‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 33 sur 42 · SM RÉ70LIFTI0MS · texte numérisé non relu

SM RÉ70LIFTI0MS

prétexte plausiiile de sévir. En attendant le dénoà^ meiit de œ grand drame, les troupes étrangères vivajjent {i discrétion sur le sot delà Pologne; les 9lf|i88ieQs surveillaient les Russes^ et réciprO(pement, comme il arrive toujours dans les alliances dont un intérêt illégitime est le motif.

Sur les vives représentations de Frédéric , et malgré les prières de Poniatowski, datherine Venait de donner l'ordre à ses troupes de se retirer^ lorsque Auguste , qui était encore roi de Pologne de nom, termina sa carrière. Uabsence de compétiteurs étrangers prouva que tous les cabinets de FEurope regardaient la question d'élection comme étant ee3entieHement russe. Le seul électeur de Saxe osa se mettre sur les rangs ; le peu de succès de ses IHrètenîions ne servit qu'à fsire ressortir encore pivts l'inégalité dé la lutte.

Catherine répandait l'or et; flattait habilement Forgueil national en déclarant que le trône n'appartiendrait qu'à un Polonais. Les Czartoryski intriguèrent pour eux-mêmes, tout en épiant le choix de Catherine , et se réservant d'appuyer l'élection de Poniatowski, dès qu'il ne leur serait plus possible de la traverser, toujours dans l'espoir de réaliser leur vœu secret, la réforme monarchique de la eonstittttion.

Leâ sympathies nationales désignaient au trône Branicki , indépendant par son caractère et sa fortune, 6t que reeommpndait en entre saréputation militaire. Leprimatavait de bonnes intentions, mais ilsavaitplutôtéloignerlesdifficnltésqnèles détruire. La reconnaissanceFattacbait àGath^ine^ qui luiavsk ftiit remettra 4 4,090 ducats , comme dédommagement des dépenses occasionnées sur ses terres par le séjour des troupes russes. Le parti de Tétrangar et celui que soutenait l'intérêt nationalise balançaient mutuellement, toujours appuyés ou contenus par la politique, en apparence modératrice, qui conspîr rait leur ruine commune. L'ouvatture des dtétines fut fiiée au mois de février 1764. La diète générale devait avoir lieu au mois de mai suivant. Kayserltng, qui tenait le fil de toutes les intrigues, déclarait à ceux qui , comme le grand trésorier Wesel, voulaient abolir la royauté pour établir un gouvernement purement aristocratique, et aux par^ tisansdes Czartoryski, qui tendaient à fortifier la monarchie, que la Russie, d'accord avec là Prusse^ ne permettrait aucuns changements organiques dans la constitution. Le parti le plus énergique^ celui qui se portait pour Branicki, redoutait toute innovation qui s'introduirait sous la protection étrangère ; de sorte ^ue Cathœine, s^ de fsHf

en principe y appuyait ou contrecarrait en même temps les uns et, les autres. En attendant , comme si' elle n'eût fait que céder aux sollicitations des Czartoryski^ elle faisait marcher soixante mille hommes sur les frontières. Sur ces entrefaites, le prince Repnin, neveu de Panin, fut envoyé à Varsovie. Dès lors la politique russe prit une allure plus décidée, et l'élection de Poniatowski fut regardée comme inévitable. Au milieu de toutes ces brigues^ les cours étrangères restaient inac« tives. Kaunitz feignait de regarder comme impossible le choix de Poniatowski ; la France couvrait sonhésitation du même prétexte. En attendant, Mercy déclarait que le cabinet de Vienne s'opposerait au démembrement de la Pologne, et ne permettrait pas que Ton détachât de la république un seul village; mais son intention réelle était de montrer ce que pouvait l'Autriche dans une question qui intéresiiait à un si haut point sa politique ; en un mot la mesure de sa résistance n'était que celle de ses prétentions. La mort de l'électeur de Saxevint resserrer encorelecercle des combinaisons. A cette nouvelle, tous les ennemis du parti russe se rallièrent autour du grand général, et prirent la résolution de s'opposer par tous les moyens, et mèipe par les armes, ai) choix de Poniatowski.

DES PEUPLES DU NOHD. 2ii

Si rÀutriche et la France, au ^eu de ëe borner à des déclarationis , eussent armé pour soutenir tes droits de la Pologne, la Turquie, éclairée sur le danger de sa position, aurait suivi cet exemple, et le projet de Catherine eût échoué ou aurait été ajourné , soit que les Czartoryski dussent réussir dans leurs réformes constitutionnelles, soit que Branicki fut parvenu à rallier à lui} le^ forces du parti national. Catherine et le roi de Prusse répondirent aux notes des cabinets de Versailles et de Vienne par un traité d'alliance. Ce fut sous l'influence de cette mesure significative que les diétines s'ouvrirent. Dans le district de Varsovie le parti russe eut l'avantage; [partout ailleurs les patriotes triomphèrent. En lithuanie, Massalski se fit nommer par surprise ; mais Radziwil protesta à main armée contre ce résultat, et réduisit ses adv^saires à recourir à la protection des Russes. Dans la Polo-

gne prussienne, les manifestations* sérieuses des opposants durent également céder à la force étrangère.

Plusieurs sénateurs protestèrent contre cette violence d'autant plus dangereuse qu'elle se présentait sous l'apparence d'un excès de zèle pour la conservation des anciennes formes républicaines.

Le 9 mai, jour fixé pour l'ouverture de la diète,

SH EÉYOLUTIONIS

k nmédbal s'ayaonga au milieu lie l'aiseixJidée, où s'étaièai rendus les seuls partisane des Czartoryski^ et tenaat renversé le bàtou^ signe de sa dignité, il déclara que la pressée des troupes mettant obsta^ diS'à la lîiDerlé des délU)érations, il arrêtait l'activité de la diète. Le parti duigratid général fut contraint de se disperseb ; Badziwil se réfugia sur le territoire tairCy et les Gzartioryski, maitres«<^es délibérationa deladii^e, s'empressèrent d'introduire les réformeg àim% ils espéraient le sdiut de l'État. Toutes lea granides diarges ^ui neutralisaient le pouvoir roya) furcÂt abolies > et on leur substitua des conseil^ placés SQuslamaià du roi^ on essaya même de remplacer rnuanîmité par la pluralité des suffrages j^ mais Kayswlin^ et Repnin s'y opposèrent. La pr0"> vince de {Crusse fat pivée de ses privilèges ; on 11^ B»tii le nombre de âes députés ^ et par ces ipesure^ on neutralisa sa résistance*

La diète s'émit ebangée en une confédèrationdont le ^nee Auguste venait d'être nommé maréchal général^ lorsque les ministres de Russie et de Prusse désignèrent au primat le prince Poniatowski comme le candidat de leurs cours.

Malgré les ennemis des Czartoryski et les efforts des patriotes qui pressentaient le sort futur de la Pologne^ Poniatowski fut élu roi à l'unanimité ;

DES rmnm mi ii obd. wt

m»8 iur .quatre-vûm^t nulle mfifrègls, ifMgé taiUè seuIemeBt témoifpàèteoi q^ la diètes ç6ea|losé$ ééa^ partUaps des Czartoryeki, ik'èîêk qu'ilaè Saiblé m» norité dans la nation»

Quelque t^mps avant q^Ca^ierinjs «fittnqpteé un ]roi à la Pologfofei moins pout se dônfler iaaa^* tis£action de couronner no ancien fetori, que péék se m^àuiger le pr^texte^péd^e^ùx d'îuter venir o(mmm protectrice àtm% la lotte qtii se prépesAil;^ le psinci Ivan terniioait sa longue ca)ptiv}té par une fia tragique. ]L«s circonstances de ce meurtre^ la i?iiaQO d''État qui motive^, sans le» justifier» les emmet déa souverains; devaient £aî2*e planer de|^Tles âoufiçoiÉi sur une princesse qui avait dcgà sActf fié soh èpù^% è ^nambition, Catfa^inel^a'vaît Vopmùn pi»hli^(iiiè^ persuadée que la gloire de nm fègrie i'absoudnit» Poniato^ski était à ^>ne monté attriBtrène'què déjà des commissaires Tutoes dressatéat la caite daa provinces convoitées» La Russie se prépanât à est* vahir une étendue de plus de deux «énfts lieues^ depuis la Baltique jusqu'au Dniepr* En prédeiuSfè de ce danger^ le nouveau roi, impatient dé la tutdla des jCzartoryski, cherchait à s'étourdir dans tes plaisirs d'une cour dissoliie ; quelquefois', pifëvèyaiit que la condescendance qu'on exigeait de lui irak îusau'à l'avilissement « il se tourdaiit vers l' Autridie^

288 BÉVOLÛnOMS

dans l'espoir dfobtenir la maiu d'une ardiida-chesse. Alors le roi de Prusse prenait un ton menaçant : « Je lui écraserai, disait-^il , la tête avec sa couronne. »

Kayserling* était mort; Repnin n'était qu'un bomme d'action : la politique à la fois profonde et déliée de Sald^n lui vint en aide. Le nouveau ministre avait pour mission d'assouplir ou de briser toutes les résistances^ de balancer l'influence du roi et des partis, et de ne prêter appui à la réforme constitutionndle qu'autant que les avantagies du changement seraient mis à la disposition de la Russie. Gaffa^mpie , toujours hostile à la France , exigeait de la Pologne là ratification d'un traité d^alliance of feosive et défendve , en vertu duquel la république lui &>umirait au besoin un secours de cinquante mille honimes. La tournure des négociations avait donné l'év^l au cabinet de Versailles ; les agents français firent preuve d'habileté en mettant à jour les intentions de l'impératrice et de Frédéric ; mais il fallait plus que de l'habileté pour conjurer le danger.

; La mesure qui devait feK^iliter toutes les autres était Talhance du Nord : la Pologne, une fois consentante, se serait trouvée désormais irrévocable-* ment enlacée dan» la politique russe et prussienne :

d'une telle dépendance à un partage il n'y avait qu'un pas.

Cependant Saldern jugea à propos de soumetti^e les propositions de sa cour à la diète qui devait s'assembler ; et comme il ne pouvait espérer d'emporter à l'unanimité une question si blessante pour le sentiment national, il permit de perpétuer dans cette diète la confédération nationale, certain que les menaces et la corruption asserviraient au parti russe la pluralité des suffrages (1).

Il était important de sonder les dispositions de Frédéric j Saldern se rendit à Berlin, mais il n'obtint de ce prince qu'une réponse évasive^ quant à l'alliance du Nord: pour ce qui regardait là Pologne, le roi déclara qu'il agirait de concert avec I9 Russie.

Catherine ne se contentait point de contenir la résistance par un grand développement militaire ; elle faisait servir à ses vues les réclamatiôiis des dissidents , associant le triomphe de son ambition à celui de la tolérance ; elle s'appuyait même au besoin sur le sentiment national : c'est ainsi que, lorsque Poniatowski feignit de se rapprocher dewses

[\] Il De faat poiot perdre de 7ne que dans les diètes les qvesiîoiif ne passaient qo^è l*unaiiîniitë, tandis que dans les confédérations la plaralité emportait h dédsîon.

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«M ftfiVOLUTIONS

KMicics pour tcasAir qudqoe popvfaurité ^ RejMiiii se tounia do cAté des patriotes, et les avertît de se tenir en garde eontre les menées dn roi, protestant qoe sa souveraine ne sonflBrirait pas qu'on violât l'ancimne constitution.

De tontes les réformes qae méditaient encore les Gtartoryski , celle qni devait garantir tontes les antires était la fixation des forces militaires de la république. De cette mesure dépendait réeOement le salut de la constitution monarchique : il s'agissait de soustraire cette question à la décision unanime , pour en faire une simple guestion de majorité. L'opposition formelle des ministres russes prouva combien les prétendus protecteurs de la Pologne avaient intérêt à y perpétuer l'anarchie.

L'ouverture de la diète mit à nu la Caôblesse de Poniatowski ; les nonces sur lesquels le roi comp* tait le plus rejetèrent la loi sur l'armée, de même que celles qui réglaient l'impôt, et qui substituaient la pluralité à l'unanimité des sufifrages. L'ancien fevori de Catherine s'évanouit sur son siège; plus tard» il montra quelque fermeté, mais cette résistance tardive resta sans efiet, parce qu'elle n^était ni dans sa position ni dans son caractère.

La discussion sur les réformes éèjjk opérées et

DES PEUPLES DU NOR». 3m

^r céllèi qû'oUi vètniè de rëpoussor avéU ébteirfi, par la seule ft»«ee de révideiftoê, les {Ité^mliotes Iqb plu6 c^pitiiMnes ^ Frédéric m Gâtheriae jtigèreM qu'il était temps de détourner l'attentioH géfaëiyt éfi soulerant la qw^stion des dksideiits. «On sait que la noblesse dissâd^ute demandait réalité pobtîqUfe et la participation i tons les drbits inhérents à h souverainetés Gomme les ennemis de la P<d(»gne l'avaient prévu^ le dissentiment reb^eux empéofat l'accord politique* Stanislas - Âu^ste crut hitt preuve d'habileté en éludant les questions par édk interprétations subtiles ^ où il se pkisait à hitt briller son éloquence apprêtée et prolixe : âinsîi lorsqu'on le pressait sur les empiétement récents de la couronne, ses partisans raménoieht la disbtt$^ «ion à des points de «croyance. Ce système équili^o* que irritait les républicains et tes Russes ^ et les réunissait n^ntientanéhient dans une oppositiota commune.

dépendant les menaces de la Russie et de là Prusse triomphèrent ; le prtnde Auguste dut |»t)poser lui*» même à la diète l'abd^iticm des lois sur l'impât^ sur l'armée (^ sur le Memm veto ; on fit quelques conËessiiMis aux dissidents { d'uai aitfxe edté , h$ grandes eharges de la république ne £urent point Miablies , les amitt Mnsefls laissèrent au roi iiae

gruide influence dans l'administration ^ et la [4aralité des soffirages fdt maintenue dans les diétines des provinces , de sorte que le résultat semblait calculé pour perpétuer le désordre.

L'annonce d'une confédération générale mit de nouveau les partis en présence ; le référendaire Podoski s'efiforçait de renverser Poniatowski, et d'établir un pouvoir oligarchique sur les ruines de la monarchie : il espérait arriver à ce but^ que semblait approuver Panin, par le concours d'une double ligue j l'une catholique , l'autre dissidente. Repnin disait tout haut que la confédération n'aurait qu'un rôle purement passif; les patriotes cherdiaient à se faire illusion sur les intentions de Catherine dont les trou{ies inondaient les provinces polonaises^ et comme pour donner le change à leurs appréhensions, ils faisaient dépendre de la chute du roi le salut de la république. Deux seuls partis restaieut à prendre; mais l'un ou l'autre exigeait, pour réussir, un accord qui n'existait pas : le premier , et le plus sage , c'était d'accepter pleinement la protection de la tsarine , de la contenir en quelque sorte par sa propre magnanimité» sauf à se débarrasser plus tard de la tutelle moscovite ; le second consistait a faire une large part au pouvoir monarchique, que le roi fut Poniatowski ou tout

autre ; car les hommes passent et les bomies lois res*' tent : de cette manière , on eut pu tourner contre l'étranger toutes les forces nationales : mais il serait superflu de s'arrêter à des hypothèses seulement admissibles dans un autre ordre de fûts : la Pologne ne pou¥fflt sortir de la crise où elle s'agitait, par l'effet des mêmes vices organiques qui rya;vaient précipitée.

Radziwil venait d'être désigne par le cabinet de Pétersbourg comme le chef de la confédération ; c'était un avertissement sérieux pour Poniatowski : Repnin lui montra soixante mille signatures, ex* pression de la force du parti qui voulait sa déchéance ; dès lors, désespérant de régner autrement que sous le bon plaisir de l'impératrice, et n'ayant pas assez de force d'âme pour rentrer dans la vie privée, il ne songea plus qu'aux nfoyeiis de capituler avec décence. Radziwil fot nommé maréchal de la confédération de Radom ; mais a Finstant même où les républicains comptaient sur l'appui des Russes, Repnin Faisait poursuivre tous ceux qui prenaient la liberté au sérieux ; il déclarait que le seul moyen de ne point encourir la disgrâce de sa souveraine, c'était d'obéir au roi s'il revenait à une conduite plus^age, c'est-à-dire s'il consentait à agir conformément à la direction de la Russie : c'est ainsi que

m HÉTOLUTiCKDIi

CMiimiienrotralisait ks u^es par ks cutimtoot» tn infiueBces qm lui faisaient dastaclB » %t qu'dk ftribiBphait sans oKort.

B&hb k tuite de la Rmsie cimtne la Fdo^e, on trouve ceHe d«8 deux piwdpes eoctr^nes dans l'éeh^le des gouvernements: : d'une parl^, rautor émtîe a\nec gep rioes de déteik, mais compensés par la force et l'unité de vues qui font et assurent les OMqisétes; de l'autre ^ h liberté portée }«iaqu'à la Kcenee, exaltant rbéroiame indôiéAiie]:^ sans profit p^Mir la chose pubHqœ, et pounosraat le triomphe d%n intérêt pu d^un parti, dât eet intérêt ou ce parti s'abtnier phfs tard dans la ruine commune.

Ctoberine avait l'an^bitio» de» grandes àmea; 4lie voulait agrandir 96s Btats el élever en même temps F^^prit de «on peuple : en le montrant puiaâiint, e}le votdait ehcore qp'il parâ$ digne de l'être. Mais eile avait mu s^s trop enfuis pour ne pas voir que la pdbtesse de sa ecmr> les monuments qui s'élevaient dans les deux œpitaks, et toutes les fondations utiles qui t^oignaientdfs sa sollicitude, n^étaient que des (^nprunts à la ctvilî^tiœd ^uro-* péenne ; en un mot, que les mœurs de la vieille Russie protestaient contre les innovations qiiî émanaient de la volonté souveraûie et non des élé* mfnts de k vie publique. EUe essaya dom d'agir

plus di]?wt^mmt 9ur le9 ipoq^r^, pair ré4ttCf|tî$i9i d^ h^ générât^ ilpttv^lè ^t par une ré^rp» législfl-' tive. Cette dernière tâche pf^t^^rfioiit de grwdi^ cbffîculté$. La base du code ru^ ét^it YQuiqjé^ié

d'Alexis MikbBélovitch) modifié paï les ch^ngeqi^^atr que les réformes de Pierre h Graad ayai^pt re^du^ nécessaires, l^a peine de mort av^it é|é aba}ie piMr Pisabeth ^ ^A 1753^ et réseryée nxxi attentats de liaute trahison et aux crimes de lèse -«majesté , c( qui avait entiérem^t changé la jmri^prudence cri* pûaelle. |^ eoaditipn du clergé, des coloQi,^ des populations récemment incorporées à l'empire^ des peuplades tributaires, des étrangers qui, ^ns avoir les privilèges de la. noblesse, ne pouvaient être emr fondus avec les serfs : enfin. Vétat des s^f^ eiwr mêmes, tout indiquait la nécessité de coo«^nn^^ en les rattacb9nt ans institutions russei-flaives les éléments divers que la seule force du désp^tiame tenait juxiapo^, san& leur doener la cohésion d'un état homogène,

« Catherine convoqua dans L'aneimne «api^ une assemblée dont les députée représentaîmit toutes les provinces et même k^ peuplades teîbutaires.

« La variété de physionomies 9 de GOilunEm> d^ langage»^ piésentait w asp^t bimye^ et ttfaû.qMÎ

aurait ignoré le motif de cette réunion aurait eu de la peine à se figurer que ces hommes formaient un même corps de nation.

ec L^état misérable de ces peuples, dit Rulhière, se faisait sentir dans l'instruction préliminaire qui leur était adressée, soit par les détails où Timpératriée se crut obligée de descendre pour ceux de ces législateurs qui ne savaient pas écrire, soit par Tordre qu'elle donnait à ceux qui ne la comprendraient pas, de la relire qu'à ce qu'ils l'entendissent, mais surtoqt par les étranges récompenses promises à ceux qui auraient travaillé à ce* grand ouvrage* lis devaient, entre autres privilèges , être pendant toute leur vie exempts de recevoir la question, à moins que ce ne fut sur un ordre même de l'impératrice, n

Catherine, placée dans une tribune d'où elle pouvait tout voir et tout entendre, sans que sa présence génàt la liberté de discussion, trouva tous ces députés plus disposés à applaudir qu'à délibérer. Les Samoyècles eurent les honneurs de cette première^ séance; un d'eux, prenant la parole au nom de ses collègues : « Nous sommes, dit-il, simples et justes. Nous faisons paisiblement paître nos rennes.HNMis n'avons pas besoin d'un codenouveau; loais feites pour les Rusaes, nos voisins, et pour les

gouverneui^ que vous nous envoyez, des lois qui répriment leurs brigandages. » Quand il fut question d'améliorer le sort des paysans , on prononça le mot d'af&anchissement ; ce mot^ destiné à avoir de Fécho dans les salons d'Europe, en trouva dans les campagnes : mais les seigneurs, qui ne voyaient dans cette mesure qu'une atteinte portée à leurs privilèges, sans aucune compensation imniédiate, prononcèrent des menaces contre quiconque délibérerait sur ce sujet : l'impossibilité ou plul^ l'inopportunité d'une tentative ^ que l'ignorance des serfis et l'intérêt de leurs maîtres rendaient inexécutable, fit abandonner tous ces projets de réforme : les innovations radicales résistent rarement à l'épreuve de l'application.

L'assemblée, qui commençait à donner quelques inquiétudes à l'impératrice, fiit dissoute, et l'on décerna à la souveraine les titres de grande j de sage , de prudente et de mère de la patrie. Elle répondit avec ce tact exquis qui la distinguait, « quB si elle se rendait digne du premier, ce serait à la postérité à le lui donùer ; que la sagesse et la prudence étaient des dons du ciel dont elle le remer* ciait chaque jour, sans oser s'en attribuer lem^ite; qu'enfin le titre de mère de la patrie était le plus précieux à ses yeux, le seul qu'eUepût accepter, et

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qu'ei)e}er^r4»ît;c0m»^^l^plu&dc]|uce|^ {4wfi^ xi^^ réçqmpwse de se^ travaux çt de sen ^lUci^ |ii4w pour im peuple qi|-elle çhérwait. ^ ^ com* péaforfitioa de c^tte réunion , dont l'ef fi^t ne fu^ p^ii perdu pour Gatberipe, elle fit préseiit h fkfipm^ 4e9 dépptés d'une médaille d'or. La plupart d'entre 1^ ét^i^nt si peu en état d'apprécier la valeur ho* nQPifi.((|ue de P9 dQU, qu'ils jx'y vir^t que celle du métal ^ et pour les réduire à leur valeur iutrin* lèque^ ils vendirent oe^ piédailles aux or^âyres de lloscipu(l). 1^

Catherine eut le bon esprit d'abandqiiner des iéfan^es pi^éip^turées ppur s'occuper des am^OH S8itîpp9 possibles^ Son congrès législatif fut remplacé par une commission permanente dont l'emploi resta longtemps borné â) un bassement méthodique de teuseîgneinents. Elle répartit le sénat et les grands tribunaux en sections spéciales ; le cercle des juri* dictions fut simplifié ; elle établit des cours de conçiliQtion dont les attribution^ étaient analogues a cfillen de nos juges de paix ; elle eut soin que lafieine infligée «ux prisonniers et aux détenus ne fut point aggmvée par un traitement rigoureux et par des délais illégaux } eoén, pour 6ier aux juges tout pré*

W Vo|«f MlrA Bi^toire de tntns^ «u régna 4e Gtlheiîiia II.

DES miVÏXB m NOAD. m

et fixa le temps après lequel ils af^i^i^iqli 4$^t k

«a9 p«asîim4fiv^ti«ile,

. Sa elèm^Qce, aws> bien que m s^yéprît^i étprt d'«ttft0om8eraîoe« Ua iniJiyidu, noiQivé Tçhéglofco^, {hI airrèté à l'iwtaat ménie où ii f^'appréi^ili à^ f SS^is^ «inei» ; elW wiilitt l^ YQir, ^t n^ttriljuant te 4ft«ftPa d^ ci^t ]^Qinm9 qyi'êl ivn^ enaltatiO(ft jwaladive , elle se gmtentft ^^ l>3^ileir9 et adipit ^ ^ m l^ophre

y^kt ç)^ art», db» scieopkces et d^s léttrpg^ ajQfïr j^ iQit à la glpiçe d« ^pn r^n^ i 1« décq^ v^fi de^ î}gç

ilÉQiil^ WYfft^ *H? ftufiis^ lll^ riche ip^fçhé pmv le. cx^minerce des fo^rn^res; des ^vai^ff pftroQiir9«Em( rç<l»pire pp^ç W slgi^^l^r les r^sftôucmas ûlOQnHKl^9 et les. pi?é^iigés de fj^ii^ope iMabfôMt deirant les stii'apti^ o^j^ploTOti^^ 4^ Baltea.

Sans doHte oe tableau a ses ombrer ; la p>em$ Biain qui distribuait avep mesure des eooopjrag^r isents mx travau;;^ et mu services utiles pcodi^wit h» trésors de l!empirii à la cupidité des £»y^ris ; il Mt des natures exceptionnelles qui pprt^t à l'excès les £ftutes comme les qualités : pn dirait qu'elles craignent qu'on ne confimde leurs écarts ^^m des fiûhlesses ordmairefiy sans songor que plut ell^ Içs

enTÎrcHiiieDt de grandeur, plus elles les signalent au blâme univenel.

Les afiaires de la Pologne approchaient de leur dénoûment ; Poniatowski ne voyait plus que par Repnin ; les confédérés , déçus dans leur espoir^ prenaient instinctivement le parti d'une résistance systématique à toutesles mesures du gouvernement : RephiA transporta de Radom à Varsovie le siège de la confédération. Radziwil , las du rôle qu'on lui faisait jouer, avait tenté de s'évader, mais les Russes le contraignirent à rester dans- la^ capitale. La réunion préparatoire fut orageuse ; la plupart 'des nonces repoussèrent courageusement toutes les propositions des créatures de Repnin ; le nonce en pape se présenta dans l'assemblée, remit à Radzi- Viil un bref du saint-père , et parla avec tant de force contre les dissidents , que tous les assistants jurèrent de mourir pour la défense de la religion. Le roi déclara qu'il accédait à la confédération dont le rôle était restreint à l'aeceptation pure et simple d'une constitution dictée par Catherine ; et qu'après cette session où ne figureraient qu'un certain nombre de députés choisis dans le sénat et l'ordre équestre , auxquels s'adjoiiidraient les députés des dissidents et des populations grec«ques y la diète aurait à ratifier ces dispositions ,

DES PEUPtES DU NOUD. ^ S04

en s'abstenant du ^rait d'examen et de discussion.

L'évéque de Kaminiec^ Krassinski, avait informé le divan de tout ce qui se passait en Pologne; son plan était de former une confédération armée sous la protection de la Turquie, et de rejeter les troupes russes hors des frontières. Ce projet, quoique tenu secret, parvint à la connaissance du roi qui en avertit Repnin. Krassinski s'était prudemment éloi^ gné, mais les évéques de Graoovie et de Kiovie, ainsi que les deux Rzéwjiski, furent enlevés et transportés en Sibérie. Les républicains croyaient qu'il ne leur restait plus qu'à se résigner. Repnin avait reçu l'ordre de sa cour de presser par tous les moyens la décision des points importants, et de se montrer facile sur le reste. La cause de cette précipitation était l'attitude menaçante que venait de prendre la Turquie, sur les représentations de l'évéque de Kaminiec et des agents français. Le cabinet de Pétersbourg, pris à l'improviste, avait donné l'assurance que les.troupes russes évacueraient prochainement la Pologne ; c'était l'instant.qu'attendait Krassinski ; mais le zèle d'un de ses agents compromit le projet qui , pour réussir , demandait non moins de patience et de sang-froid que de courage. Poulawski excita prématurément la rébellion dans

SBt EËTOLunons

les provilices méridionalcB, etreiiouvefe la fcoftfédôi ration de Radom; quelques succès faciles ébloui* rent les patriotes ; on «e confédéra partout où dea réttniona étaient possibles: dans les engagements petl^êrietix, les Polonais avaient souvent l'avantage t mais h peine étaîent-ile parvenus à rallier en Un . Corps qudqttes bandes êparses , qu'ils perdaient dans une seule attire tout le ^ruit de leura succès partiels.

Les Russes, mattrês de Varsovie, emportèrent

feuccessivement Barr, Berdytebof, Cracovic,'M

dispersèrent les confed^*és IttiiuanieDs. Les affeirtt

des patriotes étaient déseapéréfes , lorsqu'on apprit

qufe le divan venait de déclarer la guerre à la Russie-.

Par un retour subit, les Polonais virent leur salut

dans l'ititêrveiition active des Ottomans ; et c^)en*

dant, qu'importaient à ces derniers l'ot^anieatitttt

intérieure de la Pologne, la limitation de la préro^

gative royale et la question des dissidents ? Ss n'a-

Vaient avec les confédérés qu'an seul intérêt com-

rêter les empiétements de la Russie j

tent triomphé des généraux de Ca-*

iraient guère mieux traité leurs allié*

mis, et il est probable que Iës Polo*

. vus réduits à prendre les aram

tendusaoslliaires : qouid une iwtioMi'

DES )PfiV^LtS «tf KORD. «M

tm hotè d'état de se défeildi*^ p^t élleHÉiéttié> ^dte ne peut que changer dé servitude.

Les provinces méridionales^ menacées {Parles Tà^ tares et lès Turcs ^ furent promptement mi^ êh état de d^nse, et Catherine, loin d^abandohner seè pro]eti sur la Pdlogné-, j^g^^ <Itt'U était tempd de les compléter par le soulèvemient de la Grèce et la conquête de k Griftnéé. En atténdattt, elle exigeait que PoniatOwski armât les forces disponibles de lé république contre le^ confédérés et les Turc». Sur le refus de ce prince , elle l'abandonna à Ibiméme.

Au printemps de A 769 y deux armées russes se portèrent l'une en Moldavie, l'autre sur l'Ukraine,

Devant les grands résultats de cette càmpagUe , le rôle ded patriotes polonais devient secondaire ; en m^e temps qtte l'on admire le coui^ge de quelques chefs > on est forcé de recotinaitre que le dévouement de la noblesse n'était qu'exceptioflndg mais la grandeur du but prétait un caractère imposant à une résistance si inégale.

K Trois cent mille Turcs s'avançaient vers ttt Moldavie : le grand vizir ne regardait la délivratieë de la Pologne que comme un point accessoire { il s'emportait en invectives contre leê l^nfédêréd^ H afimonçait l'intention de rainer le pays^ lorsqu'il

aurait battu les Russes. On eut beaucoup de peine i le ramener à des résolutions moins extrêmes. Enfin il fut décidé qu'une armée de Turcs et de Tatares^ conduite pai* le khan, se porterait sur le Dniepr, pour attaquer lé territoire russe, tandis que les confédérés^ soutenus par une autre armée , entreraient en Pologne : le grand vizir devait occuper Bender pour être à portée d'appuyer ce double mouvement. L'entrée des Russes en Moldavie déconcerta toutes ces mesures.

Le pacha de Romélie ne parut devant les Russes que pour se faire battre ; tout était perdu sans Potockii qui parvint à feire entrer un secours considérable dans Khoczim. De nouveaux renforts arrivèrent aux Turcs ; l'armée russe repassa le Dniestr dans le plus bel ordre, replia son pont , et s'enfonça dans la Pologne, refoulant quelques paktisans confédérés qui s'étaient aventurés à sa poursuite, et que la retraite des Turcs mettait dans la position la plus critique.

Le sultan se vengea sur ses généraux du mauvais succès de leurs armes; Moldavangi prit le commandement de l'armée turque; il passa le fleuve et attaqua les retranchements des Russes. Cestierniers ne se maintenaient qu'avec les plus grands efforts contre un ennemi bien supérieur en nombre, loi*s*

DES PEUPUES BU lïOBD. 80S

que G^tzin reçut de Pétar8boui|[ l'ordre qui lui signifiait son rappel. Gathmne n'était pas sans inquiétude ; les confédérés se livraient à Fespoir , et Poniatowski se tenait prêt à fuir de sa capitale.

Le grand viadr venait d'entrer en Pologne^ et le feu était duvert sur toute la ligne du camp russe, lorsque les grandes eaux firent rompre le pont. Une partie de l'armée turque repassa le fleuve en désordre i Farrière-garde, qui n'avait pas eu le tempâ d'opérer sa retraite, mit bas les armes. Cette panique décida du sort de la campagne ; la garnison de Khoczim abandonna la place , et les Russes pénétrèrent sans obstades dans la Moldavie et la Yalacfaie. Yassi et Boukharest eurent le sort de Khoczim.

La malhe\ireuse Pologne se consumait d'ellemême avec son fantôme de roi et son simulacre de confédération j telle était son illusion, qu'elle s'occupait des bases d'une constitution nouvelle, quand il s'agissait avant tout de son existence.

On a vu qu'ail plan du démembrement de la Pologne, encouragé par Frédéric, et toléré par Kaunitz , sauf un dédonctmagement convenable , se liaient en outre , pour la Russie , l'invasion de la Grimée, et le soulèvement des Grecs contre la Turquie. l}n aventurier, nommé Stéphano, qui se fieii-

sait passer pour Pierre m, avait soulevé les Monté* IV, 20 .

M« BAroumoiis

négriiii. OeB ogenta ratées ptodîgiiaieQt Vm et b» {ffomessM pour s'attacher les p^wmiisges les pliu

iafluentt ; le seatiment Klî^eux et la haine oontro

le joug ture saffisaient pour porter à la révolte nu peuple Qaturellement exalte etremuBBt. Deux fràres du favori, Alexis et Théodore Orlof, furent désignés pour diriger rinsarreotion. Leurs émissaires se ré* pandirent dans le Péloponèse : ils distribuaient au peuple un livre d'instruction militairei aux évèques de riches habillements d'église ^ et aux chefii des médailles d'or à Feffigie db Catherine.

Après quelques alternatives de succès et de revers, la flotte russe brûla celle des Turcs^ dans le combat mémorable de Tchesmé.

Depuis la mort de C!rim«-Ghireî ^ la presqu'île tturique semblait s'offrir d'elle-même aux envailU«««.t. du« puta»». <pl «floyi. .«« ™ égal succès la force des armes et les ressorts d'une politique ConsomméeX'esprit des Tatares avait l^en dégénéré; ils étaient passés insensiblement de la vie nomade à la vie agricole, depuis que le système des armées permanentes .mettait leurs voisins en mesure de repousser leurs invasions. Le sultan, ocmme chef des croyants, exerçait sur eux une sou<* veraineté nominale ; on lui reconnaissait le droit de désigner le l^han qui devait descendra du célèbre

DES nsBPaatvo nord. wi

Genghts , mai? dont le pouvoir était linûté par édui , des minas et des séraskirs. L'activité guerrière de ]a horde s'était réfbgiée dans des querelles de partis et de fiimilles ; la révolte, qui avait assuré une éfieetion, la rendait précaire. Les traités n'avaitent pas été moins funestes aux Tatares que la guerre elle* mârae: le morcellement de la Groàssie, et l'db^ sénce d'une dâimitàtion prédse de leurs frontières, après la paix de Belgrade, avaient permis aux Russes d'envelopper la presqu'île dans un réseau d'obstacles naturels et de forteresses. Vainemeiot les khans avaient représente à la Porte tout le danger de ces empiétements successifis; ils s'étonnaieiiit , disaientrils , que le sabre du prince des croyants se fat changé en plume ; mais le changement fréquent des ministres y et les intrigues de la diplo* matie, paralysaient presque toujours les disposi* tiona belhqueuses des sultans qui , d'ailleurs ^ avaient eu trop souvent la preuve que les conseils de leurs alliés étaient k)in d'être désintéressés*

Nous avons vu que deux armées russes s'avançaient simultanément, l'une dans la Moldavie pro* prement dite, la seconde dans la Bessarabie. Panin^ frère du ministre^ commandait cette dernière ; elle devait masquer Oczakof et faire le siège de Bender } la difficulté des transports, les maladies et les pri-*

vatioos lai causèrent plus de pertes que le fer de reimemi. Bender opposa une courageuse résis- •tance, et ne se rendit qu'après un assaut meurtrier, et lorsque les victoires de Roum&nzof eurent décidé du sort de la campagne. Ce général commandait Farmée du l)anube. Temporiseur et circonspect dans ses opérations, mais actif et résolu dès que son plan était arrêté , il se plaisait à stimuler le zèle dea Russes en rehaussant à leurs yeux le mérite des étrangers qui servaient sous ses ordres, ce qui ne l'empêchait pas de traiter ces derniers avec une hauteur blessante. Il s'était formé au commandement dans les dernières guerres contre la Prusse ; et il redoutait pioins les Turcs que les obstacles de tout genre que lui opposaient des contrées insalu*bres et dévastées. Il devait défendre le passage du fleuve, que cent cinquante mille Turcs s'apprêtaient à franchir. Enveloppé par cinquante mille Tatares qui voltigeaient sur ses flancs ^ en m^iaçant de couper ses communications avec Panin et la Pologne , il avait essuyé et réparé un écheÔ , lorsqu'il apprit que toute l'armée ennemie venait de passer le Danube; il n'avait plus avec lui que dix-sept mille hommes. Pierre, dans un danger semblable, capitula : Roumianzof osa combattre (1). Avec ses

(1) Bittoin de Rotne. Unifen.

Russes exténués , il marche aux Turcs , maïs il les trouve retranchés et prêts à le recevoir. L'artillerie de Roumianzof décida de cette joarnée où Fon vit fuir une armée dix fois plus nombreuse que celle du vainqueur : la déroute des Turcs entraîna celle des TatareS; qui acceptèrent les conditions de Panin. On leur promit la conservation de leurs anciens privilèges sous la protecti^Qn de l'impératrice ; ceux qui le voulurent^ purent se transporter en Ukraine. Panin, après avoir mis garnison dans les ruines de Bender , fit passer le reste de son armée dans la nouvelle Servie. La Pologne était séparée du territoire Turc; le plan de Catherine allait s'ac* complir.

Tandis- que les Russes triomphaient sur le Danube^ et qu'Alexis Orlof, après avoir essuyé un échec devant Lemnos, s'emparait de quelques îles voisines de Paros, les confédérés s^efforçaieût de mettre plus d'ensemble dans leurs opérations : Krassinski et Potocki servaient leur cause en combattant avec les Turcs ; Pac et le conseil dirigeaient la résistance à l'intérieur* La confédération s'était éloignée de Teschen pour ^ porter sur les frontières de la Hongrie; les chefs ne pouvaient rien entreprendre de considérable : à des avantages d'escarmouches succédait presque toujours

S40 RÉVOLUTiOIfS

la perte d'une bataille. L'ftgent âi'an^s Dumourite faisait dé vains efibrts pour relevei' une eauie pei^due i U Oakinet de Vienne se reti^lichait danâ une bienveillante résecve : la Pologne/réduite à se* propres ressources , ne pouvait opposer aux Aussfis que quelques milliers de soldats. Casimir Pulawski se distingua dans cette lutte inégale ; il surprit CrÀ-^ covie , enleva les postes russes , pénétra dans le fiiubourg, et incorpora dans sa petite armée un ré^ giment de cavalerie polonaise et celui des gardes de la couronne. A la nouvelle que les Russes de portaient en forces sur Cracovie ^ il dissémina ses troupes et pénétra par surprise dans la place de Czenstokow.

Un nouveau fléau vint se joindre à celui de la guerre : les Russes qui avaient fsdt le siège de Ben« der en avaient apporté la peste. Les puissances voisines saisirent ce ptéteKte pour c^ner les pil*o^ vinces insurgées par iln] cbtdoa sanitaire. Ge fiit au milieu de ces cireonstailoes désastreuses quil trois Gonfédélrés parvinrent à remettre au roi l'ordre de comparaîtra devant le oonseili et la déli» Ulcération de la vacanee du trône ; mais il était plus aisé de laqicer un itianifeste que d'^ aisiirer Yexé^ cittkmi

Là résisfeanee de Otetastokow^ et qadqnea dncoà»

DES EffiIPLE& DU ROKD. S4 r

pftMielà dans h grande Pologile^ à Ck'acoVié et en Lidiuame, raninièreiit reapotr det coiiBèdéréi; A Landâkroûe, ils eurent là gloire de repousser Sou*' vorof; maii l'Europe restait impassdole devant riiéarcnsme d'une poi^ée de r^Ubliûàins , d'un côté par crainte et par impdiBdance , de l'autre par ambition et par calctiL Déjà les calân^tt de Bétersbourg et de Vienne te i«ipprodi&iœty et la Pru^ge, impatiente de formuler i^s prétention!, sollicitait Catherine, par IWgane dii^ prince Henri» de eon^ sommer l'acte dès longtemps préparé du premier démembrement.

Souvorof battait Ton après l'autre left cbe£i oon^ fédérés^ tandis que le ministre rosse Saldem i^mi-* larisait les esprits avec l'idée d'un partage j Gkûà" rine jugea qu'il était temps de tracer aveo son sceptre la port qui deirait compeuer tant de sa*» crifioes. Les finances de son osipire étaient obérées $ k guerre de Turquie et de Pdogne lui ftvait coàtè le tiers de ses armées ; enfin la peste $é^àBmit ûum les j^otinces mifaidlonales et du centre : dans la sènk vâle de Mosoou elle enleva tiaqnante mllbi vitftimei. Malgré tant de causes d'afiUUissemeni, ia gnen^e fut rejfMrise avec "«riguenr. fton^ianactf passa le Danube et découragea l'ennemi par une suite non interrompue de victoires; du^SQié de

M 2 BÉYOLUTIONS

l'Asie, Hmidius, prince géorgien, qui avait détrAné ' Alexandre, se joignit aux Russes, et défit complètement les pachas de Trébizonde, de Sinope et d'Ërzeroum ; enfin Dolgorouki pénétrait dans la Crimée^ et les Russes marquaient l'emplacement de nouveaux ports sur l'Éuxin.

Maiti:esse de dicter des lois, Catherine consentait à donner la paix au sultan, aux conditions suivan- « tes : la libre navigation.de TËuxin; le passage des Dardanelles pour les bâtiments de commerce ; la cession d'Âzof ; le séquestre de la Moldavie et de la Valachie sous le protectorat russe pendaott vingtcinq années; enfin, une amnistie pleine et entière pour les Grecs qui s'étaient insurgés.

L'Autriche, non moins pour s'opposer à Tagran* dissement de la Russie que pour montrer à Catherine qu'il ^rait impr)ident de compter sans elle, s'était hâtée de condure avec la Porte un traité (4 ) dont les stipulations furent annulées par les dispositions du partage.

Le ministre autrichien à Constantinople poussait à la guerre, tout «n offrant la médiation de Marie-Thérèse. Par le traité du 6 juillet 1771, l'Autriche garantissait à la Porte la restitution de toutes

H) mi.

les proTinoes conquises par les Russes^ et en même temps Tintégrité et l'indépendance de la Pologne. Catherine, informée de cette alliance, déclara qu'elle renonçait à l'indépendance de la Moldavie et de la Yalackie ; l'Autriche alors se radoucit ; il était iacilede prévoir que l'accommodement entre ces deux puis* sances se ferait aux dépens de la Pologne* Les con* fédérés résistaient encore , mais l'audace même de leurs. entre^Hrises annonçait qu'ils n'espéraient^plus réussir parles voies ordinaires. UnPolonais, nommé Svawitiski, enleva le roi au milieu de sa capitale; Poniatowski parvint à s'échapper , et ce coup demain n'eut d'autre résultat que de fournir aux ministres, de Catherine un motif spécieux pour sévir. Les auxiUaires français surprirent Cracovie, où ils ne purent se maintenir.

La Russie et la Prusse étaient depuis longtemps d'accord sur la nécessitéd'un partage. Frédéric réclamait la possesâon du Thom et de Dantzig, qui le rendait mattre du cours inférieur de la Vistule ; le cabinet de Pétersbourg s'opposait à cette prétention^ sans en nier la convenance, mais en laissant «atrevoir que les événements subséquents mettraient entre les mains du roi ces villes importantes. Ces arrangements étaient comme le prélude d'un partage ultérieur. Kaunitz, voyant les choses ausri avan*

•14 BtiYOLtlTIORS

eèeêi trouTa plus oômAiode d'étendre, suu cottp férir ^ iH llmiteB autrichienneb, qaê de courir kss chances d'une guerre ruitieuse, iâii9 per^peciiTe de dédùmmagement.

Le traité du premier partage ht 4igtké à Péters* boui^ (1) en même tempi qae «'ouvrait ft Ftfkiiâlli un congrès pour traiter de la p&ix ^tte leé RusMA et les Turcs; les cônférendes fùreàt rompues pai^i^è qu'Qrlof refusait d'accepter la médiation de FAtt'^ triche et de la Prusse, mai^ peu de temps aprèi oti reprit les négoeiations qai amenèrent le traité de Kaïnardji!

Par te prêtai» partage, FÂutrïche s'appt^ptiait toute la rive gaucbede la Yistule, depuiè les salittëi de Wilics^Bi jusqu'à Fembouehure du Wii^6É , là Russie Rouge , le palatinat de Beltis et une partie de iM Wolhyniè, environ deux mille cinq <»ntB lieue* carrées. La ftussie en acquérait plus de trois mille, et se mettait en état de compléter le système impof^ tant de Ses b*ontièreë occidentales, depuië la bai** tique jusqu'à l'Euilû* Frédéric se eontenta de ttèiif eent^ lieueé de teff itolre^ e'est4<-dire de la PrUâM polonaise et d'une panie de la Grande Pologne.

Il ne l'e^Mt plua qu'à ai<fèéhèi* à k diète de V«r^

DES FBUPLB9 DU NORD. fi»

«ovie une adbésiojQL formelle à c^tte déàkémwit d'État $ lemiiûstire russe Stackelberg, qui avait rem* placé Sald^^Di se chargea de cette tàche^ que le côh^ QQXktê des trois puissances oopartageanteb neteû*dait qtie trop &dle<

Les ariûes du nouveau sultan, Âbd^el-Hemid) n'ar vaient pas été plus heureuses que celles de son £ràre : RoumiaUEof se couvrit de gloire^ et forma, dans cette caippagne^ un des pluft grands généraux des temps modernes, Souvorof. H est curieux de remarquer que le génie de ces deux hommes triompha pai^ l'emploi d^s moyens les plus opposés i ftôu^ maipzof poussa quelquefois Ist cii^onspection jusqu'au point de faire soupçonner son courage jmi^^ une fois décidé à combattriâ, il joignait l'activité dep mesure» et Fà^propos des déterminations à une bravoure réflédiie et toujours maîti^esse d'elle-même; en vain la fortune lui faisait des aVanées, il sanglait dédaigner tout ce qui n'avait pas le caractère d'uik •Ucoès définitifs Cette Conduites» résultat noà-seule^" ment d'un système, niais de la nature ménie de son esprit) se trouvait justement celle qui convenait le mieux dan^ une guerre oonttre les Turcs^ dont û importe surtout d'arrêter le premier élaui Sotivof rof) au contraire, aToit profoiidémènè . étudié le sôldttt msie; il comprit tout Jà ^di ^n'onpoufoi

M« BÉYOLUTIONS

tirer de sa patience et de sa force en échauffent ses qualités passives par une idée puissante ; il s'appliqua dès lors à animer les masses qu'il commandait par le fanatisme religieux et par une confiance prestigieuse dans sa personne. H affecta l'originalité pour forcer l'attention^ assez confiant d'ail* leurs dans son mérite réel pour ne pas rester audessous de l'opinion extraordinaire qu'on avait conçue de lui . Plein d'instruction et possédant les connaissances les plus variées^ il semblait négliger ces avantages que quelques pei^onnes pouvaient lui disputer, pour s'imposer un rôle bizarre dans lequel il se flattait à juste titre de rester inimitable. Quand Catherine s'était assez amusée de son origi^ nalité prétendue, elle l'avertissait qu'elle voulait parler raison^ et, à cet ordre, l'entretien de Souvorof devenait celui d'un homme dans lequel l'expérience a mûri les qualités les plus heureuses de l'esprit. Nous le verrons, dans le cours de cette histoire, étonner par ses hardiesses stratégiques les meilleurs généraux de l'Europe, habituant les Russes à ne rien trouver d'impossible, et ne reculant point devant la cruauté pour ajouter encore par la terreur au prestige de son nom.

Le traité de Kainardji assurait de fait la puissance russe dans l'Orient; Timpératrice avait ob-

DES PEUPUSS DU NO&D. sn

tenu la libre navigation de la mer Noire pour sa marine militaire, et des Dardanelles pour ses vaisseaux marchands; la cession de Kembrun, celle d'Àzof et de son district ; en Grimée, Jénikale et Kertsch, avec leur territoire jusqu'à la mer d'Âzof ; en Grcâssie, les deux Cabardies; enfin^ l'indé^ pendance des khans de Grimée, ce qui les plaçait nécessairement sous la- protection moscovite (1).

Tandis que Catherine triomphait au sud et à l'occident de son empire, un simple paysan. Pougatchef, mettait sa puissance en péril. Après s'être Élit de noiiibreux partisans en se donnant pour Pierre UI, il lutta avec autant de bonheur que de courage contre les troupes envoyées pour détruire ses bandes ; la paix avec la Turquie permit enfin à Gatherine (ï^opposer à ce brigand une partie des forces réparties le long du Danube; Pougatchef fut défait en plusieurs rencontres, mais on ne s'empara de sa personne que par la trahison des siens. Get homme extraordinaire semblait avoir juré la ruine des institutions de son pays, il feisait main basse sur les nobles, les employés et les soldats ; quant aux paysans, il les incorporait à ses troupes et pré-

(1) Uairert. Hîftoire de Raine.

I4S &t1ft>t1ITI0MS

tendak n^agir que pour leur rendre la liberté. Cependant, par une contradiction inexplicable^ A prenait le titre de marquis, et distribuait des récompenses honorifiques à ses officiers, comme si la réforme des institvitions eût pu s'opérer en retournant Téchelle spciale. Il montra une grande pusil-* lanimitë lorsqu'il se vit en présence des formes juridiques de cette civilisation qu'il avait prétendu re&ire, et périt à Moscou de la main du bourreau. Le fleuve Yaïk, dont les bords avaient été le théâtre de cette insurrection, prit désormais le nom d'Oural, qui fut également appliqué à la ceinture des montagnes qui sépare la Russie d'Europe de la Sibérie.

Catherine jouissait tranquillement de ses triom<* phes ; pour assurer l'avenir de sa dynastie, elle fit venir à sa cour le landgrave de Hesse-Darmstadt avec ses trois filles, et donna pour épouse au grandduc Paul la princesse Wilhdmine , qui , en changeant de religion, prit le nom de Nathalie Alexeievna , mais elle ne survécut que peu de temps à son élévation.

C'est vers cette époque que l'on voit pareitre sur la scène Potemkin, le plus habile des fsivoris de Catherine. Orlof l'avait écarté de la cour, mais l'impératrice força les deux rivaux à se souffrir

DES BminBa OU nord. ut

nmOieU^flReBt, #t tut b«)«ii«i' Irar iatiOnew» Tum

Comme tout se liait dans l'esprit deC!atberma| «Ue ne «'agmicto^it que pour s'alforixiir; ^t ne regardait sa puismnc» miUtaira que comme un moy^u 4^ tiïAVfuller oveo séourité à ramétiorstion d^9 former admiiôslrativoft) et à tout ce qui pouvait Jbâter le progrè9 moral de ses peuples.

L'or^ujif^tioa des trîbuoftux rédamait uni^ prompte réforma ; d^ toutes le» parties de Fem^ pire les affaires et les procès affluaient dans lei

e|pncel)«dea du ^w%, wit à Moimu, ioit à Péteifbourg; lei circonscriptioui administrati^et et judioîaireg, dopt quelques^-iines suipassaient e» 4l«Qdiie les plus vastes Etats de TEuropé^ se trou** va^c^it eatravéea dans leur action par des difficultés pr«iiqu^ inwrmwtables, et qui «e prêtaient d'une manière l&cbeuse à la négligence et à la fénaliié dea juges* EUe institua des yice-r^autés qui ne dévalant compr<$ndre que tmis à quatre cent mille Am% et les subdivisa en oeroks» dont la Juridich» Uo& s'étendait sur trente à quarante mille indn vidtts. Tout cercle eut un lanbunal connaissant dea alfiûres civiles et criminelles, et un autre de simple police, ressortissant l'un et l'autre de la cour 0upréme de justiqe. Un grand nombre de couva par*

8M B£¥OLimONS

ticttlières se liaient à ce système, et embrassaient dans leur ensemble toutes les spécialités des cas prévus.

Les juges furent élus pour trois ans, parmi les nobles, et au choix de leurs pairs. Deux exceptions modifiaient ce mode d'élection : l'impératrice nommait à quelques emplois dans les hautes cours, tandis que, dans certains tribunaux de cercle, les juges étaient choisis parmi et par les paysans. Cette mesure était comme une promesse d'émancipation.

n ne s'agissait pas uniquement de simplifier les ressorts de l'administration et de la justice ; les abus tenaient surtout aux institutions et à l'état moral du pays. La volonté de Catherine pouvait forcer les jeunes nobles à s'instruire, en n'accordant les £aiveurs et les emplois qu'au mérite; mais la fusion des lumières avec les mœurs, expression d'une civilisation avancée, des oukases ne pouvaient la décréter. Dans un état où, à l'exception du souverain qui résume tous les pouvoirs, et du serf qui ne compte que comme richesse, chacun est à la fois au-dessus et au-dessous de quelqu\m; comment appliquer ce principe, «i fécond dans sa simphcité^ l'égalité de tous devant la loi? Il iàllait encourager iioji*seulement les services publics^ mais tous les

travatix qui élèvent l'âme par le sentiment du beau et de l'utile , et rehausser ainsi peu à peu la condition morale individuelle , de sorte que la liberté fût déjà dans les idées et dans les moeurs, avant de passer dans les institutions. C'est dans ce but que Catherine essaya un système d'élections' municipales : toute ville qui possédait autour de son enceinte une .certaine étendue de terres communales eut le droit d'élire ses administrateurs. Ces élections triennales se firent par les bourgeois dans les petites villes, et par certaines classes dans les grandes. Ce système ne fut d'abord appliqué que dans les gouvernements de Tver et de Smolensk, d'où il passa dans le reste de' l'empire, à l'exception des provinces récemment conquises , qui avaient conservé les formes administratives dont elles jouissaient antérieurement à leur jéunion.

Catherine s'occupait avec une égale sollicitude des intérêts du commerce et de l'industrie : en étudiant le système financier des grands Etats de l'Europe, elle vit que les nations les plus riches sont celles dont les ressources naturelles excèdent les besoins de la population ; elle comprit que la prospérité de l'Angleterre était factice, c'est- ' dépendante de l'état des autres puissances, i cette prospérité tomberait^ sinon par l'acco

SS2 BÉTOLCTIONS

puissances tributaires de l'industrie anglaise^ du moins à l'époque où les moyens d'exploitation devenant les mêmes pour tous, l'avantage resterait au sol le plus fevorisé et le mieux peuplé. L'étendue immense de la Russie , l'heureuse disr tribution de ses fleuves navigables , la fertilité des provinces du sud et de l'ouest^ le voisinage de la Perse^ des Indes et de la Ciiine , tout montrait à Catherine dans un avenir peu éloigné^ Fimpor- * tance du rôle commercial que tant d'avantages assignaient à ce vaste empire. Ses peuples devaient longtemps encore rester tributaires de l'étranger pour des objets de luxe et d'une fabrication perfectionnée; mais les riôhesses véritables, celles qui tiennent au sol, les grains, le bétail, le fer^ les bois de construction, mettaient la balance commerciale 'en feveur des Russes .La nature du sol et les &cilités qu'offre le traînage activaient les communications à l'intérieur ; la Baltique au nord, l'Ëuxin au sud, assuraient le développement des transactions maritimes ; enfin les produits de la Chine, de la Perse et des Indes pénétraient à l'orient, et venaient s'échanger dans quelques villes d'entrepôt contre les richesses nationales et les produits manufacturés de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne. C'est ainsi que, sous le rapport commercial comme sous

DES PEtiPLES BU NORD. «2S

le rapport politique, la Russie exprimait la transi* tion de FÂsie à l'Europe, et préparait la fusion générale des peuples.

L'influence de la Russie dans les a%ires de l'Europe se révélait de plus en plus, et dans la proportion de ses avantages^ et dans celle de ses moyens d'action. La mort de l'électeur de Bavière, Maximilien^ avait mis de nouveau aux prises l'Autriche et la Prusse ; cette guerre se termina par le traité de Teschen, conclu sous la médiation de Catherine. En >l 780, elle prît sous sa protection le droit des neutres, fondé sur le principe que lé pavillon couvre la marchandise. Par un enchaînement nécessaire, la conquête fécondait, pour le cabinet dé Pétersbourg, les voies diplomatiques, et la diplomatie lui préparait de nouvelles conquêtes.

La Crimée se présentait d'elle-même au joug; le khan Sahim, dévoué aux Russes, venait d'être détrôné par Sélim-Ghireî ; sous le prétexté de chasser l'usurpateur, Catherine fit envahir la presqu'île, et une révolte dans le Kouban motiva^ bientôt après l'occupation de cette province et du Budziak ; la Turquie protesta inutilement contre cette invasion^ et se vit forcée de reconnaître l'envahissement de la presqu'île par les Russes comme une juste compensation de tous leurs sacrifices. Potemkin

s'était distingué dam cette dernière guerre^ qui lui valut le surnom de Taurique. En 1787, Catherine visita ces contrées célèbres. Le luxe de la nouvelle souveraine et les décorations théâtrales que le favori avait disposés sur son passage offraient un spectacle que la Russie seule était en état de défrayer. De grands feux allumés de distance en distance éclairaient la route pendant la nuit. A Kief, Fimpératrice reçut l'hommage des grands de la Pologne ; là elle s'embarqua avec sa suite sur des galères richement pavoisées^ et descendit le coursdu Dniepr. A Kanief, elle reçut à son bord le roi de Pologne. A Krémentchouk, elle descendit dans un palais im<* provisé où se trouvaient réunies toutes les recherches du luxe ; douze mille soldats lui donnèrent le spectacle d'un combat simulé. Jusqu'à Klierson^ les bords du fleuve et des campagnes environnantes offrirent à ses regards une suite variée des plus riantes décorations^ les paysans, en habits de fête, étaient groupés sur son passage; les beaux troupeaux de rUkraine animaient partout le paysage, et, dans les endroits inhabités, des villages factices formaient un horizon à souhait. AKherson l'impératrice trouva Joseph II, et un grand nombre d'étrangersde distinction que la solennité avait attirés. Sur la porte d'Orient, on lisait cette inscription

en langue grecque : « Ici est le chemin de Byzance. »

Après avoir parcouru la Tauride, Catherine visita la Crimée; elle s^arréta à Poltava^ où des fêtes militaires lui rappelèrent la gloire des exploits de Pierre le Grand.

Cette espèce de prise de possession du littoral de la mer Noire avait alarmé la Porte ; Catherine désirait une rupture ; la Pologne était impuissante; la Crimée occupée militairement; Héraclius^ tsar de Géorgie, était dévoué à la Russie qui Favait soutenu sur son trône; la Grèce, travaillée depuis longtemps par des émissaires musses, rêvait sa prochaine indépendance, et s'apprêtait à venger plusieurs siècles d'oppression ; l'Autriche, enlacée dans la politique de la Russie^ ne voyait point qu'en laissant périr la Turquie, elle augmentait une puissance rivale de tout ce qu'auraient perdu les infidèles ; 1^ France, oublieuse de ses anciennes alliances, se mettait à la suite de la politique de Vienne. L'Angleterre seule, mollement appuyée par la Prusse, poussait le divan à une guerre désespérée. Cependant Catherine rencontra une résistance sérieuse dans Gustave III, dont la marine fit essuyer quelques échecs aux escadres de l'impératrice. La lutte était trop inégale pour se prolonger longtemps. Le traité de Waréla per-

mit à Catherine de porter toutes ses fproes contre rOrient.

•Les Turcs combattaient avec le courage du désespoir; mais, vainqueurs des Autrichiens y ib dorent céder à la fortune de Catherine. Potemkin emporta d'assaut Oczakof ; Kamenskoî se distingua dans plusieurs rencontres; mais Souvorof effaça la gloire de tous les autres généraux. U tailla en pièces l'armée turque à l'instant même où elle venait de mettre en déroute trente mille Autrichiens ; et ce beau fait d'armes lui valut le surnom de Rimni-^ que : le sac d'Ismaïl^ dont la population fut exterminée^ jeta un voile siy sa gloire^ quoique les cruautés des Turcs aient snffi peut-être pour justifier ces sanglantes représailles.

Tandis que les Russes triomphaient en Moldavie et en Yalachie, et que la marine russe contenait celle des Turcs dans TÂrchipel, Catherine, sans se laisser éblouir par tant de succès, se montrait d'au^ tant plus digne desa fortune^ qu'elle en usait avec plus

de sagesse et de modération. Le mouvement im*

primé à l'Europe par la révolution française avait changé tout à coup, en les compliquant, les rap» ports de l'Europe politique. Léopold, successeur de Joseph, jugeait qu'il valait mieux s'affermir dans ses Etats héréditaires que de s'agrandir en Orient :

DES PEtIPLES DU NORD. 527

les Pays^as Yenfaient de déclarer leur ii^dépeu* dance; la Hongrie menaçait^ et la Prusse, alliée récente de la Turquie, ne consentait à laisser passer les troupes autridiiennes dans les Pays-Bas qu'à la condition que Léôpold rendrait aux Turcs toutes les provinces conquises; les conférences de Reichenbach ratifièrent ces conditions, que suivit bientôt la paix de Szistof. Catherine était trop prudente pour se déclarer à la fois contre TAutriche , la Prusse et la Turquie. Elle fit entendre à Frédéricr Guillaume qu'elle lui réservait un ample dédom* magement; s'il ne 1- empêchait point de dicter à la Turquie une paix avantageuse. La Pologne était fatalement condamnée à fournir cette indemnité : Catherine prêchait donc l'œuvre de la coalition des rois contre la France, prête à profiter de lents succès, comme de leurs revers, et leur montrant un second partage de la Pologne, comme un surcroît d'avantages, ou comme une compensation à leurs pertes.

Le roi de Prusse, lorsqu'il avait pris parti pour la Turquie^ s'était en même temps rapproché des intérêts de la Pologne ; mais ces promesses» résultat d'une position exceptionnetle,ne Fengageaientqu'imr par&itement. Les Polonais s'abusèrent ^ur la por^e db ees démoB^tmtîcuais ; ils crurent et dufent or4i(r<^

que le traité de Loo^ conclu entre la Prusse et l'Angleterre, avait réellement pour but la pacification de l'Europe et la réorganisation de la Pologne. Frédéric-Guillaume ambitionnait la possession de Dantzig, il espérait amener Catherine à lui faire cette concession en lui prouvant qu'elle serait la conséquence naturelle du traité que lui demandait la Pologne.

Une question de cette importance exigeait la convocation d'une diète, et il fallait que cette diète fût confédérée pour que la décision dépendit de la pluralité et non de l'unanimité des suffrages.

Le 7 octobre A 788, la diète se confëdéra sans opposition. .

L'acte de confédération portait que tous les dignitaires ou ministres seraient conservés, qu'on maintiendrait la forme actuelle du gouvernement, sauf les modifications jugées nécessaires ; enfin, que la diète, après avoir prononcé sur les affaires particulières qui étaient de son ressort, s'occuperait de l'augmentation de l'armée. •

Stanislas et le conseil permanent sollicitaient Falliance de Catherine. L^impératrice , en apparence pour ménager le roi de Prusse, mais en réalité pour lui laisser tout l'odieux d'une violation flagrante de ses engagements, déclina

cette offre qu'elle avait elle «même provoquée.

Par un concours bizarre de circonstances, les deux puissances qui avaient l'intérêt le plus direct au démembrement de la Pologne, semblaient lutter de bienveillance et de courtoisie pour ce qui concernait les réformes que réclamait ce malheureux pays.

« Un impôt du dixième fut établi sur les biens des nobles ; les starosties^ selon les conditions primitives, furent taxées à la moitié ; la noblesse lithuanienne offrit le double dé ses. impôts directs ; Auguste Polotskis'étai t taxé lui-même à un impôt annuel de 300; 000 florins ; les palatins de la grande Pologne avaient demandé à entretenir les troupes que fournirait la province. Dans l'emprunt qui fut décrété» le banquier Tapper fît gratuitement une avance de 400,000 ducats, et, au milieu de ces sacrifices, on eut soin que la taxe des habitants de la campagne ne fût point augmentée (1). €et élan entratna Stanislas-Auguste lui-même; il fit au trésor des dons considérables, et son exemple fut suivi par un grand nombre de seigneurs.

« Enfin parut le projet de réforme pour la constitution ; il fut renvoyé à une commission, à la grande satisfaction du parti russe* »

(4) Fomiid.

SM EÉVOLUTIONS

Pour bien comprendre jusqu'à quel point les ititrîgues étrangères avaient prise sur tous les changements qui s'opéraient en Pologne, il faut consi* dérer, non-seulement les institutions vicieuses de la république, mais les mœurs d'où ces institutions étaient sorties, et qui les avaient maintenues.

Quoique, en principe, tous les nobles fussent égaux en droits, l'inégalité des fortunes, et l'ancienneté des illustrations, donnaient à quelques* familles une influence natureUe sur la moyenne et la petite noblesse. Dans la vie de château, lès gentilshommes pauvres formaient une espèce de cour au castellan ou à l'évéque qui les protégeait^ et les admettait à tous les privilèges d'une généreuse hospitalité. Une suite plus ou moins nombreuse, dans les solennités, des contestations sur les limites, les préférences du pouvoir, faisaient naître fréquemment la mésintelligence entre les grands propriétaires. Dans les questions d'intérêt public, les moti& particuliers prévalaient trop souvent, et les chents épousant les passions de leur patron, il y avait scission sur les points même les plus simples. De là Textréme fiaicilité de former des partis en Pologne, et la difficulté plus grande encore de leur donner une consistance sérieuse ; de là cette propension des Polonais à s'attacher à un homme et à se dévouer

à 8a fortunei mais en mettant jusque dans le rôle de clients une hauteur qui annonce que cette sou*mission est de leur choix , et qu'en mettant au service de quelqu'un une influence qui fut long^ temps une part de souveraineté, ils croient donner encore plus qu'ils ne reçoivent.

Avec tant d'éléments de discorde, la Pologne aurait eu de la peine à opposer une résistance efficace, n'eût-elle euà se défendre quecontrèun^inemiisolé; que pouvait-elle contre la Russie, la Prusse et l'Autriche, qui employaient tour à tour pour la soumettre la séduction des promesses, la foi comme le déni des traités, et la force des armes?

Tandis que Frédéric-Guillaume, pour prix de son alliance avec la Pologne, demandait la cession de Thorn et de Dantzig, le parti russe faisait décréter l'intégrité des frontières de la république.

Un rapprochement entre la Russie et la Prusse était facile à prévoir ; cependant ce fut sur une base aussi chancelante que l'alliance prussienne, conclue malgré le vœu de Catherine, que s'élaborèrent les mesures d'où sortit la constitution du 3 mai. Cette charte, rédigée avec sagesse, était-elle applicable à la Pologne? Les mœurs se seraient^elles prêtées à des changements qui protestaient contre un passé de plu^ sieurs siècles? C'est une question que l'ambition des

puissanices partageantes n'a point permis de résoudre. Les principaiDL articles de cette constitution, d'autant plus célèbre qu'elle clôt les destinées d'un peuple qui en attendait sa régénération politique, sont les suivants :

La religion catholique romaine reste la religion de l'Etat ; les autres cultes sont tolérés.

L'hérédité du trône est abolie, sauf le cas d'extinction dans la femille qui y est appelée.

k la mort du roi régnant, l'électeur de Saxe et ses descendants sont appelés à la succession héréditaire.

Le pouvoir législatif appartient à la diète, composée, comme précédemment, du roi, du sénat et des nonces.

Le roi conserve à la diète voix délibérative ; niais en cas de partage, son suffrage est décisif : il pourra toujours prendre l'initiative, soit aux diétines par ses universaux, soit aux états par ses propositions; les diétines et les nonces auront aussi le droit d'initiative.

La diète s'assemble tous les deux ans, mais sa convocation devient nécessaire dans les cas suivants : 4® une guerre étrangère j 2'' des troubles inteneurs qui menacent l'Etat d'une guerre civile ou d'une révolution ; S"" le danger visible d'une famine générale ; 4^ une minorité par la mort ou l'aliéna-

tion mentale du monarque. Le roi aura en outre le droit de suspendre, jusqu'à la législature sutvante, l'exécution de tout décret auquel il n'aura pas donné sa voix. On lui rend le droit de nommer aux eniplois, tel qu'il l'aVait avant la diète de 1775: il nomme les sénateurs qui sont à vie.

Le pouvoir^ exécutif appartient au roi et à son conseil, composé de six ministres.

L'armée est entièrement à la disposition du {)ouvoir exécutif.

La régence appartient au conseil du roi, présidé par la reine mère, ou, à son défaut, par le primat, membre -nécessaire du conseil.

Les ministres sont responsables envers la diète, mais ils ne peuvent être accusés que lorsque les deux tiers des voix se réuniront pour demander leur jugement.

Lorsque la pluralité de 1^ diète témoignera au roi qu'elle n'a plu3 confiance dans un ministre, le roi sera tenu d'en nommer un autre.

Les ministres seront jugés par le tribunal co^ mitial, ou tribunal permanent de la diète, seul juge des crimes d'Etat.

Dans l'intervalle des diètes, le roi et son conseil auront provisoirement le pouvoir de faire des règlements et des traités.

La noblesse est oontinnée dank ses andens droits et privilèges. '

La loi qui règle le sort des bourgeois des villes libres est coufirmée dans tous ses points, ainsi que Fadmission de leurs députés à la diète. Ces députés, à la fin de la seconde année, ont le droit d^étre anoblis ; de même que ceux qui, dans les régiments, parviennent au rang de capitaine, et dans les décastères, au rang de régent, A chaque diète, trente bourgeois propriétaire^ peuvent être anoblis sur la demande de leurs villes.

L'administration de la justice est répartie entre des tribunaux de première instance et des tribunaux d'appel, et le tribunal comitial.

Il y en outre des justices territoriales pour, la noblesse et les propriétaires, et des justices référendaires pour les paysans libres; enfin, il y a pour TÊtat entier une Laute cour, sous le nom de frtbunat de la diète, qui connaît de tous les crimes contre lanation et le roi, et dont les membres sont choisis à chaque diète.

L'^usage du pouvoir exécutif est confié à des cornmissions) pour l'éducation nationale, la police, la guerre et le trésor.

Le Hberum vetoj ainsi que toutes les diètes fédératives^ sont supprimés à jamais, comme contraires à

DES PBUPUS DU NOED. m

retj^t de la prédeate constitutiony et tendant à troubler rÉtat. ^

Tons les vingt-cinq ans, il sera procédé l Tamélioration de la constitution, dans une diète consti* tutionnelle, extraordinairement convoquée à cet effet, et dont la forme est déterminée par une loi particulière.

Enfin, après avoir ainsi soustrait la Pologne à l'oppression étrangère et aux désordres intérieurs, et relevé ^n gouvernement capable d'assurer la liberté et l'intégrité de la patrie, la diète déclare que quiconque osera s'opposer à la constitution, comploter sa perte, troubler le repos deIa]nation, par une révolté formelle, une confédération, ou autrement, sera regardé comme ennemi de la patrie, traître et conspirateur, et traduit devant le tribunal de la diète.

La Pologne fondait toutes ses espérances sur cette nouvelle constitution ; Frédéric-Guillaume affectait d'en approuva l'esprit ; pour Catherine , elle se contentait d'inspirer des craintes à l'électeur de Saxe, et, feignant de porter toute son attention sur les progrès de la révolution française, elle attendait.

Cependant les diétines avaient approuvé presque unanimement les travaux de la législature précé-

WQ RÉyOLUTIOMS

dente ; la diète qui avait été ajournée sWembla le 45 mars 4792. Le mauvais état des fina aces avait forcé de recourir à' la vente des starosties, mesure qui souleva de vives réclamations. Déjà quelques Polonais s'étaient adressés à Catherine pour l'en* gager à envoyer des troupes au seeours des ennemis de la nouvelle constitution ; jusque-là Timpératrice avait paru peu disposée à prêter son appui aux mécontents. La paix d'Yassi était dgnée (4);. désormais elle pouvait dicter à haute voix ses Conditions. Mais d'abord elle jugea convenabiede détacher Fré^déric-Guillaume de Tallidnce polonaise, en assurant à ce prince le cours septentrional de la Vistule«

La mort de Léopold semblait laisser au roi de Prusse la faculté de modifier ses rapports avec l'Autriche et la Saxe ; le caractère belUqueux de François II, excité par l'attitude hostile que prenait la France, fit espérer à Catherine que la guerre serait plus favorable à ses viies que l'accord pacifique précédemment conclu par les grands Etats voisins. Elle déclara qu'elle ne pouvait sanctionner les articles qu'on lui soumettait , en ce qui regardait la nouvelle constitution de la Pologne et l'intégrité du territoire de la république ; mais en dehors de cette question, elle conclut un arrangeil) 9 jamer 4792.

ment particulier avec François, qui fut bientôt suivi d'un traité secret entre la Russie et la Prusse, lequel annulait de fait l'alliance récente de Frédéric-Guillaume ayec la Pologne.

Le bruit de cette conspiration de souverains contre l'existence d'une nation , à l'instant même où cette nation s'efforçait de se constituer régulière^ ment, se répandit vaguement à Varsovie ; on affectait de regarder comme impossible un pareil manque de foi de la part du roi de Prusse, mais à tout événement, la diète n'hésita pas à remettre entre les mains du roi les pouvoirs les plus étendus.

On le laissait maître de fixer le chiffre de l'armée , de choisir ou de révoquer les officiers, de disposer des fonds du trésor, et même de décréter des levées en masse , si une armée de cent mille hommes lui paraissait insuffisante. On ne pouvait croire que ce pouvdr royal, auquel on immolait les anciens privilèges polonais, se détruirait de lui-même dès son origine, comme s'il eût çté incompatible avec les institutions, et tout le passé de la Pologne. Il avait fallu des siècles pour démontrer le vice du gouvernement républicain ; Stanislas se chargea de démontrer , dans le court espace d'un règne, combien il est dangereux de faire dépendre du caractère d'un aeul

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