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CHAPITRE XXXIV

La paix d^OIiva (1), ménagée par le cabinet de

(1) EftTeritt âé cette pahr, fa Pologne dat renoncer a ses prétentions snr la Suède^ l'Ëstlionie et Tlle d^Osel, et la Dana fut la limite des poff^ sessions suédoises. Le traité d'Oliva précéda d'un mois celui de Gopen* ba^e.

4 os RÉVOLUTIONS

Versailles^ inaugura le règne de Charles XI. L'héritier de Charles -Gustave entrait dans sa cinquième année; et la perspective d'une longue minorité offrait à la noblesse l'occasion d'augmenter ses privilèges, et de ressaisir une influence qu'elle voyait décroître depuis que Gustave-Adolphe avait lié les destinées du royaume à la politique générale. La Suède n'avait plus d'ennemis extérieurs , mais ni l'état des finances ni l'agitation des esprits ne loi permettaient de trouver ses véritables éléments de prospérité dans l'agriculture et le commerce. L'alliance française avait de nombreux partisans ; les uns y voyaient une puissante garantie pour les possessions allemandes ; les autres un moyen de vendre avantageusement leur crédit ; le luxe était devenu un besoin, et les grands, non contents de faire peser sur le peuple presque toute la charge des impôts, trafiquèrent de Son sang comme de ses sueurs. La noblesse moyenne, tant civile que militaire, ne se courbait qu'à regret sous le despotisme de la haute aristocratie ; l'exemple récent du Danemark, qui avait substitué le gouvernement d'un seul au système oligarchique, ne lui laissait encore envisager que les avantages d'un tel changement ; en un mot, en attribuant les malheurs du* temps à la liberté, on préparait ces changements à la faveur

DES PEUPLES Dt NORD. m

desquels Charles XII put jouer impunément l'avenir de la Suède.

La reine avait plutôt cette obstination qui caractérise les esprits médiocres, que la fermeté qui force toutes les résistances à se conformer à une grande idée préconçue : on assure que cette princesse elle-même ne fut pas inaccessible aux séductions de l'or étranger : mère tendre, mais faible, elle laissa l'héritier de la couronne dans la plus honteuse ignorance, soit que les bizarreries de Christine ne lui aient laissé voir que les abus du savoir, soit que les autres membres de la régence aient donné cette direction à l'éducation du jeune roi dans l'espoir de rester indispensables.

La Suède s'était engagée à faire assurer à uii prince français la couronne de Pologne , moyennant un subside annuel de six cent mille écus ; mais comme l'exécution de ce plan eût été plus ruineuse que profitable aux deux cours contractantes , Louis XIV rompit l'accord et fit le sacrifice des premières avances que le comte de Tott ^ ministre de Suède à Paris, avait déjà dépensées en prodigalités. Cette mesure et le mauvais succès du coup de main tenté sur Brème par La Gardie ébranlèrent le crédit du parti français dont le chancelier était Fàme : Louis XIY vit ses anciens alliés accéder

à la triple alliance , et cette défection ne fut pas sans influence sur le traité d'Âix-la*ChapelIe. Les libéralités de l'Angleterre et de la Hollande, en enrichissant quelques particuliers, n'eurent d'autre effet que d'étendre le vice de la corruption ; toutes les branches de l'administration étaient en souffrance : la flotte, l'armée, les paysans, le commerce, tout accusait les vues et l'incurie du gouvernement. La dette publique qui, en 1669, était de 48,900,000 thalers, montait en ^ 672 à plus de 6^ ,000,000 de thalers : les forteresses se trouvaient dans le plus mauvais état, les garnisons manquaient du nécessaire; enfin, là régence n'avait rien feit pour recouvrer les colonies suédoises, perdues sous le règne précédent : les autres ordres imputaient, non sans raison, à la noblesse toutes les fautes de la régence, et l'irritation était encore excitée par l'ordonnance de 1665 concernant les mariages des nobles, et par l'édit de 1672, qui confirmait des abus de droit justicier dans les terres de leur juridiction (1).

En >I672, Charles XI atteignit sa majorité : ce

jeune prince avait une constitution robuste que les exercices du corps avaient rapidement développée ; mais son esprit, naturellement juste, manquait de

(4)' Lagerbring .

DES PEUPLES DU NORD. Ui

culture, au point qu'il n'était point en état de lire les suppliques qu'on lui présentait ; ce qu'il y a de singulier, c'est que l'absence totale d'instruction, loin de le mettre dans la dépendance de ses tuteurs, lui inspira une méfiance salutaire ; fort d'une organisation encore neuve, il se fit une éducation de choses, et le bon sens le servit mieux peut-être que n'eussent pu le faire des études spéculatives et une expérience d'emprunt. « J'ai appris dans les camps, disait-il lui-même, ce qu'on y oublie d'ordinaire : les premiers éléments des lettres. »

. La noblesse ne fut pas longtemps à s'apercevoir que ce jeune ignorant lui ferait la loi : Charles classa par un règlement les droits de préséance à la cour, et soumit la r^ence à un examen inattendu, malgré la dispense qui lui avait été accordée, et en vertu de laquelle les tuteurs n'avaient point à répondre de leurs actes.

Cependant le parti français était redevenu prépondérant en Suède : les intrigues et de l'or de Pomponne et de Courtin préparèrent cette réaction. La France et la Suède conclurent un traité d'aUiance dont le résultat fut le traité de Wassenaer (i) par lequel l'électeur de Brandenbourg dut renoncer à l'alliance des Hollandais.

(I) 46 join 1673.

Ui KÉVOLVTIOMS

La lutte entre la France et la Hollande attirait l'attention de l'Earope; le cabinet de Versailles tenait à maintenir le traité de Westphalie dans les clauses qui paralysaient l'influence de la maison d'Autriche ; il entrait dans ses vues que les Suédois conservassent leurs possessions d'Âllema^e, pour renouveler au besoin la ligue protestante, balancer l'influence du Danemark dont la prospérité était liée à celle des grandes puissances maritimes, et en même temps pour contenir Frédéric-Guillaume qui visait à échanger contre un diadème sa couronne électorale. La Suède, de son côté, sentait bien qu'elle n'était qu'un instrument; il lui fallait à tout prix des subsides ; tantôt elle soutenait la France par des considérations financières ou pour se maintenir en Allemagne, tantôt elle abandonnait le parti français pour montrer de quel poids était soii alliance ; en un mot, sa direction politique était subordonnée aux grands intérêts de l'époque; mais quoiqu'elle ne jouât plus qu'un rôle secondaire, son intervention dans une lutte à peu près égale était quelq[uef6is décisive. " ■ le cabinet de Stockholm^ qui ne voumine des Hollandais, se rapprocha de

et de l'électeur, et ofMt sa médiation;

es conférences de Cologne n'aboutirent

DES rStlPltlS DU NORD. U%

à rien, patt^ qu^il était de notoriété publique que les ministres suédois étaient à la soldé de la France. L'année suivante^ Louis XIY, menacé a la fois par f Empire, l'Espagne, la Hollande et le Brandenbourg, ayant sommé la Suède de tenir les engagements du traité secret dé ^672 , Wrangel fui chargé de porter Ifii guerre en Allemagne, et ravagea Félector&t. Frédéric-Guillaume, alors occupé en Alsace, mit dans ses intérêts FAngleterre et la Hollande *j r Espagne entra dans cette ligue formidable ; et l'électeur accourut au secours de ses Ëtata meaacés.

Les Suédois n'a:vàient point dégénéré de leur ancienne bravoure^ mais les chefs se disputaient le commandement; le manque d'argent forçait l*armée à piller pour vivre; enfin Wrangel, vieux et malade, venait de céder le commandement à son frère Valdemar,

Le combat et la prise de Rathenaer par l'électeur fut suivi de la bataille de Fehrbellin^ qui acheva de ruiner l'armée suédoise. La diète de Ratisbonne mit la Suède au ban de rEmpire^ et bientôt le Danemark se déclara contre les vaincus.

Le m&riage de Charles XI avec une sœur du roi Christiern ne put empêcher le Danemark de mettre à prqfit l'affaiblissement de l:i Suède. Les Danois

1U BÉVOUITïONS

1^ principaux fonds de terre de la couronne avaient été érigés en comtés ou en baronnies au profit des plus influents on des plus habiles : ces distinctions; qui formaient comme deux noblesses, excitaient la jalousie de ceux des sénateurs et gentilshommes* qui n'avaient rien gagné à ces innovations , et le mécontentement du clergé, de la bourgeoisie et des paysans.

La lutte s'engagea, comme cela avait eu lieu en Danemark, vingt ans auparavant, par la demande des états qu'on abolît les concessions concernant les terres de la couronne ; restitution qui avait déjà été présentée comme inévitable, dès Tannée >! 636, par Bauer et Oxenstierna , et qui ressortak d'ailleurs des droits du souverain (1).

Cette afiaire souleva de vives contestations, mais la résistance du sénat ne servit qu'à donner plus d'éclat à son adhésion.

Le 10 décembre 1680, parut la déclaration des états , approuvée par Charles ; elle portait que le roi ne serait tenu à aucune autre forme de gouvernement qu'à celle que prescrivaient les lois constitutives de Suède ; que dans le cas où le sénat serait consulté, son avis n'en serait pas moins suit) Art. II €t IV du Code législatif. Lagerbrio{j.

bordonné à la décision suprême du roi ^ lequel ne serait responsable de sa conduite qu'à Dieu seul ;. que désormais le sénat né ferait plus regardé commer une puissance intermédiai^ entre le roi et les états ; enfin, que le monarque serait autorisé à disposer par testament 'de la couronne, sans pouvoir être restreintd'apcunemanièredans la plénitude de<;Qtté^ prérogative (^). '

La constitution récente fut interprétée comme il suit, à la diète de .1693 : Dieu, la natute et le dr^it. héréditaire, coiijointement à la décl#)*atiôpi <d^ étate, ont établi Sa Majesté Royale, ainsi que sa post^ité en ligne directe, sans acception de sexe , comme maître, absolu et dépositaire de tpijt pou^ voir, sa&s être riesponsabl^ de ses actes à qui que ce soit sur la terre, et comme investi du droit de gouverner scm royaume seloû son bon plaisir et comme il convient à un roi chrétien (2).

Un siècle plus tard, là déclaration des droits de l'homme faisait tomber la tête de Louis XVL

Charles XI, satisfait d'avoir réduit la noblesse à l'impuissance, renferma ses prérogatives dans le% mêmes limites que les rois . ses prédécesseurs , depuis Gustave Vasa; il communiqua aux. états Jes

{\) Lagerbring.

• (2) Lagerbring.

m RÉVOLtJTîOKS

étires importantes, et ne préleva les impôts que conformément aux usages établis. Cependant il Mlait que les formes extérieures rappdassènt à uno noblesse turbulente les changements qui venaient de s'opérer. Les membres du sénat, au lieu du litre dé sénateurs du royaume, reprirefnt celui de consa!- 1ers royaux , par lequd ils étaient anciennement désignés.

On né tarda pas à mettre à exécution la mesure conoeraant la restitution des fonds de terre de la éourdime, ce qui entraina la ruine d' un grand nombre d^ propriétaires. Les comtés et les baronnies firait retour aux domaines royaux, et gratte à uuq sage économie^ Tordre se rétablit peu à paï èàns leÉ div^erses brandies de Tadministratiôn. On organisa Ane armée p^manentc (1), la flotte fut réparée et attgBaentée » et le port dé GarlseroBa permit de

}i) Pfipir«ti^ii <âe y^mi^ «iaî|, «n partie k Ip f^ji^hf!fi^fOfnt, en partie à h charge des domaioea royaux et des propriétés partiofilières. Ces taxes militaires sont réparties en Suède selon le nombre àeê hfmiman$i «»»> #Toîr égard à F^t^dn^ i^ aii rayf ort 4e tm ierref.

La division da territoire en hemmans remonte aux anciennes iostitatîons Scandinayes. PrioiitiyemeDtie faemman, comme ^indique Pétymologifl, indiquait la terre, le sqonr 4e Phpoune lijire, 4ept )f dfoit repe^ sait sur la propriété.

Les hommes d'eitraotion libre qni ne possédaient rien sur le sol aU laient chercher fortune ailleurs, parce que Tinfluence se mesurait à la propriété y expreision sensible de la victoire. Telle fut la cause pripcipale des migrations si fréquentes dans Tépoque païenne.

Mrv^iUer les mouT^ments maritiines du Danemark.

Lés mines d'argant de Sala, celles de cuivré de Fafalun, reçuirent une exploitation plus complété ; enfin lé roi encouragea fructueusement le commerce et Finduistrie manu&cturière , dont les privilèges accordés & la banque protégèrent les efforts. Le développement de la prospérité publique fut tel , qu'en 1697 on avait payé environ 20 millions d'éeus, et qu'on avait une réserve disponible de 2,500,000 thàlers, nc$n compris les épargnes accumulées dans le trésor du roi. Les lettres, les sciences et les bealix-^arts fieurirent sous ce règne, malgré quelques restrictions , telles que l'établissement d'une censure, et l'ordonnance qui prescrivait l'unanimité de la religion dans toute l'étendue du royaume. La philosophie cartésienne avait provoqué la première de ces mesures : la seconde était dirigée contrele catholicisme, que Christine avait embrassé, et que les voyages fréquents des Suédois à Rome tendaient à répandre dans le pays.

La Suède, florissante à l'intérieur, était ménagée par les puissances étrangères ; quand Louis XIV , dans l'enivrement de la victoire, menaçait l'Europe de son joug, là Suède s'opposa à ses empiétemaits ; en >i 684 , elle s'unit à la Hollande pour la garantie des traités de Westphalie et de Mimègue, et la con-

fédération de la Haye fat la conséquence dis cette alliance. Les Suédois fournirent des troupes auïiliair^ contre le grand roi, dans les guerres de i 690, 91 et 92; mais bientôt les rapports avec la France reprirent un caractère plus pacifique , et préparèrent la paix de Riswick, que Charles XI ne vit pas conclure. En 1688, les entreprises du Danemark sur le duché de Holstein entraînèrent la Suède^ qui soutenait la cause de Christian-Albert, dans des dépenses considérables; mais le traité d'AItona, en 4689, rendit ces préparatifs inutiles. A la mort du duc, en 1694, de nouveaux troubles, qui appartiennent plus spécialement au règne dejChristiem Y ^ troublèrent la paix de la Suède , la plus longue dont elle ait jouit depuis le règne de Gustave Yasa, et n'eurent leur dénoûment que plus tard.

Charles XI mourut en 1 697 ; il laissait, de son mariage avec la princesse de Danemark, Ulrique- Éléonore, Chartes XII et deux filles. Sous son règne, le développement du principe monarchique sauva la Suède, le génie de Charles XII la ruina ; tant il est vrai que les mêmes formes de gouvernement élèvent ou perdent les États, suivant les caractère» des princes, l'esprit des époques diverses, et Tempire des circonstances.

La réforme introduite dans le gouvernement da-

nois par Frédmc III ayant détruit le principe électif, Christiern Y, son successeur, monta paisiblement sur le trône (1). Ce prince, qui avait épousé en 4667 Gharlotte-Âmébe, fiUe du landgrave de Hesse-Cassel, aimait Téclat et les plaisirs ; il se rer posa du soin des affaires sur Schumacker, dont le mérite et la faveur se justifiaient l'un par l'autre^ Cet homme d'État s'pppliqua à mettre les institu-* liions du pays en harmonie avec les changements qu'il avait lui-même rédigés. Législation, icomr merce, marine, colonies, tout prospérait sous son r^rd. Pour consoler les grands de la perte de leurs privilèges, il établit une noblesse titrée, et fit ériger plusieurs terres en comtés et en baronnies; lui-même se fit décerner la dignité de comtedeGriffenfeld (2). L'ordre de Dannebrog fut solennelle*

(2) Les titres et prérogatives des comtés et baroDnies sont transmissibks ani aines. Les titulaires ont le droit de patronage et celui de haute et basse justice. Ils ne peuvent être arrêtés pour dettes. Dans les causet criminelles, les cas de lèse-majesté exceptés, ils sont inviolables sur les tems de leur juridiction, jusqu^à la décision du procès. Le domaine se transmet inaliénable au plus prochain héritier. On ne peut rappeler des sentences rendues en leur nom qu^au tribunal suprême du royaume, l'omnipotence dn monarque primant tout autre privilège. Pour distinguer le fief des propriétés ordinaires, certaines parties du domAioe échappent k l'impAt. Les clauses testamentaires n^ont pas besoin de la sanction du roi. £ufin la servitude totale du paysan complète Finstitntion.

in RÉVOLUTIONS

ment renouvelé (4)^ et destiné à satis&ire aux prétraitions de la noblesse moyenne. La capitale â^embellit rapidenlent y et des établissements de toute espèce se groupèrent autour de la cour, centre de la richesse et de la faveur ; mais les lettres H les scienees reçurent peu d^encouragements d'un prince plus ami des arts muets que de la vérité. La reine, qui professait le calvinisme, protégea les réfogiés français qui payèrent de leurs trésors et de leur industrie Thospitâlité intéressée des États protestants.

CSiristiem excellait dans les exeréices du corps ; les {^sirs fadles de sa cour ne suffisaient point à son activité; et comme Griffenfeld ne lui laissait rien à faire, il désirait vivement que la guerre lui fournit quelque occasion de se signaler personnellement. La succession du comte d'Oldenbourg^ que réclamait le duc de Holstein-Plôn, fut sur le point 4e triQul^l^r la paix du Danemark, Le duc était fio«i<tenu par l'empereur et par la Suède, et cet appui, foqdé sur Injustice de ses réclamations^ le mettait en mesure de rejeter lès prétentions du roi et du dup de Holsteiu-Qpttprp ; diaîs des évéaenpents qni intéressaient l'Europe entière ne perpiettaient

ffSàtç aux Stats «ecoiidaîres de vider entré eux leurs querelles; depuis !e ttBité de Westphalie, il &ilait être pourôti contre !a maison d'Autridie, pour ou eontre la France. A cette époque, la Hollande était près de sticcdnfbër dans la lutte inégale qu'elle soutenait contre Louis XIV; Ghristîern, par haine pear la ^Suède, entra dans la ligue qui se formait Contre ce monai^que, et dont l'électeur de Brandënbourg fit presque tous les frais. Les mbùvetâents des anaoïées danoises en Allemagne (4), conformément à l'esprit de ces divers traités, menaf aient visiblenient la Suède ; cependant on ré- {>aRdait le bruit que Christiern allait porter du secours à l'électeur palatin, et qu'il avait l'intention de feire élire en Pologne son frère Georges. Il est Vrai que quelques négociations avaient été entamées à ce sujet ; mais l'élection de Sobieski les rendit bientôt inutiles.

Le duc de Gottorp s^était étroitement lié avec Charles XI; il s'était secrètement engagé à recevoir des garnisons Suédoises dans ses forteresses, et à indemniser son beau-frère par la cession des terres qu'il revendiquait dans la succession d'Oldenbourg. Griffenfeld eut bientôt connaissance de ce traité ;

il s'en servit habilement pour suspendre les projets belliqueux de Christiern, persuadé qpe la guerre nuirait à son crédit. Les honneurs extraordinaires dont le roi comblait son ministre n'étaient que les avant-coureurs de sa disgrâce. Le roi le créa comte de Tonsberg, grand chancelier dii royaume ; une princesse du sang royal, fille du duc dé Holstein Augustenbourg, lui fut offerte en mariage ; il eut l'audace de la refuser» épris de la princesse de Ta-*' rente, Charlotte*Amélie de la Trémouille, qui se trouvait alors à la cour de Danemark.

Griffenfeld gouvernait réellement le royaume ; et les princes étrangers né négligeaient rien pour l'attirer dans leursintérêts. LéopoldlenommacomtQ d'Einpire ; Louis XIV lui fit offrir, par l'intermédiaire du chevalier de Terlon, alors en mission à Rome, le chapeau de cardinal \ Frédéric-Guillaume lui promit en fief l'île de Rugen, avec le titre de principauté. Le ministre, qui ne voyait rien audessus de sa fortune, n'en travailla qu'avec plus d'ardeur à mériter par ses soins l'amitié et la confiance de son souverain, sans songer que la haine s'attache surtout à la faveur qui s'appuie sur un mérite exceptionnel. Il poui'suivait l'œuvre de la réforme législative pour que les deux royaumes fussent régis par une jurisprudence uniforme; et comme

ks courtisans n'avaient ri^n à voir dans ces matières, il opposait victorieusement ses travaux à leurs intrigues»

Cependant les fiançailles de la sœur du roi avec Charles XI n'avaient point empêché les hostilités contre le Brandenbpurg. Le Danemark mit ses flottes au complet et envoya près de Rendsbourg une forte arasée d'observation. Le mariage n'en fut pas moins célébré à Stockholm, lés deux partis couvrant également de cette alhançe leurs projets ultérieurs.

Christiern, qui s'était rendu dans le Holstein, convoqua les états, mais ses demandes de subsides et d'hommes furent rejetées à l'instigation du duc de Gottorp j il, irésolut de s'en venger. Il attira le duc à Rendsbourg, où il reçut la nouvelle du combat de Fehrbellin ; l'électeur lui mandait en même temps que les Suédois et le duc devaient se secourii^ mutuellement» et que la preuve de leur alliance avsit été trouvée dans les bagages du» général suédois* Aussitôt Ghristiern fit désarmer son hôte et \\n notifia qu'obligé de déclarer la guerre à la Suède, il exigeait la remise dé ses places fortes, des vivres pour l'armée danoise, et la promesse de ne plus s'opposer aux demandes qu'il ferait dans les deux duchés. Du reste, il lui offrait son territoire d'Oldenbourg moyennant une indemnité de

m tiÊyohiiiwm

250j000 éous. Le duc fat ebligé de céder mk tous ces points que Tbistoire awàit du appé^ 1er non la convention , mais le guet-apes8 de Rendsboupg (1).

Griffenfeld avait conseillé à C^pistîéirad^a^qif^ les Suédois en Scanie. mais l'électeur de J^ad^t^ bourg voulait s'emparer de la Poméra&ie toédoise; une armée danoise pouvait fticiliter ses projets f le^ victoires récentes de ce prince lui d<mndient U9 grand ascendant sur Christiem^ plutôt é{)ris de lé gloire que guerrier lui-ménne. Presque toi^ les avantages probables de cette campa^e devateirt revenir à Frédéric-Guillaume ; les Danois prirent Wismar, et la marine danoise remporta de ^nds avantages sur les flottes ennemies* L^ Hollandais Tromp, et sous luiramiral danois Juel^ te coiivri* rent de gloire dans presque tomes le« t*eneantres4 Charles XI avait atteint sa majorité; la guerre met naçait tout le INord, et les éternels démêlés efttire le Danemark et le Holstein la pompUquaietit en-* core. Dans ces circonstances difficiles, lé génie de Griffenfeld était plus que jamais nécessaire; ce t&t précisément le moment que l'on choisit pOHr le disgracier. Des axx^mfttions générales saluèrent st

DES VVBftm W NORD. f ST

cbuterj les pii^tors^ di» pays deTafenfeMak le fiiitt apprécier. Il fiit arrêté, ist maiMâ fimîUée^ et ii ne fut pas difficile à de« jugei préveatisr de tronvô dans ses richesses et dans sa corrfespondafice defc éléments suffîsânl^ de culpabilité. Uex-^favcni se défendit lui- même : il avait beaucoup reçn des vénistres étrangers^ mais le roi le davait^ et avait même tiré de ces rapports des avantages politiques. Plusieurs papiers importants étiûent»restés entre ses mains sans que le monarque en eût ea connaissance: cela prouvait seulement que Griffenfdld jfoisait sa tâche et celle du toi. On trouva &a vMvge de quelques almanacjbs les résolutions secrètes du

prince ; maid qu'elles fussent con^gnées là ou ^1^ leurs, h perquisition qui en dcmnait ccmnaissance les eût également mises en évidence : enfin Faccusa^ tk)n tombait d'eUe^méme, puisqpie Ghristiersî^^ peu de mois auparavant, lui avait accordé un pwdoii plein et entier pour tout ce qu'il aurait pU fftiré d'irrégulier avant cette époque. Le roi ne craigmt point de nier ce qu'il avait ^crit et sijjfné de sa^ main ^ dès lors la pluralité des juges opiné pdur la mort. (eAribunal prononça que Griffenfeld perdrait ses biens» ses emplois, et qu'il aurait la tétè tranchée* Ainsi ce grand ministre devait épuiser dans sa personne toutes les faveurs et toutes les disgrâces qui

ii$ BÉVOLUTIONS

puissent atteifidre le ministre d^un roi absiolu. L*acte de succession, qu'il avait rédigé lui-même, était comme le préambule de sa sentence. Griffenfeld envisagea la mort avec fermeté ; déjà le fer du bourreau était levé sur sa tète, lorsqu'un ordre de grâce vint arrêter l'exécution. U crut un instant à Ja générosité du monarque qu'il avait servi avec tant de zèle, mais voyant qu'on ne lui accordait la vie que pour le priver de la liberté, il s'écria que cette grâce était plus rigoureuse que la mort même. Ses euQèmis se partagèrent ses emplois ; le caprice royal ne pouvait leur donner le génie du ministre déchu; un jour, il échappa à Christiern de dire : « Griffenfeld, à lui seul, connaissait mieux les intéa rets de ma couronne que tous mes conseillers ac- « tuels (i). »

Nous ne nous arrêterons pas aux détails de la guerre qui désola le Danemark et la Suède jusqu'à la pacification de Mimègue. L'appui de l'électeur et de la Hollande semblait devoir faire pencher îa balance en faveur de Christiern ; mais la volonté de Louis XIV vint en aide à la Suède, de sorte qu'après tant d'efforts, lés deux royaumes scaidi» laaves se retrouvèrent au même point que lorsque

(4) Gebhardi. Gesoh. dei Ban.

les hostilités avaient éclaté. Désormais ks intérêts des Etats secondaires se trouvaient liés à la poBti* que générale : tout gravitait autour des cabinets de Vienne et de Yersaille^s. Des deux côte's , les pertes se compensaient en quelque sorte : les Suédois avaient perdu presque tous leurs vaisseaux ; mais ils gardaient les trois provinces ci^devant danoises, et leurs possessions en Allemagne ; les Danois, devenus prépondérants sur la Baltique, n'avaient plus qu'une armée affiaiblie , et ils se voyaient re^errés entre le Holstein (1) toujours menaçant pour leurs provinces méridionales et les Suédois qui, maîtres de la Scanie, pouvaient contempler File de Séland du haut de leurs forts.

Ghristiern n'eut plus à soutenir de guerre sérieuse ; il changea d'alliés selon les circonstances^ comptant sur l'appui de Louis XlV^il essaya en vain de réduire à l'impuissance le duc de Gottorp , et dut céder aux menaces de l'empereur^ de l'électeur et de la Hollande, Après la révolution de 1688, qui plaça le prince Guillaume sur le trône d'Angleterre, il prit parti pour ce prince et lui envoya quelques troupes : ses démêlés avec Hambourg n'eurent point l'issue qu'il s'en promettait. Cette

(4) Le traité de Kimëgue, 4679, rétablissait le dac dans toos ses 4raiti, ea plutôt daaa ses préteniions.

IV, ir

4Sa RÉVOLUTIONS

yille^ puisiant dans ses troubles une nouvelle énergie^ repoussa les armées danoises , conserva ses prérogatives comme ville impériale, et ne renonça à aucun de ses privilèges de commeriîe.

De nouvelles difficultés s'élevèrent entre Christiem et le jeune duc de Holstein-Gottcorp, Frédéric, qui succéda à son père en 1694. Le caractère belliqueux de ce prince et Tamitié que lui témoignait Charles XII qui venait de monter sur le trône de Suède, menaçaient le Danemark d'une nouvelle guerre. Bientôt les hostilités commencèrent; mais Christiem ne devait pas voir la' fin de cette lutte : il expira en 1699, dans la cinquante-quatrième année de son âge«

Ce prince montra de la bravoure, mais il se laissa conduire par ses favoris. Presque tout ce qu'il fit de vraiment utile fut exécuté par GrifFenfeld, ou d'après les plans qu'avait laissés ce ministre. Quand les priiices absolus ne sont pas grands par eux-mêmes, la prospérité de l'État dépend presque toujours du hasard qui détermine leurs prédilections. Depuis Frédéric IV, qui lui succéda , l'importance politique du Danemark continue graduellement à s'effacer ; pendant quelques aniiéeà, là Suède redevient prépondérante ; mais bientôt un nouvel empire se révèle à rEurope étonHée:

adopflé «1EK 8oUtti(ks de l'Asie^, depuis les glaces du pôle jusqu'à kt Caspienne, arrosé par des fleuves immenseS) dominant par rascendant de la race slave les mille peuplades qui couvrent à peine la ving« tième partie de son territoire, il lui manquait un liomme pour le mettre sur la voie des conquêtes et dç la civilisation ; cet homme s'est trouvé; mais le génie de l'Europe a vaincu le tsar moscovite; désormais le triomphe de l'intelligence, quelle que soit l'issue des luttes politiques , est assuré ; ce^ pendant le géant va se feire sa part avec son glaive; il faut que l'équilibre de la vieille Europe soit «flsayé sur des bases nouvellei.

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