducs, et la défaite du duc de Saxe-Lauenbourg pair Pappenheim, lui firent juger prudent de se retirer en Poméranie pour y passer l'hiver.
Le plan de campagne du roi se trouve nettement tracé dans la lettre qu'il écrivait alors de son camp à Qxenstiema et au sénat : « L'empereur parait disposé à traiter, à condition que nous laisserons, en nous retirant, les choses dans l'état où elles étaient avant la campagne. Notre avis est qu'une transaction pacifique doit avoir pour base la paix générale et rehgieuse pour toute l'Allemagne, et la réintégration de nos voisins dans leurs possessions. Pour parvenir à ce but, le seul moyen est d'attaquer l'empereur dans ses* États, ainsi que les évéques catholiques, en sorte que tout le poids de la guerre retombe sur ceux-ci ; nous pourrons alors dicter les conditions d'une paix glorieuse pour nous et nos frères. Nous avons l'intention de lever plusieurs armées. J'opérerai de ce côté de la Baltique, tan-
dû que Hora et Teufel assureront notre domination sur rOder. Une quatrième armée occupera Msigdebourg, et si nous pouvons nous rendre maîtres de l'Elbe, nous attirerons daius notre parti le Brandebourg et la Saxe. L'archevêque de Brème, les yilks de Brunsv^ick et de Hildesheim^ qui sont portées feivorablement pour nous, fourniront le cinquième corps destiné à garder le Weser. »
Malgré la rigueur de la saison, les Suédois con* tinuèrent la guerre ; le jour de Noèi, Grififenhagen fut pris d'assaut.
Au commencement de l'année 4 €3^ , le traité de Beerwald scella l'alliance de la Suède avec la France. Gustave, moyennant un subside, s^obli* geait à mettre en campagne une armée de trente* six miUe hommes, à laisser aux catholiques le libre exercice de leur culte dans les pays soumis à ses armes, et à regarder la ligue comme neutre, si elle observait elle-même la neutralité. Tandis que Hom, dans les environs de Landsberg, observait TiUy, le roi s'emparait des places du Mecklenbourg et de la Poméranie. Tilly le suivît de près, et après avoir mis ce duché à feu et à sang, il retourna assiéger Magdebourg. De son côté Gustave emportait d'assaut Francfort-sur-l'Oder, et il se portait sur Gus;ttin et Spandau, après avoir pris Lands-
berg, dans la vue de secourir MagddM)urg. Maî« rélecteur de Saxe refusa sa coopération, les Suédois ne purent fmnchîr TElbe, et ces retards entraîné^ rent la ruine de Magdebourg, où les trouped de Tilly exercèrent les dernières cruautés.
Les succès de Gustave-Adolphe portaient ombrage aux chefs protestants. Gustave ne savait s*îl devait les regarder comme amis ou comihe ennemis. « lis veulent, écrivait-il, se maintenir par notre aide auprès de l'empereur, et nous cjbasser ensuite de r Allemagne. » Il feUait une démonstration vigoureuse pour mettre un terme à un tel état de choses. n marcha contre Berlin, et Talliance du Brandebourg avec la Suède fut conclue. L'occupation de Spandau fut suivie de la prise de Gripswald : il s'occupait de la réintégration des ducs dfe Mecklenbourg, tandis que le gros de son armée contenait le Brandebourg, te Saxe et Tilly. La désertion des mercenaires allemands et le besoin d'argent le mettaient dans un grand embarras. Tilly et Pappenheim harcelaient son camp de Werben. La peste décimait les deux armées. Des renforts, qui arrivèrent de Suède, un secours d^Écossais et d'Anglais que Hamilton amenait au roi, lui permi* rent de s'approcher de la Saxe. A Wittembcrg, son armée comptait environ vingt mille hommes;
Tilly 8'avaiiçait à sa rencontre avec des forces doubles, dévastant et brûlant t ut sur son passage. Leipsick s'était rendu aux Impériaux ; alors l'électeur se jeta dans les bras de Gustave, l'armée saxonne se réunit à celle des Suédois, et dès lors la lutte devint plus égale. Le 7 de septembre eut lieu la bataille de Leipsick qui porta un coup fatal aux armes impériales. « ISous avons livré une grande bataillé à Tilly et aux Impériaux, écrivait Gustave à sa sœur : Dieu a combattu pour nous et avec nous; nous sommes restés maîtres du champ de bataille, et la déroute de l'ennemi a été complète ; il a perdu plusieurs milliers d'hommes^ ses canonS; soixante-six drapeaux et vingt-six étendards. L'ennemi a été tellement écrasé que nous pourrons nous rendre où nous voudrons. »
Après la victoire de Leipsick, on s'attendait à voir Gustave-Adolphe se porter sur Vienne ; peutêtre ce mouvement eût-il été décisif, mais en hâtant le dénoûment politique, il est douteux qu'il eût tranché la question religieuse : l'Allemagne n'avait pas .encore assez souffert pour accepter à ce sujet une réconciliation durable. Quoi qu'il en soit, Gustave marcha vers le Rhin, et depuis ce moment 8e$ résolutions furent pour ainsi dire improvisées du sein même de ses victoires. H enlève Ërfurth,
emporte d'assaut Wurtzbourg ; Hanau ne lui coûte qu'un stratagème; Francfort-sur-le-Mein, Hôclist lui ouvrent leurs portes ; toute la Franconie est au pouvoir des Suédois. Cependant Tilly avait réparé ses désastres. Â la tête d'une nouvelle armée, il menaçait le roi avec des forces supérieures. Le danger que courait Gustave semblait prêter de nouvelles forces à son génie ; on eût dit que cette acti* vite prodigieuse grandissait comme les événements. Tilly, en se dirigeant sur Nurenberg, pleura, dit-on, de ce que ses instructions lui défendaient de livrer bataille. Les armes suédoises triomphèrent sur les bords du Rhin. Oppenheim se rendit ; Mayence eut le même sort, et déjà des succès si rapides inquiétaient la France. Gustave était entouré d'une cour brilla;nte qui attendait de lui son salut et sa destinée '; mais gêné par les. prétentions des princes allemands, il ne pouvait se dissimuler que leur jalousie surpassait leur reconnaissance. La ligue car tholique était dissoute; ses membres se jetèrent dans les bras de la France, ou se lièrent plus étroitement avec l'empereur, ou enfin se virent dépos^ sédés par Gustave- Adolphe qui était, sur les bords du Rhin, le chef reconnu de l'Allemagne protestante. La modération de ce grand prince céda quel-^
quefois à des velléités ambitieuses : il semble, que iiK 25
8S6 BÉYOLUtlONS
tout en profitant de ses avantages , il craignît de rester au-dessous du rôle, quel qu'il fut, que la Providence lui destinait. « Pendant le séjour du roi à Mayence, dit un écrivain catholique et contemporain, on publia quelques Postulata que le roi, de Suède avait faits à l'électeur de Bavière et à quelques Etats catholiques/ pour établir la paix en Allemagne. ' Voici quelles étaient les conditions principales :
« L'empereur révoque Tédit de restitution (A). Les deux religions catholique et protestante jouiront, dans les villes et dans les campagnes de l'Empire, du hbre exercice de leur culte; la Bohême, la Moravie, la Silésie, rentreront dalis leurs anciens privilèges; les exilés seront rappelés, et l'électeur Frédéric, réintégré dans la dignité électorale; le libre exercice de la religion protestante sera rendu à la ville d'Augsbourg ; tous les jésuites seront bannis du royaume comme perturbateurs du repos pubhc ; les dignités ecclésiastiques seront accessibles aux membres des deux religions, et le roi de Suède sera élu roi des Romains, parce qu'il a sauvé l'Empire de sa ruine. » Il est probable que dans l'état de bouleversement où se trouvait l'Allemagne, des
(I) Richelieu, Mémoires.
propositions semblables ont été feites; mais toute la conduite de Gustave à cette époque prouve qu'avant de se déclarer positivement, il attendait Fissue des événements. Honi transporta. la guerre sur les rives du Necker. La prise de Rostock et de WismarparTott compléta la conquête duMecklenbourg ; Magdebourg ouvrît ses pprtes à Barne.
Les conquêtes du roi, après avoir réuni les chefs protestants, furent sur le poipt de réveiller Tancienne mésintelligence. La Saxe et le Brandebourg se concertaient en dehors des intérêts des principautés de second et de troisième ordre, soumises à l'influence de Gustave, et qui avaient reconnu son protectorat. L'électeur de Saxe alla jusqu'à déclarer que son honneur et sa dignité ne lui permettaient pas de mettre ses troupes sous les ordres des Suédois.
Pendant que ces démêlés absorbaient un temps précieux, l'Autriche capitulait avec Porgueil de Wallenstein, et*rèmettait le commandement entre les mains de ce capitaine, qu'elle venait de sacrifier aux réclamations de toute l'Allemagne. Wallenstein n'eut qu'à frapper le sol germanique de son glaive pour en faire sortir une armée. Le roi se hâte d'achever la conquête de la Franconie, passe le Danube, défisdt Tiily qui tombe dans la bataille , et entre
triomphant dans Âugsbourg, où il proclame la liberté religieuse. Quelque temps après, le roi fit son entrée à Munich, accompagné de l'électeur Frédéric, auquel il ne donna que la satisfaction de voir la capit^e de son ancien ennemi changer de maître.
Toute la Souabe protestante embrassa le parti de Gustave-Adolphew Le duc Bernhard poussa jusqu'aux bords du lac de Constance, et ne s'arrêta qu'au pied des montagnes du Tyrol. Les Suisses conclurent une alliance avec les vainqueurs, et leur permirent de faire des enrôlements parmi eux. L'Itahe commença de trembler, dit Richelieu, pendant que Vienne exprimait hautement ses craintes. Un rival, digne de balancer la fortune da roi, s'avançait à grandes journées vers le théâtre de la guerre, marquant son passage par l'incendie et la dévastation : Wallenstein, réuni à l'électeur de Bavière, menaçait Nurenberg. Gustave, inférieur en forces, se renferma dans la ville qu'il «protégea par un camp retranché. Longtemps les deux armées restèrent en présence; les chefs pressentaient qoe la lutte serait décisive : toute l'Europe avait les Teox fixés s«r eux, et leur inaction semblait un homm^ rendu par l'un et par l'autre au génie de son rival. Le premier, Gustave prit l'offensive ; il attaqua vi-
vementle camp ennemi, et fat repoussé. Wallenstein avait pris la résolution de temporiser. « Je veux apprendre au roi d,e Suède, disait-il, une nouvelle manière de faire la guerre. » Enfin, Gustave-Adolphe, laissant à ses généraux le soin de défendre la place, en sortit avec son armée, réduite de moitié, sans être inquiété par Wallenstein, qui, peu de * jours après^ incendia son camp et effectua sa retraite. « Dans le camp de Nurenberg, où le roi avait sous les ordres la plus grande armée qu'il eût jamais commandée, il eut à se plaindre de Tindisciplinè des Allemands t vous qui hâtez la ruine.de votre patrie, princes, seigneurs et nobles, mon cœur se soulève, mes entrailles s'émeuvent, lorsque je vois le soldat suédois assimilé à des hommes' qui se déshonorent par leurs brigandages. Mais ce ne sont pas les Suédois^ ce sont les Allemands qui se rendent coupables de ces excès; si j'avais su que les Allemands fassent si étrangers à Tamour de leur pays, je n'aurais pas équipé un seul cheval pour lés aider, encore moins eussé-je hasardé ma vie et ma couronne pour leur cause. »
Gustave, sentant combien il lui importait de conserver ses conquêtes dans le midi de l'Allemagne, voulut transporter la guerre en Bavière,.ét détourner ainsi le danger qui menaçait Horn, maître de
S90 RÉYOLUTIONS
Strasbourg. Wallenstein pénétra ce projet , il laissa Maiftnilien courir à la défense de ses Ëtats^ mais il Die fit rien pour le secourir.
Lee Suédois dominaient encore dans l'Alsace et dans la Silésie ; la Bavière attendait Montécuculli; la Souabe, laPoméranieetle Mecklenbourg[, étaient > défendus par des garnisons suédoises. De tous les généraux impériaux, le seul Pappenheim dévastait }a basse Saxe et manœuvrait pour opérer sa jonc-* tion avec Wallenstein dans la Thuringe. Les deux chefe se proposaient d'envahir le duché de Weimar, et d'ouvrir la campagne suivante par l'invasion de la Silésie. Wallenstein, maître de l'Elbe, se proposait alors de couper toute retraite au roi de Suède et .de s'emparer de nouveau des provinces balti* ques. L'intrépidité dç Bemhard^ qui défendait les défilés de la Thuringe, arrêta longtemps l'ennemi. Gustave-Adolphe s'apprêtait à marcher contre Montécuculli, qui campait devant Ratisbonne pour enyahir ensuite l'Autriche, lorsqu'il apprit que Wallenstein menaçait la Saxe. Le roi prend tout de suite . son parti : il charjge le comte palatin de veiller à la défense de la Bavière, et se porte sur le Nurenberg, dans l'intention de foire sa jonction avec le duc Bernhard. L'armée suédoise se réunit à Annstadt le 27 octobre. Le duc paraissait mécontent de
DES PEUPLES W} NOBD. 5»!
Tafrivée du roi ; mais bientôt il fit noUtemeat le sacrifice de ce sentiment (fe rivalité. L'armée se dirigea sur Erfurth ; elle comptait douze mille hommes d'iAfanterie, et six mille cinq cents de ca- Valérie. L^ reine attendait Gustave à Erfurth, il mipa avecelle et le comte Efnest de Saxe-Y^eimar ; ensuite il passai la Quit entièi^ à donner des ordres et à expédier des courriers, Leleiulemain matin, il fit de tendres adieux à sa femipci la recommanda à la fidéUté des bourgeois d'^furth^ m<Hita à cbeval et partit avec ion armée.
Cependant Wallenstein avait pris Leipsiek et s'était raUié à Paj^nheim^ près de Mersbourg. Le roi le devançait partout. Les habitants s'agenouillaient sur son passage ^ l'appelaient leur libérateur, tt Je crains, disait Gustave, que Dieu ne nous punisse de ce que le peuple m'honore ainsi. i>
Les deux rivaux se retrouvaient encore une fois en présence; ils occupaient l'un et l'autre une forte position près de Mauenbourg. La saison était déjà avancée : Pappenheim se sépara du duc de.Friedland pour se porter sur le Rhin, et Wallenstein, après avoir tracé le plan des quartiers d'hiver, se retira vers Lutzen.
Gustave-Adolphe, en apprenant cette nouvelle, quicta Nauenbourg avec son armée. Lçs Impériaux
ne pouvaient croire à son arrivée. Le duc de Frîedland se hâta de rappeler Pappenheim» La lettre qu'il lui avait adressée, et qui est déposée aux archives de Vienne, est encore empreinte du sang de ce général. Après avoir forcé les défilés de Rippach, Tannée bivouaqua pendant la nuit : le trouble régnait dans le camp ennemi. Wallenstein s'était placé au nord de la chaussée qui conduit de Lutzen à Leipsick. Son aile droite s'appuyait sur Lutzen et sur des moulins. L'aile gauche s'étendait au loin dans la campagne jusqu'au canal de Plossgraben qui joint la Saale à l'Elster. Au centre était Wallenstein avec le gros de son armée disposée en carrés immenses, dont les angles étaient protégés par des carrés plus petits , ce qui les feisait paraître comme des citadelles ; devant eux, sur la chaussée, était une batterie de sept canons ; le reste de Fartillerie dominait le front de la hauteur des moulins dans une direction oblique. Sur la gauche du corps de bataille on voyait, en colonnes serrées, les cuirassiers de Piccolomini; à droite,. des colonnes profondes de cavalerie et d'in&nterie ; et à l'extrémité des ailes, des Croates. Toute l'armée impériale se montait à environ vingt mille combattants.
L'ordre de bataille des Suédois était le même qu'à Leipsick : i'in&nterie au centre^ la cavalerie
DES PEUPtES DU NORD. S9S
sur les ailes , et entrecoupée de pelotons de cinquante à cent mousquetaires. Le roi commandait Taile droite, l'aile gauche] obéissait au duc Bern* hard ^ derrière l'infanterie, deux régiments en réserve ; devaat chaque brigade cinq pièces de gros calibre, et quarante plus légères réparties devant les pelotons de mousquetaires.
Le 6 novembre 1632, la plaine de Lutzen était couverte d'un brouillard épais qui ne se dissipa que vers le mih.eu du jour. L'armée suédoise se mit en prières, et entonna le psaume de Luther : Dieu est notre fortune. Le roi répondit par un autre chant religieux. D monta à cheval a jeun et sans cuirasse. Il harangua ensuite lés Suédois et les Allemands. Wallenstein se contenta de donner le mot d'ordre. « En avant, s'écria Gustave au nom de Dieu. .. » Il était dix heures, le soleil avait percé le brouillard. La première batterie fut enlevée par les Suédois après une vive résistance. Le roi, en voyant les cuirassiers impériaux protégés par de sombres armures, dit au colonel Finnois : « Attaquez ces braves noirs, ils nous feront du mal. » On lui annonce que l'infanterie plie]; à la tête de la cavalerie smâlandaise, il s'élance à son secours ; mais son ardeur lui faisant devancer les siens ^ et le brouillard enveloppant de nouveau le champ de
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bataille^ il tombe au pilieu des mi^^jer;. Son cheval est blessé au cou d'une balle de pistolet : un autre coup dé feu tiré sijr le roi lui fracasse Ifi bras gauche. . . Gomme il priait le duc de Saxe-^liaifôn-* bourg de Femmener hors de la mèlâe, il es^ de nou-. veau frappé au dos; il |:ojx})3e le pied embarrassé dans Tétrier, et est traîné à quelque distance ; de toute sa Siuite il ne restait auprès de li|i q^e son page allemand Leubelfing. Selon le récit de, ce jeune homme qui mourut de ses blessures quelques jours après, des cuirassiers enuenus étaient accourus et avaient demandé le nom du blessé ; le page, refusant de le rév^r, le roi s'était nommé lui-pmême, et avait été frappé aussitôt à la tète d'un coup mortel.
Le duc Bemhard apprit cette nouvePe Ëitule au général Kniphausen^ qui lui répondit que ses troupes étaient en bon ordre^ et qu'on pourrait faire une belle retraite. «Il n'est pas question de retraite, lui fît répondre le duc, mais de vengeance, de victoire ou de mort. » Beruhard prit le coiomaudément en chef. Ses soldats, croyant le roi blessé et prisonnier, se précipitent sur la batterie, la re-» prennent et culbutent toute la cavalme impériale. Les fuyards criaient : « Nous connaissons le roi de $uède^ c'est à la fin de la îoumée qu'il efH fe plufl
à craindre. » Uaile gauche s'empara bientôt de k position des moulins. Ce fat alors que tomba Pappenheim qui, cherchant le roi, s'était jeté avec fureur sur Faile droite suédoise. Les Impériaux s'étaient ralliés, ils avaient aussi un héros à venger; la batterie fut reprise encore une fois ^ l'étendard royal fut enlçvé, mais les Suédois tombaient san$ reculer sur la place même où ils avaient combattu. La réserve de Kniphausen, qui était intacte, ranima le courage du duc ; les Suédois s'embrassaient en se promettant de vaincre ou de périr. Tant de constance fut 'couronnée par la défaite des Ipipériaux. Triste et glorieuse victoire qui avait coûté s^ la Suède dix mille braves et Gustave-Adolphe I
Le corps du roi , entièrement dépouillé, fut trouvé par des Finnois, le visage était tourné vers la terre; on le transporta au village déMenchen^j où il fut déposé dans l'église. Le maitre d'école^^ qui était en même temps menuisier, cloua la bière du héros.
Le sénat n'apprit qu'un mois plqs tard la mort du roi. « En entrant dans la salle, dit le comte Brahe, je fus frappé. de la tristesse empreinte sur tous les visages; les uns pleuraient, d'autres se tordaient les mains... Je me sentis aussi saisi, ^ns li^voir la cau^e 4^ cette douleur ; mais je compris
bientôt ce qui était arrivé. Avant de nous séparer, nous prîmes la résolution de vivre et de mourir pour la gloire et la défense du royaume, et de continuer la guerre contre l'empereur suivant les desseins du feu roi, jusqu'à une paix honorable. »
Gustave avait trente-sept ans révolus lorsqu'il tomba à Lutzen. Son règne est la plus belle époque des annales suédoises, soit qu'on considère ce prince comme administrateur, comme capitaine , ou comme rattachant la cause qu'il défendait à^des intérêts solides et généraux. Ses guerres continuelles avaient popularisé en Suède la gloire des armes j l'ambition ne se mêlait à ses vues que comme moyen, et son dévouement religieux, qui donnait à tous ses actes \xn caractère de gravite et de grandeur, faisait regarder à toute la nation, aussi bien qu'à son armée, l'obéissance comme un devoir saint. Sa présence au milieu de l'Allemagne ravagée était saluée avec enthousiasme par les protestants ; les populations catholiques elles-mêmes^ habituées aux déprédations des Impériaux,Voyaient avec admiration et reconnaissance la discipline qui régnait parmi les troupes suédoises, et qu'elles n'enfreignaient que par nécessité. Ce sentiment de respect, qu'imposait même à se3 ennemis la justice du roi, ne fût pas sans influence sur les destinées reli-
gieuses de TÂUemagne : elle préparait les esprits à la tolérance. Comme guerrier, Gustave-Adolphe est à la hauteur des conquérants les plus célèbres. Telle est la confiance qu'il inspirait aux siens, que l'on peut dire du héros suédois : Son armée, c'est lui.
Toujours sûr de lui-même, parce que sa croyance était ferme ^ il saisissait au milieu même du péril ces rapports fugitifs des choses qui compromettent les succès s'ils ne les assurent. Il voulait tout voir par lui même, et c'était justice, car personne ne pouvait lui être comparé pour l'à-propos des résolutions. La rapidité de ses marches étonnait l'expérience la plus consommée, et son courage personnel eût pu être taxé de témérité, sans la conviction où il était qu'il obéissait à une impulsion supérieure. Sa mort si pleine d'héroisme, si religieuse, moralisa, pour ainsi dire, la ligue protestante. L'intérêt ipoUtique se montra moins à nu, et les princes eurent honte de mettre en avant leurs seuls intérêts dans une lutte où Gustave avait perdu sa vie avec sa couronne.
La plupart des conquérants qui ont succombé* au milieu de leur carrière n'ont emporté avec eux qu'une gloire personnelle. L'édifice qu'ils ont élevé s'est écroulé sur leur tombe , parce qu'ils ne tra-
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vaillaient que pour eux ; Gustave ne voyait dans le succès que Hutérét de ses peuples, il Tadaptait, pour ainsi dire, à leur usage et à leur bien-être ; aussi, lorsqu'il succomba, sa volonté lui survécutelle : on peut dire que ce fût elle qui gagna la bataille de Lutzen, et qu'elle anima constamment le cabinet suédois jusqu'à la fin de la guerre. Quant à ce qu'il comptait faire s'il eût vécu , c'est un secret qui est renfermé dans sa tombe : il est a croire toutefois que, ne voyant rien au-dessus de ce qu'il se sentait capable de mettre à fin, il eût regardé comme prématuré de se tracer d'avance; des limites politiques. Aurait-il établi en Allemagne un empire protestant, s'en réservait-il le protectorat, ou l'ambitionnait-il pour lui-même ; se serait-il contenté d'abaisser la puissance de l'Empire, et de VÉglise romaine? toutes ces grandes questions sont restées insolubles pour la postérité, puisque le plus habile et le plus intime de ses conseillers, Axel Oxenstiem, en est réduit lui-même aux conjectures.
Quant au développement trop excentrique d'un pays pauvre et médiocrement peuplé, dont les conquêtes de Gustave-Adolphe ont été le principe, on peut le considérer comme ayant eu des suites iatales pour la Suède. On a dit, avec quelque appa-
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renée de raietm , que Charles XII avait ooimaué Gustave-Adolphe, et l'on a rendu en quelque sorte ce dernier solidaire des Sautes du rival de Pierre le Grand, Peut-être néanmoins cette accHiation est-elle trop sévère* La grandeur d'un peuple ne dépend pas seulement de Tharmonie de ses limites «t des conditions matérielles de son bien-élre : c'est l'esprit d'une nation qui anime le corps; celle qui n'a jamais beaucoup risqué n'a pas le droit âe compter sur ses forces ; dans les grandes luttes, elle est à la misrci àe$ ambitions rivales ; habituée à calculer toutes les chances de succès, elle cède auic exigences qu'elle enhardit, et finit par marchander son existence avec son honneur.
Les souvenirs glorieux sont le plus noble héritage des siècles passée ; cette pensée anime l'âge mûr des peuples, les sauve des dangers et de la honte de l'égoîsme, et réchauffant encore leur vieillesse, leur inspire^ sinon le courage de vaincre, du moins la résolution de tomber avec honneur.
Et de nos jours encore, au milieu de la Suède pacifiée et florissante, le sang belhqueux du Scandinave s'allume au récit de ces événenjents mémorables qui ont assuré la gloire delà Suède^ et le paysan se découvre avec respect en prononçant les noms vénérés de Charles XII et de Gustave-Adolphe.
Au reste, tout en rendant hommage au génie de Gustave-Adolphe, on ne peut méconnaître que l'intervention suédoise dans la guerre de trente ans a puissamment contribué aux révolutions politiques de l'Europe depuis le traité de Westphalie.
La Suède protestante s'est trouvée feible devant la Russie x^énérée. L'Allemagne elle-même, privée de cette unité que donne la communauté des croyances, a pris l'initiative dans le partage de la Pologne : après avoir renversé cetle barrière, elle s'est trouvée, frontières contre irontières, avec on peuple jeune, et dont la période de dévelc^pement correspond à une époque de décadence dans toutes nos vieiDes monardiies occidentales.
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PAB J. H. CHOPIN,
QDATRIEME VOLUME.