‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 27 sur 42 · CHAPITRE XXXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVn

Pierre venait d'entreprendre un nouveau voyage en Europe; le génie d'Albéroni avait indiqué des changements nécessaires dans le système de la politique européenne : le tsar voulut vcnr par lai*

4W lËVOLUTIOMS

Blême, et mettre se part d'ii^ence dans les èombi liaisons qui se préparaient. II visita snocessiTement la Prusse^ la Qolknde, où il revit avec émotion Tatelier de Péta^bes. Dans scm séjour en France, où se reflétait encore la magnificence du grand règne, il sembla prendre plaisir à opposer la simplicité de ses mœurs aux recherches du luxe, et à heurter les con* venances de l'étiquelte. Yoilà comme il a été jugé par les mémoires du temps : a Son air est plein . de grandeur et d'audace, comme il conTÎent à un mattre absolu. H a les yeux grands et vife> le re* gard perçant et parfois ferouche ; ses mouvements brusques et précipités décèlent la violenee dé ses passions, et l'impétuosité de son caractère ; ses volontés se succèdent impérieusement, rapidement. Il ccmgédie d'un mot, d'un geste, sans souffrir de contrariétésde temps, de lieux, de circonstances, dé* daignant parfois jusqu'à la bienséance même. Néanmoins, avec le régent et le jeune roi, il a maintenu son )raug, en f ^glqnt tous ses mpureilients sur les détails d^^une étiquette soigneuse et fière. Ordinairement sobre, ce n'est que parfois qu'il est intempérant avec excès.; régulier dans sa vie habituelle/ eiiaquQ jour il se couche à neuf heures, se lève à quatre, et n'est jamais un instant sans travailler : aussi sait^l beaucoup et parait plus habile qu'au-

DES BmffïMS DU NORD. I«T

cùo himnié 4e Fraoee m. xmaim et en fnrtificfttimi* Priacei du r^te, trè^-vraî, et doBt la parple et les traités sont inviolables ; sachant astiraer «es enna^ mis; moatimt nn& v^ration -^ngulière pour Charles XII> pour lLop)# XIV, et un grand attache^ ment pou^ Cl^f^efio^, quoiqu'il lui soit infidèle. P^ galant av^ç les feinna^, son intmeur est pela ppli, maïs son extérietir l'e^t infiniment ; il est sin^gulièrement af£»ble en particulier et très-haut en pnhlip. U contait la France iM!^ ses hommes les plus remafqçal^lçs pommfl s'il y avait été élevé; avare pour totttesjies choses inutiles, il aime les arts^ hait U \^x^ et ^'éiqlriç qu'il pleure sur la Fmnee et son petit j?oi, q^'U v^ près dé perdre son xtD^atan^ ppr la luxe et les superfiuités. >9

Jusque-là il n'avait étudié les avts, les seienc^s et l'îflfliiiitrie q^^ dan9 laws applications utiles, il put VjQÔr à Paris le» recherches les plus ingénieuses du go^t p% dii lluxe; mais sentant que son peuple ^vaii (çnpçfTO de gr)a9dQ efforts* à laice pour atteindre «a poin( cul}8|na}|t de la civilisation, il contemplar t^tes les isi^TeiJiles parisiennes avec plus de curio<* $ité que 4'wtér4t sérieux. A la vue du tombeau d«| Rfch^heu, il emfafassa là statue du ministre^ en s'é** çrîapt ; ^ Gi^nd homme, j'purais donné la moitié de mes Stat«^ ppur apprendre de toi à gouverner l!au-

4tS RÉVOLUnOIlS

tre. n n Tonlot vcir aussi madame de IbhiCenon, s^arrêta qndqaes instants devant sonlit, et s'éloigna sans proférer nne parole.

La Sorbonne cmt Toocasion favorable pour db* tenir du tsar la réanion des Egfises grecque et latine; il se contenta de faire anx docteurs one réponse évasive, mais il manifesta plus tard sa volonté bien arrêtée sur cet article débeat, en instituant la fête burlesque du conclave. Le pape était repré* sente par un vieux Russe qui lui avait donné des leçons d'écriture ; il le fit installer par des boufibns, et quatre bègues le baranguèrent ; le tsar lui-même, à la tête de cardinaux improvisés, figura daos la procession. Ce qui distinguait surtout cette grotesque parade d'une cérémonie pontificale^ c'est que tous les acteurs étaient ivres.

Par une exception peut-être unique dans les an* nales du mopde, lliistpire de la Russie, à cette époque^n'estquei'bistoired'unseulbomme.Getbomme a si profondément remué le sol natal, quetoute autre «npreinte s'y eHace ; il a rattaché si puissamment à lui les hommes et les fiaits, qu'il suffît, pour comprendre son époque, de compter ses pas et de mesurer l'espace qu'il a parcouita. Jusqu'ici nous l'avons suivi dans la vie puUiquêy nous l'avons vu impitoyable pour être complètement bienfiaiteur ;

tel noué allons le retrouver dans répréuve la plus terrible^ dans une lutte entre le devoir du souverain et les plus doux sentiments de la nature, entre le réformateur et le père. Les pr^ugés de la vieille Russie^ rattachement, âu:^ moeurs des ancêtres, en un mot, le passé avec ses taches et ses gloires, Pierre a tout renié, tout frappe. Mais la résistance 3 cédé sans être vaincue ; loi^emps renfermée dans le secret de la conscience, elle a trouvé de Fécho dans le cœur des boyards auxquels le tsar préfèredes étrangers; dans celui des prêtres, qui voient dans diaque changement le triomphe de Thérésie ; enfin dan$ la géaération presse, sacrifiée aux générations futures. Le tsar est mortel; sa prodigieuse activité a usé prématurément àon corps ; Catherine ne lui a point donné d'héritiers mâles : Alexis doit lui succéder. Alexis chassera les hérétiques de Tempire orthodoxe ; sous son règne, les Kusses retourneront aux usages ^e leurs pères^ Lé tsarévitch a été imbu de ces idées ; il ne conspire pas, il attend. Plusieui^s fois 'Pierre avait essayé de ramener son fils à l'obéissance ; mais ni les voyages d'Alexis en Allemagne, ni rautorité qu'on lui confia sur la régence pendant une année, ni son mariage avec une princesse de Wolfenbiîttel, ne purent détruire Fef* fet de ses premières impressions. JSa jeune épouse,

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BÉVOLtnONS

qu'on reprochait à Alexis ne pouvait donner prise à une question capitale : il s'était mal conduit avec sa ficmme , s'était entouré de mécontents ; il avait porté atteinte à la considération paternelle^ en se donnant en Allemagne pour un prince persé^ outé. Pierre prit ensuite la parole, et prononça une sentence d'exhérédatîon^ en déclarant toutefois qu'il lui accordait le pardon de ses crimes; mais la clémence n'était pas dans lé cœur du juge ; il hésitait seulement devant une inesure dont l'énormité effrayait son despotisme.

Les révélations d'Alexis avaient compromis tant de personnes, qu'il était impossible dé les frapper toutes ; mais du moins les chefs seront punis, et la tète de la, révolte tombera avec celle dé son fils. Nonobstant la grâce promise, on reprit les interrogatoires ; on décou vrît une lettre datée de Vienne, dans laquelle le tsarévitch disait ai)x sénateurs et aux archimandrites : « Les mauvais traitements que j'ai * continuellement essuyés, sans les avoir n^érités,* m'ont obhgé de fuir, deux qui ont enfermé ma mère ont voulu me traiter de même, je suis sous la protection d'un grand prince» je vous prie de ne point m'abandpnner. » Un témoin soutint qu'il avaitentendudireau prince: <( Jediraiquelquechose aux évéques, qui le rediront aux popes, les popes

aux paroissiens, et ron me fera régner, fût-ce malgré moi. »

On ne fut pas longtemps à découvrir que sa mère et sa tante n'étaient pas moins coupables que luimême. Cherchant à désarmer le tsar à force de soumission, il s'accusa d^avqir dit à son confesseur qu'il souhaitait lamort de son père : « Rassurez-vous, lui avait répondu le prêtre , nous la souhaitons comme vous. » On lui demanda ce qu'il eût fait dans le cas où une révolte aurait réussi,: « Je me serais probablement joint aux rebelles, répondit le tsarévitch, dans le cas où je les aurais jugés assez forts. » Il ajouta que si son beau- frère eût exécuté la promesse qu'il lui avait faite de lui procurer la couronne, même par la voie des armes, lui, Alexis, n'aurait rien négligé pour atteindre ce but.

 mesure que le procès s'instruisait, la vengeance du tsar frappait une foule de victimes. Cependant rien n'étabhssait l'existence d'une conspiration; mais on obtint la preuve d'autres délits, qui accusaient encore plus la conduite privée d'Eudoxie et de Marie que leur ambition :,un général Glébof. l'archevêque Dosipheï , et quelques autres fonctionnaires, accusés, les uns d'intrigues superstitieuses, les autres de commerce illicite avec les princesses, périrent dans les supplices. Eudoxie fut

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