‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 25 sur 42 · BÉVOLtJTIONS · texte numérisé non relu

BÉVOLtJTIONS

qui empruntent un nouvel éclat de sa promotion au grade de général-major et de contre-amiral. Tout autre que lui eût désormais regardé comme superflu de se soumettre à une règle qu'il avait jugée nécessaire dans les j»remiers temps. Le résul-tat parlait assez en faveur de ses plans réformateurs, pour que l'intelligence qui avait tout créé ne se montrât plus qu'au premier rang; mais cette persévérance dans son système hiérarchique est admirable au moment d'une telle victoire : il a éprouvé toute la puissance de l'exemple ; et ce n'est pas quand il recueille enfin le fruit de tant de travaux qu'il redeviendra un souverain o>rdinaire. D'ailleurs son œuvre n'est pas achevée; le terme de ses travaux sera celni de sa carrière mortelle.

Ce qui fiait le succès de Poltava une gloire à part ^ c'est que Pierre n'a rien négligé pour l'arracher à la fortune ; c'est que ce triomphe n'est pas seulement un avantage de rival à rival, sans autre résultat qu'iine date éclatante dans les Jhstes militaires, mais bi^a une nécessité qui lie le passé à l'avenir dans cette œuvre civilisatrice qui est la pensée et le labeur de sa vie entière.

: La victoire de Poltava eut un grand retentissement en Europe : les ennemis de Louis XIV s'en l^éjouirent, et firent complimenter le tsar par leurs

ministres : celui delà reine d'ÂngleteiTe salua du nom de très-haut et très<- puissant empereur ce même souverain qu'on avait refusé d'admettre aux conférences de Riswick (4 ).

La capitulation de Lôvenhaupt acheva de ruiner Farmée suédoise. Charles seul ne désespérait pas de sa fortune ; il se dirigea sur Bender, dans l'espoir d'armer les Turcs contre la Russie, aimant mieux chercher. un appui parmi les infidèles, que de rentrer vaincu et presque seul dans ses Etats: Du fond de sa retraite, il ordonne à ses généraux de reprendre l'offensive ; mais Pierre sait profiter d'une vie toire : les partisans d'Auguste redeviennent bientét prépondérants^ et ce prince remonte sur ce ti*ône, dont tant de revers semblaient l'avoir écarté pour toujours. Le tsar conclut jun traité d'alliance offensive avec le Danemark^ la Pologne et la Prusse, et mettant la neutralité de l'Allemagne sous la ga* rantie de l'empereur, de k. diète Germanique et de la Hollande, il ferme l'Europe à son ennemi. Après avoir pris ' ces mesures , il se rend à Pétersbourg, y ordonne la construction d'un vaisseau de guerre qui portera le nom de PoUavaj^ puis il donne à Moscou le spectacle d'une fête

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lâilitatre : pMmi les dépottillcs des TaiBcnt , la foule contemple avec orgueil le brancard où Charles XH^ grièvement blessé à Poltaya^ se feisait porter au plus fort de la mêlée. A pdne a^t-il fait hommage de sa nôurelle victoire à la capitale de la vieille Russie^ qu'il retourne vers le Mord^ et achève rapidement la conquête de la Livonie. Il donne •n mariage au duc de Conrlandè une des filles d'Ivan. Déjà son influence pèse en Europe, il veut 6e mêler à la politique de TOccident^ mais il ap^ prend que les intrigues de Charles ont enfin dé* cidé le divan a le priver de ses établissements sur la mer Noire. Le ministre de France et Poniatovski, que Charles avait envoyés à Constantinople, avaient fini par persuader au sultan que le tsar, après la pacification de la Pologne, ne manquerait pas d'envahir le Crimée pour* lui disputer la prépon* dérance dans l'Éuxin* L'ambassadeur russe Tols«> toy venait d'être enfermé au château des Sept Tours. Tandis que Mentchikof est préposé à la défense de Pétersbôurg, le corps de Schérémétief se porte sur la Moldavie ; il semble que Pierre a le pressen* timent d'une lutte périlleuse ; il organise un sénat de régence , chargé Apraxin de protéger Âzof, puis il élève au rang de tsarine cette jeime captive de Marienbourg, qu'A avait épousée sêorèmittit

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en ^707, et ^ui àcqaittèfft btotttôt sttf k Pnrth h dette de la recontiaissance.

L'armée rosse se composait d'environ soixante mille hommes ; la Moldavie et la Valftchiè, gouvei^ nées alors, la première par le prince Cantémir^ \k seconde par le hospodar Brankoven^ devaient fournir des subsistances aux troupes du tsar ; mais sidt méfiance mutuelle, ëoit crainte, les vivres destinés aux Russes furent livrés aux Turcs. Nous ne nous arrêterons pas aux détails de cette campagne dé* sàstreuse et si connue : chacun sait que Pierre ne put £iire sa jonction avec Schérémétief, et que lé vizir, Méhémet, après avoir enfermé les Russes dans leur camp, les réduirit à la dernière extrémités Pierre ne dut son salut qu'à la présence d'esprit de Catherine, qui gagna Méhémet pair des présients^ et changea ainsi une dëfeite presque certaine en une capitulation honorable*

Le traité de Falksen ruina les dernières espé* tances de Charles XII. H portait qu'Azof serait rendu, et que Taganrok serait démolie ainsi que Samara et quelques autres forts. Le tsar s engageait aussi à ne point s'opposer à ce que Charles XII re* tournât dans ses Etats ; ce dernier courut à la tente du vizir, et lui reprocha avec emportement d'avoir laissé échappa l'occasion de &irè le tsar prisonnier :

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Qui donc aurait gouverné son em[»i?e? reprit froid^ ment le Turc. Charles se contenta de déchirer avec son éperon la robe du vizir, qui fut assez généreux pour ne point tirer vengeance de cet acte d'extravagance.

La disgrâce de Méhémet, occ^isipnnée par le re* tai'd que mirent les Russes à exécuter les clauses du traité du Pruth , ne changea rien à la politique <iu divan. Pierre s'occupa de réor^niser son ar« mée, et présida à l'union de son fils Alexis avec une princesse de Wolfenbùttel, belle-sœur de Charles YI ; mais en même temps, pour contenir le caractère sombre et inquiet du tsarévitch, il célébra avec pompe son: union avec Catherine.

Tandis que Pétersbôurg voyait s'élever la fonderie, l'amirauté, et que des canaux assainissaient le sol , le tsar, à qui tous ces travaux rappelaient Sardam, se contentait d'une petite maison de bois qui, de nos jours encore, offre le contraste le plus frappant avec la magnificence de la capitale. Hiérarchie, administration, rapports diplomatiques, tout prenait une physionomie européenne. Il n'en poursuivait pas moins la guerre de concert avec la Pologne et le Danemark ; mais il saura tirer parti des avantages que leur vaut son alliance ; ce n'est pas pour transporter au Danemark et à Auguste Fin-

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fiuence quUl a' arrachée à la Suède que le tsar aura vaincu. Frédéric IV veut combattre sans lui ; il est battu "par Stenbock (1), qui se retire à son tour dans Tonningen, où les Russes le forcent à capituler. La victoire semble avoir désuni les vainqueurs ; chacun se hâte de prendre quelques villes ; Stettin allait tomber au pouvoir des alliés, Mentchikof s'en emparé et la remet entre les mains du roi de Prusse, pour garantie des avances qu'il avait feites à la Russie.

1^ 1713, la Suède était tellement épuisée, que Pierre se rendit maitre de presque toute la Pinlande, où le général Armfelt avait remplacé Lubecker.

Le sénat de Suède se trouvait dans la situation la plus critique ; d'un côté, le roi lui ordonnait dt continuer cette guerre désastreuse; de l'autre, le peuple, las de tant de sacrifices inutiles, exigeait la paix4 Si Charles XII venait à mourir, la succession au trône restait une question indécise. On pria la sœur du roi, Ulrique-Eléonore, de faire partie de la régence ; mais Thôte de Bender, prévenu de la convocation des états, fit savoir qu'il ne ratifierait aucune des délibérations. Gôrtz intrigfuait en £bi-

ii) A 6«dcbaMh| le 20 décembre 1742.

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