‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 28 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

494 a£V0LUTI(»4S

flagellée par deux religieuses ; Marie fut enfermée à Scblùsselbourg. Pendant cinq mois entiers, la i^ictime principale attendit son arrêt : enfin Pierre trouva des j uges complaisants ; Fairét de mort qu'ils rendirent émanait du trône; mais ce qui &it frémir, c'est que la vengeance, ou, si Ton veut, la justice paternelle se substitua au bourreau^

Le bruit courut que le tsarévitch avait succombé à une attaque d'apoplexie ; Pierre témoigna d'a* bord une grande affliction , puis, après avoir payé ce tribut à la nature ou peut-être aux convenances, il s'occupa avec un redoublement de zèle d'ad* ministration et de réformes ; il se montra souvent sévère, quelquefois indulgent envers les graiids fonctionnaires de l'empire que le bruit public accusait de monopoliser les denrées, et de s'enrichir par leurs dilapidations. Il établi t. un système uniforme de poids et de mesures, fonda des écoles élémentaires , avança les fonds de premier établissement pour des fabriques de drap et de tissage. Il institua un conseil des mines, prévoyant l'époque où le fer de Russie ferait concurrence à celui de Suède ; et non content d'établir partout des foyers d'industrie, il élevait en même temps la valeur des produits en ouvrant des voies de communication. La police de Tempire était défectueuse ou plutôt nulle ; il la

réorganisa sur de nouvelles bases , et s'assigna à lui-même un emploi subalterne, dans le double but de vaincre la répugnance des fonctionnaires, et d'imprimer à tous le respect de la loi. Comprenant que toutes ces réformes manquent encore d'un lien moral^ il ose manier les choses saintes; il a changé les formes extérieures, il veut pénétrer jusqu'au sanctuaire de la conscience. Il décrète contre le blasphème l'exil et la mutilation ; il ordonne qu'on sévisse contre ceux qui troubleraient l'office divin : les raskolniks sont persécutés^ mais la constance de ces sectaires s'accroît au milieu des supplices, et défie le despotisme du réformateur. Pierre vient d'acquérir la conviction que le sentiment religieux même dans ses écarts est plus fort que la peur ; le bras qui a détruit les strélitz s'ar^ réte devant les raskolniks.

Cependant le clergé ne négligeait aucun moyen pour préparer les esprits à une réaction dont la mort du tsar doit être le signal. Les veilles, les travaux, les excès ont épuisé sa constitution robuste ; son génie est dans toute sa vigueur, mais cette activité surhumaine aura bientôt usé les ressorts delà vie; des prédictions sinistres se répandent parmi le peuple : Pétersbourg, la nouvelle capitale, sera bientôt détruite par une inondation, une image

exposée aux regards de la multitude pleure sur le sort de cette ville vouée à la destruction : Pierre saisit Timage et fait voir à ceux qui l'entourent comment de Thuile figée , s'échappant goutte à goutte par l'ouverture des yeux, opérait naturellement le prétendu miracle. Un acte d'intolérance bien autrement coupable signala le zèle des prêtres.. Un jeune Russe^ qui revenait d'Allemagne, s'expliqua avec quelque liberté sur plusieurs points de religion. Les ecclésiastiques le condamnèrent comme hérétique et le firent périr dans les flammes. Pierre saisit cette occasion pour ôter au clergé le droit de haute justice qu'il exerçait depuis \ladimir Monomaque.

L'accroissement rapide de la puissance russe alarmait enfin l'Europe ; la diète germanique paraissait décidée à laisser à la Prusse, au Danemark et à la Pologne les provinces conquises sur la Suède, et à restituer à cette dernière toutes les nouvelles acquisitions de la Russie, à l'exception de Pétersbourg, de Cronstadt et de Narva. C'était réduire le tsar aux prétentions qu'il avait émises lui«méme avant la victoire de Poltava : l'Angleterre et l'Autriche, mécontentes de l'assentiment que Pierre donnait aux plans de Gôrtz, avaiient manifesté des intentions hostiles ; une flotte britannique fut en-

voyée à Ulrique- Éléonore , et le résident russe reçut l'ordre de quitter Vienne. Pierre répond à ces menaces par des préparatife formidables , tout tout à coup ses flottes dévastent lès côtes de la Suède et menacent les environs de Stockholm. La Bothnie occidentale est ravagée ; Norris, l'amiral anglais , semble n'être venu dans la Baltique que pour rendre son pavillon témoin des succès des Russes. La flotte suédoise, auirée par Galitzin dans des parages semés d'écueils , perd quatre vaisseaux, et sauve ses débris avec peine.

Jetons un regard en arrière, et traçons rapidement les changements qui s'étaient opérés en Suède depuis quelques années. On se rappelle que les deux sœurs de Charles XII Sophie et Ulrique avaient épousé, la première le duc régnant de Holstein, la seconde le prince Frédéric de Hesse- Cassel. Charles XII ne s'était prêté qu'avec répugnance à ce dernier mariage. Charles^Frédéric, né en 1700, était le seul héritier de son père tué à côté de Charles XII; le jeune prince était désigné par son oncle comme devant lui succéder, mais en >t714 le sénat se déclara en faveur d'Ulrique. Le parti de cette princesse représentait les anciens privilèges des nokles et la résistance au pouvoir absolu ; à la même époque , Gôrtz avait ménagé

une alliance entre le jeune prince Charles-Frédéric de Holstein et une fille du tsar. Tel était l'état des choses lorsque Charles XII tomba devant Fréderikshall.Les sénateurs, craignant que Tarmée ne «e prononçât pour le duc de Holstein, la laissèrent manquer de tout, et paralysèrent ainsi les dernières forces de la Suède. Le jeune duc, au lieu de se présenter aux soldats y se tint à l'écart , et laissa arrêter Gôrtz dont les conseils pouvaient lui être si utiles. D'un autre côté, Frédéric mettait le temps à profit : Ulrique fut proclamée reine , mais elle ne fut pas longtemps à s'apercevoir que le parti qui l'avait élevée travaillait à restreindre les prérogatives de la souveraineté. En .effet , le sénat ne fit prêter serment à l'armée que sous la condition que la reine renoncerait au pouvoir absolu ; elle ne céda qu'avec répugnance, dans la crainte qu'on ne se tournât du côté du duc. L'armée périssait de froid et de misère ; le gouvernement, redevenu électif, était confié à la reine et au sénat, les états

étaient désormais investis du pouvoir législatif ; la majorité des suffrages sanctionnait les décisions du sénat (i). Quand il s'agissait de remplacer un sénateur, la reine choisissait sur une liste de trois candidats proposés par le sénat. Tous ces change-

(1) Là reine avait deux vôix.

ments ravivèrent la haine entre la noblesse et les états roturiers à l'instant même où la Suède avait surtout besoin d'union (i^i. Gôrtz se vit arrêté illégalement , et la cruauté ae son supplice témoigna de l'exaspération des esprits.

Le prince Frédéric était intimement lié avec l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre ; la Russie appuyait le duc de Holstein ; le ministre britannique Carteret obtint pour son maître l'abandon des principautés de Brème et de Verden contre un million de thalers, et la promesse d*une flotte. Nous venons de voir que ce secours maritime ne fut d'aucune utilité contre les Russes. A la même époque, la Prusse prit une riche part dans les dépouilles de la Suède ; elle consentit à la paix et reçut , moyennant deux millions de thalers, la ville importante de Stettin avec un territoire considérable dans la Poméranie intérieure et en outre les lies d'Usedom et de Wallin. Les Danois envahirent la province de Bahus. L'année suivante , Arvid Hom fut élu maréchal de la diète (2). On crut que dans les circonstances désastreuses où se trouvait le royaume, il £allait confier le sceptre à une main virile ; Frédéric se prêta à ce changement et tfeut

pas honte de s'asseoir sur le trône de sa femme. La première année de son règne fut signalée par la paix avec le Danemark, qui restitua à la Suède toutes ses conquêtes , et^e contenta de soixante mille écus en dédommagement. Pierre n'était pas homme à négliger ses avantages en traitant avec Frédéric; il le réduisit bientôt à signer la paix de Nystadt (1). La Livonie, l'Esthonie, l'Ingrîe, une partie de la Finlande et de la Carélie avec quelques îles, furent définitivement réunies à l'empire. Ce traité valut à Pierre lé grade d'amiral ; le clergé et le sénat le saluèrent du nom de Grand et de père de la patrie. A dater de cette époque, le titre d'empereur, que lui avaient déjà décerné la Hollande et l'Angleterre, après la bataille de Poltava, fut confirmé par les autres puissances.

Vers la même époque, la dignité de patriarche, laissée vacante depuis vingt ans, fut définitivement abolie^ et le saint synode dut prêter serment d'obéissance au tsar comme à son maître suprême.

Le clergé ose cependant redemander un patriarche. Pierre, furieux, se lève, et d'une main, frappant sa poitrine, tandis que de l'autre il brandit son glaive: « Voilà, dit-il, votre patriarche. »

(1) nai.

La paix avec le Nord permit à Pierre d'introduire quelques changements dans l'administration; l'armée reçut de nouveaux règlements, il institua une noblesse militaire transmissible pour les grades supérieurs ; on^ût dit qu'en se livrant à tant de soins, il avait le pressentiment de sa fin prochaine , et . qu'il cherchait une diversion à ses chagrins domestiques. Catherine venait de lui donner un fils qui

mourut dans l'année; soit que cette perte fût la cause de son refroidissement, soit qye Catherine l'ait provoqué par sa conduite, il s'élevait souvent entre eux des altercations que la mauvaise santé du tsar aigrissait encore.

Vers cette même époque le schah de Perse Hussein luttait contre un de ses lieutenants, et le Schirvan était dévasté par les brigandages des Lesghins; dans le pillage de Shamakhie, les marchands russes n'avaient pas été épargnés : Pierre exigea une satisfaction de Hussein. Après s'être assuré de la neutralité de la Turquie, il rassemble trente mille hommes à Astrakhan et vient débarquer avec son infanterie dans le golfe d'Agrakhan ; après s'être emparé de quelques places, il s'engage dans les défilés et entre dans Derbent. Cette conquête lui avait coûté cher, mais les Russes venaient d'apprendre le chemin de la Caspienne. La Porte

vît cette expédition avec inquiétude ; les cabinets de Vienne et de Paris prévinrent une rupture par des considérations spécieuses appuyées de menaces. Le Grand Seigneur aima mieux partager avec le tsar les dépouilles de la Perse que de courir les chances d'une guerre sérieuse. La guerre eut une issue funeste pour Hussein, le traité d'Ismaël-Bey assura à la Russie les villes de Bakou et de Derbent, et les trois provinces de Guilan, de Mazaderan et d'Asterabatli La Perse gagna Tauris, Erivan et quelques autres places.

Catherine avait accompagné son époux dans cette campagne ; sur le point d'atteindre au terme de son ambition, elle avait redoublé de soins et de prévenances auprès du tsar valétudinaire. En 1724, il la couronna solennellement : « Peut-être, dit-il à cette occasion, Catherine régnera-t-elle un jour. » Les fiançailles de la princesse Anne avec le jeune duc de Holstein furent célébrées la même année. Pierre avait à peine placé la couronne impériale sur la tête de sa compagne, qu'il acquit la certitude qu'on le trahissait indignement.

Une nuit àPéterhof, Pierre se présente tout à coup devant Repnin ; ses yeux étincelaient,et le bouleversement de ses traits annonçait une lutte terrible ; il lui apprend que Catherine est coupable, et que son

ehambellan Moëns est son complice. II veut frapper d*un môme coup les deux coupables. Repninle conjure de ne point ternir lui-même sa propre gloire; enfin, après unelongueet pénible hésitation, etpeutêtre par un raffinement de vengeance, il'se contente du supplice du chambellan. Catherine vit tomber là tête du favori et ne donna aucunes marques d'é* motion. Une femme si profondément dissimulée devait faire trembler le despote lui-même. Quoi qu'il en soit, elle reprit sur le tsar une partie de cet ascendant auquel elle avait dû sa fortune ; on rapporte que Pierre, dans un accès d'emportement, brisa devant elle une glace de Venise, ce Tu vois, lui dit-il, qu'il suffit d'un coup de ma main pour faire rentrer cette glace dans la poussière, d'où elle est sortie. » Catherine se contenta de lui répondre avec douceur : « Vous avez détruit un des ornements de votre palais ; pensez-vous qu'il en devienne plus beau?»

Les infirmités de Pierre prenaient de jour en jour un caractère plus grave ; les eaux thermales d'Olonetz lui avaient procuré quelque soulagement, mais bientôt le mal fit des progrès rapides j il supporta une opération douloureuse qui le rendit pendant quelque temps à sa vie active; le premier usage qu'il fit de ses forces fut d'aller visiter le câ-

nal de Ladoga dont il donna la direction à Munich. Il revenait à Pétersbourg lorsqu'il se détourna encore une fois pour revoir ses établissements de Finlande. « Le temps était sombre, la mer tourmentée et houleuse : comme il jetait un dernier regard sur le havre, il découvrit une barque chargée de matelots et de soldats, déjà échouée et que les vagues menaçaient d'engloutir. Alors Pierre court au rivage et foit les signaux nécessaires pour diriger leurs manœuvBes; il leur crie du bord, mais sa voix, couverte par le bruit de la tempête, ne ^parvient pas jusqu'à eux. Il se hâte d'envoyer à leur secours ; le danger effraye ceux qui l'entourent, il s'embarque lui-même, et, voyant l'inutilité de ses efforts, il s'élance à la mer, gagne la chaloupe en détresse et la ramène au rivage. On le rapporta épuisé à Saint- Pétersbourg; mais au milieu des souffrances les plus aiguës, sa volonté se replie sur tout ce qu'il a fait d'impérissable : il donne à Behring des instructions pour sa navigation circompolaire ; enfin, le 4 8 janvier 1725, il s'alite pour ne plus se relever. Pendant dix jours, la vigueur de son tempérament lutte contre le mal : quelquefois il s'indigne de ses souffrances ; enfin cette noble pensée se tourne vers le Ciel; il reçoit les consolations de la religion, et il met son salut sous la sauvegarde du bien qu'il a

fait ; il recommande à Catherine son Académie des sciences, et désigne Osterman comme celui qui connaît le mieux les intérêts de la Russie. Il avait mandé la princesse Anne ; mais lorsqu'elle girriva, Pierre avait perdu la parole; tout le côté gauche de son corps était entièrement paralysé. Il expira sans avoir fait connaître ses dernières volontés, après une agonie de quinze heures (4). Catherine interpréta ce silence à son avantage : Mentchikof, Tolstoï et Roumianzof la firent aussitôt proclamer impératrice. »

Quand on essaye de résumer les traits épars de ce caractère extraordinaire, on le retrouve tellement empreint dans son œuvre, qu'on est pour ainsi dire forcé de répéter l'histoire de son règne : armé du despotisme asiatique, il improvisa dans son empire la civilisation européenne, mais le génie national, au lieu de se développer selon les conditions générales du progrès, ne put s'appuyer sur les mœurs dans une transformation si rapide. Les vertus se réduisirent à l'obéissance, l'intelligence à l'imitation. Les lois empruntées aux codes européens étaient le complément naturel de toutes les réformes ; mais elles n'eussent été ni comprises ni applicables, car elles auraient supposé établi ce qui était

|4)28ianYier4725.

30« BÉVOLUTIOKS

encore à faire. D'ailleurs romnipotence du souverain soumettait la législation à des remaniements successifs. Pierre sentit la difficulté d'une codification régulière ; néanmoins il se mit à l'œuvre et ne s'arrêta que devant l'impossible. Dès l'année 1710 il conçut le projet de promulguer un code civil, criminel et militaire. En 1711, il constitua le sénat qu'il ouvrit au mérite. En 1716, il dressa un code militaire et un règlement de procédure; en 1718, il rem plaça par des collèges ou ministères l'ancienne organisation des prikazes : trois ans plus tard, il promulgua, sous le titre de concordance des lois, un digeste qui est moins un nouveau code qu'une amé* lioration de l'Oulajénié.: en 1720, il charge une commission de revoir encore ce travail et d'en extraire les éléments d'un code civil et criminel; enfin, en 1723, il publie un code maritime. Ces tâtonnements devaient continuer plus d'un siècle encore : ce n'était point un code qui manquait à la Russie, c'étaient les mœurs des Russies qui se refur saient aux nouveaux codes.

Ce souverain si entier dans ses volontés, si impl* toyable dans ses vengeances, pleura en apprenant la mort de Charles XII ; c'est qu'il était vivement frappé de tout ce qui avait un caractère de grandeur «Un jour qu'il traversaitia Neva avec un boyard,

il s'emporta contre lui jusqu'à le menacer de le jeter dans le fleuve : « Tu peux le foire, répondit celui-ci* mais ton histoire le dira, » et lelsar rentra aussitôt en lui-même. Une autre fois, quelqu'un se livrait en sa présence à une médisance passionnée : «Eh quoi ! lui dit le tsar, n'as-tu donc jamais remarqué dans cet homme dont tu médis, quelque chose de bien, et ne saurais-tu nous en entretenir ? »

On ne saurait se dissimuler que les Russes aient perdu dans la civilisation que Pierre le Grand leur a imposée, le cachet que peut seule donner une longue éducation politique; leurs réformes n'ont point été le résultat nécessaire de leur passé historique ; ils durent rétrograder souslejoug des Mongols ; vainqueurs à leur tour, ils n'eurent point le temps de s'assimiler les mœurs et l'expérience des vaincus. Mais à l'époque où Pierre les entraîna sur la scène européenne, il était trop tard pour suivre une autre marche; s'il ne se fût point mêlé au mouvement de son siècle, c'en était (ait sans doute de l'avenir de son peuple^ S'il fût resté fidèle aux vieux usages, le tsar battu à INarva n'aurait point triomphé à Polta va. La Pologne, la Prusse eussent conservé les provinces baltiques ; l'empire d'Allemagne et la Turquie se seraient disputé les affluents «t le« côtes de kt mer Noire ; les Russes, refoulés

vers l'Est, n'auraient pénétré en Europe qu'à des intervalles éloignés, et à la manière des hordes barbares, détruisant tout sur leur passage et ne cherchant dans la conquête que des esclaves et du butin. Pierre, en les disciplinant par la terreur, a développé les qualités qui étaient en eux et leur a donné une direction. Avant lui les Russes étaient braves par instinct et par fatalisme j l'obéissance passive sous l'influence d'une discipline savante, en a fait d'excellents soldats. Dans un ordre social où chacun a au moins un maître, la souplesse et la ruse sont des armes à l'usage de tous ; la nation a conservé ce trait caractéristique, mais ce qui est resté finesse parmi les marchands et le peuple est devenu politique déliée et profonde chez les hommes d'État. Quant aux arts d'inspiration et aux vertus civiles qui pour se produire demandent le grand jour de la liberté, on ne doit pas s'étonner de les rencontrer plus rarement dans cette pureté exquise qu'offrent les belles e'poques de quelques civihsations ; mais par une compensation nécessaire, les agitations qui naissent des libertés publiques font, moins en Russie que partout ailleurs, obstacle à la marche du gouvernement. Les révolutions ellesmêmes y ont si peu de prise sur le corps de la nation, qu'après avoir déplacé les intérêts les plus éle-

DES P£UFLE$ DU NORD. Sto

iés, eUes eu sèn^t bientôt rédaites à eoiithàuer le passé.

< Àus^i^ liu jnilieu de toutes ses anae:[ces, la Rassît propremeat dite) celle doût Moscou estleceatre, présente encore, sous Tenveloppe de la réforme^ les traits les plùs^îllàn^ delà physionomie asiatique^ Qest cet état st^tionnaire et pour ainsi dire de rér^ sistanée instinctive^ qui est la sauvegarde des mœurs xiationales, c'est par lui que le progrès s'or père^ quoique lent^me^t? selon les lois é|;erAellesdtt monde moral^ c'ei^t-à-^dire du fo^d à la surËeiceiet non de la surface au fond: Pierre a donné à son peuple tout ce qu'il pouvait recevoir ^ sans.se renier lui-^ même, de la civilisation étrangère ; ses successeurs oi]|t suivi la même marche ; le tsftr actuel a entrepris de rattacher, par des institutions vraiment nationales, les rapports de l'une et Fautre Russje^, les dernières luttes lui ont révélé totit ce qu'il y a de puissant dans l'élément national ; il a pris la réforme en sens inverse de Pierre le Grand, et la nation entière a applaudi à cette pensée profonde et patriotique.

Quant au développement de l'influence politique de la Russie^ la naarcfae en a été tracée par le génie de Pierre le Grand ; cet homme extraordinaire en a pour ainsi dire prédit les phases fpi6 la nattire

iT. 44

Aém# dM dio^enlui ftTaitj^étéléeé. Il à pré{tert le

levier en indiquant les obstacles ; Nicolas a dôfiHé

su kvier êm point d'appui;

Le plan attribué à Pierre le Grand^ et dont Xious donneti^ûi ks articled principaux^ est tirâoé hi^ vam prétoyance ai tiàeryeilletise, qu'où serait tenté dtle prendre pour un résumé des feits snbaé^uéâts.

Ne rien négliger pour dônnei" à la natiôxit tûàëe dei formes et dés n^agëâ européens.

M&iBtanir l'État dan» un état de guerre côAÛmiellé.

iS'ét^dre par tous les moyens possibles ters le «M[^) le loâg dé la Baltique; au sud, U long de la mer Noire.

Entretenir la jalousie de rAtigleterré, duDaîiemark et du Brandebourg contre la Suède^ qn'ôil &iira par subjugtiér.

Intéresser la maison d'Autriche à chasser leé Turcs de l'Europe, et, sous ce préte3rte, entretenir une armée permanente ; établir des chantiers 6uf lé bord de la iner Noire^ et, ett avançant toujourd, 9'étendre jusqu'à Constantinople.

Alimenter l'anarchie de la Pologne et finir par dubjugner cette république.

Entretenir, an moyen d'un traité de commerce, une alliance étroit avec l'Angleterre, qtii, de Ma

DES tVmMm ïtORD. 114

et de perJFettioûhemeiit de la maf^f&e irnssé^ à Vmdë de lalquelle ôïk obtiendra la domisiatibii stur la Bal^' tiquê et la mer Nôîre»

Se j^nétirei^ de cette yérit^ que le eoffîHiei^ du Inde»» est le commi^rt^e dU D^otide, et qne edùi qai éii peut disposer eKclusiyekaeut eftiè 60UT<sraiii de rEiirope;

Se mêler ti tout prix dane 1^ querelles de TCihihope et surtout de rAUemâgue^.

Se servir de Fesœndant de la religion sur h» 6fec^ désunis ou ^ismatiques répandue dactt la Hongrie^ dans la Turquie, dans les parties tûM^ dionales de la Pologne.

Enfin, mettre en lutte Tune e&ntire l'Autre les dôurs de France et d'Autriche^ ainni que leurs al-^ liés, et profiter de letir àf&ibHléemeftt rëcipféqud pour tout envahir.

GHàPITRfi XXltYUL

Depuis ^èrré le Grand, là plfépondérbnCe ûini lé tHord est défitiitivement acquise à là Russie; il s'établît une «spètiô d'éqttilibiiî etttre Itt Suède^ dé^ possédée de ses provinces d'Allemagne^ niAil t9ètl<'

Page 1