‹ Révolutions des peuples du NordChapitre 5 sur 42 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Jean , second roi de la maison d'Oldenbom^^ venait de succéder à son* pèare. JSn montant sur le trône de* Danemark, il ne pouvait. oublier que les courcmnes de Norvège et dé Suède disaient en quelque sorte partie de soa hérit^. Ses premières démardies pour le rétablissmnènt intégral de l'union forent enuravées par la politique de Stuiie, qui, non eoniràt d'adminîslrer ht Suède^vw Id mèm^ auto^ rite qu'im TOi, ne négligeait rien, pour; dèlaiàer la Korvéïpsides iht^rét« d^noîW Cepends^p^, en iiS5y uife&dtèté, imxyM»9éii4e9^d^^ de^.t^^^^ se^réuiuti Hdbaistftdt, et ri$co»itut. J^p CQRU&e soi

M AÉ¥OEIITI0n

àm Wor^^éa», hi étendit aux deux mutres ro^ mes, ce qui était un moyen adroit pouir ràni/eni wn parti ceyx <i'entre les Suédois <|ai n'éta point :iatîs£aits d'une adrainistratioii pro^so: Sture essaya vaîuemaat de s'opposep à lu réaçt qui suivit Taoeessioii de la Norvège.

. OflLSd péumtlA même année à (klmâr» bu las jorité des plénipotentiaires suédois se déclara faveur de Jean ; il n'est pas douteux, au reste, c la noblesse suédoise ait eu moins en vue les intér politiques et généraux de TunioUj que le mainti et raccroissement de ses propres privilèges, i convint que le roi, qui presque toujours avait lOains liées par l&âénat^ et qui dwait. séjouiti altBrnativanent une )année dans chaque royaum Hé pourrait acocH^r les ^ êm{Jtâs qu'à des ind gènes d'^xtvactioiii noble. Q»ant à Vmr^ttitâMi deis châteaux et d^ fijrfs ^ son <^0îx devait ; régler sur Favis dès sénateurs. Le senit i^'^it oi vert qu'à la nobleMe et a^ èlergé^ mota^nul n ' pouvait étrd àdmis^qùedu eonMttttmeitt.desàutn membres ; qviieQnqûe M ^parait dç sas ooUèguc devait étre'^àiomijËièuiddf^ ^tt;dtt dèâ^abn^ls di

pônMibilitéî, de la «foîM^^n^^ des fihanbéà et des ar èbl^èk'âlii rtà^àteinet Le roi ]i6'pôav»i); si acheté]

DES vmmm va hord. m

ni retenir ixisûxm gage auGone charge ieignenriale^ La noblesse, au contraire, se réservait la hcxikà de jouir par hypothèque des domaines royaux, sans que Iesimp6ts en fassent à sa charge, non plus que le service militaire ; elle pouvait fortifier se$ chà«. .teaax, en refuser l'entrée au roi, et y donner asile à qui bon lui semblerait; enfin, il est positi-^ yenieiil stipulé que tout seigneur, cI^ktou laïque, est le maître absolu des paysans qui vivent sur sa terre, et peut agir en cette qualité, sinon dans lei| eaoses où le roi est partie (4). >

Il n'est pas surprenant qu'après avoir sdieMielh^ ment jurérexécution^dausèssi contraire^ à rexer? dce du pouvoir ropl, Jean n'ait été roi de âuèdi) que de nom pendant plus de quatorze années. Sturë s'était résigné à ce qu il ne pouvait empêcher, mat| il avait su persuader aux é|tet9 de ne couronner le roi que lorsqu'il aurait restitué Gothfatnd. dette ild itBit occupée par Ivar Axeisson qui la tenait dû Cbristiieni I^, à titre de garantie pour des sôînmes que «on ^frè«e ^avnit âysincéisa àee prïnœ^/ /i . ;: S

L'adininîstrMettr x^'igiior^it pat qu^une- telle elaûse équivsdait à vobl aîour|iemc|it indéfini ; aussi

les choses «restèrent sur^ le même pied, étile miÊ^

ft . • . . •

€4 BÉVOLUTiORS

Uissemeat de ranion porta à peine atteiiite à 1 dépendance rédle de la Snède.

Vers le même temps, Jean mit fin aox difiere qui s'étmcait élevés entre Ini et Frédéric, son fn an sujet des duchés de Sleswîg et de Holstein. denx princes en reçurent l'investitore en, eomm et le Danemark aurait joui d'une paix profonde desmalheurs, que la prudence du souverain ne p vait conjurer, n'eussent a£Bigé le pays. Une coi gion sévit avec tant de rigueur, qu'elle moisson dit-on, plus d'un quart des habitants. Les dép dations des pirates de la mer du Nord ajouter encore à ces calamités. £i^ 1486, Ivar Âxelssi qui avait eu à se plaindre de Sture, restitua au roil de GotUand. Ce prince venait d'équiper une fie pour en prendre possession, tandis que Sture J sait de son côté des préparatifii pour fiiire rent l'île contestée sous le gouvernement de la Sue Le roi et l'administratenr eurent une oitrevue di Me d'Oland; là, les deux rivaux, sous les dehi d'une réconcifiation stnoère, cherdièmtmiitnel ment à se tromper; la pofitiqne deSlttre,.ou plut sa dnphcité l'emporta j il promit à Jean que si prince Im qèdait File d'ôknd y |tous ks obstad qui s'opposaient au couronnement du roi de l'unie seraient fadlement aplanit ; mais aprèa mvoîr o

tenu ce qu'il souhaitait^ il mit en avant les anciennes prétentions de la Suède sur l'ile de Gothland, de sorte que le roi, après d'inutiles conces^ sions^ se trouva plus éloigné encore de son but qu'il ne l'était auparavant'. Jean trou va /d'un autre côté, quelques dédommagements à ses pertes; il conclut avec l'Angleterre un traité de paix par lequel les deux nations obtinrent des avantages commerciaux ; la même année, 4490, le roi et son frère se partagèrent les États de Sleswig-Holstein; mais les domaines du duc furent tellement entremêlés avec ceux de la couronne, qu'une Scission territoriale devenait presque impossible.

Jean n'avait tiré aucun avantage des concessions que Sture lui avait arrachées ; il donna de l'inquiétude aux Suédois^ en s'unissant avec le grand prince Jean Vassiliévitch, alors en guerre avec la Finlande. Sture, de son côté, fit un traité avec les villes hanséatiques ; et Jean, qui prévoyait une rupture prochaine, contracta à la même époque une alliance avec Jacques lY, roi d'Ecosse.

Les succès des ïlusses en Finlande avaient^ porté

une rude atteinte au pouvoir de Sten Sture;

d'autres causes semblaient inviter les Suédois à

recourir à un gouvernement plus réguher que ne

pouvait l'être celui de l'administrateur. Ferdinand, iif. 5

fils de l'empereur MaximUien, se fondant snr le prétendu droit d'une parenté ^loigpée^ avait émis des prétentions à la couronne de Suède^ et Frédé-* rie, frère de Jean, intriguait assez ouvertement dans le même but. £n outre, Sture était sous le poids d'une excommunication pour avoir retenu le douaire de la reine Dorothée. Malgré les dispositions favorables des sénateurs suédois, Jean, à qui la politique et le^ temporisations continuelles de Sture montraient sans cesse la couronne sans lui permettre de la saisir, s'unit plus étroitement avec les Russes qui ejLercèrent de grands ravages dans 1^ Finlande et la Carélie. Sture ne pouvait faire £ace aux ennemis sans laisser le champ libre au parti danois ; il s'éloigna du théâtre de la guerre, et confia le commandement de Tarmée à Svante Sture et à deux autres genoux. Les revers qu'essuyèrent ces che& forent attribués à la né^hgence et à l'am* bition du régait. L'archevêque d'Upsala et presque tout le dei^é étaient favorables au rétabhssement de l'union; cependant Sture ne négligea rien pour rafifermir son autorité ébranlée ; homme de oonsdl et d'action > il se soutenait surtout par l'appui des paysans, et menaçait tous ceux qu'il ne pouvait convaincre ni séduire. Le roi vit bien que 1^ armes seules décideraient de cette loi^e que-

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relie. Il obtint des Etats danois des si^lisides ej^tfaor-

dinaires, et, secondé par les NorFégi^ns, il commença les hostilités. Déjà il s'était emparé de Calmar, et il s'avançait dans TUpland, lorsque Sture parvint à se jeter dans Stockholqj. La garnison de cette ville ét^it peu nombreuse, mais on y comptait sur le secours des Dalécarliens. Les Danois, instruite de la marche des paysans, s'avancèrent à leur rencontre , lés aitaquèreût à l'improviste et en firent un grand carnage- Ils retournèrent ensuite à leiar camp devant Stockholm , exposant à la vue des assiégés les étendards enlevés aux vaincus. Sture crut que les Dalécarliens arrivaient à son secours j il fit une sortie, et, aij lieu d'auxiliaires, il ne rencontra que les Danois qui le repoussèrent facilement. En même temps, la nouvelle se répandil; que les Norvégiens, maîtres dé la ville d'Elfsbourg^ marchaient contre la capitale. Tant de revers n'abattirent point le courage de Sture; i\ f)ouvait encore tenir quelques semaines dans Stockholm, et il comptait sur un auxiliaire puissant, sur l'hiver s^ rude dans ces contrées, et sur la difijculté que trou; verait bientôt le roi à se procurer des subsistances. Jean aima mieux recourir aux négociations que d$ compromettre le succès de ses armes. Il eut avec Sture deux entrevues daQs un cloître voisin 4ç

M aiVOLUTIONS

Stockholm. Il fat convena entre eux que Jean régnerait en Snède, conformément aux articles précédemment arrêtés à Calmar, et que Sture conser-* verait, à titre de gouvernement ou de fief viager, la Finlande, la Bothnie et la place de Nikôping. Moyennant la cession du château et du district de Westerâs, Tex-administrateur consentit en outre à Cèdre reoonnaitre le roi parles Dalécarhens. Jean entra dans Stockholm où il fut solennellement couronné (4497). Svante Sture fut nonmié maréchal du royaume, et Sten, qui avait fiedt l'abandon du Westmanland et de la Dalécarhe, partagea avec trois autres sénateurs le gouvernement de la Suède quand le roi repartit pour le Danemark. Lors de la cérémonie du couronnement, on créa un grand noîEnbre de nobles et de chevaliers; selon la chronique rimée, la vanité des dames suédoises, qui désiraient pour leurs maris le titre de dievatiers, qualité que le régent ne pouvait conférer, contribua puissamment a firayer à Jean le chemin du trône. La réaction en favnir de l'union fut si complète, que le prince Christiem, fils aine du roi, fut reconnu àla même époqueconmie successeur de Jean à la CQuronue de Suède.

En suivant attentivement la longue série de troubles qui précéda cette révolutioa^ on reoonqitt que

c étaient moins les avantages du pacte dé Calmar qui déterminèrent la noblesse à se jeter dans les bras d^un prince victorieux, que la haine d'un joug quelconque; toute autorité établie lui paraissait oppressive, et elle devenait bientôt hostile au pouvoir qu'elle avait élevé sur les ruines du gouvernement déchu. Sous le voile delà liberté et de Pindépendance nationale, les grands cachaient souvent des moti& moins honorables 3 à chaque changement, ils avaient soin de stipuler pour leurs privilèges et pour la conservation des richesses qu'ils avaient acquises pendant les troubles : et, à cet égard, ils ne faisaient que se conformer à l'exemple que Giarles Knutsson Bonde et Sten Sjture lui-même leur avaient donné* Depuis plus d'un siècle, les anciennes iiistitutions Scandinaves avaient perdu leur force ; le sénat attirait tout à lui , et si le ting n'était pas aboH virtuellement, il n'était plus que l'instrument des partis. La lutte permanente n'était plus entre la royauté et le peuple , mais entre le haut clergé et l'aristocratie laïque ; ces deux corps, indépendamment de l'esprit qili les animait, étaient encore fractionnés, selon l'influence des ambitions personnelles. On a vu que le clergé, richement doté par les rois de l'union, penchait en faveur du Danemark ; quand la noblesse laïque, lasse d'une régence, se réunissait à

Vo kÉVOLUTIÔNS

lui, le rapprochement des deux pays sous un même sceptre s'opérait sans de grands obstacles. Tant que durait la lutte politique, les paysans, sollicités d'un côté par leurs évêques, de l'autre par des chefs turbulents et avides de domination, se ralliaient instinctivement à ces derniers qui défendaient une cause plus nationale ; mais quand les nobles faisaient leur soumission, la résistance populaire tombait d'eUe-méme. ]?Ius tard, cependant, le peuple se disciplina au sein même de la résistance des autres ordres, et représenta un parti distinct qui arrêta pendant un quart de siècle les empiétements de la nouvelle monarchie. La possession de Stockholm décidait presque toujours de la prépondérance d'un parti sur l'autre. Les Danois se maintenaient dans cette capitale par leur marine ; les Suédois par les secours qu'ils tiraient des villes hanséatiques, et par l'appui des Dalécarlienà. Toutes ces causes montrent suffisamment combien Funion momentanée des trois royaumes était précaire. Les rois promettaient plus qu'ils ne pouvaient tenir, et les Suédois voulaient concilier les avantages d'une monarchie réguUère, avec des privilèges qui les excluaient ; les mœurs n'étaient pas encore assez assouplies pour un tel gouvernement, et, d'un autre côte, 1^ nouvelles idées introduites par le dèrgè , le coni-

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meroe et les rapf4|l^ internationaux, avaient altéré le jentiment national qui servait comme de contrepoids aux anciennes institutions.

Quant à l'empire, son attitude pacifique au milieu de tous ces déchirements, de ces réconciliation» apparentes, s'explique d'une manière naturelle : l'Allemagne avait vu avec inquiétude l'œuvre de Marguerite/ mais en présence de toutes les difficultés que spulevait le pacte de Calmar, elle eut bientôt compris qu'il armerait pour longtemps l'énergie inquiète des Scandinaves contre elle-même, et neutraliserait l'un par l'autre le Danemark et la Suède : la ligue hanséatique avait d'autres vues j elle poussait à la guerre pour perpétuer son mono- * pôle. La découverte récente des Indes occidentales avait donné une imtnense impulsion au génie commercial ; l'Hanse prévoyait que le sceptre des relations pacifiques allait bientôt lui échapper.

Jean, après avoir rétabli son autorité en Suède, retourne en Danemark, et conclut une alliance defensive avec Louis XÎI et Jacques IV, comme s'il eût prévu que la fortune lui réservait de nouvelles épreuves. En comparant les revenus qutil tirait de la Suède avec les charges que lui imposait cette couronne, il Reconnut que les ressources étaient audessous des dépenses. Leè domaines de Sten Sturc

La confiance des seigneurs était si grande^ que plusieurs portaient des chaînes d'or au lieu d'armes, et se faisaient suivre par des chariots vides, destinés à remporter ieiir part de butin (4). Du côté des Dithmarses, les dispositions étaient celles qui conviennent à "des hommes libres : ils avaient choisi ce temps pour célébrer les noces d'un chef, mais après avoir pris toutes les mesures que réclamait le danger. Les femmes, les vieillards et les enfants^ chassant devant eux les troupeaux et emportant ce qu'ils avaient de plus précieux, s'étaient retirés dans des retraites presque inaccessibles. Tout le plat pays fut abandonné ou inondé, et la petite armée des Dithmarses occupa les défilés et les passages où la force des lieux pouvait compenser l'avantage du nombre^ et rendre inutile la cavalerie de l'ennemi. Meldorp, la principale ville du pays, fut occupée presque sans résistance par les Danois^ qui y commirent d'insignes cruautés. Après ce premier succès, le roi, sur les pressantes instances des chefs, résolut de pénétrer dans l'intérieur du pays ; les Dithmarses, instruits de ses dispositions et de la routeque devaient suivre les ennemis, se fortifièrent dans leurs déBlés^ et attendirent les Danois de pied ferme. Ceux-ci,

obligés à chaque instant de rompre les rangs et de passer un à un dans des sentiers qui étaient iconune suspendus sur des marais et des terres submergées, éprouvèrent les plus grandes difficultés à foire avancer l'artillerie et les machines de guerre. La garde saxonne, appuyée par l'infonterie nationale, était en tête, la cavalerie et les bagages marchaient ensuite. La première redoute fut attaquée avec vigueur^ knais la nature du terrain ne permettait point aux I)anois de se déployer; les Dithmarses firent plusieurs sorties, et parvinrent enfin à jeter le désordre jparmi les assaillants ; la déroute fut bientôt complète; tout ce qui ne périt point par le fer se jeta dans des marécages, à Texception d'un petit nombre qui prit la fuite ; la garnison de Meldôrp parvînt cependant à dégager les restes de cette armée naguère si belle, et protégea la retraite du roi jusqu'en Holstein. CTest à cette journée que les Danois perdirent la bannière de Dannebei^.

Cette guerre , si honteuse pour les Danois, se termina par un traité qui ne l'était pas moins; il fut condo à Hambourg sous la médiation des villes hanséatiques; les vainqueurs conservèrent leur indépendance, et les vaincus leurs prétentions. Le eontre4x>up de cet événement se fit sentir en Suède; les mécontents ne manquaient pas de motifs pour justifier leur

conduite hostilç. Quelques Suédois de distinction avaient été arbitrairement spoliés et mis à mort par 4es gouverneurs danois ; mais de tous les griefs, le plus puissant c'était que le roi ne s'opposait point aux ravages des Russes dans la ^inland^ , et qu'il paraissait même porté à les encourager. Sten Sture travaillait de son côté à aigrir le ressentiment national ; cependant il dissimulait encore, et ne voulait se déclarer qu'à l'instant où k succès ne lui semblerait plus douteux. Il écrivit à Jean que l'état dés afiiaires nécessitait la )préseiice du monarque en Suède j le roi partit effectivement, accompagné de iChristiern et d'une suite peu nombreuse. Sten Sture vint à sa rencontre: niais Jean, réfléchissant q^'ilse trouvait à la disposition d'un homme non moins rusé qu'audacieux, feignit de vouloir retourner en Danemark, et prit brusquement la route de Stockholm. Là, il accusa Sten Sture d'avoir conspiré contre lui; le sénat fut d'avis qu'on ne pouvait condamner ce dernier sans l'entendre. Sten Sture vint donc pour se justifier, accompagné de quelques gentilshommes dévoués et d'une troupe armée considérable; l'ex-régent articula les mêmes plaintes qu'il avait maintes fois fait entendre contre le gouvernement royal. Jean répondit à ces reproches avec une modératioîi qui semblait lui avoir con-

cilié tous les esprits ; mais Sture et ses partisans continuèrent à prendre des mesures qui déterminèrent le roi à se mettre en sûreté dans le château de Stockholm. De là il s'embarqua pour le Danemark, laissant dans la citadelle la reine et une faible garnison. Le départ du prince fut le signal de la révolte, et les hostilités commencèrent. Sture s'empare d'Orébro, dont le gouverneur danois est mis en pièces, puis il se présente devant Stockholm, qui ouvre ses portes au vainqueur.

Tandis que la reine, toujoui*s enfermée dans la citadelle , attendait vainement un secours que la saison retardait, Jean faisait périr par trahison Knut Âlfson, chef d'un parti norvégien qui agis- ' sait dans l'intérêt des révoltés; et comme pour affecter une sécurité parfaite, ce prince célébrait avec pompe le mariage d'Elisabeth, sa fille, avec l'électeur de Brandebourg. Christine obligée de capituler, se retira dans le monastère de Yadsténa.

Le génie de Sture suscitait au roi toute sorte d'obstacles ; les Norvégiens, indignés du meurtre d'Âlfson, coururent aux armes, et l'hanse se déclara pour l'administrateur. Une armée danoise marcha en Norvège sous les ordres de Christiern, fils du roi. Dans cette campagne, le jeune prince se montra dur, implacable; $anguinaire, impatient de tout

frein, tel, en un mot, que j lorsque après avoir pcrasé toutes les résistances., il mérita le surnom de Néron du Nord. Il battit les rebelles à Opslo (1), fit mettre à la question leur chef Herlof Hyddefed, qui dénonça dans les supplices tous ceux qui avaient trempé dans cette conjuration. Christiern étendit sa vengeance sur ces malheureux, sans être arrêté par aucune considération; une grande partie de la noblesse norvégienne périt de la main du bourreau.

La terreuravait pacifié la Norvège ; la Suède devait avoir son tour. Christiern brûla et rasa les forteresses de Elfsbourg et d'Oresteen. Ces succès relevèrent les espérances de Jean; il accepta la médiation du cardinal Riaymond Pérault, légat dé Jules n, qui avait mission de rétablir la paix dans le Nord, et d'engager les princes à réunir leurs efforts contre les Turcs* Le légat ouvrit des conféi^ences à Lubecky où se rendireat les députés des Villes hanséatiques. L'évêque d'Odensée y siégea comn^e plénipotentiaire du roi, le duc Frédéric et celui de Mecklenbourg furent choisis en quahté de médiateurs. Après de longs débâts, il fut convenu que le roi rendrait aux Lubeckois les vaisseaux qu'on leur avait pris, et que Fhanse rentrerait dans ses anciens

<l) Aujourdliuî un desiaiiboiiiigs de Christiania.

privilèges de commerce. Les villes s'engageaient eu outre à foire tous leurs efforts pour ramener les Suédois à l'obéissance et pour obtenir la liberté de la reine Christine. L'administrateur fit d'abor4 quelques difficultés ; mais, sur la menace du légQt d'excommunier toute la nation suédoise, il consentit au départ de sa prisonnière. La même année, Sten Stuire termina sa carrière (4); ses partisans cachèrent' pendant quelque temps sa mort; enfin lorsqu'ils eurent pris toutes leurs mesures, ils firent nommer cjans une dicte Svante Sture, maréchal du royaume^ comme successeur du régent. Les hôstilités furent suspendues par une convention que devait suivre une diète où les députés suédois ne se rendirent point. Leroidéfërale jugement de cette conduite aux sénateurs de Norvège et de Danemark qui l'avaient suivi à Calmar.

En présence des envoyés du roi d'Ecosse, de l'électeur de Brandebourg c5t des ducs de Mecklenbourg, ils rendirent une sentence, portant : « Que Svante Sture, Eric Johanson Wasa, Sten Ghristierson, Axenstierne, Éric et Pierre Turson Bielke, et les autres sénateurs' de Suède avec leurs adhérents et les héritiers de Sten, ayant refusé, contre letir

DBS CÇp?f^ pu WORD. J^

parole et leur dern^èrç couvention ^ dç j{$| r^pdre à Calmar ; étanf de plus tombés à diverses fois daj^ le crime dé rébellion et dé parjure^ en soulevant len Suédois contre leur seul légitime souveraiu, étaient déchus de leur noblesse, leurs biens confisquési le royaume rendu au roi, son légitime possesseur, et le gouvernement d'Orébro à Ja reine, à laquelle il avait été assigné pour son entretien (i ). »

Des mesures de rigueur suivirent de près la sentence des deux sénats ; Jean, dans le but de priver les Suédois de tout secours de la part de F^llenGLagne, et surtout des villes banséatiques, porta cette affaire devant le tribunal de Maximilien ^ qui saisit avef? empressement l'occasion d'agir comme suzerain des royaumes du Nord : il rendit un décret en vert\j duquel les révoltés étaient sommés, sons les peines les plus sévères, de rentrer sous l'obéissance du roi de Danemark. Jean , instruit par Texpérience, ne porta point la guerre au cœur de la^SuèdeJ la pauvreté du payS| la rigueur du climat qui venait iur terrompre les opérations militaires à l'instant même où le succès allait les couronner, là difficulté de^ communications, et, plus que tout le reste, le caractère belliqueux d'un peuple qui croyait £airp

^1) HTitr. diè ptr MaUet.

$0 BÉVOLUTIONS

acte de liberté en travaillant à l'agrandissement de quelques ambitieux^ furent autant de motifs qui confirmèrent le roi dans l'adoption d'un autre système; il déploya de grandes forcer navales, et, blo-

quant les cÀtes, il priva bientôt lès Suédois de toute communication avec l'étranger.

S vante Sture se vengea des dommages que lui occasionnaient les pirates et les flottes du roi, en portant le fer et la flamme dans la Scanie. Après une alternative assez longue de succès et de revers, on convint à Warberg que l'on travaillerait au rétablissement du roi, et que si l'on ne pouvait réussir à lui rendre la couronne ou à la placer sur la tête de son fils, on reconnaîtrait du moins la souveraineté du Danemark en s^ soumettant à un tribut annuel.

Parmi les sénateurs suédois, les uns voulaient un rapprochement sincère; mais Svante Sture, l'âme et le chef du parti de la résistance, entravait toutes les négociations, attendant que quelque événement favorable vînt donner une nolivelle face aux affaires. Noii content de mettre à profit les occasions qui se présentaient naturellement, Sture savait encore les faire naître 3 et comme la puissance du Danenïark portait ombrage aux princes voisins et à la ligue hamëatique, il ne négligeait rien pour exciter les

DES FËtIPLES DtJ NORD. S4

craintes des uns^ et FaTidité mercantile des autres. Les Tilles libres de Vandalie ne s'étaient rapprocliées des intérêts danois qnc parce qu'elles étaient alor* en guerre avcè les ducs de Mecklenbourg. La paix qui venait d'être conclue leur laissait une en-[ tière liberté d'action, et dès lors elles renouèreniî avec l'administrateur, et firent passer aut Suédois des armes, de la poudre, et d'autres marchandîsei dont ils sentaient vivement la privation. Les Danois^' instruits de cette infraction aux traités, arrêtèrent les vaisseaux des villes qui usèrent de représaîUeé,' de sorte que la guerre éclata bientôt. Jean fit attaquer Lubeck par terre etpar mer ; mais ses flottes, commandées par l'amiral Noity , tùtetit dispersée^ par la tempête. Les Lubeékois prirent à leur tour' FofFensîve, et tandis que cette lutte absorbait toutes les forces dti Danemark, Svante Sture feisaît signaler comme ennemis! de ïa patrie tous ceux qui* se montreraient disposés à tenir les dernières pro- ' messes, et il déclarait déchu de ses droits le rôi Jean pour avoir soumis à un tribut un peuple libre, et pour s'être uni étroitement aux Russes oontre ceux * qu'il appelait ses sujets.

Pendanjt près de deux années, la guerre se prc^ Im^a arec dea alternatives diverses; La Scaftie

était le théâtre d'une lutte acharnée ; sur mer la ^ m, 0

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lutte était partout. Cependant une confédéra-^ tion marchande devait se lasser plus promptement qu'un pays qui pouvait renouveler ses ressources par lui-même. En ^542, la paix entre le roi et les villesGonfédérées(l)fut conclue à Malmô ; les principaux articles du traité portent : que l'hanse suspendra toute espèce de commerce avec les Suédois jusqu'au rétablissement de la paix, et qu'elle payera au Danemark trente mille florins d'or à titre d'indenmité. Ce rapprochement portait un coup funeste au parti de l'administrateur, dont la mort arriva l'année suivante (4512). Deux hommes se disputèrent son héritage : l'un était Éric Trolle, que ^son âge et son expérience semblaient désigner pour chef au parti modéré. L'autre était Sten Sture, fils du précédent administrateur. Sa jeunesse, son activité et son patriotisme.ardent, promettaient un héros à la Suède. Tous les ennemis de l'alliance danoise, tous ceux qui cherchaient dans la prolongation de la lutte un aliment à leur ambition ou à leur inquiétude beUi'queuse, appuyaient chaleureusement ses prétentions. Sten Sture, au milieu des

(I) Elle comprenait les régences de Lubeck, Wismar, Stralsand, Rostock et Laheboorg. fiamboarg, qni était restée neulre, trouva un grand aceroiisement de prospérité dans le commerce qu'elle iaisati presque exclnsifement dans les ports de la Baltique.

cirçoûstancefr qui avaieQrt exaspéré le retsentînient national, devait l'emporter. Le parti *de Tr«^, en haine du jeune administrateur, résolut dès lots de fiaire tïiompher les intérêts danpis. Les deux fections essayaient pour ainsi dire leurs forces, lon^ que la mort de Jean (4513), vint compliquer ^co^ une situation si difficile. Ce prince, dont la santé déclinait depuis plusieurs années^ voyage^ift -^on sa coutume pour assurer dans les provinces. Vexécution de la justice, lorsqu'il fut contraint dai<«'ar^ rêter à Âlbourg. À ses derniers moments, il donna à son fils Christiern des.conseils pleins de sagesse et de modération, et expira avec la résignation et la sérénité d'un chrétien. ^

Les historiens danois le louent pour sa justiçe.et sa prudence, mais on peut lui reprocher des actes de cruauté auxquds il se laissait emporter dabs ^es accès d'hypocondrie.

Christiern II prit les rênes du gouverneqaent à un âge {i) où les caractères de la trempe du skesi se sont déjàmontrés tout ce qu'ils doivent être. Son éducation avait été négligée^ et la bassesse de ceux qui l'entouraient contribua sans doute' à développer aes passions violentes; il entraità pe|ne dans l'ado-

(4) il était né ea 4481.

« ntTOLirrioNS

leteenm que dUjà ses mœui^ étaient corrompues : Yêtttème licence de ses divertissements^ l'éclat qu'il •e pkisait à leur donner, armèrent en vain contre lui la sévérité paternelle. Incapable d'études sëlieusei) il regarda de bonne heure la guerre comme la seule occupation qui pût convenir à son rang et à scm génie ardent. Les succès qu'il remporta dans la guerre de I^orvége firent honneur à son courage^ mais il les ternit par des actes non moins condamnables par l'emportement qui en était la source, que par la cruauté froide avec laquelle il les exécutait . Son p*re lui avait donné pour guide et pour conseil Charles, évèque de Hammer; pour se débarrasser de cette gênante tutelle, Christiem accusa le vertueux prélat d*aVoîr trejnpé dans la révolté, et le fit jeter en prison. Le malheureux tenta de l'évader, ^ se l^essa grièvement; le prince le poursuivit lui-même , et le soumit à la surveillance lai plus rigoureuse. La mort de Charles mit seule un terme aux persécutions du jeune tyran.

. Cependant ce caractère si altier plia sous Pinfiuence d'une femme de la plus basse extraction^ Hollandaise d'origine, elle tenait avec Sigebrite, sa ttère, une hôtellerie à Bergen. Il semble qu'en formant cette liaison, Christiern ait voulu montrer qu'il ne reconnaissait, même dans ses plaisirs, que

DBS PSUf LUS DO KOIID. •»

son caprice pour unique règle. Noua avons vu qu'il fit avec distinction la guerre contre les Suédoia; il gouverna les Norvégiens conkme vice-roi, avec un pouvoir {dus despotique que s'il eût régné lui^méme^ La santé chancelante de son père le rappela en Danemark; il s^'appliqua aux affaires avec plus de zèle qu'on ne l'en eût cru capable^ et lorsque Jean eutrenduledemier soupir, il crut n'avoir qli'à tendve la main pour saisir la couronne. Cependant le sénats qui redoutait un tel maître, était peu disposé à le reoonnaitre pour successeur ; il fit of &ir en secret à Frédéric, duc de Sleswig-HoUtein, la couronne de Danemark, mais ce prince refusa de d^possédev son neveu. Christiern fut donc dédaré roi de Danemark et de Norvège, après avoir pris VeiigagemeM de confirmer les privilèges du clergé et de la no^ blesse, et en étendant les mêmes [u^omiessesaux: Soè^ dois lorsqu'ils lui auraient conféré la couronne* Il renouvela avec les villes hanséatiques les derniers traités, et maintint le duc Frédéric, soi^ onde^ dans les domaines qui constituaient son bériti^ L'aifmé<l suivante, il fut couronné sc^ennelleme8^ à Gopenbague et à Opsla# Quant à la Suède^ les faetions qui la partageaient ne permettaient ni de recoo*' naître Christiern comme souverain, ni de rejeter ouvertement ses«vai»Des« Le roi ettMdait qtie kk»><

sitùde mît les partis à la discrétion de sa politique. Allié de la France et de l'Ecosse, il voulait encore étayer son autorité en épousant Isabelle, fille de Philippe, rbide Castille, et sœur de Gharles-Quint. Le mariage fut célébré à Copenhague avec une grande magnificence. Bientôt après il renouvela ses anciennes alliancesavecVassili, grand-duc de Russie, et établit avec ce prince des relations commerciales. Cependant, au milieu de toutes ces mesures, le roi se trouvait gêné par l'insuffisance de ses revenus; il soumit à un nouvel impôt toutes les marchandises qui se débitaient dans le royaume, et il le nlaintint malgré les réclamations' des villes hanséatiques.

L'année suivante (1545), Angélo Àrcemboldi se rendit en Danemark. Le pape Léon X l'avait envoyé dans le Nord pour y vendre des indulgences dont le produit était destiné à la construction de la basilique de Saint-Pierre de Rome. Christiern lui accorda toutes les facilités désirables, espérant se l'attacher et mettre son influence à profit lorsque le prélat se rendrait en Suède.

Nous avons vu que le sénateur Eric TroUe, quoique obligé de céder la régence à Sten Sture, n'avait pas renoncé à l'espoir de renverser son jeune rival. Celui-ci ne pouvait ignorer qu'il était plus facile en S«iède de parvenir au rang suprénke que de s'y

maintenir ; les partie, isolés tant que durait la lutte, se réunissaient contre le parti vainqueur, qui s'affaiblissait bientôt lui-même par de nombreuses défections.

Sten Sture se flatta qu'il désarmerait le ressenti-^ ment d'Éric, en donnant à Gustave, fils de ce dernier, l'archevêché d'Upsal que le titulaire voulait résigner. Christiern parvint à mettre le nouveau prélat dans ses intérêts ; mais à l'instant même où ses intrigues préparaient le rétablissement de l'union, la mort de Dyveke et les soupçons que cette fin prématurée inspira au tyran aigrirent encore son humeur. somWe, et allumèrent dans son cœur une soif de vengeance que des flots de sang ne purent assouvir. Cette femme avait inspiré une violente piassion à Torben Oxe, gouverneur du château de Copenhague. On rapporta au roi que la &mille de ce gentilhomme, craignant une mésalliance, s'était débarrassée de Dyveke par le poison. Torben Qxe fut envoyé au supplice. D'autres exécutions se succédèrent au mépris des lois, et la terreur comprima toute résistance. Sigebrite, mère de Dyveke, conserva tout son ascendant sur l'esprit du prince ; on eût dit qu'en laissant cette femme maitresse absolue des feveurs comme des châtiments, il voulait prouver tout le mépris qu'il gisait

M BÉVOLUTIQNS

de ses devoirs de souveraiu et de l'humanité eUe^^ même. Le$ règlements de commerce qu'il fit en feveur de Copenhague n'eurent pour but que de feciliter, en les augmentant, les impôts de; douane. La bassesse et l'avidité de ses fâvoriç, Sigebrite et Slagheck^ qui de barbier s'était élevé à la dignité de premier ministre, étaient d'autant plus agréable ^ Christiern qu'acnés blessaient les grands dans ce qu'ils ont de plus cher, l'orgueil et l'intérêt.

Cependant les affaires de Suède faisaient prévoir un dénoûment prochain. L'archevêque avait re* fusé de prêter à Sten Sture le serment de fidélité, elles hostilités venaient de reconimencer. LéoaX, follicité par le roi, chargea le primat de Lunr den de soumettre la conduite de l'administrateur Bxxs. censures ecclésiastiques : mais ni l'excpm*^ munication qui $' ensuivit, ni les menaces de Christiern n'intimidèrent Sture, qui assiégeait Gustave TroUe dans son château de Stake. Malgré les troupes que le roi fit passer en Suède pour le seiK)urir9 l'archevêque se vit bientôt réduit aux derjDÛères extrémités; toutefois, il ne se rendit que lorsque la résistance n'était plus possible. Il dut renoncer à la dignité archiépiscopale» et on lui désigna un cloître où il devait passer le reste de ses j ours, «éi^ti^ufa avaient »ppuyé cette loesuçe ; ^^ «wl

DBS PBUPUtS DU NOBD. tf

d'entre eux, Tévêque de linkôping, eut la précau» tien de placer secrètement sous son sceau un billet dans lequel il déclarait que son vote lui avait été arraché.

Arcemboldi venait d'arriver en Suède pour y remplir sa pii^on apostolique. L'admimslrateur eut bientôt démêlé le caractère du légat } il l'entoura de flatteries et de prévenances» et lui fit même espérejf' le siège d'Upsal. Ebloui parces offres, le légat n'hésita point à sacrifier lès intérêts de Christiern, et il écrivit à Rome en conséquence ^ jnais le piège était trop groçsier pour que le pape ^'y laissât prendre.

Pendant ce temps, le roi se préparait à reprendre l'offensive; il parut enfin devant 3tockbolin» avfsç une flotte de cent vingt voiles. Après avoir débarqué ses troupes, il se préparait à assiéger cette ville, lorsqu'il apprit que Sten Sture s'avançait à marches forcées. Les deux armées se rencontrèrent à Brânnkyrka, Cbristiern ne put SQUtenir l'impétuosité de l'ennemi ; il se retira en désordre et reprit sa première position devant Stockholm • Là, n'osant reprendre l'pifensive , et redoutant égale^ ment les approches de l'hiver, il eut recours |i •la^ ruse, çt ouvrit des négociations. Sten Sture étuit sUr le point di@ se rendre à une conférence à

bord du vaisseau du roi, quand lé sénat l'en détourna . Alors Chrîstiern proposa d'aller lui-même à Stockholm/ ne demandant, pour sa sûreté, qu'un saufconduit et quelques otages. Six seigneurs suédois furent désignés; mais on les arrêta à quelque distance de la flotte, et ils se virent retenus, contre le droit des gens, par le prince qui les emmena prisonniers en Danemark. Au nombre de ces otages se trouvait Gustave Wasa, que la fortune réservait à dé si hautes destinées. Ce manque de foi donna une nouvelle force au parti de Fadministrateur, et Christiern, plus détesté que jamais^ ne songea plus qu'à la vengeance. H ne se fit aucun scrupule de s'approprier les trésors qu'Arcemboldi avait amassés par k vente des indulgences^ et de les employer aux préparatifs de la guerre- Vers le commencement de l'année 452Q, les flottes et l'armée étaient prêtes. Des mercenaires avaient été levés en Allemagne, en Prusse et en Pologne. François P', en vertu des traités qui unissaient la France et le Danemark, envoya à son allié deux mille fantassins et quelque artillerie sous les ordres de Gaston de Brézé. Un assez grand nombre d'Ecossais et de soldats tirés du Holstein vinrent encore se joindre à l'armée d'invasion, qui comptait en outre plusieurs {aventuriers pcAir qui la guerre était un appât et le

piUage une ressource. On résolut de profiter de rhiver, qui assure, d^ns ces contrées, la facilité des commumcatious et des transports.

Othon Krumpe, général. en chef des, forces danoises, passa le Suiid^ et pénétra par le Halland dans la Vestrogothie. Il rencontra Sten Sture sur les glaces du lac Âsunden, près de Bogesund : dès le commencement de l'action , l'administrateur reçut une blessure mortelle, ce qui entraîna la déroute des siens. Transporté à Strengnâs, il apprit que les Danois avaient tourné les J;aillis, et qu'ils s'avançaient vers rUpland ; alors il donna ordre qu'on le transportât à Stockholm , mais il expira dans son trat-' neau pendant le trajet (.1). Krumpe poursuivait sa mardbie, forçant les défilés et chassant devant lui les corps isolés.où la perte du chef avait jeté le désordre et le découragement. Il feisait afficher auxportes des ^ises la bulle d'excommunication ; partout, sur son passage, le service divin était suspendu, et ses émissaires, effirayant les uns, promettant aux autres, au nom de Christiem, l'oubli du passé et la conservation des privilèges de la nation, ne leur niontraient de salut que dans le rétal>lissement de l'union Ces promesses, appuyées par une armée victorieuse,

0) Gfller, litre yi.

tt «ÉVOLUTIONS

déterminèrent une grande partie de la noUeaie à demander une trêve de quelque» jours pour coii'tvoquer une diète où l'on délibérerait sur les pro^ positions de Krumpe. Les état^ se réunirent à Upsaly sous la présidence de ce même archevêque, Gustave Trolle, que les Danois venaient de rétablir dans sa dignité. Le prélat, déguisant ses fuioiens ressentiments^ n'eut point de peine à persuader des hommes qui ne délibéraient que pour la forme* Les sénateurs décrétèrent l'union (4520). Tandis que les Suédois se courbaient devant le joug étran*ger^ une femme^ Christine Gyllenstierna^ moutrait seule un courage viril : veuve de l'ancien admi-*nistrateur, elle voulut célébrer dignement lea fa« nérailles de la liberté. Sans autre recommandation que le deuil de son mari, elle court s'enfermer dam Stockholm, ranime le zèle des partisans des Sture ^ et les fait rougir d'avoir désespéré d'une causequ'iitie fe^nme ne régardait point comme perdue. Les Lu^ beckois, inquiets des mesures qui menaçaient leur commerce^ envoyèrent quelques vaisseaux nu se^ cours de ^tockbolmt et ravitaillèrent la place^ L'archevêque crut qu'il n'aurait qu'à se montrer pour mettre fin à cette résistance : il marcha contre la ville à la tête d'un corps de cinq mille hommes, et essuya une défaite complète. A la nouvdl» de ice

DES PECPlES DU NORD. «i

«uccès, les paysans reprirent une attitude Iiostile, et remportèrent quelques avantages sur les Danois; mais ayant eu Timprudence de risquer une affelîre dérisive aux environs d'Upsal, ils furent vaincus à leur tour, et dix mille d'entre eux restèrent sur là place.

Dès que la navigation fut ouverte, Christiçrn mit à la voile; après avoir mouillé devant Calmar, qui refusa de se rendre, il vint jeter Pancre en vue de Stockholm., Presque tout le clergé et une grande partie de la noblesse s'eimpressèrent de lui rendre hommage. Ceux qui avalent donné les preuves let moins équivoques de leur haine contre le prince semblèrent prendre à tâche de surpasser les autres par la bassesse de leur dévouement récent. La fermeté de Christine n'en fut pas ébfanléc ; ett effet^ pour peu que le sîége se prolongeât, l'cipédition était manquée, et leâ ob^cles naissaient de la victoire elle-mênié. Dans cette appréhension, Chris* tiem, feignant de vouloir ménagei* le feang deè Suédois, eut recours aux promesses, et fut si bien secondé par ses agents, que les bourgeois consentirent à lui ouvrir leurs poitcji. Christine, dit^n^ essaya vainement de combatti^e cette résolution (1)}

(1) $«loa FafiSBailf^ l'érfijpie Hemmiog O9M tri<iiiifl» de la réio; lnUDa de Christîne, contre le vœa iîés bourgeois.

d« ftÉVOLUTIONS

série d'accusations contré Sten Sturé et sa veuve, et contre les sénateurs et les magistrats de Stockholin. Le prélat demandait une réparation exemplaire des persécutions qu'avait eu à souffiîr Tarchevêque, son prédécesseur, et Févêque de Vesterâs. On produisit Une sentence d'excommunication^ fulminée deux ans auparavant contre les accusés : le délit contre l'Eglise était patent, les sénateurs le reconnurent, supposant que le pajpe seul prononcerait. sTir le degtë de la réparation.

Christine, citée devant l'assemblée, crut justifîei? la mémoire de son mari en produisant le décret fendu par le dénat de Stockholm en 4517, et en tÎBrtu duquel le régient avait déposé l'archevêqne et &it raser la forteresse de Staie. C!ette pièce était revêtue des sceaux des principaux membres dé< états ; elle devint k base matérielle de k ptocé^ dure. Les' coupables (e trouvaient sufii^mmènt désignés; ils fui^t'arrêtès, et Ghristlem leur iôtiwi pour juges quelques ecdésiastiqties qui ôpinèreni sous la doubleinfluence de l'archevêque et du tyràtt. Les accusés furent dédarés coupoles ^hérêiiieV €!hristiem s'était d'avanèe chargé du châtiment^' Le même jour, 8 novembre Î520, défense avait ét6 Alite aux bourgeoii de Stockholm de sortir de chez dxt avant «n ordre exprès de l'autorité, k â midi ils

purent <e rendre sur la place <li> marché. où les prisonniers ne tardèrent pas à paraître : c*étaient Mathias , évéque de Strengnàs, si dévoué aux intérêts de Christîern ; Vincent , évéque de Skara] douze seigneurs laïques^ presque tout Tordre des sénateurs, le bourgmestre, avec les principaux magistrats de la ville et plusieurs bourgeois. Le chevalier danois INils Lycke ha« rangua le peuple^ l'exhortant à réprimer toute manifestation ;- mais lorsqu'il ajouta que Gustave TroUe s'était jeté par trois fois aux pieds du roi pour le supplier de sévir^ Tévêque de Skara Finterrompit, protestant que ce qu'il venait d'avancer était faux. Plusieurs condamnés parlèrent dans le même sens, et accusèrent Christiern de parjure;

mais les bourreaux leur imposèrent silence. Tous eurent la tète tranchée, sans qu'on leur eût même accordé les dernières consolations de la religion. Des artisans furent arrachés à leurs travaux et traînés à l'échafaud; on livra au supplice quelques témoins de cette fête atroce , pour avoir donné des marques de compassion. Les frères Olâus et Laurentius Pétri allaient être exécutés, lorsqu'un Allemand les sauva en afiErmant qu'ils étaient étrangers. Olaus Magnus vit le sup«

dS DÉVOLUTIONS

plîce de quatre-vingt-quatorze personnes (1). » La cruauté de Christiern se lassa bientôt d*un genre de mort si expéditif : le gibet et les tortures varièrent un spectacle qui flattait moins encore la vengeance du tyran que sa férocité naturelle.

La nuit qui suivit cette première journée, les femmes des suppliciés furent livrées à la lubricité et au fer des bourreaux. La terreur semblait avoir dépeuplé Stockholm : alors le roi fait proclamer que la justice est satisfaite ; mais lorsque les habitants se montrent de nouveau dans les rues et sur la place du marché* les massacres recommencent. Les cadavres restèrent longtemps entassés sur le lieu du supplice; le troisième jour seulement, ils furen brûlés datis le faubourg du sud. On exhuma les restes de Sten Sture et ceux de son enfant, pour les jeter sur un bûcher, comme si le roi eût affecté de substituer sa justice à celle de Dieu.

La Finlande compta aussi ses victimes; ni les services récents de Hemming Gadd, ni sa vieillesse avancée ne purent trouver grâce devant Christiern. En quittant Stockholm, le roi marqua sa route à travers les provinces suédoises par des exécutions

(I) M« vidante ao trépidante.

DES PËUPtfiS DU NORD. 99

nombreuses. Au commencement de Taiinée âlii* vante, plus de six cents meurtres avaient inauguré Tavénement au trône de Suède du dernier souverain de Funion (4).

Cependant un jeune héros, échappé à la surveillance des Danois, s'était jeté. dans les montagnes de la Dalécarlie. La Providence, qui le réservait à de si hautes destinées, ne lui épargna ni les épreuves ni les périls ; l'adversité lui donna l'expérience, à un âge où ses pareils n'ont que le courage : tandis que ses compatriotes baissaient la téte^ de peur de rencontrer le glaive du tyran, il conçut le dessein de délivrer son pays, et il l'exécuta avec l'aide de Dieu et du peuple suédois (2).

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