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CHAPITRE XXXIX

Depuis Frédéric IV, l'histoire de Danemark n'offre plus qu'un intérêt local; la politique du royaume, simplifiée d'ailleurs par la forme monarchique, s'encadre, pour ainsi dire, dans le caractère des monarques et de leurs favoris; l'ancienne turbulence de la noblesse se réfugie dans quelques intrigues de cour qui peuvent fournir des anecdotes piquantes, mais qui attestent les progrès d'une corruption qu'il suffit à l'historien des révolutions d'indiquer. Que dire du règne de Christiern VI (2), de celui de Frédéric V, qui chercha dans l'usage immodéré des boissons l'oubli de ses chagrins domestiques (3) î En Suède, la vie publique

(1) Voyez, pour plus de détails, Rolhicret, Rabbe, et notre Histoire de Russie.

(5) 1746-1766. Ce prince avait épouié en premiërea uooei Louise

DES PEUPLES DU NORD. ass

se manifeste encore depuis la mort de Charles XII par l'influence des partis; mais, il faut le reconnaître, l'ambition des grands ne s'ennoblit que rarement par le sentiment national. La perte des con* quêtes de Gustave- Adolphe, en épuisant les richesses de l'État, ne laissait plus au luxe des grands que la ressource de la corruption. La diète de i 720 avait réduit le souverain à un rôle passif. Dépouillé de tout moyen d'action sur la noblesse, il la voyait conspirer sous ses yeux avec l'or des ministres étrangers. La Russie, la France et l'Angleterre exerçaient tour à tour, et par tous les moyens que donne la politique^ une influence funeste. Les partis^ selon qu'ils penchaient pour les intérêts russes ou français, prirent les dénominations de chapeaux ou de bonnets ; ils formaient comme deux peuples dans la même nation^ et ils n'avaient rien de commun que le désir de perdre leur patrie. D'ordinaire, le parti le mieux payé donnait l'avantage au pays qui le soudoyait.

Les diètes se transformaient en arènes, et au lieu de songer au bien de l'État^ on s'y occupait dln-

d* Angleterre, fille de Georges II. Elle lui donna Ghristiern VII, dont le règne fut une longue enfance , et Sophie-Madeleine, épouse de Gustave 111, roi de Suède. Après la mort de Louise, il s'unit k Julie-Marie, fille de Ferdinand-Albert, duc de Brunawick Wolfenbaitell.

- '^' Il i

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tri^iiea pour s'y ménager la majorité et pour ae prémunir contre les vengeances du parti opposé. Plus d'une fois cependant des intentions généreuses se manifestèrent, mais cet hommage rendu aux principes faisait ressortir avec plus de force la vé« nalité des moyens.

Nous croyons nécessaire d'entrer ici dans quelques détails sur les partis désignés dans l'histoire sous les noms de bonnets et de chapeaux»

Presque toujours les partis politiques ne prennent un nom que lorsqu'ils représentent déjà des intérêts nettement définis. Des circonstances fortuites y et souvent sans importance, suffisent alors pour généraliser les intérêts analogues; ce nom est comme un drapeau qui les distingue et qui les personnifie, pour ainsi dire : c'est pour cette raison qu'une grande obscurité enveloppe l'origine des partis qui ont oeCupé pendant des siècles la scène historique. On en est réduit aux conjectures sur l'origine des Guelfes et les Gibebns, et l'on n'est guère mieux informé des raisons qui ont prévalu dans la dénomination des whigs et des torys.

Les motifs qui ont i^it donner en Suède les noms de bonnets et de chapeaux à deux partis politiques qui se sont disputé le pouvoir pendant un demi-sièçle^ sm% plu^ JËacUea à pénétrer^ parce qu'ila

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tiennent à des usages nationaux, nés de la nature même du pays. Cependant, quoique ces partis aient pris naissance à une époque récente de l'histoire moderne, les explications diverses qu'on a données de ces qualifications ne sont rien nK>ins que satisfaisantes. C'est probablement parce qu'on a considéré ces factions à l'instant où leur existence se manifestait par certaines tendances politiques, avec plus de constance et de suite que par le passé, qu'on a laissé échapper leur caractère originel , caractèrç suffisamment révélé par la dénomination elle-même. Depuis les conquêtes de Gustave*Âdolphe, l'aristocratie suédoise était comme partagée en deux camps : les uns voulaient tirer tout le parti possible des ressources nationales, et désiraient que le gouvernement.se bornât a la défense des frontières, en y comprenant les trois provinces cédées par le Dane^ mark, et les parties de la Finlande que menaçaient les Russes ; les autres pensaient que la Suède ne pourrait conserver son influence et ses conquêtes en Allemagne qu'en s'appuyant sur la France, ennemie naturelle de la maison d'Autriche, et intéressée à maintenir l'indépendance des États protestants. L'alliance française opposait en même temps la Suède à la Russie et à l'Angleterre qui soutenaient alors les intérêts du Danemark. Les ^errea rnî-

neuses où la Suède se trouvait engagée depuis plusieurs règnes portèrent naturellement l'un et l'autre parti à s'appuyer . sur des alliances. La guerre était l'expression nécessaire de la prépondérance du parti progressif, dont l'esprit flattait l'instinct belliqueux du peuple : ce qui distinguait alors le parti suédois du parti progressif, c'est que celui-là, tout en étant disposé à profiter des a van* tages que la guerre pouvait offrir, affectait cependant de ne rien emprunter aux formes étrangères , et se rattachait systématiquement aux anciennes institutions. On voit que les deux partis se réunissaient sur certains points , tandis qu'ils restaient en désaccord sur d'autres. Les dissidences étaient assez sérieuses pour troubler l'État , sans être assez profondes pour soulever des révolutions. Une autre raison non moins puissante s'opposait au triomphe définitif d'un parti sur l'autre j c'est que les auxiliaires des partis , la France d'un côté , la Russie , l'Angleterre et le Danemark de l'autre, ayant une force beaucoup plus considérable que les partis eux-mêmes, ne permettaient point aux passions politiques de s'isoler dans leurs intérêts respectifs. Ainsi les questions de dynastie, d'alliances et de guerres étrangères étaient tantôt généralement accueillies, tantôt adoptées ou repoussées

par tel ou tel parti, selon le caractère et Tenchainement des événements. ^ . Dans le principe , les partisans de l'alliance française croyaient agir >dans un intérêt purement sué-, dois : au lieu de voir dans les succès de la guerre de trente ans une position exceptionnelle , et dont te point d'appui était hors de la Suède proprement dite , ils transportèrent inconsidérément dans les provinces conquises les ressources que réclamait Tintérieur. Les levées d'hommes et les impôts épuisaient le pays : il fallait donc recourir aux subsides étrangers. Ce fut ainsi que ta France, tant par ses richesses que par l'esprit de sa politique^ se trouva naturdleraent appelée à exercer une grande influence sur le parti de la guerre. Cependant Fexpérience ne tarda pas à prouver que les sacrifices remportaient sur les avantages. Les revers de Charles-Gustave, et surtout ceux deCharles XII, donnèrent une nouvelle force au parti contraire. L'origine des deux factions était donc politique; elles ne tardèrent pas à prendre un caractère vénal. D'abord l'influence étrangèrene se manifestait que par des subsides légalement consentis ; mais bientôt elle eut pour auxiliaire la corruption individuelle. Depuis Gustave-Adolphe , la France avait payé

chèrement la coopération des Suédois; l'or français IV. ^7

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donnait aux partisans de la guerre un avanta^ marqué sur les pacifiques : outre les subsides annuels, la France entretenait à son service un régiment (1) dont les soldats étaient allemands au poméraniens pour la plupart, mais dont les officiers étaient suédois. Ces rapports lui permettaient d'agir sur un grand nombre de &milles par des gratifications ou des pensions, et l'introduisai^it, pour aiijsi dire, dans le «ecret du gouvernen^nt : elle connaissait les opposants à son système et le prix des' prétentions diverses. Ces marché^ po^ litiques portèrent un coup funeste aux mçeuf« : bien des gens sans opinion arrêtée adoptaient un parti uniquement pour se fadre acheter ; et après s'êtj^e fait un revenu de ce trafic d'influencée, il ne leur était plus possible de rester purs»

Cependant les besoins, et les prétentions dépas^ ^nt de beaucoup les moyens dont les , ministres français pouvaient disposer , les mécontents for* mèrent une opposition compacte sur laquelle les ministres de Jiussie, d'Angleterre et de Danemark agirent de la même manière^ c'est-à-dire par Tor et par les promesses. Entre les deux partis dont les chefs conservaient souvent un caractère politique»

(4) Le RoyO^ttédd*.

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fie trouvait une masse flottante, passant et rqpassaitt d'un camp dans l'autre, selon le cours de l'argent étranger, et travaillant même contre les deux parH> tis/sans s'inquiéter des intérêts du pays. Plus d'une fois, on vit les bonnets voter pour la France par un simple revirement de majorité.

Pour bien conïprendre jusqu'à qael point la royauté était impuissante à réprimer de tek abus, il suffira de jeter les yeux sur les prindpaux articles constitutifs imposés à fJlrique-Ëléonore en 17^, et à son épou:iic Frédéric, trois ans plus tard.

Le pouvoir suprême réîsidera à jamais dans Fas^ semblée des états, composés des Représentants des quatre ordres de citoyens, la noblesse, le clergé, les bourgeois et les paysans immédiats de la couronne.

Les états, convoqués ou non, s'assembleront de plein droit tous les trois ans, pour examiner la conduite du sénat, des collèges et des autres départe* ments^ à l'égard de l'exécution des lois qui leur aura été confiée, et pour adopter les mesures qui pourraient être jugées nécessaires au Inen-étre et à la gloire du royaume*

La couronne de Suède ne pourra être portée paap aucun prince aii-«des(k>Qs de vtaDgt et un ans ^ ce

jg^ RÉVOLUTIONS

sont les état» qui nomment le» gouvernent» et ï»récepteure chargés de veaier à rédncation des prince» de la famille royale.

Le pouvoir légi»latif présidera tout entier dans les états, dont le consentemeaat sera nécessaire pour donner de la validité aux ordonnances rendues par le roi et le sénat dans Tintervalle des diètes.

Les état» se réservent le jjroit de faire la guerre ; mais, en cas d'invasion ou de troubles intestins, le roi pourra, d'accord avec le sénat, prendre les megures nécessaire» pour repou8»er la force par la force, »an8 attendre la réunion des état», qui néanmoins devront être convoqués sans délai.

Le roi pourra battre monnaie ; mais le titre en géra réglé par le» états.

Le roi ne pourra, en aucun ca», sortir du royaume sans le consentement des états.

En CBS de vacance d'une ^^ce au sénat, le» état» nommeront troi» candidat» natifs de la Suède, entre le»quek Sa> îfajesté sera tenue de déàgnor le

titulaire.

. Pendant une absence ou une maladie du roi, le

sénat signera tous les acteâ publics.

Tous les officiers supérieurs miUtaires, depuis le le grade de feld-maréchal jusqu'à celui de colonel inclusivement, seront nommés par le roi.

Les état^ assemblés en diète reiidbroiit justice à toutes personnes lésées par les règlements et déci- sions du sénat.

Les anciens privilèges du sénat seront à jamais inviolables ; mais aucun nouveau privilège coilcernant un ordre en particulier ne sera valable qu'a^ vec le consentement de tous.

 ces articles , on ajouta en 1725 les suivants :

Le roî^ d'accord avec le sénat, peut convoquer les états avant respiration des trois années. .

En cas de mort, d'absence ou de maladie du roi, le sénat en corps peut ccmvoquer les états, œ qu'il peut aussi faire si le bien-être du pays et la liberté des états se trouvaient compromis.

i^ dans un des cas prévus, le roi ni le sénat ne convoquent les états dans le temps présent , les-, dits états déclareront nul tout ce qui aura été fait tant dans l'intérieur qu'au dehors* Avis en sera donné, par le gouverneur de Stockholm et par ceu:^ des différentes provinces, afin que les é1;ats puissent s'assembler, de leur propre chef, en temps et au lieu convenables.

Quand le trône sera vacant, les états, convoqués ou non, s'assembleront à Stockholm, trente jours après la mort du roi, et procéderont à une nouvelle élection.

compromis y la chose devra être décidée par le vote unanime de tons les ordres (>l).

ïl serait difficile d'imaginer une constitution plus fevorable à l'intempérance oligarchique. Avec quelques privilèges de moins, la royauté disparaissait entièrement, et une révolution était nécessaire par le triomphe de l'un des partis sur l'autre; mais dans l'état dés choses, le souverain ne pouvait que suspendre une crise salutaire et perpétuer le désordre. La Suède n'avait plus foi dans ses ressources; elle frappait de déconsidération jusqu'au courage national devenu l'instrumeïit dés intérêts étrangers, Ulie réaction monarchique, appuyée sur la petite noblesse et les ordres inférieurs, pouvait seule sauver le payg.

Ce fut en ^1738 que les deux partis dominants reçuifent les désignations de bonnets et de chapeaux. Le sens de ces qualifications a échappé à presque tousleé historiens,; parce qu'ils ont pris l'accessoire potir lé fond , le signe pour l'idée ; enfin parce que les deiiï partis n*avaiedt pas de drapeau distinct, tant qU^ils ne différèrent entre eux que sur les moyens de rendre la Suède heureuse et forte. L'époque des chapeaux et des bonnets indique déjà là dégénérescence de l'esprit des partis, le temps où

(f ) Êours do Nord. Sheridan , Histoire de la molaiioù de'1772.

la corraption avait remplacé Finflaence des alliances formées dans un but légitime et politique.

Primitivement, comme nous l'avons dit^ le parti désigné depuis sous le nom de bonnets représentait la vieille Suède : il affectait en conséquence de conserver les formes extérieures et les anciens usages. Les partisans de ce système, que leurs adversaires qualifiaient de rétrogrades, portaient le l^énmt, coiffure nationale , et qu'indiquait la nature m^e du climat. Le parti opposé prit le nom de chapeaux , parce que les officiers suédois au service de la France avaient, comme le firent bientôt leurs adhérents 3 adopté la coiffure française au dixhuitième siècle.

On voit que ces distinctions , quelque futiles qu'elles paraissent d'abord, n'en représentaiejiit pas moins des intérêts tout aussi importants que ceux qui distinguent les partis de nos jours.

Les intrigues des partis ne se bornaient pas à des questions d'alliance; elles se compliquaient, en

raison des événements , embrassant des questions de dynastie, et tendant à restreindre où à augmenter la prérogative royale. Dans cette longue lutte, où les partis changeaient quelquefois de rôle, les chefs abusèrent souvent de leur influence momentanée pour devenir victimes à leur tour lorsque

leurs adversaires obtenaient l'avantage. Le supplice, les destitutions, marquaient l'avènement du p^rti vainqueur : de là*, des haines héréditaires entre quelques grandes familles de Suède, et que les révolutions subséquentes n'ont pas entièrement effacées.

Le détail de toutes les intrigues dont un intérêt étroit était la basç exigerait des développements que ne comporte point le cadre restreint de cet ouvrage : après avoir caractérisé l'esprit des partis, nous nous bornerons à une récapitulation rapide des principaux résultats ; on pourra se convaincre que la réduction territoriale d^ la Suède , et en même temps le discrédit de sa politique dans les rapports européens , ont suivi la progression des influences protectrices. On remarquera atissi que la France n'a profité que momentanément du concours suédois , tandis que la Russie et la Prusse, parce qu'elles eurent constamment leur système propre, et que leur position géographique les miettait en contact immédiat avec les provinces contestées, finirent par attirer à elles tous les bénéfices du conflit. Le plus puissant de ces deux États , la Russie, grandit dans la mesure de ses moyens d'action, et aspura aipsi sa prépondérance. Dans la guerre , elle étendit ^es frontières ; en tempç de

paix y elle consolida ses conquêtes et prépara les moyens de les reculer encore : un empire plus feible que ses voisins réunis , mais plus fort que chacun d'eux, quand les rivalités sorties d'une longue existence politique divisent ces derniers , s'il procède avec patience et suite, doit finir par tout absorber. . '

Dans la diète de 1726 à 1727, les partis étaient déjà si animés, que Ton condamna à mort 1« comte Maurice Wellingk, pour violation de la constitution et de son serment de sénateur. Il n'^était pas plus coupable que les autres, mais il fallait uùe victime aUx partisans de Horn. Cette sentence fut commuée en une détention perpétuelle ; le vieillard mourut comme on le conduisait en prison. Jusqu'en 1731, la Suède jouit de quelque repos, le commerce reprit de la vigueur; les arts, les sciences et les lettres jetèrent un éclat qui annonçait un siècle poli. Cependant les intrigues politiques naissaient de la nature niême des choses : Horn et ses partisans voulaient établir l'hérédité de la couronne dans la femiile de Hesse-Cassel ; un autre parti, celui de Gyflenborg , appuyait les prétentions des princes de Holstein. Gyllenborg, dont la reine contrariait les plans, parvint à mettre la désunion entre elle et son époux, en inspirant à Frédéric une vive pas-

sion pour mademoiselle de Taube, que le prince épousa de la main gauche.

Les affaires de Pologne, à la mort d'Auguste H, imprimèrent une nouvelle activité à la politique de la France, et réagirent sur les partis en Suède. Horn, «inemî de la guerre, était appuyé par l'Angleterre et la Russie ; dès lors , Gyllenborg se jeta dans le parti de la France. Maïs le cabinet de Versailles tenait plus à Talliance de la Russie qu'à ses engagements avec les états de Suède; le pays se trouva donc réduit à ses propres ressources, en présence d'un ennemi formidable, et dont lefe forces avaient triomphé des armées de Charles XII, et cela à une époque où il y avait de l'unité et du dévouement dans la nation. Le major général Lôwenhaupt passa dans le parti de Gyllenborg, que soutenait aus^ le comie Tessin. En "1758, le parti français l'emporta définitivement ; Tessin fut nommé maréchal de la diète ; l'alliance firainçaise fut conclue pour dix ans : Horn se vit obligé de déposer ses fonctions, ses principaux adhérents furent dépouillés de leurs dignités. Les rivalités politiques prenaient de plus ei!i plus le caractère d'une guerre ci- Vile, et elles rappelèrent plus d'une fois les diètes du champ de Wola. C'est à cette époque qu'eut lieu l'assassinat du major Sinclair, qui se rendait à

Constantinople pour exciter le divan contre la Russie. Les préparatifs de la guerre se firent arec une ostentation à laquelle la faiblesse des résultats donnait un caractère puéril. Les Russes triomphèrent de ces troupes mal dirigées et mal payées ; sur vingt-cinq mille hommes qui avaient quitté les rivages de la Suède, à peine en restait-il trois mille en état de porter les armes. Toute la Finlande dut prêter serment de fidélité à l'impératrice.

 la diète de 1745, un grand changement s'était opéré ; le parti français avait à répondre des suites d'une guerre désastreuse ; le peuple, las de sacrifices, voulait la paix. Les partisans de la Russie prirent le dessus; on résolut d'élire un prince agréable à cette puissance, et le choix des états tomba sur le duc de Holstein, qui décUna cette offre.  cette nouvelle, les députés des paysans se déclarèreat pour le prince royal de Danemark ; les Dalécarliens serévoltèrent et poussèrent jusqu'à Stockholm; l'insurrection menaçait de devenir sérieuse, lorsqu'on apprit que la Russie consentait à la paix (1), et à la restitution d'une partie de ses conquêtes en Finlande, si les Suédois choisi^ient pour prince

(1) Tmiià'Aho,

royal Adolphe-Frédéric , évéque de Lubeck. Cette élection eut lieu, et le triomphe du parti russe s'annonça par le supplice de Buddenbrok et de Lôweuhaupt.

Le Danemark regardait avec raison l'élection.de l'évéque de Lubeck comme une insulte au prince royal, élu, précédemment par le vote de trois états.

£n conséquence, il se prépara à attaquer la Suède par la Scanie et le Bohuslàn. La Russie^ qui venait d'imposer un roi à la Suède, fut encore suppliée de la protéger; mais bientôt Adolphe-Frédéric se tourna du côté .de la cour de Berlin, et demanda en mariage Louise-Ulrique , sœur de Frédéric II ; de son côté, le vieux roi, instruit par rexpérience, se rattacha au parti russe. Louise-Ulrique était une princesse d'un grand caractère et d'un esprit cultivé. Les intérêts de la Prusse, alors en guerre avec la Russiç, la déterminèrent naturellement à user de l'influence qu'elle avait sur l'esprit de son époux, pour le décider en favejir de l'alliance française. La naissance du prince Gustave, la rendit plus chère encore à la nation, et l'habileté du . comte de Tessin la seconda puissamment dans ses

projets.

A la mort de Frédéric, en 1751 , la Suède avait remplacé l'alliance de la Russie par celle de la

aw BtiVOLUTIONS

Prusse; mais la reine^ que le parti des chapeatix avait flattée du rétablissement des prérogatives royales, s'était enfin aperçue que ses conseillers ne travaillaient que pour leur propre compte. Dans les dernières années de Frédéric , la cour s'était donc rapprochée des bonnets. En montant sur le trène, Adolphe -Frédéric s'appliqua à donner plus de consistance au parti de la cour, et à diminuer l'influencé delà noblesse. La diète de 1755 dessina nettement les prétentions des partis ; le comte de Tessin futnommé maréchal. D'une part, le parti de la cour reprochait au sénat d'introduire le désordre par une vénalité honteuse ; de l'autre, on accusaitle prince, et 8urtoutlâreine,denourrirdes projets liberticides, et d'aspirer à l'établissement d'une monarchie safnblable à celle que Frédéric III avait fondée en Danemark. Les ennemis de la reine l'accusaient de ce qu'elle afifectait de montrer des sentiments antisuédois, et ne négligeaient aucune occasion d'exercer sur sa conduite un. contrôle blessant. C'est ainsi qu'on la contraignit à renvoyer le poète Dalin, sous-gouverneur du jeune Gustave , et qu'on l'obligea à représenter les diamants de la couronne, dont die avait engagé une partie à Hambpurg pour solder ses partisans^ En 1756, on découvrit un complot formé par la reine pour détruire, au

profit de la couronne, lès privilèges de raristocratie* U parait que le peuple était favorable à oe changement ; mais le sénat, averti à tempa, se vengea de la cour sur les chefs de l'entreprise. Le comte Braha, le baron Horn, et quelques autres officiers furent décapités; Wrangel et Hàrd échappèrent au supplice par la fuite ; une cinquantaine de conjurés fureiit condamnés au bannissement^ à l'exposition, a la prison et à Tamende. «Quant à la reine, on se contenta de la feire admonester par le clei^é» Bientôt apjcès , cette malheureuse [nrincesse se vit forcée de se déclarer contre son frère dans la guerre de sept ans. Cette campagne acheva de ruiner la Suède, et détruisit le dernier prestige de sa répur tation militaire. En 4762, la paix fut signée avec la Prusse ; mais le désordre des finances, et le triomphe alternatif des partis, sans aucun avantage pour le biça public, avaient mjuB la Suède dans une po*r i^ition presque désespérée. Le roi était bon, mais &ible ; la reine lui ari^cba cependant un acte de vigueur. Le sénat s'était refusé à la convocation des états, contre la volonté et le droit du monarque : Adolphe-Frédéric déclara son intention d'abdi* quer> et s'obstina à ne rien signer tant que les états n'auraient pas été convoqués. Le sénat dut céder> et dix de ses membres furent destitués. Cettedîète^

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d'où il ne sortit qne des. mesures financières, presque aussi désastreuses que le mal lui-même, prouva seulement qu'on ne trouverait aucun riemède dans la constitution. Les princes Gustave et Frédéric se rendirent à Paris, accompagnés du comte de Scheffer; là, Thé wier présomptif de la couronne se lia avec le duc d'Àiguillôa , auquel la disgrâce du duc de Choiseul ouvrait la perspective du pouvoir. H n^est point douteux que^ dès cette époque, la cour n'ait songé à se ménager l'appui effectif de la France, pour se m^tre en état de dominer à son tour les partis. De son côté, le cabiùet de Versailles avait intérêt à donner plus de force au ponvoir royal en Suède : il avait fait à ses dépens l'expérience de tous les embarras attachés au système suivi jusqu'alors. Mais tout porte à croire que lorsque Gustave apprit la mort d^ son père, il ne quitta point la France avec l'intention arrêtée de foire un change^ ment radical dans la constitution. Il espérait, à l'aide des subsides de Louis XV^ se concilier les membres les plus influents des deux partis, et puisque la vénalité était indispensable, la faire tourner du moins à l'avantage de la couronne et de l'Etat. Les événements l'entraînèrent dans une direction contraire, et la nécessité lui fit opter pour un moyen extrême dont il accepta les avantages et le danger.

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