BÉrOLUnOIfS
servant, mm le bénéfiœ des andens traitèB avec rOcddent , ses finmtières naturelles , et le âaiie* mark, constamment tena en échec par les préten<tions des ducs de Holstein* Ces dnmiersy après avofar été soutenus par la Suède^ se trouvaient appuyés par la Russie, dont la politique tendisit de plus en {dus à s'immiscer, non-seulement dans les oonyBits nés de la rivalité des deux royaumes Scandinaves, mais dans les afiEsires de F Allemagne. L'Angleterre tenait le sceptre de l'Océan ; elle attirait à die le commerce maritime du monde entier, et avec Tor qu'elle tirait de ses spéculations avec les puissances continentales, dtte les armait ou les pacifiait à son gré.
Mais tandis que TAngleterre parvenait au fhm haut degré de sa puissance fiEu^ce, la Russie fècon- . dait les vraies ressources, eeUes qui donpent toutes les autres, les ressourcés du sol.
Catherine I'* venait de saisir le sceptre : cette princesse, en interrompant Tordre naturel de la succession, qui désignait lin héritier du sang des Romanof, était, sur le trône, Fezpression la phis élevée et comme la garantie des réformes introduites par son époux« Peu de mois après, la grandeduchesse Anne , sa fiUe aînée, épousa le duc de Hoistein.
DES PKDf LES DU KOBD. 3iS
Sfentchikof, qui jouissait de la leiveur de la nôu* Telle tsarine 9 voulait^ à tout événement, affermir son crédit par des alliances avec la femille impé^ riale : la fortune de ce fiavori, grossie pv ses ditapi* dations et par les libéralités intéressées du roi de Pru83e et de l'empereur Charles YI, était la plus GMsidérable qu'on eût encore vue en Russie : ce^ moyens d'influence et l'appui que lui prêtaient les fonctionnaires étrslngers opposés au parti russe^ lui ins{nraient une sécurité qui fot plus* tard la cause desaperte^
Vers cette époque» les conséquences des traités deVieane et de Hanovre&illirentallumer la guerre dans le Nord. Walpole, craignant que là Russie ne se déclarât pour l'Autriche; envoya une flotte an- * glaise qui 9 reunie à l'escadre danoise ^ bloqua le port de Gronstadt ; en même temps il alarmait le cabinet de Stockholm , en insinuant que Meutchikof^ pour éloigner le duc de Holstein^ voulait le réinté^grer dans ses domaines de Slesvrig^ et lui destinait la couronne de Suède. Cette démonstvation.prévint une rupture , et permit à Mentchikof de porter toute son attention sur les affaires de l'intâiem^ qui eurent égalmoent à souf&rir de son despotisme jaloux et de scm insatiable cupidité»
La Goiûrlande venait dep»drevFer&iaad, 4ier*
»4 lUAVOiCfiORI
m» fejetoB de là fBkiailid des Kettler ; malgvé les elKorts de Itortehikof, les états élurept-premisoiMmeBt pow due Maunœ de Saxe^ fils Bi^unel du wm d^ Pologne*
Githfttinea^it feeoHuu Pierre Aleséiéiiteli pow mepecsear, soit par une dé£éreiioe tardive poup les ^%oIonAés de son époHz, soit qu'elle craigah pour ies filks le vesseirtimeat de MDeatcfaikof. On mr HUM que le &¥ori fot plus d'une fois sur le point d'être disgraeié, imisqne la tsarine reoulade;!?fan1ioe coup d'État, non moins dans FappréhensÎQn de oe que Mentchikof pourrait d^i^ulguev, que dans le doute^uc lasdétermsnationseffeetltesqa'ua honiflEi^ de et €arad;ère pourrfât prendre.
Le ^testament de Catiierine portait cpie là fils d'Aïolis sUGoéderait à la eouronné ; que, s'U s'âtei:^ gnait sans pos^térité, Amie Petrovna montrait sur le tràne, et après elle ^ sa lignée Elisabeth \ quei jusqu^à la Kiajoitté de Pierre II y Templre serait geavwné par un Donseil de rég^nee cxunpû^ d^Aime^ d'fibadaedi et du due de Helstm, assistés de Ifeptehikcrfet de dnq sénateurs. Une des dauseï portait ^uÉs l*on ne nég^gerait rion ppvr feire rest tituen fu duo sa portion héréditaire du Steiwig> ce qui l'aurait éhugnéda trâna oomnie prtnee étranr
DES PEUPLES DU NORD. tll
eblkftf w ffi% P&9 étranger à la rédaetioa àja testa» iMat, Qooi qti^il en çoit, la tgarine, doBt la santé était dtpuis quelque temps languissante, expira dans la trente-huitième année, de sen âge.
« Le caractère de cette prinœsae a été loué outre meawN^ du vivant de Pierre leGrand ; mais, loniquii la mort de son bienfaiteur l'eut laissée maltresse de l'empire, elle se montra ce qu'elle était, une f^nnste nrdinaire. On peut dire que ses qualités avaient be^* ioin d'un appui, et qu'elle n'eut réellement de la grandeur que des reflets. Sa présence d -esprit sauva une fois l'empire ; Tissue de sa résolution fut heu«» reuse; maia après tout, elle n'eut que le mérife de préBo^r une capitulation à un danger qu'halle paiv ttgeeit avec le taar et l'armée. la nature et sos éduoiticm l'avaient tellement feite pour les rôles aeoondairea, qu'elle se laissa gouverner par Ment^ dûkof, bien qu'elle ne pût ignorer son ambition insatiable. Le peuple a'aperçut à peine de sa mort, qplaissait l'admipîslaraîtîon aux nialna tyranmques ém i^vori (1). »
^ peine le oi^nseil e«i4«il prodb^né Rierre n, qne Menlehikel s'empara de la personne du Jeune prince, sous le nom duquel il emnptait régttar sana
24« BÉVOLUTIONS
oontrAle^ Gepeadant la position du régent était délicate; il n'avait pas été étranger aux rigueurs dont Nathalie^ aïeule de Pierre II, s'était vue l'objet sous les deux règnes précédents : il crut s'en Satire un appui en la réhabilitant dans les honneurs dus à son raugy et en même temps il la pria de consentir au mariage du tsar avec une princesse Mentçhikof. Na-
tbalie vit avec joie ce retour inespéré de la fortune ; mais elle ne pouvait oublier ce qu'elle avait souffert, et tout porte à croire qu'elle inspira à son petit-fils une juste méfiance contre l'ambition de son tuteur. Les fiançailles se firent néanmoins avec une grande pompe dans l'hôtel de Rabutin, mi^ mstre d'Autriche ; mais on remarqua que^ pendant la cérémonie, le jeune tsar ne regarda pas une se^le fois sa fiancée. C'était un avertissement pour Mentchikof qui^ ne sachant à qui s'en prendre, exila ou flétrit du knout ceux qui. eurent le> malheur d'en* courir ses soupçons. Le duc et la duchesse de Holslein durent quitter l'empire ; mais tandis qu'il espérait décourager ses ennemis par les suppUoei ou la terreur, un jeune prince, Dolgourouki, qui partageait les amusements du tsar, ruinait en secret le crédit de Mentchikof •
La corporation des maçons venait de fiûre hommage au tsar d'une somme de neuf mille duca^ ;
envoya cet argent à sa sœur ; mais le légent s'en empara sous le prétexte que Pierre était en*core trop jeune pour avoir à sa disposition des valeurs aussi considérables. Pierre II manda MentcbikoF, et lui parla avec une fermeté qui ne lui était pas habituelle. Bientôt après le général Saltykof signifia à Mentchikof qu'il avait ordre de l'arrêter. Toutes les démarches que fit sa famille pour détourner cette disgrâce furent inutiles ; accusé de concussion et d'abus de pouvoir, il fut exilé à Bérézof, au fond delà Sibérie. Son épouse, devenue aveugle à force de pleurer, mourut en chemin. Qaant à Mentchikof, il supporta Texil avec fermeté. Cet homme, qui avait possédé tant de trésors, dut se contenter de dix roirt>les par jour. On assure qu'il trouva néanmoins le moyen de faire des épar* gnes sur cette somme modique, et qu'il éleva à ses frais une église à laquelle il travailla lui-même. U mourut subitement au milieu de ces solitudes où son dec^potisme avait relégué tant de victimes.
Les Dolgourouki devinrent tout^puissants; le favori, malgré sa jeunesse, donnait une attenticm sérieuse aux afiEaires de l'État ; une révolte des Go^ saques de l'Ukraine fut réprimée; on acheva le canal de Ladoga, et l'on établit à Moscou un conseil suprême. L'ancienne capitale reprenait son rang,
941 Bt¥ei.fn!IONS
9% Fisrm H «liait é^tm^ffr une sœur de DolgeaMukif lorsqu'il fuit enlevé pr la petite vérole, à Piasta&t méiQe où' U $ai}pbait à sa majorité.
Ï4 postérité m4l6 (l^s {iomanofi venait de 8'é« (0ind^; le cQQaeil crut <|éVQir profiter de l'ineertir tude eu Toii était ^eore mv le choix d^an auocei? t^vr^ pour 4oniieir uq contrerpoida à la paisaanea impériale. Le prince CîaUt3iQ était d'avis qu'on ne Gpnférât la couronne que sous dps conditions net^ temept définies^ Ce retour aux anciens privilèges de la noblesse ne pouvait qu'être accueilli avec &veur par les chefe dea premières femilles de Tempire. On convint en outre que^ puisqu'il fallait remettre le «eeptra eiâitre les mains d'une femme, on choisirait l'iiapératrice dans la branche atnée. La postérité immédiate d'Ivan se composait de la duchesse d^ llecklenbourg, alors à Moscou, et de la duchesse d^ Gourlande. Cette demièi^e, quoique la plus jeune, l'emporta pavée qu'elle était absente, et qu'avant son retour on aurait le temps nécessaire pour réa l^er et assurer la nouvelle eonstitutiou. Le ceiiudl dressa, danAe plus gt^jeA secret, les artielçs suin v^nta;
1^ L'impévatfioe ne gouvernera que d'apuèajat 4éli|pératîcai$ du conseil souverain i
9^£Ua.&ek£ivt 4«ic«iek«tEni la paix ni laguem^
DES FiBMLfigt DU NORD. t««
99 Elfe ne n^^tf a aueuH impèl, et oe di&poseï^ é^aucooe dbapge cos^dérable - sàn» Fag^ément du eonseîU
4^ Elle ne punira de mort aucun gentilbomaifi qui n^aui^a pas été convàbiea de orime capital;
0 B^e ne pourra oonigsquep les biens de qui que césell:
^ ESe ne pourra dans aucun cas disposer des domaines delà çpuronne, nilei aliéner;,
7- Elle n'aura la liberté de se marier et de se cboisir un successeur qu'avec Tagrément du conseil souTérâin.
Tjpois députés partirent aussitôt pour aller porter à la duchesse de Ckwrlande les propositions
du conseil.
Aline avait été avertie secrètement par le comte Jégoucbinskî de la conduite qu'elle devait tenir ; elle signa sans réclamation la charte qui, limitait
l'autorité impériale, et partit immédiatement pour Mesèou^ où son jEftvori Bieren ne tarda pas à la re-
La nouvelle constitntioni .empruntée aux anciennes fe^rmes Scandinaves, mécontentait la moyenne et la petite noblesse, et constituait une oligarchie dent lès éléments essentiels manquaient à Pempire. Bientôt il se femift «a parti epiy plutôt pu |aleùsiè
220 HÉYOLUnONS
pour les membres du conseil, que par tme ap{Hrédation judicieuse des nécessités 4e Fépoqpê^ résolut de rétablir le pouvmr autocratique dans son intégrité. Les princes Troubetzkoi, Bariatinskj etTcherkaski étaient à la tête des mécontents; ils $e ren-dirent au palais^ accompagnés de six cents gentilshommes. Là) tandis qu'ils prient la souveraine de convoquer le conseil suprême, à l'eHet d'ex$miner quelques points doncemant la régence, le colonel des gardes Saltykof s'empare de toutes les issues du palaisi. Le* conseil et le sénat, pris au dépourvu^, prévirent le sort de leur œuvre éphémère ; cep^idant ils comparurent devant rassënd>lée. Âlors^ en présence de ces deux corps réunis et de la députation de la noblesse , le comte Matvéief prit la parole. Il représenta à la tsarine, au nom des gentilshommes de l'empire, queson'consentement à la nouvelle constitution était contraire au vœu général^ et que la nation tout entière la suppliait de prendre en main les rênes du gouvernement. Ànnè se fit apporter la capitulation de Mittau, et^ ayant ordonné au grand chancelier d*en donner lecture, elle en souniit chaque article à l'assemblée, qui ne manqua pas d'en blâmer l'esprit et la forme.
À la suite de cette manifestation , la tsarine dél'acte^ et dédara qu'dle se croyait, en tertu
DES PEUPLES m KORD. 224
de ses droits héréditaires^ dans robUgation d'eacereer la même puissance souveraine que ses ancêtres. Des acclamations accueillirent ces paroles, et le peuple témcngna une grande joie de ce changement. Le prince Galitzin se contenta de dire : « Le repas était préparé , mais les convives n'en étaient pas dignes. »
Ce peuple, qui s'applaudissait d'avoir échappé aux inconvénients d'un pouvoir oligarchique, ne tarda pas à faire l'expérience de tous ceux que le despotisme entraine quelquefois avec lui : Bieren, favori de la tsarine, fit bientôt regretter l'autorité du consml et du sénat. Get-homme, d'une naissance obsciure, ne pouvait pardonner à la noblesse de G>urlande les humiliations dont il avait été l'objet, non plus qu'aux boîars la condition qu'on avait imposée à la duchesse de le tenir éloigné de sa cour. Anne le nomma son chambellan, et dès lors les persécutions commencèrentr. L'ancien conseil fut cassé et remplacé par un autre, composé de Munich, deTcherkaski et d'Osterman. Les Dolgourouki, les Galitann furent mis à l'écart ; cependant Bieren, content de disposer des fiaveurs , abandonna pendant quelque temps au nouveau conseil tout le soin des affaires ; mais bientôt il attira tout àlui et se distingua par un Juxe de rigueurs dont les:
hvasm euk^ééîêà ^'êtëlmèrent; il ^ttt m^èi êé tikdit pour roinpre fe itaariagé projeté enti« M feotiVéraitaé et iWânt de Portugal . Ce ftit ^t soii €0U6eil que là tsariïie désigna potai^ lui sticcédek* àU tr6kië §a nièce Gatheritie^ fillé dû duc de Mecklèii^ bourg. Cette jettne princesse changea sob âom dé Catherine pour celui d'Anne^ en abjurailt la religion protestantte*. H fut d'abot-d question de lui Faire épousel* te m^tgfàve Charles dé la maison dé Prusse, inaîs la cdUr diô Vienne traversa te projet d'alliance, et fit .agtéer le prince Antoine-Ulric dé Brunswick - Lûhébouirg , neveu de l'iînpératrièà d'Autriche. De cette Manière Éhsabeth se toyâtt éloigûée dû trotte. Cette princesse était gétièwlèitiént aifiléè ; oti assure que la tsarine f lit sur le point de renvoyer en exil, mais qu'elle Ait détoûimée de ce projet par Bieren, qui fioufrissait secrètemettt le désir de marier son fils & k fille de Pierre le Grand, et sa fille au dad dé Hekteili^ veuf depuis quelqiié tempe.
Tandis tfàé ces intrigues dcctipbient la cour, MttAieh iâtrddttittsât âéfr chângeitaënté àvàntageiiir dttn§ l'ai^mée \ \eê conquêtes de la Perse, qu'oh ne jfraiitait ^nfierver qu'6 grande fr&is, futent abam à&UaéHÈi de 6érte qUé toutes lès totces àe TempiTe É» titoirtdto&t dlspdftilileft.
DES «EBl^tMB m ftO&D. iSg
Vefë Cette éqaqùë (1), dès trdubles àéi^zfeùS édat&rent en Pologne; la mort d'Auguste II mit en satlb6 tous lë6 Yicès de la constitution de la république; left périls qu'etitrainâit Fanarchié grandissaient à mesuré que b Russie et la Prusëe étendaient Utt influence politique. Le primât^ dévoué aux inté-^ rets dé la Ffàncé^ parvint à feii'é élite Stanislas | alors là iùiUôritê qui souteilait Télecteur de Saïë, éândidat des èours de Vieûné et dé Pétersbourg, . se tourna du côté de la Russie et implora une prô* tectidli qui devait bientôt se changer en dictature. L'àltéillte pbrtée à la constitution de la CoUriande, qui, à Ift mort du derniel- des Kéttler^ deVàit faifé retour à la Pologne, n'éùlairti point des liomMéë plUfiT préoccupés d'une lutte de parti que des îutèfèts généraux. Ce riche duché, suf lequel Bierêil avdit des vues, était resté âef élèétif , malgré les efforts d'Auguste IL
Peûdatit que Stanislas S'emparait dé Dantzig, lés lUêconteuts, secondés par une! tàftaét t'tissé aux 6î^ drés dé Lasey y proclaïUèreUt Auguste ni. L'habileté militaire de Munich faisait ombrage à Bieren • 11 eû- Toya le général assiégea Dant^ig, qui Capitula aptes duc tive et lougùe résistance. La tête dé Stauislas
fut mise à prix, et il n'ëchâppe au danger qu'à la foveur d^un, déguisement.
La Russie venait d'obtenir un double ayantage ; 4'abprd son inâuence avait £ait un roi de Pologne, et/ en outre^ elle venait de s'assurer combien il était fistcile d'arme les rivalités d'une noblesse turbulente^ et de s'assurer parla une prépondérance mar« quée, en attendant qu'il se préseiitàt upe occasion fevorable pour Texécution de projets d'une autre nature.
Le vainqueur de Dantzig se préparait à retourner à Pétersbourg, lorsqu'il reçut l'ordre de marcher sur Azqf. Cette campagne, glorieuse pour le maréchal, coûta à l'empire cent mille, hommes, et il Mlut abandonner toutes les conquêtes faites sur les Turcs. Cependant on obtint un résultat qui balan- * çait toutes ces pertes : la discipline de Tarmée se perfectionna, et depuis, l'impétuosité des Orientaux dut le céder à la constance moscovite. C'est Munich qui, le premier, conçut le pjan de faire soulever contre les Ottomans les peuplades chrétiennes soumises depuis trois siècles à leur joug.
La paix de Belgrade permit à la Russie de s'agrandir du côté de la Crimée. Osterman en avait réglé les conditions ; elles portaient que les ouvrages extérieurs d'Àzof seraient déoiolis ; que la Porte ne
DES PEUPLES DU NORD. 22iS
pourrait cons traire de nouvelles forteresses du côté de la mer, qu'à trente vers tés au delà de oette ville ; que les Russes seraient libres d'étendre l^rs frontières à vingt milles d'Allemagne dans les steppes, et qu'ils garderaient Samara; enfin que les Turcs reprendraient Oczakof et Kenbouro!.
Il nq fut question dans ce traité ni de Taganrok ni des limites du Dniepr, ce qui ouvrait un champ libre aux prétentions de la Russie sur la Pologne, et frappait de nullité l'artide du traité du Pruth, qui lui interdisait de s'immiscer dans les affaires du royaume.
Avant la conclusion de la paix qui eut lieu en 1739, les Tatares du Kouban furent soumis à la dominatioii russe, et Bieren obtint l'investiture du duché de Gourlahde.
Ce favori vindicatif put persécuter à loisir les nobles couriandais qui ne lui avaient pas épargné les humiliations, et qui se virent forcés de reconnaître pour leur souverain ce même homme auquel ils avaient interdit l'entrée de leurs assemblées. Bieren, dit Mansfein, avait un singulier expédient pour imposer silence à ceux qui se plaignaient de son administration : il les feisait enlever par des personnes masquées qui les jetaient dans une voi-
7M HtYGLVTUaS
tûre eoQTerte^ et les emmeimient ainsi dans les provinces les plas reculées de Tempire (1).
Les progrès de la Russie commençaient à ioK qniëter yivemait la Suède ; la cour de Stockholm -essaya de se rapprocher de la Turquie, et envoya «ecrêtement le général Saindair pour conclure avec le divan un traité d'alliance offensive et défensive eontre là Russie. C^ ambassadeur fut assassiné en routô, etlebruitcourutque les ordres de Bierentt d'Osteri^ian navaimt pas été étrangers à cette violation barbais du droit des gens.
La France, qui avait été médiatrice de la paix
conclue entre la Russie et la Porte, envoya à Péters*-
bourg comme ambassadeur le marquis de la Cbé-
tardie» €e diplomate avait pour mission de suiv
veilkr l'ambition de Bieren, et de prévenir une
rupture entre la Russie et la Suède. Le âivori^
voj^ajQt la santé de la tsarine déchoir, lui persuada
d'adopti^r et de désigner comme successeur le petit
Ivan, £ls de sa nièce : la régence devait être con^
fiée au duc de Courlande^ A peine Timpératriee
avait^lle signé ee ti^tameat politique, qu'elle fut
prise d'une &ibk6Be et expira. Il importe peu à la
postérité à^ connaître le caractère d'Anne Ivaiiovtta;
41) Uotiiff.
DES twmM mj }!ioaD. ht
Bseran régpoa $ou& son nom, et é eilem% de»^qmMr tés, le despotisme de ce &YOii ne permit pa» m -peuple de ii^^ea apercevoir.
Munich avait fevorisé de tout soa ciéditles pro-jets ambitieux deBiereiit dansr^spoir d'étm nommé généralissime des forces de terre et de mer ;: le tkgent lui wS^BSi nettement cette demande* Le mairéchal résolut de s'en venger. Le duu: et la ducheMe de Brunswick n'avaient point vu sans indignatii^ un homme qu'ils méprisaient leur fermer le t^he^ min du trône : Bieren s^était contenté de dire que gi la princesse faisait la mutine» il la renverrait en Allemagne avec son ëpouz. Munich excita encore leur mécontentement^ et finit par leur offrir ses services : il fut convenu que le maréchal arrêterait le régenta la première occasion £a[voraUè«
<i Le 26 novembre, sdon Manstein, le maréchal dîna et sôupa avec le régent ; pendant toute la soi^ rée, le duc, inquiet et rêveur, changea souvait de nonversfftion. « Monsieur le maréchal, lui dit^il enitre aulMs choses, dans vos expéditions militaires^ n'avez* vous jamais rien entrepris d'important pendant la nuit? » Cette question imprévue décèneei^ un peu ]ecoi)Qite, qai cvm d'abord que «son dessèfù était découvert) mais il ^e remit bientôt sans (fie le vénent, distrait, se làt apepfu de son tra«Me,^e«
ilkiî répondit : m Je ne me rappelle pas avoir entrepris' des choses extraordinaires pendant la nmt ; mais j*ai pour principe de saisir tontes les ocoa- ^ons qui me paraissent fevorables. » À onze heures ils se séparèrent* . . Arrivé chez lui, le comte Munich dit au lieutenant^colonel Manstein I son premier aide de camp : « J'aurai besoin 4e vous de grand joatin. >i  deux heures après minuit il le fit appeler ; ils lïiontèrent seuls en voiture et se rendirent au palais d'hiver, où l'empereur et ses parents longeaient alors. Us entrèrent . dans l'appartement de la princesse mère, que madame Mengden, sa favorite, s'empressa d'éveiller. Elle se lera, vint parler au maréchal^ et ordonna à son adjudant d'aller chercher les officiers qui étaient de garde au palais. Dès qu'ils furent arrivés, elle leur raconta en peu de moià les^ outrages sans nombre que le régent lui faisait essuyer ainsi qu'à sonëpbux et à tous ceux qui lui portaient ombrage. Elle ajouta què^ ne .pouvant supporter plus longtemps ces indignités, elle était résolue de faire arrêter Bieren, et qu'elle se battait que de braves officiers voudraient bien seconder leur général, i^t.exécuter lès ordres qu'elle venait de lui donnèi';) l^es offîciers. promirent ce qu'cm voulut ; elle leur donna sa main à baiser et les embrtf sa tous. Sa desoendîreiit avec le marér
chai, et firent mettre la garde soq8 lea armes. Le maréchal avant dit aux soldats le motif de cette alc^e, ils firent comme leurs officiers. Là garde
était com|>osée de cent quarante hommes; on en laissa quarante avec un officier pour garder le drapeau ; les autres, avec le maréchal, marchèrent au palais d'été, où Bieren logeait encore. La troupe fit halte à deux cents pas du palais, et le maréchal dé-* puta Manstein vers les officiers de la garde du régent, pour leur faire part des intentions de la princesse Anne; ceux-ci ne firent pas plus de difficultés que les autres ; ils offrirent même leur secours pour arrêter le duc , si Ton croyait en avoir besoin . Manstein ayant rendu compte de leurs bonnes dispositions, le maréchal lui dit : « Prenez avec vous un officier et vingt soldats, pénétrez dans le palais, arrêtez le duc, et en cas de résistance, tuez-le sans miséricorde. » Manstein pénétra jusqu'à l'appartement du duc et de la duchesse, qui dormaient profondements Bieren se réveilla en sursaut et essaya vainement de résister; on lui mit un mouchoir dans la bouche et on le transporta à demi nu et garrotté dans la voiture du maréchal : la révolution était consonounœ. Anne, déclarée gTande-duch^se et régente, reçut des troupes le serment de fidélité. Le mai^édial Hùoicb, qui aspirait depms long^
temps au grade de généralissime, dut le céder au prince Ulric, père du jeune empereur, et se contenter d'être premier ministre. L'élévation subite du maréchal, la facilité avec laquelle il avait changé la rëgeiice, lui suscitèrent des ennemis qui ne tar* dèrent pas à le rendre suspect au duc : l'habitude du commandement militaire donnait ans: relations de Munich ces formes impérieuses qui sont sur^ tout blessantes à la cour. Osterman représenta avec un zèle perfide que la direction des affaires de l'intérieur et des relations étrangères né pouvait être confiée, sans préjudice pour l'Etat, à un homme dont la carrière était celle des armes. Ces insinua* tiens eurent pour résultat la retraite de Munich « Dans les mémoires du maréchal, il attribue sa dis* grâce au traité d'alliance qu'il avait conclu avec la Prusse, contrairemeiit aux intérêts de la cour de Vienne, qu'alarmaient les prétentions de Frédéric. En effet , dès qu'Osterman dirigea le cabinet y là Russie entra dans les vues de l'Autriche, et fit marcher des troupes eu Livonie. L'exil de Bieren laissait là'Courlande sans duc; on procéda à une nouvelle élection, et l'on choisit, sous l'influence de la Russie^ le prince Louis de Bruns wîck-Brevem, frère du prince Ulric, qui venait d'être nonuné corégent. Vers k même époque, li Suède déclara h guerre à
k Riittrie, mdlgréla médiation de la FVAiice; lema^ réchal Laacy olMiat sur les Suédois quelques avait* tiges, et s'^npava de Wilmanstraad.
 l'autre extr&nité de rempire, Tinfitieiice de la Anssie se ^iseiit ég^lémeat sentir. Tbaknas-Koulw Khan, après avoir conquis le Mongol, envoya à la légente vne ambassade pour demander la main <]^ la prînee^se Elisabeth ; mçis ce projet d'alliane^F n'eut pas de suite. Cependant les mœurs faciles de la régente^ et la fivéur qu'elle accordait au comte de Linar, envoyé de Pologne, avaient jeté des ger-^ mes de mésintelligence entre elle et son époux, Golovkin , jaloux d*Osterman qui avait toute la confiance du prince, parvint à persuader à Anne de ae faire déclarer impératrice : ce changemeni était sur le point de s'opérer, lorsqu'une autre intrigue vint croiser ce projet, et porter sur le trône ta fiUé de Pierre^le Grand, Elisabeth. Cette princesse p&«^ raissait moinjs ambîtieivsequ^oocupéedesespiafisirsf cependant elle s'était ménagé^un^partî pmssant dans les gardes, et la Suède appb^it stô prétemionsc Stti^ œs entrefaites, deux trôneadevÉp^nt vacama pài» k mort d'Ulriqne-Eléonore et de Charles Yl. lÏQ» goet*re générale était sur le pdtnt d'édater i le mi'^ nistre de France la Chétardie se flattait qu^UiMTlh iwlirtioii qui do«inarÉit la couronne à ÉikabMhr
priverait Marie-Thérèse de l'appui de la Russie. Un médecin français, nommé Leslocq, était Fâme dé ce complot qui fut sur le point d'être découvert : la régente reçut plusieurs avis sur le danger qu'elle courait : mais, soit insouciance, soit que la manière dont Elisabeth se justifia eût détruit tous ses soupçons* elle s'abandonna à une fatale sécurité. Les conjurés vireiit qu'il n'y avait plus de temps à perdre ; ils fixèrent, pour l'exécution de leur entreprise^ la nuit qui suivit l'explication de la régente et d'Elisabeth. Celte princesse tremblait, Lestocq lui montra qu'il y avait plus de danger dans la crainte que dans l'exécution. Après avoir prié devant une image de la Vierge, elle se décora du cordon de Sainte-Catherine. Le comte Voronjtzof et. Lestocq montèrent derrière. soi> traîneau. Il était minuit. Les grenadiers eurent bientôt attiré dans leur parti trois cents soldats et sous-offide^. « Amis, leur dit Elisabeth, vous savez de qui je suis fille; suivez-moi L ^ Nous sommes prêts, répondirent-ils ; nous les tuerons tous* .. » Elisabeth réprima cette saillie de dévouement sanguinaire ^ et ils promirent de «c conformer à ses ordres et de se sacrifier pour elle. Le corps de garde qui veillait au palais d'hiver ne fit aucuùe résistance. Le régent et son épouse fur^t arrêtés dans leur lit ; le jeuae empereur, donjt le^
sdidats entourèrent le berceau en silence, s'éveilla, une heure après. A cette vue , l'innocente victime poussa des cris ; sa nourrice accourut, le prit dans ses bras; on le transporta dans un traîneau au palais d!Elisabeth. Munich et son fils, Osterman , Golovkin et quelques autres fonctionnaires furent arrêtés. Le mêtoe jour, la princesse reçut le serment dé fidélité, et déclara par un mânifieste qu'elle était montée sur le trône de ses pères, qui lui appartenait légitimement, et que, confiante dans ses droits, elle avait feit arrêter les usurpateurs. Trois jours après, elle annonça dans un second manifeste que la princesse Anne et son époux n'ayant aucun droit au trône de Russie, ils seraient. renvoyés en Allemagne. En attendant, elle les fît enfermer dans la citadelle de Riga, d'où on les transporta au fort de Dunambnde. Plus tard ils furent confinés à Khalmogori, à quatre-vingts versles d'Arkhangel. C'est dans cet exil qu'Anne mourut en couches, en 4746; quant au jeune empereur, il fut enfermé à Schlitsselbourg.
' Munich, dans ses mémoires, a tracé le caractère suivant d'Éhsabeth : a Elle aimait la magnificence et l'ordre, et avait la passion de bâtir des palais et des églises* Elle aimait et favorisait l'armée^ui, sous scm r^e» triompha des troiipes de Prusse «lors
M* KÉTÔLUTIONS
tant vantées. G est elle qui a rendu la cour de Russie une des |^U6 brillantes de l'Europe, en j introduisant la langue, la politesse et les mamèrei françaises. Cette gfacieuse princesse était inânuante et éloignée de toute espèee de cruauté; mais œt excès de bonté dans les souverains devient une fai-# blesse, quand ils se laissent conduire par les autres. Ëlisalietb savait dissimuler : Fexemple de la coub et le rôle qu'elle avait été forcée d'y jouer^ le lui avaientappris. Si elle parut ennemie irréconciliable, ce fiit moins par une disposition naturelle que par les funestes insinuations de ceux qui renvirou^ naient. »
Voilà p(Mirquoi elle n'a jamais pardonné. Née d'un sang voluptueux, elle disait à s^ confidentea ! « Je ne suis contente qu'autant que je suis amou>» reuse. » Aussi changeait^Ue souvent de £ftvoris r de là un grand désordre dans les finances et tant de particuliers enrichis dans un temps où la cour< renne manquait d'argent ; de là des monopoles rai'* neux et deà douanes oppressives, le mauvais état de la flotte et du canal de Ladoga , les ruines de Cronstadt^ le désordre dans l'exploitation des minet de Sibérie, et tous les inconvénients d'une mau^ vaise administration ; et cependant, par un cou* traste bisarre, cea abus avaient lieu sous le tkgm
DES PEUPLES DU NORD. aU
d?uiié princesse qm versait des larmes sur les ]&a^ riers de «es généraux, et qui regardait comme xm malheur une victoire achetée par le sang de set sujets,»
Selon l'usage des souverains russes à leur avéne^» ment, Elisabeth rappela les exilés des règnes préce<r dents. La guerre aveclés Suédois fut décidée, malgré les efforts de la Chétardie. La tsarine, à rinsti-» gation de Bestoujef , prit quelques mesures pour rétablir Tordre dans les diverses branches du service pubhc; elle supprima le conseil du cabinet, et le sénat eut la haute main dans les affaires. Peu disposée à se donner un maitre dans un époux, elle fit venir à Pétersbourg le jeune duc de Holstein-* Gottorp, son neveu, le nomma Leuteflfant général et le désigna pour son successeur (4). Le départ de la Chétardie laissa le champ libre à Bestoujef, qui entra dans les intérêts dea cours de Londres et de Vienne* Ce fut la même année que le jeune dqo de Holstein refusa le trône de Suède dans rexpectatîVê d^une couronne qu'il ne porta que pour son malheur. La guerre entre la Hnssîe et la Suède n'en contifnua pas moins. Cette dernière puissance n'a^ vait pu défendre la Finlainde, et les conférences
(1) Ami 4742.
256 BEVOLUnONS
d'Âbo (1), en la dépouillant d'une partie de cette province, dessinèrent nettement les vues de la Rus^ sie sur la navigation de la Baltique.
Cependant Botta, ministre d'Autriche à Berlin, intriguait à Pétersbourg dans le but de détrôner Elisabeth pour donner le trône au jeune Ivan. Le complot fut découvert, et les chefs, parmi lesquels on remarquait Fépouse de Laponkhin et celle de Béstoujéf , reçurent le knout et eurent la langue coupée. Marie^Thérèse se contenta de désavouer son ministre , et le chancelier trouva moyen de réconcilier les deux souveraines.
Cependant Elisabeth, qui voulait marier son neveu, fît demander pour lui la main de la princesse Amélie^ sœur du roi de Prusse ; mais Frédéric déclina cette offre, et proposa la princesse Sophie- Auguste d'Anhalt-Zerbst, qui depuis fut Catherine Il ; elle embrassa publiquement la religion grecque à Moscou, et quelques mois après^ son mariage fut célébré : il fut réglé qu'elle sudcéderait à la couronne, dans le cas où l'impératrice et le grandduc mourraient sans héritiers. Sur ces entrefaites, la Chétardie fut rappelé à Pétersbourg. La mission de l'ambassadeur avait pour objet principal de
(I) Juillet 4743.
DES PE0PXES DO NOBD. Ul
servir Tinflueiice de la Riissiç à là pacification de l'Europe partagée alors entre les intérêts ile Charles YII et de Marie^Thérèse. La politique de la France appuyait les prérogativf^ du corps germanique, dans la crainte que l'unité de l'Allemagne^ quand cette puissance serait devenue virtuellement une monarchie héréditaire, ne lui assurât une prépondérance marquée. Marie-Thérèsç, revendiquant l'intégralité de la succession, comme la pragmatique de Charles YI lui en donnait le droit, avait déclaré illégitimes les résolutions de la diète de Francfort. Cette mesure vigoureuse détermina lecabinét de Versailles à se déclarer contre elle, après que les négociations eurent échoué : les deux partis soutinrent donc leurs prétentions à main armée, et les événements de cette guerre donnèrent lieu au traité de la quadruple alliance, conclu à Varsovie en 4745.
Déjà la Chétardie avait persuadé à l'impératrice .d'accéder au traité, lorsque Be^toujef parvint à traverser les projets dudiplomate. U intercepta un courrier de l'ambassadeur I et interpréta ses dépêches dans un sens si dé&vorable, que le ministre français reçut l'ordre de quitter l'empire immédiatemaat. Le Danemark venait de renouveler le traité d'alliance avec la Russie. Elisabeth se rapprocha décidément
AÉVOLUnOIfS
de Marie-^Thérèie ; les deux impératrices se gart»tirent leurs possessions respectives pendant vingtcinq ans (i). Deux ans après, la Suède, la Prusse et la France s'unirent pour maintenir Téquilibre de l'Europe^ tandis que la Russie, FÂngleterre et h Hollande firent une alliance pour empééher !a Suède et la Prusse de rien entreprendre contre les intérêts de Marie-Thérèse.
Tandis que Bestoujef feisait agir tous les ressorts d'une diplomatie déliée, le grand-duc s*abandon<mit à sa passîon dominante, îa manœuvra et le» exercices militaires ; il professait pour Frédéric II une admiration enthousiaste, et affectait de l'imiter dans Son costume et ses singularités ; mais ce fut * tout ce quMl emprunta de ce grand homme. Ses mœurs soldatesques lui aliénèrent bientôt Taffection de sa jeune épouse, dont l'esprit délicat et cultivé trouva des dédommagements dans Fétude, sans renoncer aux distractions que lui offrait une cour qui n* était rien moins qu'austère. Catherine, au milieu des intrigues dont elle avait le spectacle, se faisait une idée exacte des intérêts de la Russie, et du rôle qu'elle était appelée à remplir, dans Ta* gitatlon où était plongée l'Europe.
^) ITM.
L'iavssîoQ de la Saxe {«r les Prussmn ressem l'alliaiice entre ks deux impératricea ; Elisabeth <léclara la guerra à Frédéric, et Pojiiatowaki rerint à Péterdbaurg en qualité d'ambassadeur du roi de Pologne^ Les agrémeota perwnnela do jeune mi^ sisti^ avaient fiait une vive impression snir Gatharîna» qui depuîa lui donpa un trAne^ et Tavilit eii leluidtant.
Apraûn «'empara de Memel, et battit les Ptim*aiens à la bataille de Gross-JâgersdorJF; mais il ne sut point profiter de ses avantages , et fat remplacé par Je général F^mer. Ce dernier {urit Kdnigs^ berg, et remporta une victoire à Custrin ; comme iw prédécesseur, Fermer sembla ne triompher de son ennemi qu'à regret.
La disgrâce de B^tonijeii qui eut lieu à la même époque, jette quelque jour sur U conduite 4ea gé<» néraux russes* « Le comte fiestou|ef> dit Manstein, fiit le principal auteur du traité d*allianca entre les cours de Vienne et de Pétersbourg, et un des ipt^ miers moteurs de la guerre contre le rai de Prusse, guarra ruineuse qui a oouté à la RiraMe au delà de trois cent mille hommes, et plus de trente million^ da roubles^ Cogoame il s'aperçut que le grand<due Pierre Féodorovitch ne Faimait pas, et qu'il était grand partisan du roi de Prusse, il forma le projet
de l'exclure de la succession, pour placer sur le trône le prince Paul Pétrovitchy son fils, sous la tutelle de sa mère, et par là il bâta sa chute. Tout le monde sait que l'armée russe, aux ordres du comte Àpraxin, après avoir gagné la bataille de Gross* Jâgersdorf sur celle de Prusse, commandée par le général Lebwald, reprit le chemin de la Russie. Ëhsabeth, au sortir d'une maladie dangereuse, s'é** tant informée de l'état de son armée, apprit la retraite d'Âpraxin. Après les informations, elle sut que ce maréchal s'était retiré pour obéir à un ordre de Bestoujef, qui, croyant rimpératrice à son dernier jour, voulait se servir de l'armée pour l'exécution de son projet. Accusé sur ces faits, il fut arrêté et démis de ses charges. » Fermer, n'osant ni vaincre ni se faire battre, prétexta une maladie et demanda son rappel. Saltykof, qui fut nommé à sa place (4), battit l'ennemi à C4ros8en, emporta Francfort sur l'Oder, et exkvojB. des détachements jusqu'aux portes de Berlin. Frédéric ne put l'empêcher d'opérer s/à jonction avec les généraux autrichiens Haddick et Laudon, et il se vit dans le plus grand péril après sa défaite à Gunersdorf : a Mes afiBaires vont mal, ëcrivait-^il à ce sujet au
iA\ 4758.
marquis d'Argens; j'ignore ce que la fortune me réserve : elle est femme et je ne suis pas galant. »
Le général Totslebeo, secondé par Lascy, s'empara dé Berlin. Le siège de Tolfaerg fut interrompu par l'attaque vigoureuse du général prussien Werner; mais bientôt après, Boutourlih succéda à Soltykof ; et AoumiantzoF, qu'appuyait la flotte russe, bloqua cette place, qui capitula après une résistance de cinq mois. Il est diflicile de dire où se seraient arrêtés les succès des armes russes, si la mort d'Elisabeth n'eût tout à coup imprimé une autre direotionà la politiquemoscovite. L'impératrice expira, le 29 décembre i 761 , à l'âge de cinquante-deux ans. Si la conduite privée de cette princesse mérite une juste censure, ses actes comme souveraine la signalent à la reconnaissance des Russes : elle aimait les lettres et correspondait avec les beaux esprits de l'époque. Ce fut sur les documents qu'elle envoya à Voltaire qu'il composa l'histoire de Pierre le Grand. Moscou lui doit son université, et Pétersbourg la fondation de l'Académie des arts. Sous son règne fleurirent Lomonossof, fils d'un pêcheur de Kalmogori (1), et Soumarokof (2). Les encouragements accordés au mérite fécondèrent le gépie de
ifU, phyiiclen et aalnraliiU.
342 RâTOLUtlONS
DerjaTÏD (1) qui brilla sous les règnes suivanta. Ud s«uI acte du règne d'Elisabeth suffirait à son éloge : elle abolit la peine de mort. Quant à la politique de cette princesse, elle fut une continuation judicieuse des grandes vues de son père; les rictoires de Munich sur les Turcs, celles des Apraxin et des Soltykof sur les troupes prussiennes , regardées comme les meilleures de l'Europe, établirent d'une manière incontestable la réputation militaire de ses sujets. Les Suédois dégénérés Tirent arec crainte les barrières de la Finlande forcées» et les flottes russes menacer de leurs pavillons ces mêmes côtes d'où les anàena Yariègue* étaient partis pour imposer leur joug aux Slaves du Nord.
Il serait difficile de dire si Pierre Œ, que la mort d'Elisabeth venait d'appeler au trône, fut plus satisfait, ou d'échapper à la surveillance des Ëtvorisde cette princesse, ou de se trouver enfin maître de Ëtire manœuvrer à ea fantaisie toutes les troupes de l'empire, et de les mettre à la disposition de son héros, Frédéric de Prusse. Pierre, quoique fenet étranger aux hautes convenances de soa l'était cependant pas dépourvu de grandeur
lU lyriqiM,
ni de générosité. Il ouvrit son règne par un édit qui conférait à la noblesse de ses Etats les droits dea peuples libres ; mais ce qui firappait cette nouvelle mesure de nullité, c'est qu'elle ne changeait ni les rapports des nobles envers le souverain, ni ceux des serfs envers leurs maîtres ; il abolit la chancellerie secrète et la Sibérie rendit ses victimes : on vit rejparaitre à la cour Munich et Bieren, ces deux rivaux célèbres, le premier, par son génie militaire, le se* cond, par la rigueur de son administration. « La première fois que ces deux hommes s'aperçurent depuis leur retour, dit Rulhières, ce fut dans la foule gaie et tumultueuse qui entourait Pierre TUl. Cet empereur les ayant appelés, voulut leur per-p suader de boire ensemble. Il fit apporter trois verres; mais pendant qu'il prenait le sien, on vint lui parler bas, il but en écoutant et courut à ce qu'on lui disait. Les deux anciens ennemis restèrent vis-à-vis Fun de Fautre sans dire un mot, les yeux fixés sur l'endroit où Fempereur avait disparu, et, se flattant bientôt qu'il les avait oubhés, tous deux se fixèrent, se mesurèrent des yeux, et, rendant leiirs verres pleins, se tournèrent le dos. )»
Tandis que Pierre III se faisait représenter sur des médailles avec Funiforme prussien, Catherine se rapprochait de plusenplus des usages nationaux,
et affectait de désapprouver la réunion à la couronne des richesses domaniales du clergé : Pierre, depuis qu'il avait ceint la couronne, n'appelait plus Frédéric que le roi mon maître ; il voulut même que les lois du nouveau code prussien fussent mises en vigueur dans son empire, ce qu'il était plus facile d'ordonner que de faire exécuter. Parce qu'il avait la passion des exercices et des parades, et que le roi de Prusse était son idole, il crut avoir le génie guerrier, et résolut de rendre au Holstein les provinces que ce duché avait cédées au Danemark. Cette expédition n'était rien moins que populaire ; mais Pierre la voulait, et l'ai^mée reçut l'ordre de se préparer au départ.
Nous ne nous arrêterons pas à énumérer toutes les extravagances du tsar dans le court espace de temps qui sépara son avènement de sa chute. Des fêtes licencieuses se succédaient à la cour, tandis que Catherine, à l'écart, ne se montrait au peuple qu'avec un extérieul* triste et résigné qui appelait toutes les sympathies. Le bruit s'était répandu que Pierre avait eu avec Ivan une entrevue à la suite de laquelle il aurait manifesté l'intention de le reconnaître pour l'héritier de la couronne. Le tsar était capable de tout ; et plus une mesure lui paraissait extrême et brusquée, plus il se sentait porté à Ta-
dopter. Mais Catherine, non moins audacieuse que prudente et réfléchie, avait sur son époux tout l'avantage que peuvent donner sur la démence la connaissance du cœur humain^ la fixité des vues et l'empire qu'exerce sur les esprits une femme jeune, belle et malheureuse, qui peut tout promettre à ceu:i qui se dévoueront à sa fortune. Deux personnages, presque étrangers l'un à l'autre, dirigeaient son parti : Orlof et la princesse Daschkof. Le premier intriguait auprès des gardes : c'était un homme d'une force et d'une beauté remarquables, et qu'au* cun péril n'arrêtait; la seconde, née Vorontzof, était sœur de la maîtresse de Pierre IIL
Le clergé était entré avec empressement dans une conspiration où son influence pouvait ressaisir plus qu'on ne lui avait 6té. On s'était assuré de Razoumovski, colonel des gardes d'Ismaïlof. Panin lui-même, gouverneur du grand-duc, avait cédé aux séductions de la princesse Daschkof. Ce dernier, longtemps ministre en Suède, avait adopté des idées constitutionnelles. On devait donner le sceptre à Catherine en vertu d'une élection formelle, et avec des pouvoirs limités.
Cependant ces deux intrigues, l'une auprès des grands, par la princesse Daschkof, l'autre auprès des gardes par Orlof, conduites parallèlement, sans
246 RÉTOLUnONS
que les chefe se doutassent qu'ils concouraient i un même but , furent adroitement réunies par Ga* therine^ lorsqu'elle jugea les choses assez avancées. Orlof s'opposa avec énergie au projet de la noblesse et menaça d'agir seul, si l'on s'obstinait à intro* duire dans le gouvernement une pondération de pouvoirs qui n'était pas dans les mœurs, comme le règne de l'impératrice Anne l'avait suffisamment démontré. Peut-être Orlof prévoyait-il qu'il serait réduit à un rôle secondaire dans le cas où la constitution de Panin eût été adoptée.
Au milieu d'une conspiration avouée d'un grand nombre et pressentie par tous, tel fut l'aveuglement de Pierre, qu'il ne vit rien ou ne voulut rien voir. Le ministre de Prusse instruisit sa cour que la fermentation était menaçante; Frédéric écrivit au tsar de renoncer à son expédition^ ou du moins de ne pas s'éloigner sans s'être fiait couronner à Mos<^ cou. Il réitéra ces avertissements ; mais tout fut inutile, et dès lors, jugeant son admirateur incor rigible, il attendit l'événement.
Au premier coup d œil, il parait surprenant qu'une entreprise dont la réussite devait ruiner tant d'intérêts élevés, et qui dépendait de la discrétion d'un si grand nombre de personnes, n'ait point ré>* vêlé à un pouvoir ombragent des indices assez ma-
nifestespour être déjouée à temps : mais on cesse de s'étonner en réfléchissant au caractère de Pierre III et à la nature des gouvernements absolus. Là où le simple blâme est regardé comme une manifestation séditieuse) et puni aussi rigoureusement que le serait ailleurs la révolte ouverte, la confidence d'une conspiration suppose déjà la presque certitude du succès, et le danger répond de la discrétion, de sorte qu'il ne reste plus quel'altwnative de trahir ou d'appuyer. Les demi-mesures sont presque impossibles t l'autocrate doit sévir ou tomber, de même que le feujet doit réussir ou se résigner au dernier supplice. Cette doublé liécessité^ dont l'une est la conséquence nécessaire de l'autre, explique les révolutions sanglantes qu'on retrouve si fréquemment dam l'histoire de Russie et dans ceUie des peuple derOrient(^).
Catherine, placée entre Iç trône et le couvent, comprit qu'il était temps d'agir. Une victoire eut probablement assuré au tsar le dévouement de Tar* mée : «i l'on proclamait Catherine en l'absence de son époux, le peuple, incertain entre deux maîtres, Be serait sans doute rappelé le droit de celui iqui, en outre, aurait pu disposer de la force.
(1) HUt. le Rasere : Univ.
La cour était réanie à Péteriiof, où le tsar, avant de partir, avait voulu célébrer sa fête et l'anniversaire de celle de Pierre le Grand.
L'imprudence d*nn conjuré faillit tont perdre; cependant l'emperear était averti, mais les conjurés le savaient, et le danger ne fit qu'irriter leur zèle. Dans le cas où l'entreprise eût échoué, nn vaisseau devait transporter Catherine en Suède. Cette princesse, éveillée au milieu de la nuit, sortit du palais, et se confia aune Mble escorte qui l'accompagoa jusqu'à Pétersboni^; la voiture de l'impératrice s'arrêta devant la caserne du régiment d'IsmaîloF : une trentaine de soldats à demi vêtus b reçurent à son arrivée. Â la vue du petit nombre de ses défenseurs, elle pâlit d'abord ; mais bientôt, reprenant toute son assurance, elle leur déclare qu'elle est venue se jeter dans leurs bras pour échapper aux assassins que l'empereur a chargés de tuer elle et son fils. La troupe répond par des acclamations ; et la foule grossit autour d'elle. Alors on fit venir on prêtre pour recevoir le serment des soldats. Le mouTementétaitdevenugénéral.LeducdeHoIsteîn, oncle de l'empereur, venait d'être arrêté, lorsque Panîn, gouverneur du jeune grand-duc Paul Pé-
tra ine
se contenterait de la régence, mais un manifeste ne laissa aucun doute sur ses intentions. Il portait que l'impératrice Catherine II, cédant au vœu de ses peuples, montait sur le trône pour sauver la Russie de sa ruine ; on y remarquait aussi un blànie formel de Talliance avec la Prusse, et de l'oukase qui avait dépouillé le clergé. Catherine se rendit à l'église de Casan où elle fut sacrée en grande pompe ; la cérémonie était à peine terminée qu'elle revêtit un uniforme d'officier aux gardes, monta à cheval, accompagné de la princesse Daschkof, et parcourut les rangs, annonçant aux troupes qu'elle les conduirait elle-même contre son époux déchu. Sur le haut d'une colline qui domine la rive gauche de la Neva, à l'endroit où le fleuve entré dans le golfe de Finlande, s'élève le palais d'Oranienbaum, bâti par Mentchikof , et alors résidence favorite de l'empereur. Une petite forteresse, un arsenal, des casernes où logeaient les trois mille Holsteinois qui formaient la garde de l'empereur, lui avaient fait préférer ce séjour à tous les autres. Entre Oranienbaum et Pétersbourg s'élève le château de Péterhof, construit par Pierre le Grand. En face d'Oranienbaum et sur une île se développent la ville et le port de Cronstadt. C'est là que se tenait prête à faire voile la flotte destinée à Fexpëdi-
tM RÉVOLUTIONS
tion ; une antre escadre stationnait à Rével. Outré ces ressources ) qui accusent la pusillanimité de Pierre III, il avait près de lui le vieux Munich, au-» teur et victime de deux conspirations, mais dont lé sang-&oid et le courage furent inutiles dans cette circonstance.
Pierre, à son arrivée à Péterhof , apprit Févasion de l'impératrice, et perdit un temps précieuît à dé* libérer. Le grand chancelier Vorontixif se rendit en toute hâte auprès de Catherine ; mais comme il lui représentait les suites de ce soulèvement : Voyez, lui répondit-elle, ce n'est pas moi, c'est le peuple et l'armée; l'habile courtisan la supplia de le mettre aux arrêts , prévoyant sans doute le dénoûment prochain d'une lutte si inégale.
Pierre DI était en proie aux plus vives inquiétudes; il donnait précipitamment les ordres les plus contraires, tantôt désespérant de sa cause, tantôt comptant les troupes qui l'entouraient. A l'instant même où 1 empire lui échappait, il quitta l'uniforme prussien^ pour t*e vêtir les insignes russes. Le vieux Munich essaye en vain de ranimer cette âme défeillante : il représente è Pierre que Péterhof n'est pas en état de résister à une armée, que le salut est à Gronstadt, au milieu de la flotte et de tout le matériel de i'CTpêdîtion projetée j il ajoute que les fem-
mes qui tee trouvent jprès de lui setviroat d'otages , et que l'insurrection, menaçante d'abord, tombera d'elle-même. On suivit ce conseil, mais trop tard: déjà la garnison du port était dans les intérêts de Catherine. Quand les deux -yachts qui portaient Pierre III et sa suite s'approchèrent du rivage^ k sentinelle cria : Qui vive ? — L'empereur» -^ Il n'y a plus d'empereur. Alors Pierre ouvrit son manteau pour se faire reconnaître; mais un rempart de baïonnettes se forma devant lui : les deux yachts furent obliges de rétrograder, tandis que le rivage retentiissait des cris répétés de : Vive Catherine! Pendant toute la nuit, les deux bâtiments se tinrent à distance. Munich se promenait tranquillement sur le tillac ; et les jeunes femmes qui avaient accompagné l'empereur se demandaient avec une frivolité mêlée de courage : Qu'allions-noiis faire dans çèttè galère ?
Munich, qui conservait sa présence d'esprit, conseilla à Pierre de descendre le golfe jusqu^à Rével, d'y monter un vaisseau de guerre et dé rentrer en Russie à la tête de son armée, qui était alors en Prusse; cette détermination supposait du courage, ' elle fut rejetée. Pierre ne demandait qu'à retourner librement dans le Holstein, acéompagné de sa maîtresse ; mais plus il se montrait indigne du trône,
plus le péril était grand. Il débarqua à Oranienbaum, d'où il fît passer à Catherine cette étrange capitulation. De là on le conduisit à Péterhof , et enfin dans une maison de campagne située à quelques lieues de la capitale. La révolution était consommée ; bientôt la mort violente de l'empereur en rendit le succès irrévocable (1).