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CHAPITRE XXXIII

Tandis que la Suède établissait par les daiises du traité de Westphalie son influence sur les af&ires de l'Allemagne, le Danemark^ attentif aux événements, se rapprochait tantôt de FEmpire^ tantôt de la Suède : désormais un rôle secondaire était le seul qui convint à sa situation. Les dernières années de Ghristiem IV furent activement employées à resserrer l'alliance avec la Hollande, dont la. marine pouvait contenir les prétentions des Suédois. L'activité d'Uhlfeîd avait habilement préparé ce résultat; des villes florissantes s'éle* vaient dans les provinces, mais les charges de la courcmne dépassaient les ressources dé l'impôt ; il était difficile d'entretebir l'armée sur un pied convenable. L'a^iblissement progressif du Danemark Mnddit indispensable une réforme dans les finan-

owi et om améhontion A'étalt possibk dan» eetlé branche importante de râdministration^ qu'autant que k noïAuÊQ comentirait à abandonner qttel-^ quea^una de fiet pritiléges. Chridtiem désirait ma* difier le service militaire des nobles ; et pour être en état de solder des troupes permanentes, il proposait d'affermer les fiefe de la couronne dont les grands s'étaient approprié les revenus . Le proj et rencontra des résistances sérieuses ; on fît entendre au roi que l'élection de son fils n'aurait pas lieu s'il persiltait à vouloir changer les anciennes constitutions^ de. sorte que, pour obtenir ce seôond point, â fallut céder sur le premier. Ce prince termina sa carrière au oomoiencement de l'année 1648, la même où fut signé le traité de pacification génè* raie. Chrisliem fut sand contredit un des plus grands monarques de son siècle, mais la fortune manqua à aon génie« Il ouvrit au Danemark -le commerce avec les Indes Orieatales, établit des manu&cture^^ encouragea les sdienceS) fonda iitt grand nombre de collèges^ apporta quelques mo«* dificationa judiciaires dans les lois danoises, et refondit celles de la Nérvége^ Quant à ses mœurs, ellei ne furent point à l'abri de tout reproche. Son. fill |*rédéria ne parvint à la couronne qu^après avoir dqoné les intriguel d'UhUeld, qui avait épouié

DES fEOnU ftO hOBD. «1

lKoiiore«Chri8tiiie, fille à» ClhHstiJM tlttii^, ie^ condé épouM de Gfariitierâ. Le comte Bf ait obteftu

du sénat un acta qui établisêâit Ifi légitimité d^9 étt<-

£Rtit8 de ca second mariage. Uhlfeld éâpérait déta*^

cher la Norvège du Danemark, et 6'il ne poutàlt

rèuMir à obtenir une couronne, il voulait du moltA

porter sur le trône Yaldemâr, son beau^frère^ au

ptéjudic» de Frédérie, né de Catherine, fille de Té^

lecteur de Bratid^J>ôurg. La noblesse, quoique

rumbition d'Ublfeld lui inspirai de justes craintes^

ne iiégligea rien pour montrer à Frédéric que .A

elle préférait l'héritier direct de ses rois, àk u^

nait plus encore à ses privilèges. Ufalfeld) en exa-^

gérant les prétentions dé cet ordre, se flattait qtté

le prince refuserait de s'y soumettre, et qu'à là fff«-

veur de cette résistance^ il affermirait son propre

pftrti. Mais Frédéric accorda de bonne grAce tout

ee qui lui fut demandé, de sorte que la noblesse

prépara elle--méme la réaction monarchique qui^

quelques années plus tard , ruiUft le pouvoir des

grands.

. La capitulation qu'avftit signée Ghristiern IV à

son avënement au trdne, renfermait déjà te pou-*

voir monarchique dans des limiteçsi étroites, qu'en

empiétant encore sur ses prérogativéà^ on transfert

mait réellement le gouvernenient du Danemark ta

C4 BÊyOLIinONS .

oligarchie. Les conditums imposées à.Frëdédc 10 devaient nécessairement amener ce résultat. Le sé* nat| sur la présentation de la noblesse, renouvelait ses membres sans le concours du roi. Les grandes charges de la couronne et la vice-royauté de Norvégeétaient, il est vrai, à sanonlinationfmaisil&Jlait à chaque vacance qu'il chpistt parmi trois sénateurs dont on, lui présentait les noms. Il ne pouvait s'ab* senter du royaume sans le consentement du sénat, et les résolutions de cet ordre avaient force, de loi indépendamment de tout contrôle, et sans que le roi y pût apporter la plus l^ère modification. Si l'on considère que, conformément aux capitulations précédentes, le prince ne pouvait ni £ûre la guerre, ni conclure d'alliance, ni frapper un nouvel ^m^ pôt, et que de plus il était tenu d'accorder à la no* Uesse la jouissance des terres de la couronne , on comprendra combien l'influence du monarque sur la direction des affîiires et sur l'administration était illusoire et précaire.

Frédéric fut couronné en novembre 1648 ; les premières années de ce règne n'ofifirent de remarquable que le traité d'alliance conclu entre le Danemark et les états généraux, mesure qui parut nécessaire pour contre-balancer la puissance de la Suède.

Tandis que le grand maître Uhlfeld dirigeait les négociations à La Haye, Frédéric travaillait en secret à jse soustraire à l'espèce de tutelle que s'étaient arrogée les grands officiers de la cou^ ronne. Le prince Ghristiern avait été reconnu pour successeur par les états, et la conduite de la cour à regard de Christine Munck et dé ses enfants, annonçait la volonté d'humilier le parti du grand maître. Uhlfeld, blessé dans ses prétentions, refusa pendant longtemps de remplir les devoirs de .son ministère ; on voulut le forcer à rendre compte de son administration, mais il s'y refusa avec hauteur.

Un fevori de Frédéric accusa le grand maitre d'avoir conspiré ccm^re la vie du monarque j il en résulta un procès qui, mettant les parties hors de cause, détermina Uhlfed à sortir du royaume. Il emporta secrètement ses richesses et se réfugia près de la reine Christine^ dont il obtint bientôt la feveur, sans réussir toutefois à lui faire déclarer la guerre au Danemark.

£n 1652, pendant que les Hollandais négociaient avec le Danemark pour obtenir les secours que stipulait le dernier traité, et pendant qu'on délibérait, une flotte marchande, sous pavillon anglais, relâcha dans le port de Copenhague. Le roi se laissa persuader par le ministre hollandais, et ordonna

M RËTOLUnONS

la capture de ces bâtiments. L'Angleterre demanda vainement nné réparation, qui tomba plut tard à la charge de la Hollande, lorsque les deux répabUques se réconcilièrent. Le roi et le protecteur firent la paix (1), et la cour de Copenhague tourna toute son attention du c6të de la Suède. Gharlea- Gustave, mattre de la couronne par Tabdication de Christine y prit Uhlfeld sous sa protection et laissa voir des intentions hostiles au Danemark. Ce prince était persuadé que la guerre était nécessaire à fa grandeur de la Suède ; sa prédilection pour la gloire militaire prétait de nouvelles forces à la raison politique. Uhlfeld, obéissant à un sentiment de vengeance, s'efforçait d'attirer Teffort des arm^ suédoises contre le Danemark ; mais un autre f d'gitif, Radziejowskî, qui avait été vice-chancelier de Pologne, et que le roi Jean^-Casimlr avait fsit exiler, mit un terme à l'irrésolution de Charles^ Gustave, en lui montrant le succès probable d'une invasion en Pologne (2).

Les prétentions de Jean-Casimir sur la couronne de Suède étaient d'ailleurs un motif suffisant pour déterminer un roi élu du caractère de Charles-^Gus*

(1) 15o(!k>bre4S54.

(2) Jean Casimir avait séduit la femme de ce gentilhomme, qui depnit lia quelques intrigues avec les Cosaques révoltes.

DES WBOPIM StI NORD. «T

mettons la suite de cette guérie) ^aûd adu» iraiietéûÉ dpécialemeiit de k Suède. Kôug lic^usi Mflteiiterons de dire que l'électetir de Bl^atldenbouf g dut se reconnaître vassal au toi de l^ède pê^t la Prusse ducale^ et abandonner au vainqueur U iftoitié dea droit» d'entrée dan» ton» lea fotiÉ de ifi ddminatiôn.

Lea victoires dea Suédois alarmèrent leë tloltatidais et l'empereur. Le Danemark était viVément s^Uidté de se déclarer ci&ntrë Gbarleâ-Gustave. Le bl4)€us de Dantzig, infraction flagrante au dêifâièir traité^ détermina les Hollandais â armer une fidife pou* protéger leur commerce dans là Éblf lijuë ; Vat&iral Opdam> dont Feècadre avait été t^nfdî^éée par quelques vaisseaui danois^ étitrd dàhé le poit de Dantzig, à l'instant où le l^oi de iSuède, entraîné pat* sea victoires, était au fond de la Pologne : mafe bientôt, soit que l'attitude équîVoque de là dtmt danoise lui fît craindre d'avoir â SUpptrrter tdtwt le poids de la guerre, soit quel i^ fntSdioti ée bôrUât à contenir l'un par l'autre les deux royaumes Scandinaves, l'amiral signa la paii ^Veé la Suède ; mais le ministre hollandais van Beuningeri, refusa de ratifier ôet accommodement . et il poUësaît les Danois

à h gnerté. Enfin lé parti qrfi cwyait l'instant favtt-

rdble pour accabler la Suède l'emporta^ et les hostilités commencèr^at dans le duché de Brème. Frédéric avait renouvelé ses alliances avec la Hollande et la Pologne ; il comptait sur la coopération de l'électeur de Brandenbourg, tandis que les armes des Russes opéraient en Livonie une diversion favorable à ses intérêts. Dans la persuasion que Charles-Gustave,* menacé de tous côtés, se porterait en toute h^te sur Dantzig pour sauver les restes de son armée, il s'embarqua secrètement et parut tout à coup avec une forte escadre devant cette ville, où il espérait surprendre son rival. La célérité du héros suédois avait déjoué cette mesure; tandis qu'on le cherchait à l'embouchure de la Vistule, il menaçait déjà le Holstein. Tout pliait devant les Suédois; l'amiral Wrangel s'emparait en même temps du territoire de Brème, tournant les forteresses qui auraient pu l'arrêter. Charles-Gustave réorganisa son armée dans le Holstein, puissamment secondé par son beau-père le duc de Holsteiû-Gottorp, et par les intrigues d'Uhlfeld, qui fondait ses espérances sur l'abaissement de son pays.

La prise de Fredericia, que Wrangel emporta d'assaut, ouvrit aux Suédois le Jutland et le Sleswig, et découragea Czarnecki, général polonais, qui avait déjà franchi l'Oder à la tête de douze mille

Polonais pour attaquer l'armée suédoise, et qui, à cette nouvelle, rebroussa chemin, dans la crainte de se trouver entre Wràngel, maître des duchés et du Jutland, et Charles-Gustave, qui occupait la Poméranie.

Les Danois avaient remporté quelques avantages en Norvège et en Scanie, mais les événements du Sud les forcèl^nt d'y renoncer; il leur £allut concentrer leurs forces dans le Jutland et les iles^

Cependant les cabinets étrangers suivaient avec inquiétude les succès dès armes suédoises ; l'électeur de Brandenbourg, la France et l'Angleterre unissaient leurs efforts pour rétablir la paix dans le nord. Charles-Gustave n'était pas homme à ce* der à des négociations ce qu'il devait à ses victoires; il déclina la médiation de l'électeur comme trop manifestement intéressée , représenta à la France que le Danemark avait rompu les traités dont elle était garant, et essaya d'attirer Cromwel dans ses intérêts, en lui promettant i\ne riche part dans les dépouilles du Danemark. Le protecteur, qui avait d'autres vues, rqetaces offres brillantes. Frédéric, de son côté, n'était point pressé de conclure la paix sous l'influence de ses défaites récentes ; il comptait sur se9 alliés et sur un changement de fortune.

Tandis que la diplomatie s'agitait, un froid ri-

70 BÉimLoiieifs

gouwux se fit Bentîr, et les détroits gelàreat avee tant de feree, que les tles semblaient réunies au ooQtinent par les glaces. Charles, confiant sa foD* tune k rbiyer» résolut de faire passer à son ariaée le petit Belty entreprise inouïe et que le succès caU'*ronna complètement. Nous laisserons parler le chevalier de Terlon^ ambassadeur de France, qui ne quitta point le roi dans cette circonstance périlleuse.

« Le princesse rendit, le 8 de février, au bcHrd de « la mer en Ixaineau, m*ayant fait Tfaonneur de me N mettre auprès de lui ; mais Famiral Wrangel ap- « prit de ceux qu'on avait envoyés pour reconnaitre a les glaces ^ qu'elles étaient trop faibles du cAté « qu'ils marchaient, ce qui était véritable, car il « avait vu périr devant lui qudqnes^ns de ses ea» « valiers qui enfoncèrent dans la mer. De plus, les « Danois, qui étaient postés sur lesbords de l'Ile de « Fionie avec de l'artillerie, tiraient sans cesse pour « rompre les glaces ; et comme l'armée suédoise en et était fort incommodée, il en avertit le roi de Il Suède qui crut devoir se retirer et remettre la « partie au lendemain, espérant que les glaces se* « raient plas fortes.

n Cependant le prince fit camper son armée le fc long du petit Belt, et envoya toute la iftut de « petits partis de tous cAtés pour sonder la g^bce,

DES ifwmm m nord. t4

« et voeoQoaître par où l'on pourrait passer le plus u siàrem? nt : il en attendit des nouvelles avec bkn M de l'impatience et bien de l'inquiétude, et même H sans prendre aucun repos de toute la ^uit| jus** « qu'à ce qu'il fât ayerti, sur les deux, heures du n m^tin, qu'il avait extrêmement gelé toute la nuit, n et qu'on pouvait passer sur les glaces sans danger.

a J'étais pour lors dans sa chambre, et yd lui vis « dpnner l'ordre à la même heure de faire avancer (c tojQte son armée dans la péninsule dont il s'était « empara le jour précédent, et pour exécuter son « dessein, il donna les ordres du combat, et com-^ « manda que les cavaliers menassent leurs chevaux « pw la tncide et marchassent assez loin les iins des « autres; que les canons iraient aus» dans une « égale distaiiçe, pour ne pas rompre les glaces par (( un trop grand poids, jusqu'à ce qu'on eût passé (« le courant de la mer : il commanda encore que « l'armée se mit en batajiile lorsqu'elle aérait passée, M pour aller aux ennemis qui paraissaient tout le « long des bords de la mer. Le roî de Suède passa a jusque-là en traîneau, puis il monta à cheval, ce « que je fis aussi pour étire toujouTs âiiiprèsr de sa « personne.

« U donna l'aile droite de scmiinnéeaii grand « amiral Wrangel... Lie roi prît l'aile gauche pour

n BÉVOLimoNs

« lui ; le comte Jacob de La Gardie commandait f( l'infenterie. Mais comme elle marchait trop len- « tement parce que les soldats étaient épars, pour a ne pas enfoncer les glaces, et qu'ils avaient même a beauconp de peine à marcher^ le roi, ayant vu H que son avant-garde avait déjà passé l'endroit du <i courant qui est le plus dangereux, donna ordre « à Wrangel de s'avancer avec l'aile droite, et de « seconder l'avant-garde quand elle donnerait « contre les Danois, tandis qu'il attendrait Fin» « fainterie et mettrait l'aile gauche en état de le « suivre.

« Gomme le roi eut remarqué que les troupes « danoises s'ébranlaient au lieu de le venir char* « ger, il £t marcher diligemment l'aile gauche, « d'autant plus qu'on vint l'avertir que Wrangel « avait poussé lesDanois qu'il avait trouvés devant « lui, et fait prisonniers le colonel qui les conunan* a dait, avec tous les of fiders : cela obligea le prince « de doubler le pas pour s'approcher de. l'ile, où « il sut que le colonel Jens , qui commandait les <K troupes danoises en l'absence du général Goltf denlevir (1), qui était fort malade, s'était posté « en un lieu tout à fait avantageux, ayant des haies « qui le couvraient d'un côté et la mer de l'autre.

(4 ) Fib de Ghrittiera IV ai 4m OiràtîiM Muook.

DES PEUPLES DU NORD. 7i

« Cette posture des ennemis fît que le roi parie tagea son aile droite, et en donna une partie à « Wrangel avec ordre d'attaquer les Danois du « côté de la mer, tandis qu'avec le reste il tâcherait M de passer les. haies : ce qu'ayant été eHectué, il <c commanda au marquis de Bade de commencer « l'attaque, ce qu'il fit avec tant de succès, qu'il M renversa d'abord quatre escadrons danois. Wran- <c gel| qui était à la droite du roi de Suède, rompit M pareillement tout ce qui lui fit résistance : il est M vrai que les glaces s'étant rompues en un endroit, H il y eut deux compagnies de l'un et l'autre parti a qui enfoncèrent dans la mer et se noyèrent. Le « roi perdit au même lieu le carrosse qui lui servait <f ordinairement , et ma calèche eut la même intt fortune. Le roi, ayant vu cet accident^ avait rai- « son de craindre qu'il ne lui en arrivât autant et à « toute don armée; mais étant un prince intrépide » « quoiqu'il connût bien le danger où il était, au « lieu de prendre le parti de tourner du côté de la <i terre, il prit celui de laisser à gauche l'ouverture « de la mer où ces cavaliers avaient péri, et alla « chercher les ennemis qui étaient sur la mer à « droite.

« Après que tous les escadrons danois furent rom- « pus, Wraqgel alla lui-même à l'infanterie da-

74 SÉVOLVTIOIÏS

« noise qui était sur la gla,ce, et qui g^rd^it leposte « où était Fartillerie, leur criant de mettre bas les « armes ; le colonel Jens, l'ayant reconnu et n'étant « pas en état de lui faire résistance, lui demanda t\ quartier et se rendit à lui^ ce que Taçiiral lui ac* <« corda de bonne gràce^ et à tous ceux qui le you- « lurent avoir* Ainsi toutes les troupes danoises fo-- « rent défaites ou prisonnières , et la fuite n^en c( sauva pas deux cents. »

Les Danois abandonnèrent en toutis hâte l'ile de Funen , et Charles-Gustave entra vainqueur dans Odçnsée. Les iles de Langland et Haland furent soumises sans résistance : il ne restait plus à Charles- Gustave qu'à poursuivre sesavantages etàprofiterde la consternation de Tennemi pour s'emparer de la capitale. Il n'était séparé de l'île de 3éeland que par le grand Belt, alors entièrement couvert dei^aoes; mais le détroit n'a pas moins de quatre milles d'Aile* magne d'un côté à l'autre^ et^ malgré la rigueur du firoid, il était à craindre que toute l'armée ne périt au passage. Cependant le roi avait une telle con-* fiiançe en sa fortune, et l'hiver le seconda tellement^ que lestroupes suédoises f randiirent le Belt sot ^u* sieurs colonnes et parurent devant Wardingbcmrg.

Le but de Charles était moins de réduire leâ Da« nois au désespoir que de les amener à une paix glo*

DES PEGPIiBS DU IfORD. n

muse pour sa couronne : malgré les conieils d'Uhlfeldi, il s'en tint au parti de la modération, jugeant plus utile de compléter les frontières de la Suède, que de donner au monde le spectacle d'une conquête si difficile à conserver. L'intervention du mi* nîstre anglais Meadbw contribua sans doute à sauver le Danemark d'une ruine totale. Tandis que Uon négodaityCharles s'avança près de Copenhague, simulant les dispositions d'un assaut. Frédéric III était d^avis de se défendre dans sa capitale, mais Tir* résolution des chefe et le peu d'accord qui régnait entre le clergé, le tiers état et la noblesse^ ne per<* mettait gu^re d^ compter sur une résistance efficace, jlprès bien des hésitations, le parti delà prudence l'emporta.

La paix, ébauchée d'abord à Tostrup, fut signée définitivement à Roschild (1). La Suède obtenait k Seanie et le Bleckingen, le Halland et l'tle de Bomhoim; en Norvège, le £ahus^ le Jutland et la pvovinee de Dronthéim, en outre quelques endaves dans le duché de Bremen et dans l'ile de Rugen. Le duc de Holstein-Gottorp^ beau*père de Charles, n'oublia pas ses intérêts; enfin, le Danemark se trouvait resserré de tous côtés , entièrement isolé

(4) S» féimr i65& BumoBi, fome 6.

n MÊvoLunoKS

de ses alliés^ s'il essayait d'échapper à là honte de ce traité, en recourant de nouveau aux armes. Uhlfeld fut dédommagé de ses pertes, et réintégré dans tous ses biens. Avant de parler de là guerre que Charles porta de nouveau en Danemark, esquissons rapidement la situation où se trouvait le monarque suédois.

La maison de Deux-Ponts n'eût trouvé que peu de sympathie en Suède si le sang des Yasa ne se fut mêlé à celui de son dernier rejeton. Les profusions de Christine et le désordre de Fadministration avaient jeté dans toutes les classes des ferments aclifc de mécontentement. La paix de Westphalie n'avait pu calmer tout d'un coup l'agitation des esprits, et l'inquiétude belliqueuse, manquant d'àliments, menaçait de se manifester à l'intérieur par des résistances et des révoltes. Charles aimait la guerre, mais les circonstances elles-mêmes semblaient lui interdire le repos. A peine eut-il ceint la couronne qu'il voulut assurer l'avenir de sa maison par son mariage avec Hedwig-Eléonore de Hol-* stein-Gottorp. Il montra non moins de fermeté que d'adresse dans le démêlé qu'il eut avec Brème ; mais ce qui le préoccupait surtout, c'était de rendre la Suède forte chez elle pour la mettre en état d'exercer sur le nord de l'Allemagne une influence

durable/ L'occuftation d'une partie des proTÎnces bakiques protégeait ses flottes, et lui servait de rempart contre la Pologne, la Prusse et VEmpire. Après s'être agrandi de ce côté, il espérait abaisser complètement le Danemark^ et fondre une seconde fois sur la Pologne, dont quelques provinces auraient désintéressé la Russie, l'Empire et le Brandenbourg. La marche de Charles en Pologne ne fut qu'une suite de triomphes ; la reine se sauva de la capitale emportant à Cracovie les trésors de l'État. Cette ville ancienne tomba bientôt au pouvoir du vainqueur, et Jean-Casimir chercha un refuge en Silésie. Les corps polonais firent promptementleur soumission ;. les palatinats de Kief et de la Russie rouge prêtèrent à Charles-Gustave le serment de fidélité. La Lithuanie était envahie en même temps que la grande Pologne ; les Radziwil, que les succès des Russes en Livonie avaient réduits à l'extrémité, saluèrent avec joie leurs nouveaux maîtres ; mais bientôt les Polonais eurent le temps de ce reconnaître et revinrent à des sentiments de patriotisme. L'orgueil des magnats était blessé, et les masses, excitées par le clergé, frémissaient à l'idée d'obéir à un monarque protestant ou à un tsar schismatique. Des corps de partisans polonais se formèrent, et les Suédois, harcelés de tout côté, perdirrat dans une

T8 Btiyoumdtrs

guerre d'etcârinoudieg k iupëtlofité qu4k ktftlent dans les batailles rangées. Charles jugea prudent de se rapprocher de la Baltique^ Cependant d'autres difficultés Tattendaient en \Pru8se; Dantzig tenait d'appeler les Hollandais à son seeours, tandis (|ue le grand électeur, attentif aux événements de cette mémorable campagne, concentrait ses forcée et se préparait à acheter ou h conquérir l'indépendance de son électorat. Charles ne s'était point mépris sur les desseins de Frédéric^Guillaume. « II feut^disait-it^ rogner les ailes de ce jeune aigle pour modérer soft ▼ol- »

En effet, Frédéric-Guillaume négociait avec les états de la Prusse polonaise nn traité d'alliance qtii mettrait à sa disposition de nouvelles troupes, et Jeaû- Gasimir, pour le détachei* des Suédois, lai promit de renoncer à ses droits de suzeraineté. L^électeut* intervenait en même temps èomme médiateur enti*e le tsar et le roi de Pologne, Chat-les le prévint : il fit sa jonction avecLaGardie, et envahit une partie de la Prusse j la rapidité de ce mouvement, lés vi(îtoiresqui en furent la suite, domptèrent k fierté de f rédéric-GuilIaume : enfermé dans Kônigsberg, il reçut les conditions du vainqueur Ç}). Par ce traité,

DES nxspum ou nord. t9

le roi s'engageait à évacuer la I^russe brandenboui''geoiae^ en même temps que Têlecteur ab&udôimerait la Prusse polanaise. Quant à la question dHnvestiture, la suzeraineté des fiefe^ exercée jusque-là par la Pologne^ passa à la couronne de Suède.

Ce rapprochement prouva aux Polonais qu'ils ne devaient compter que sur euic-mémes ; cependant ils essayèrent d'attirer l'empereur dans leurs intérêts en lui promettant la couronne de Pologne, et appelèrent à leur secours les Tatares de Crimée. Jean-C!asimir profita de la disposition des esprits ; le manifeste de la confédération de Tyszowce âppeliùt tous les Polonais aut armes; le roi établit provisoirement à Lemberg le siège du gouvernement.

Tandis que Charles-Gustave s'emparait des places fortes de la Prusse polonaise^ Dantzig résistait toujours ; l'hiver rendait les opérations militaires de plus en plus difficiles, et l'insurrection des provinces centrales s'organisait d'une manière menaçante. Le roi de Suède, dont le génie grandissait en raison des obstacles, concentre ses forces à Thom^ passe la Vistule sur la glace, surprend Czarniecki et le défiait complètement à Kolombo ; mais bientôt les Polo* nais qui combattaient dans les rangs suédois, l'aban* donnent, et la guerre prend un caractère national. Charles ne voit de salttt que dans la retraite; il rés

«0 BÉVOLUTIORS

trograde sur Varsovie, presque toujour» vainqueur, mais payant chèremeut ses avantages. Enfin, au commencement d'avril, il entre dans Varsovie, lorsque le dégel allait rendre sa marche impossible.

Un échec au fond de la Pologne pouvait perdre Charles; jugeant que la cause de l'électeur est la sienne, il confiée le commandement des troupes à son frère, Adolphe* Jean, part pour la Prusse et signe le traité de Marienbourg avec rélecteur (1). Ce dernier entra en possession des palatinats de Posen, de Kalisch, de Leuschitz et de Sinradz. C'est ainsi que la Suède et la Prusse électorale préludèrent à. un partage qui, un siècle plus tard, se réalisa à Tinsti*gation de la Prusse devenue royaume (2).

VVittenberg, qui commandait les Suédois à Varsovie, fut forcé de capituler. Charles-Gustave et l'électeur réunirent leurs forces, et manœuvrèrent pour rencontrer l'ennemi sous les murs de la capir tale. Les Polonais, renforcés de l'armée lithuanienne et des Tatares de Crimée, comptaient quarante à cinquante mille hommes^ les Suédois et les Bran-

(1) 45 juin 4656.

^2) Dès Tannëe 1661 , Jean-Casimir prophétisa le partage àe la Pologne, par ces paroles mémorables : Si tous ne portez un prompt remède aux abus de la liberté, en renonçant à vos privilèges personnels, le Moscovite nous arrachera la Russie et la Litbaanie, le Brandenbourg s^appropriera la Prusse et Posen ; et TAutriche, entraînée par Texemple, ■'emparera de Krakovie et de la petite Pologne.

DES PEUPiiCS BÙ NORD. St

denbourgeois n'en avaieiit que seize mille (4), Bïais 0s étaient; principalement les Suédois, bien agùér^ lisethabitoésàux combats et aux dangers. Les deux peuples combattirent sous les yeux de leurs princes^ qui les aoimalent par leur exemple ; l'aile droite était commandée par le rœ, qui avait sous ses or-^ dres son frère, les généraux Douglas^ IJenri Horn, le comte palatin Philippe de Sulzbach et le margrave de Bade ; Vaile gauche était formée de Brandenbourgeois et commandée par Wrangel, sous les ordres de l'électeur ; le comte Frédéric de Waldeck qui commandait la cavalerie était soutenu par les colonels Tott, Bôttiger et Cauberg. Une partie de l'infenterie de l'électeur était placée au centre, qui avait potir chef le général d'artillerie Sparr. Ifsiilé droite se mit d'abord en piouvement; elle avait à sa droite la Vistule et à sa gauche un bois qui la séparait du camp ennemi. Le terrain qu'on avait à parcourir était Ixès-étroit, les Polonais s'étaient rangés en bataille devant leur camp; mais ils furent lœtôt refoulés dans leurs retranchements par l'avant^garde de Wrangel : celui-ci, s'étant trop avancé, était sur îe point d'être coupé par l'enne^ mi posté derrière le bois, lorsque le roi envoya

(t ) Vipgt-bmt mille, saitant les auteur» polonais.

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