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CHAPITRE XXin

Christiem croyait avoir étouffé dans le sarig de la noblesse suédoise le parti de la résistance ; dès lors il ne garda plus aucune mesure. La puissance da clergé lui portait ombrage, il résolut son abais-

(l)1)ftlin., Pnff.» Geler, Mallet.

(2) Gnd ocb SYerigesallmoge.

( Devise de Gaitave 1*% Geler, vol. I, p. 284. )

sèment. Le àég^ de Lunden fût donné, au mépris d'une élection précédente, à un homme méprisable, que le caprice du roi avait élevé à la dignité de vicechancelier. Bientôt il exigea du nouveau primat la restitution de Tile de Bornholm, et le remplaça {)ar son &vori Diderick Slagheck.

Peu de temps après, il se rendit dans les Pays- Bas pour réclamer de l'empereur Charles-Quint la dot de la reine Isabelle. Ce fiit là que Christiem eut occasion de voir le célèbre Erasme, qui prostitua la louange au monarque du Nord en échange de quelques faveurs (i).

 son retour en Danemark, le prince put se

convaincre que les moyens extrêmes sont dangereux

en politique^ lorsqu'ils menacent les ordres les plus

puissants de l'État. H se vit obhgé de rappeler

d'abord Slagheck, dont les exactions étaient odieuses

aux Suédois ; mais comme s'il eût rougi de céder à

un sentiment de justice, il mit sur la tête de l'ex-

barbier la mitre archiépiscopale, puis il le fit brûler

Tif à Copenhague, dans l'espoir de désarmer la cour

de Rome qui avait envoyé un lé^t dans le nord^

avec la mission d'informer sur les massacre» de

Stockholm.

0) £rasm , 10». 44-23, epitt. 7 et 6.

DBS PEUPLER DU NOBD. 404

Cependant le jeune Gustave, après avoir échappé aux recherches de son parent Baner, auquel le roi l'avait confié, était parvenu à gagner Lubeck. Brôihs, chef du sénat de cette ville, devina le grand homme dans le fugitif, lui donna un vaisseau pour le conduire en Suède, et lui promit des secours. Gustave débarqua près de Calmar (4520); mais n'ayant trouvé dans cette ville qu'hésitiation et terreur, car les Danois s'apprêtaient à en fiiire le siégé, et une femme, Anne Bielke, dirigeait la défense dii château, il se jeta dans les montagnes du Smaland, évitant les Danois qui étaient maîtres du pays. Les paysans paraissaient peu disposés à soutenir un homme isolé, et que cherchaient partout les émissaires de Christiern. Quand Gustave essayait de les exciter contre le despostisme étranger, ils répondaient que ce prince ne les laisserait point manquer de sel. Un soulèvement dans l'Ostrogothie venait d'être étouffé ; la soumission des provinces était presque générale : la haute Suède gardait seule une attitude menaçante. Plus d'une fois Gustave, toujours inéSranlable dans sa résolution, fut sur le point d'être tué à coups de flèches par ces mêmes paysans auxquels il parlait de patrie et de délivrance. Pendant tout l'été, il erra de demeure en demeure, craignant à chaque instant qu'on

4^2 BÉYOl.IITIQ^S

ne le dénonçât, car sa tête avait été pafse à prir,; le dénûment où il se trouvait fot sa sauvegarde. Arrivé en Sudermanie, dans les domaines de Jqsichim Brahé, son beau-frçre, il ne put le dissuader de se rendre au couronneinent de Christiern, où œ çeigneur devait partager le sort des nobles prosorita. A Ra£nàs, propriété de son père, il eut un entretien avec l'archevêque Jacques Ulïsson, qui lui donna quelquesdétails sur l'état des affairesdans cette partîp du royaume, où les Danois avaient trouvé u^e forte résistance, quoique les paysans manquassent de chefs. Les Dalécarliens, qui avaient beaucoup souffert dans le combat d'Upsal, n'avaient point repris l'offensive, D'ailleurs Stockholm avait été mis en état de défense, et le clergé paraissait subir toutes Jes conséquei^ces du renouvellement de l'upion.

Le roi venait d'être couronné, et rarcheyêqu^ employait toute son éloquence auprès de Gustave, pour ïe détourner de ses projets, lorsque la npu»velle des massacres de Stockholm éclata dans les provinces, Gustave prit aussitôt la fuite, se dirirgeant vers la Dalécariie, et arriva- epfip à Kopperl)erget ( montagne de cuivre).

Il travailla comme manœuvre dans ces contrées, dont le$ habitants se rappellent avec orgueil qoe

^As|aye W?^ ^ ^n^^i^ ^" milieu 4*«ux h hwb^ fit

DES PEUPLES m NORD. 4«$

Iç fléau r Le grenier où G\i$tave a battu le grain e^% entretenu comine un monument national (\\. ain$i. que celui (Ju village d'Isala (2). L'édifice d'Ornàs, où sa yief ut sauvée par la présence d'esprit d'une femn^e; l'endroit de la forêt de A^arnas, où il se tint e^ch^ pendant trois jours $ou& un sapin abattu, et où ley paysans lui apportaient des provisions ; Jia colline enr tourée de marais, près d'Asby, où il s^ourna aussi quelque temps ; la cave du village d'Utmedland, où on le fît cacher pour le soustraire aux poursuites dé ses ennemis; la place où il haranguales Dalécarliens à Mora, tous ces endroits sont restés ehers aux paysans de la Dalécarlie, qui n'ont oublié ni la perfidie d'Arendt Pehrssoia, ni la fidélité de Sven Elfssôa.

Le premier était propriétaire de la terrt leîgne^ui^ riale d'Ornâs, où Gustave se yendit de Bankhyt^ tan : un coUet de chemise brodé d'or ayant trahi le fugitif, Ânders Persson n'osa le garder plus longr temps chez lui* Àreàdt Pehrsson reçut . d'abord Gustave avec de gj^andes démonstrations, d'amitié.; mais le même jou:r, il alla trouver Benoît !l^uaason, officier du roi, qi}i luj donna vingt hommes pour

(1) Lettre da roi du 26 avril I66S. •

(2) Charles JU 1^ visita en 4694. Çustave III y fit élëTer un monumçnt

en porphyre; le grenier appartient aiijourd^hu^ à la famille de Sven Elfaion. v :• ■ Mv. • • >

404 BÉVOLUTIONS

arrêter son hôte. La femme du délateur, Barbe Stigsdotter, prévoyant ce qui devait arriver, avertit Gustave pendant la nuit, et lui donna un cheval, un traîneau et un guide qui le conduisirent auprès du curé de Svàrdsjô. Un chasseur, nommé Svèn Ëlfeson, offtît un asile au proscrit ; il le conduisit au hameau de Marnas. Il fît ce trajet couché dans une voiture chargée de paille, que les émissaires de l'employé sondèrent avec leurs piques. Gustave, blessé et perdant son sang^ était sur le point d'être découvert , lorsque la présence d'esprit de son guide le tira de ce pressant danger (i).

Gustave parla au peuple pour la première fois à l'église de Râttwik, puis à Moi*a. Les paysans de Râttwik lui témoignèrent Fintérêt que leur inspirait sa position; mais ils ne voulurent rien entreprendre sans le consentement de leurs voisina. Une reçut aucune réponse favorable de la population de Mora^ qui venait de rendre hommage à Christiern ; elle pria Gustave de vider le pays.

Dans les derniers jours de l'année 4 520, il continua de fuir à travers les déserts qui séparent la Dalécarlie orientale de celle de l'ouest (2).

(1) Les agents prirent le sang de Gustave ponr celai An cheval que € chasseur avait eu Padresse de blesser au même moment.

(2) Geler,

Tant de persévérance devait enfin triompher : quelques nobles suédois se présentèrent devant Ràttwik potir arrêter le fugitif; les paysans, indignés, coururent aux églises et sonnèrent le tocsin. Cette première démonstration, qui prouvait le réveil du sentiment national, donna bon espoir à Gustave, et rattacha à son parti plusieurs personnages de distinction. Les noms de ces derniers appartiennent à l'histoire : Laurent Olafsson et Jon Michelsson se rendirent à Mora, et parlèrent avec tant de force contre les Danois, et en feveur de Gustave, que les Dalécarliens envoyèrent à sa rencontre , avec la promesse de le reconnaître pour chef; les députés le joignirent dans le village de Sâln, à l'instant même où il se disposait à passer en Norvège. Il revint en toute hâte à Mora, et la réaction fut aussi tapide que l'attente du libérateur avait été pénible et longue. Toutefois, les secours qu'on lui donna se bornèrent à deux cents fantassins, et à une espèce de garde du corps, de seize hommes, choisis parmi les paysans lès plus jeunes et les plus braves. Au commencement de Tannée 1521, le nouveau chef marcha sur Kopperberget. «H y fit jprisonnier le prévôt des mineurs, Christophe Olsson, son ennemi déclaré, s'empara des caisses de la couronne, et fit main basse sur toutes les marchandises da-

IffC ȃV0MIT10NS .

noisea. 14'argent que produisit lei^r vente fiit d^gtribué à ses soldati? (J). » Ce succès augmente rapideipent ses forces : il se vit en peu de temp^ à là t4tç de quinze cents artisans; de là, il se porta dan^ l^a tfi^Uingie et la G^stricie; mais sur le bruit que les siens avaient été défeits, il retourna en toute hât^ nurses pas.

j Cependant le bruit de cette révolte était parvenu ^Ghristiern; 3toclçhplm fut mi^ promptement f)n état do défense ; çn expédia- dans les provinces d?s ordres et des avertissements pp^r contenir* le^ habitants, et une armée d^ >ix mille bon^mes 8e porta sur la Daléqarlie, et vint camper près du lac de Brunbàck. Les paysans étaient commandé^ par :][Merre 3v^58on ^que Gystavç, alors abscint^^ avait çboisi pour son Ue^tenanf. l^e Dalç réparait lea deijix ^l^méçs ; tout ^ coup Ie& Palçcarljens lancèrent, du bord qppQsé, une grêle de flèches; à cette vue, l'évéquç Beldenacke demanda i aux seigneurs suer doi^ qui étaient présent;, combien d'hommes la province? 4A3Ui'gée pouvait mettre sur piedi et .quels é^aiçht leurs mpyena d'e^istçuce. On lui ré- ^pondit qu'elle pouvait armer plus de vingt uûllp hommes, et que ce peuple savait au besoin se fio^*-

'-{i) Geler.

DES ÇEUPWS m. WORD. 4»r

tenter d'eau et de pain d'écorce» « En çç ç^^ popr-f suivit Beldenacke, le démon même ue pourrait ^•ieu contre eux, et nou& n'avons plus qu'à nous retirer. « Mais comme il s'îipprêtait à la retraite, Pierrç Svensson fit un détour et tomba sur l'ennemi qu'il mit en déroute.

A son retour en Dalécarlie, Gustave trouva $on armée victorieuse. Avant de marcher sur la capitalci il donna tous ses soins à établir parn^i se3 troupei l'ordre et la discipline militaire, Les Daléçarliepi manquaient d'armes à feu; ils. se servaient en génç-r rai de la hache, de l'arc, dç la piq^e et de 1^ fronde, avec laquelle ils lançaient quelquefois des morceaux de fer rouge. Gustave leur apprit §l mif^ux fabriquer leurs flèches, et adopta la piqpe lougnç pour arrêter le choc de la cavalerie. Il fit ^ussï frapper une nouvelle monnaie, dont l'usage, lui fut très-utile. Toutes ces mesures prises, il partagea ses forces en deux corps, ets'av?mç2i contre Vesteras, où commandait Didericl^ Slagheck. Les Efa^ lécarliens s'en emparèrent après une yiv§ rési^* tance, à l'exception toutefois de la forteresse. A l^ nouvelle de ce succès, le soulèvement devint général ; partout les villes furent prisçs ou assiégéè9| Upsal se rendit, et Gustave vainqueur vint asseoir son camp sur le Brunkeberg.

HS RÉVOLUTIONS

Le siège de là capitale dura plus de deux années ; la ville, défendue par des ouvrages considérables, et approvisionnée par l'amiral IXorrby, offrait des obstacles presque insurmontables à une armé^ composée, en grande partie, de mineurs et de paysans, plutôt propre à un coup de main qu'à une attaque régulière. Cependant la noblesse prenait parti pour Gustave, et bientôt elle lui conféra le titre de récent. L'archevêque Gustave Trolle s'était réfugié en Danemark, pour y presser les secours que réclamait la capitale. Plus d'une fois, l'insurrection fut sur le point d'être réprimée soit en Suède, soit en Finlande.

Cbristiem semblait prendre à tâche d'aigrir encore les esprits par une conduite impolitique et icruelle. Les femmes et les enfants des seigneurs décapités à Stockholm avaient été transportés en Danemark : la mère et les deux sœurs de Gustave, que le roi avait fait jeter dans des cachots, périrent de mort violente, selon les uns, de la peste, selon les autres. Gustave, adoptant la première version, adressa ses plaintes au pape, à l'empereur, et à plusieurs princes chrétiens. Le roi, pour toute justification, ordonna aux commandants danois de foire périr tous les Suédois de distinction ^i se trouvaient en leur pouvoir; quelques-uns

obéirent, d'autres, parmi lesquels il fiaiut citer le brave Norrby, déclinèrent cet ordre non moins inhumain qu'injurieux à leur caractère (>i).

Lubeck suivait avec attention les chances diverses de cette longue lutte, où, de part et d'autre, on fit peu d'actions d'éclat. Cette ville, craignant le triomphe de Christiern, envoya aux assiégeants un secours de dix vaisseaux ; mais . l'intention de cette république marchande n'était point d'aider Gustave pour lui-même ; elle voulait lui £ai]^e sentir le prix de son alliance, sans le mettre en état de se montrer difficile sur les conditions. C'est ainsi qu'à la seconde tentative de Norrby pour secourir Stockholm, l'amiral lubeckpis refusa d'attaquer la flotte danoise, quoiqu'il pût compter sur une victoire presque certaine.

La. guerre pouvait se prolonger longtemps encore : tout à coup l'on apprit à Stockhc^ la déposition et la fuite de Christiern (1523). Frédéric I", qui le remplaça sur le trône, réclama la couronne en vertu du pacte d'union. L'électi«>n de Gustave à la diète de Strengnâs, le 7 juin 1525, avait déchiré le traité de Calmar. La Norvège, fidèle à la politique qu'elle s'était tracée, ne profita point de ce moment

<1) Geler.

4lè RÉVOLUTIONS

décisif. Le Bohusiân et le Bleckingen se soumirent, la ville de Calmar capitula ; quant à la Finlande, elle avait rompu ses derniers liens avec le Daxiemark avant la fin de Tannée.

Gustave n'avait plus d'ennemis extérieurs, cepen-

dant sa tâche était loin d'être achevée : Talhance

douteuse de Lubeek, et la désorganisation du

royaume appelaient toute sa sollicitude. Stockholm

était presque dépeuplé ; il s'agissait d'y raviver le

commerce^sans exciter la jalousie delà ligue vandale. L'union, qui avait duré cent vingt-six ans, avait

accoutumé la noblesse à se regarder comme indépendante; les sénateurs gouvernaient dans leurs provinces, en l'absence du roi : ce pouvoir, pour ainsi dire illimité, attaché à la possession des grands fiefe, avait été la cause principale des différends qui surgirent entre les seigneurs et les souverains de l'union. Telle était l'influence [de ces seigneurs, qu'on les vit proposer à différentes reprises de partager le royaume en provinces, que gouverneraient des régents particuliers. Cest ainsi qu'au miUeu des secousses politiques, les Etats se reportent quelquefois vers leurs institutions primitives. D'un autre côté, le peuple, dont le bras était nécessaire pour la solution de toutes ces querelles, avait recouvré une partie de ses anciens pri-

DES PEUPLES fitJ fiORD. 411

vilége«, ou du moins il s*était habitué à agir comme s'il en eût obtenu la sanctioù légale. Cest dans la haute Suède surtout que l'esprit de liberté, ce caractère distinctîf de la Scandinavie païenne, s'était particulièrement conservé. Dans les provinces du sud, où le contact avec le Danemark et FÂllemagne avait' modifié lés mœurs, la noblesse avait conservé sa prépondérance.

On a pu remarquer que l'insurrection contre les rois de l'union sortit des rangs du peuple, et que ce fut sur le sentiment national qu'Engelbecrkt appuya ses prétentions; quant au clergé, il penchait pour le maintien de l'union qui lui avait procuré de si solides avantages. Cette conduite, qui le signalait au ressentiment populaire, contribua sans doute à l'établissement de la réforme, quoique le but principal de cette grande mesure, en Suède comme ailleurs, doive être principalement attribué aux convenances fiscales des souveraiïis.

Ainsi Gustave avait le clergé hostile, et à l'instant où il avait besoin d'argent et d'appui pour cicatriser les plaies du royaume, ce prince se trouvait placé entre une noblesse turbulente, jalouse de ses privilèges , et des paysans pauvres , infatigables , toujours prêts à courir aux armes lorsqu'il était question d'un nouvel impôt.

Ghristiemy quoique déchu du trône, n'avait pas noncéà8e8prétentions;lebeau-frèredeCharles-Quint était encore à craindre, il lui restait Norrby qui gardait à Christiern l'île de Gothland, misérable débris d'une puissance qui s'étendait sur trois royaumes.

Lubeck; dont le commerce était inquiété par les pirateries de Norrby , parvint à déterminer Gustave à tenter une expédition contre Gothland, ancienne dépendance du diocèse de Linkôping.

Bernbard de Melen, gouverneur du château de Stegebourg, qui avait épousé Marguerite, cousine du roi, fut chargé de diriger cette guerre ; il s'empara d'abord d'une grande partie du pays, mais le siège de Wisby fut conduit avec tant de lenteur, que Norrby eutle temps de livrer la ville au Danemark. Cependant Lubeck interposa sa médiation entre Gustave et Frédéric. En vertu de la convention de Malmô, le Blekingen fut rendu au Danemark, et Ton ajourna l'affaire du Gothland. La trahison de Bernbard était manifeste; il exigea de ses soldats le serment de fidélité, s'empara du château de Calmar, et partit pour l'Allemagne pour y lever des troupes et rétablir Christiern sur le trône.

Les principes de la réforme commençaient à s'introduire en Suède : Gustave, qui les favorisait et correspondait lui-même avec Luther,

accueillit avec distinction les &ères Olaûs et Lan-* rentius Pétri, dont le premier fut nommé prédic^ teur de Stockholm^ et le second professear à l'universitë d'Upsal. Il n'est point douteux que le mouvement reli^eux, qui à cette époque absorbait quelquefois les questions politiques, ait permis au roi de balancer, les unes par les autres, les tendances du peuple, du clergé et de la noblesse. H se cou* duisit, dans des circonstances si délicates, avec une mesure et une fermeté qu'il est bien rare de trouver réumes dans le niéme monarque.

' En montrant là réforme comme probable, il contenait le clergé, et l'amenait à contri^j^uer aux dé*'* penses dç TEtàt. *

La nd^lesse entrevoyait avec satisfaction l'abais*

sèment futur des évéques ; et le peuple, quoique

fortement attaché aux fomles extérieures du catho«*

lidsme, espérait que les impôts^ dont les grands

n'étaient plus exempts, lui seraient .plus faciles à

supporter. Néanmoins, des changements de cettQ

importance ne pouvaient avoir heu sans de grandes

secousses. D'abord, on confondait, sous le nom

de réforme, tous les principes contraires à la

règle canonique. Deux anabaptistes, Knipper Dol-

hng et Melchior Rink, prêchèrent sur l'apocalypse^

pénétrèrent de force dans les égUses et les coAvenii, ni« a

IM BtVOL9TI0IfS

ettràioèreiit damles rueset sur Ié$ pl&eea publiques j^ ornements du culte et les images des saints. Ces scènes scandalei]^ses excitèrent l'indignation gêné* raie, et Gustave n'hésita pas à y mettre un terme.

Uespdt de révolte,^ qui s'était pour ainsi dire a^limaté en Suède, ne tarda pas à se manifester ; le mécontentement était partout; mais les che& qui espéraient en profiterne pouvai^t s'entendre ; les paysans se soulevaient, tantôt au nom du clei^, qui leur représentait comme une atteinte à la rdigion celle que l'on portait à leurs privilèges; tantôt an nom de Mils Sture, qui mourut à la fleur de r&ge, et do^t un imposteur emprunta le nom^ ou enfin en faveur de Christiern II, ftialgre les sauver nîrs sanglants de son règne, selon que les circonstances et l'appui des chefii donnai^it quelque crédit à des espérances si opposées.

£n ruinant les privilèges de l'Eglise, Qustave n'ignorait pas. qu'il privait le Danemark de k plus grande partie de son influence, et cette considéra^ tion contribua ^ns doute aux mesures qu'il prit dans l'intérêt des novateurs réformistes. Lorsque Olaiis Petn, qui était dans les ordres, se maria pu-bliquement en 1525, le roi écrivit à l'évèque Brask qu'il était tenn de prendre la défense du mariage^ \^ lui de Bien a la main ; rien n'était plus pro{H« à

DES PEUPtSS VU yOR». 4ff

éfêvtr l'Ëglite de Suède d^ sa m^e rÉgBte d? Borne que la $ttppre08iaii ou le changement ^ formes extérieures qui ont tant de priae^sur re(»p^t .dea* peuples et qui composent pour ainM dire le oorpa de leur croyance. La célébration de Tofficf divin se Jit en kngue vulgaire sur un ordre émané de l'autorité séculière. Le.jour de la £éte de saint Eric, Gustave parut à cheval au milieu de la population des «ivirons, et parla coptre l'abus des prières latines, et en générai oonire ceux de la vie n^w^s^ tiqoe. !Pans une visite qu'il fit au chapitre d'I^psala^ il demanda si l^lise tcsiait de FEcrHure 9oa pour voir temporel; en ua nvMt, toute sa conduite» malgré h pmdenoe qui le dirigeait, annonçaiit le plan An s'attacher la noblesse en lui £râant eSj^Ber la dé? ponille du elergé» et de l'habitua ellorméme à l'obéissance .eUters Fauteinr de ces gmnds change^

II était diffîiils néafpnmn^ de persuader ait:^ payssms que le roi éliait plus instruit que leurs évé:* qioea eu matière religieuse, Ceshommes qui avaient dé^sndm avec tant d'énergie lenrs idoles contre les misnonnaires chrétiens; ne pouvaient abandonnei! jans vépu^anee et sans lutte le culte de ^nl Éric

Lm Dn^técariien^ se distinguènent surtout par luw

m BÉvoLunoNs

ré8i8taiiceopiaiàtre,à Tépoque du soulèvement excStê j||r le fkux Nils Sture ; les paysans d'Upland ne m soumirent qu'après une année de négociations' et de combats ; ils se plaignaient que le roi sou£&tt*àncour des vêtements d'une forme inusitée^ et ils exigeaient qu'il fit brûler ceux qui mangeaient de là viande le vendredi. .

* Après tant d'efforts partiels, Gustave comprit qu'une mesure géné)[*ale était urgente; il convoqua à Westeràs une diète dans le but de £aire sanction^ ner par l'assemblée ce qu'il avait fait déjà et et qu'il comptait £sdre encore. Depuis longtemps on n'avait pas vu en Suède une diète si nombreuse et si complète, et où tous les ordres du royaumç eus^ sent leurs représentants.

« La noblesse, qui s'y trouvait en majorité^ avait reçu l'ordre de s'y rendre en armes«^ Les pré^ lats, encouragés par Tévéque Brask^ se réuniresit^ porte dose, dans l'église de Saint Elgide ; là ils signèrent une protestation contre toute attentatoire aux privilèges de l'Ëglise^ inais ils obèrent l'écrit sous le pavé, où on le retrouva quinze ans plus tard. Les états tinvent leur séance dans la grande salle du couvent des dominicains^ le chancelier prit la parole ; il rappela ce que le roi avilit ftât pour là Suède, et dans quelles droonstan-

ces il s'était chargé du fardeau du gouvernement ; il ajouta que le roi n'avait accepté^latcouronne que par dévouement, maïs qu'il n'awif pas tardé à s'en repentir et à reconnaître l'impossibilité de gouver* lier un peuple toujours prêt à résister aux actes les plus légitimes de l'autorité ; il désigna plus particulièrement les DalécarBens qui prétendaient être plus J^bves que les Suédois des autres province. Les envoyés de l'Allemagney ajouta-t-il, figent le remboursement de leurs avances, et quand il est question d'impôt, les agents du roi ne rencontrent en Dalécarlie que des séditieux. L'histoire des siècles pi;écédents et des temps modernes justifiait assez Gustave, de mettre des bornes à l'autorité du clergé, et dans la pénurie où se trouvait le trésor, c'était justice de reprendre aux gens d'église ce qu'ils tenaient de la libéralité des prin<^s et de la nation. Quant à la réforme, Gustave convient qu'il la pcotége dans Sa conscience comme l'expression de la parole de l'Evangile et de Dieu; qu'au reste il a invité les prédicateurs à venir expliquer leurs doctrines en sa présence; mais que les prélats, au heu d'établir la vérité sur une argumentation sérieuse, trouvent plus commode de conserver leurs idées bonnes ou mauvaises. Au lieu de vouloir détruire le culte, le roi, qui veut vivre et mourir en

!♦* lBÎVOi;0TlONS

t^ét!étt, &l déddé à sdtttenirles prêtre» qvA reffl" pliroût dîgneiheM leurs foriictionè : ce «era qux étatê à décider éui* lé^ort des autres. Au reste, poursuivit le chaàcèliei*, le roi eét prêt à déposer les insignes de sa puissailce et à rèmèroier le peuple suédôié de l'hontoeur qu4l lui a fait : qu'on lui donne uti fief, et il renoncera à la couronne j mais si Ton veut qu'il conserve le gouvernement, qu'on mette au moins à sa disposition les moyens sans lesquels sa tâchfe devient impossible. Il parla ensuite sur le mauvais état des placée fortes, surrinsuffisance des revenus de la couronne, sur l'appauvrissement de la nobleise ^ sur l'abandon des mines et sur la ruine de ragriculture, de l'industrie et du cornhierce(>l). n

Thuré Jônsson demanda la parole au nom de PévêqUe BiCask : il représenta que le clergé réguliéf de Suède ttfe pouvait reconnaître aucune innovation religieuse sans Tassentiment du pape ; il iie cotfte»* taît pas, du reste, que le roi, pressé pat^ les cir^ fcbnstances, ne fût forcé de recourir à des mesures extraordinaires, ni qu'il y eût des abus à réprimer dans ie sein même de l'Église, mais il croyait qu'on pouvait en opérer la répression d'une tout autre

(4) Geler, chap. Ct.

mâflière^ et sans que des fentes d'un petit liôinbre de clercs retombassent sur tous les autres.

(< l.e roi demanda au sénat et à la noblesse s'ild étaient satisfaits de cette réponse ; et comme Thure lônsson déelara qu'il n'avait rien à ajouter, Gustave protesta devant l'assemblée qu'il lui était désormais impossible de qpnserver la couronne. Je ne m'étonne plus, ajontp-t-il, de rencontrer tant de désobéiss§poe parmi les paysans, lorsqu'ils ont de telé conseillers : Un nuage n'obscurdt pas le ciel qu'ib ne m'en accusent; à les en croire, la stérilité de la terre, la peste même, c'est ipoi seul qui en suis cause; je yoU au-dessus de moi deè moines, des clercs, des créatures du pape,* et en retour des soins si pénibles de l'administration, je n'ai d'autre récompense à attendre que la hache que vous voudriez déjà voir briller sur ma tête, quoique pas un de vous n'ose en tenir le manche.. . Hé bîenî dédommagez-moi donc de tous les sacrifices que j'ai feits pour vous,' et je m'éloignerai d'une patrie ingrate que je ne veux plus revoir. » Après ces mots, Vémotion lui arracha quelques larmes, et il sortit de la salle {!). »

Les nobles, qui ne s'attendaient point à voir la question tourner ainsi, n'osèrent prendre une réso-

lution ; le& paysans et la bourgeoisie, auxquek ces délais avaient laissé le^ temps de la réflexion, se rappelèrent tout ce qu'ils devaient à Gustave i les points douteux de la doctrine furent débattus, en présence de la diète par les prélats, et l^s psotisaps de la réforme l'emportèrent. Gustave fut rappelé et accueilli avec eiithoultiasme par le peuple. Le roi sut mettre à profit cette réaction. Les évêques^ désorrmais exclus du sénat, déclarèrent qu'ils accepte»

raient toutes les conditions que leur imposerait Gustave.

Les résolutions de la diète de Yesterâs étaient comme une nouvelle charte en £aveur de la royauté.^ Laissons encore parler l'historien Geîer.

« Les lettres . du sénat relatives aux résolutions de la diète ÇQntiennent : i ® l'obligation pour tous de réprimer et de punir toute espèce de révolte et de défendre Je gouvernement contre les ennemis tant à.rintérieur qu'à l'extérieur ; 2® le droit donné au roi de s'emparer des châteaux et des places fortes des évêques, et de fixer leurs revenus, de même que ceux des cathédAiles et des chanoines, et de disposer à son gré des couvents ; 5^ le droit de la noblesse de rentrer dans les domaines qu'elle avait possédés et qui étaient passés aux églises et aux couvents; 4® le droit des prédicateurs

d'annoucer la parole' de Dieu pure et simple!

« Le supplément au décret de la diète prescrit la recherche des revenus des éyêques,* des chapitres et des chanoines. Leur part et celle de la couronne étaient fixées par le roi. Toutes les charges cléricales ne pouvaient être conférées que du consentement du prince, et quoique les prêtres des paroisses fussent fi la nomination des étèques^ le toi se réservait la faculté de les destituer. Les clercs* dans les causes civiles, étaient justiciables dès tribunaux ordinaires, et à leur mort^ucune portion de leurs biens ne-ppUvait être léguée à Tévêque. Enfin l'Evangile devait être lu dans toutes les écoles, ^)

Quelle que fut l'habileté de Gustave, il lui était moins difficile d'obtenir un décret qui changeait la fece de la Suède, que d'en assurer l'exécution. Aussi tout le règne du libérateur ne fut-il qu'une longue lutte, et l'on ne peut que s'étonner qu'il ait su préparer l'œuvre de la prépondérance monarchique sans aller jusqu'à la tyrannie. Cependant il sévit plus d'une fois avec une rigueur calculée, et quelques-uns de ses actes pourraient être ta^és d'ingratitude, s'ils ne s'effaçaient, pour ainsi dîire, dans la grandeur du résultat. Cest ainsi que lorsque le roi eut étouffé la troisième révolte des Dajfearliens, en i532, il fit périr le mineur Ander»

Itl BÉVDLDtianS

P^hrsioii qui Farait aidé à se sonttraire aux ndier^ ches de Ghrutiom.

Gattave, sans cesse mmacé par ses propres sujets, triompha avec le même bonheur des emiemis estérieurs. En i33i , Christiem, qui était parvenu à se feire élire roi dé Norrége, essaya de soulever plu'^ sieurs provinces suédoises; la résistanœ qu'il ren* contra dans le Bohusiân, le fwça bientôt à se retirer» L'alliance -de Frédéric, roi de Danemark, avec Gustave et Lubeck, porjta le dernier coup an tyran détrôné qui expia les cruauté% de aon règne dans le dcmjon de Sonderbourg, n'ayant pour so-* ciété qu'un nain qui partagea fidèleoaent sa longub captivité.

Lubeck, après avoir favorisé les Suédois contre Gfaristiem II, ne croyait pas sans inquiétude les symptômes d'un gouvernement régulia: dans la crise où se trouvait le Nord : la réforme venait de marquer la transition de l'époque religieuse à l'é* poque politique, et tout en Allemagne tendait à s'organiser dans œ sens. Le lien qui unissait les viljies hanséatiques se relâchait, dès que leur inté*rét cessait d'être commun; quand les questions n'étaient que locales, chaque répubhque agissait avec ses propres ressources. Le vice de la Ugue se révélait fim nettement à mesure que k moDardûe

DES PBUPLIS bUftORB. 49»

le etmgtitufiit grande et forte lur lés raines de 1^ ^ise et de la féodalité.^ Lubéck semble avoir compris que sa ptilSsanee allait s'effacçr, si elle ne reposait snr une large base teiritoriale, car il n^st point probable qu'elle ait cédé à un inftinct pure^ ment guerrier, lorsqu'elle tenta la conquête du Danemark. Le développement de la marine hollan*daise lui montrait une dangereuse concurrence, il Cillait fermer à ces rivaux les détfbits de la Baltique; et comme les révolutions soit populaires, soit dy-« nastiques^ changeaient à chaque instant l'esprit des traités, elle voulut dominer sur les Belts, et s'assu*rer ainsi l'empire du cpmmerce 4an$ le Nord. Dans ce but^ elle essaya d'abord d'armer contre la Hollande, le Danemark et lé Suède ^ mais bientôt elle reconnut qu'il était plus ava](itageux, dans l'état actuel des circonstances, de mettce aux prises ces deux dernières puissances, pour profiter de leur afiisiblissenieïii;. Sans entrer id dans des dévelop-pements qui appartiennent ajnx règnes de Fi^édéric et de Christiern lU, nous nous bornerons à dive que deux hommes de résolution, après avoir renversé le sénat de Ltibeck, et entraîné la multitude par leur âoquencé, furent sur le point d'accomplir leurs vastes desseins. Nous verrons plus tard comment ils écboûèreùt eu Diememark. En Suède, leurs

I£4 BÉYOLUTIONS

tentatives ne furent pas plus heureuses : le jeune Svante Sture, fils de l'ex-régent Sten Sture, repugnait de se prêter au rôle d'excitateur; Lubeck trouva un instrument plus docile dans le comte de Hoya qui avait épousé la sœur de Gustaive. La mésintelligence entre les deux beaux-frères avait éclaté à l'occasion dé la dette de Lubeck dont le règlement avait été confié au comte. Les Lubeckoia réclamaient encore dix mille marcs d'argent, et le roi prétendait que le plénipotentiaire les avait détournés à son profit (1). Peut-être cette prétendue irrégularité n'était-:elle qu*un prétexte ; ce qui porterait à le JËBiire supposer, c'est que les relations furent interrompues par la saisie des navires de commerce,*et quQ le comte s'enfuit à Lubeck où il se mit en rapport avec Bernhard de Melen et Gustave Trolle.

Lubeck soutint ensuite les prétentions du comte Christophe d'Oldenbourg qui s'était déclaré pour la cause de Christiem, ensuite elle appuya celle d'Albveckt de Mecklenbourg en donnant à son neveu Philippe l'espoir de régner en Suède. *

Le rapprochement entre les cours de Copenhague et de Stockholm força bientôt les Lubeckois à

(I) Tegel, Histoire de Guiiave Vasa. Geler, chap. U.

DES PEUPLES DU NORD. 4t8

la pate^ et depuis cette époque Vhanse fnt forcée d'abandonner ses projets de conquête. Elle essaya toutefois de jeter le trouble dans le Nord par une conspiration dont le but était d^assassinër Gustave : Olaûs Pétri et Laurentius Ândreçe furent arrêtés et condanoinés à mort comme coupables de non réyëktion; toutefois le roi leur fît grâce moyei&ânt une forte somme d'argent, il cons^itit mém^ à la réintégration d'Olaùs Pétri comme curé de Stockholm. Tous deux avaient été chanceliers du roi, «t nul clerc depuis eux ne fut chargé cb semblables fi>nctions(l). Gustave poursuivit l'œuvre de I4 réforme sans entraînement et sans zèle, restant tou-^ jours à la hauteur des drconstancèit politiques. « La- causedes troubles et de là révolte, écrivait-il au premier archevêque protestant, est dans l'ignorance dit peuple ; il faut enseigner d'alxMpdet réformer ensuite ; ne croyez pas que nous ayons la tBiiblesse de remettre l'épée aux mains des %véques. » Pour rester le maître çomnpie roi, il s'attribua la décision suprême en matière ecclésiastique. Quand il eut permis aux nobles de reprendre . leurs Inens patrimcHodatix $w le deigé, il ne tarda pas à reconnaître que «'était dans bien des cas reinplaoer un

(4 Geler.

ne RivQUJTidirs

ftbne pftr une tpôliatioB sans que le peu|ilev gagnât BU ehaDgement : n Vous et vos pareils^ éciiirit^îl à Çeorge, GyUenstiem., vou« viv« comine a'U n'y avait 0n Suède ni loi iiiroi» nlldisaitàlanoblesBes « Quand il s'agit de. vous. emparer des biens du elergé, vous, êtes tous chrétiens et disciples de riv&Bgde<i). » L'insurrection la plus sérieuse qui sàt.nienaûé Gustave, était dirigée contre la noldesas; «ub simple paysan, Nik Dacke» en était l'ânie. Le Smftlsind, la Westrogohie et la Sudermanie se souir levèrent sucbessiveinent ; oes bandes se vetlraieni devant des forces supérieures, se icecrut^ient dans les villages, pillaient les maisons des prâtres mariés^ et se inontr^eat impitoyables à l'égami da ceux qui par leum richesses ou leur influenea sôuÉenaient Le nouveau gouvernement; les employés^ las- noblas éCÉHiM rançonnés comme esclaves de k'covir et diQf jg^nds^ les insurgés voulaient le bien- être des paysaps el le rétablissem«it de là isdii^n* De vieux préUH» poussaientà la révolte,^ invoquent le ciel et maudissant le roi dans les é^es* Longtemps Dadie se nwintiat.dans quelques psovifloes^ Las iiftftigiés suédois^ le duo Al^recktdè MedUanbonig^ le comte Pdatia Frédéric et r^mpereuv'Çhanies*

(I) Geler.

IffiS PEC^TLÉS SfD NORD. *«

Qumtj etatemBt en négociations avec ks pay^ sans (1). Enfin ce dangereux chef de parti snccomba en I54â ; mIob les lïn», ôl ne si^méoùt point longtemps à sa dé&ite^ selon d'autres il psttsa eon ^emagne pour échapper au supplice qui Tattien^ dait.

Gnata^B ayuit épou^é^ en 4561 , Catherine, fille 4n prince Magnus de Saxe-Lauenfaourg, et bdlesœur de Ghristieni jQI, roi de Oanemarit; Erip naquit dé cette union qœ k mort - rçmpit deux alis après. Le roi épousa en secondes noces Màk^^m^ rite Xjey<mhûvtid dont le père avait péri dans }$ ffiassaà>e de Stockholm ; die avait été fiànoée à Svante Stum, et quoique k volonté ro^le Mît Ibrei son indim^on, die ^p montm digne du ehoîx dé Gostave ot lui donna pinsieian^ttl^iEtts t Jean, Tatné; fut présenté à rassemblée eu «étiat^ d<s fa iidbtessè et du dergéj àQrebro^ en ibM^ etreodnmi eofiinie héritier légitime du tnâne; quatre aaa plus taoi^ é la diète de Westeràs, œtta élection hu confif méf avec l'adoption du mode dliérédité de mêJa en inik et par ordre de priioogénitnre. Ce paetede«ucQBS4' siou fot publié, m 4544, au nom (k topa les états par k ttoUe^e qui ^'îatitink l*§Pfi» dâ la cour^am

mmbfââ.

\n RÉVOLUTIONS

de Suède. Les autres fils du roi devaient éti*e pourvus de fiefs;

C'est ainsi que Gustave couronna les deux premières phases de son règne : la délivrance du joug étranger et la réforme qui mettait le clergQ suédois sous la main du prince : toutes ces luttes, tous ces travaux restaient précaires, tant que le pacte de succession n'avait pas complété l'unité de pouvoir en faveur de la monarchie.

Cette triple révolution^ dans l'état poétique tel que l'avait fait l'union de Calmar, dans l'ordre reU* gieux si laborieusement établi par le saint-siége, enfin dans le droit d'élection, la plus vitale des libertés Scandinaves; cette triple révolution, disonsnous, consonmiée par un seul homme, devait trou^ ver après lui de puissantes résistances dans la réac* lion des mœurs et dans les intérêts lésés.

Après avoir empiété sur le clergé, de manière à le mettce dans Une dépendance absolue, Gustave s'appliq^ à établir sur une large base le domaine territorial^ de la couronne : il déclara biens du roi les terres incultes et en friche, il étabht en principe que le fleuve appartient au roi, et rangea parmi les propriétés de la couronne les montagnes de la Suède qui se prêtent à l'exploitation des mines. Si sa logique était ^ début, sa yo-

lonté ferme venait à ra][>pttîy et mieux valait céder de bonne grftce que de persister dans une résis- • tance non moins périlleuse qu'inutile. Les préten* tions de Gustave ' sur les terres* vagues le conduisirent naturellement à en former d'autres sur les établissements qu'on y avait élevés, de sorte qu'il s'attribuait un droit réel d'expropriation ou de surveillance sur toutes les propriétés qui payaient le cens. Du reste il consultait le peuple dans les diètes^ ' écoutait les plaintes, en promettant d'y remédier^ et cherchait véritablement le bien général, à condition toutefois qu'il paMit descendre de sa propre autorité : son activité suffisait à tout; il disait souvent à ses fils : a Réfléchissez d'abord avec maturité, puis exécutez avec vigueur et sans hésitation : une résolution qui n'est pas exécutée à temps est oonmie ces nuages qui, sans donner de pluie, traversent le cid dans les temps de séch^^sse. »

Dans des temps moins difficiles, l'administration de Gustave aurait pu passer pour tyrannique : avec plus de droiture et de franchise, il est probable qu'il n'eût pu se maintenir sur le trône f instruit de bonne heure à l'école de la pohtique danoise, il ne reculait devant aucun moyen pour parvenir à ses fins, et comme il avait vu de près tous les partis, soit comme observateur, soit comme acteur, il ne

n% BÉTOL0TIOIIS

«é fiiisBit auciiB scrupule d'opposer la ruse et k -force à la perfidie et à la yiolence. Au reste, l'éclat qu'a jeté son règne devait naturellement faire ressortir des actes qui, vus à distancé et jugés sous trn point de vue moral, ne peuvent que paraître (condamnables ; mais si l'on pénètre dans l'esprit du temps, si l'on considère la conduite des seigneurs, toujours prêts à rendre ou à retirer leur coopération au chef de l'Etat; si l'on pense à l'influence du clergé papiste, qui, regardant Rome comme sa patrie, faisait bon marché des libertés de la Suède, et n'avait d'autre règle que son ambition et son intérêt ; enfin si l'on est obligé de reconnaître que le peuple lui-même, qui fut pendant si longtemps la proie commune de toutes ces tyrannies ; flatté tour à tour par les nobles, parles évêques, par les régents et les monarques, s'était habitué à ne respecter que ce qu'il devait craindre , on comprendra facilement que Gustave ait du vaincre tant d'obstacles en combattant ses ennemis avec leurs propres armes. Si k Suède n'eût été déjà habituée et façonnée pour ainsi dire à un régime sembkble, Gustave lui-même n'aurait pu le lui imposer impunément.

Les finances de k Suède étaient dans le plus fkhèux état lorsqu'il prit k couronne ; outre les

ressources qu'il trouvait dans les mesures extraordinaires et souvent tyranniques dont son règne offire tant d'exemples, il dut frapper de nouveaux impôts que les paysans n'acquittaient qu'en mur« muraht, et qui étaient un péril non moins qu'une 'ressource : il se plaignait lui-même que la révolte de Dacke eût absorbé sept années d'économies. Cependant sa prévoyance prit souvent le caractère de l'avarice r«Â sa mort, dit Geîer, malgré les dépenses occasionnées par les dernières guerres et par les mariages des princes de sa maison^ et le voyage d'Eric en Angleterre, il laissa quatre grandes caves voûtées toutes riemplies d'argent, et des ma« gasins pourvus de marchandises précieuses (l).» n établit le premier, une comptabilité régulière pour les revenus de la couronne; le clei^é catholique, qui en avait fait en grande partie les frais,

lui founlit encore par ses registres un modèle d'adniinîstration. Sa sollicitude . descendait dans tous les détails : agriculture, communications, mines, industrie, tout s'amâiorait sous son regard. Des vaissf^ux suédois parurent dans l'Atlantique, et se dirigèrent vers la France, l'Espagne, l'Angle* terre et les Pays*Bas. La paix avec la Russie ouvrit

(I) Bittéire tfe ift»Me/ekap. X.

^r.2 RÊVOLUTiaNS

au commerce de nouvelles iressources. Les produits de la Suède allèrent s'échanger en France contre du vin et du sel; en Angleterre, contre des drape^ ries et du plomb ; dans les Pays-Bas^ contre des soieries, des toiles, des épices et du sucre ; en Dane* mark, contre du salpêtre et du houblon ; en Allemagne, contre des armures, des épées^ et du cuivre ouvragé. Gustave établit aussi des règlements militaires, de sorte qu'il connaissait avec assez d'exac* titude le chiffre des forces disponibles. L'armée soldée et cantonnée chez les paysans se composait d'environ treize mille fantassins et quatorze cents cavaliers indigènes ; les soldats allemands étaient en petit nombre et leur paye était plus forte. La noblesse, qui servait à cheval, n'était point comprise daiis cette évaluation. Les forces navales de la Suède furent mises sur un pied respectable , et bientôt les Finnpis et Norrlaiidais, dirigés par des Vénitiens, se distinguèrent dans la construction des navires. Au milieu de touteç ces améliorations, les écoles, privées de la direction des prêtres catholi* ques, étaient en pleine décadence. De nombreux témoignages, dit Geier, attestent l'ignorance et la grossièreté des prêtres, les mœurs publiques avaient reçu de la réforme un coup funeste. Le relâchement subit de la discipline de l'ancienne Église, avant que

DES PEUPLES DU NORD. nô

la nouvelle eût pu prendre racine, devait amener ce résultat^ et dans cette confusion, les esprits, libres d'adopter des points de conscience, ne pouvaient être scrupuleux sur des règles de morale étroitement liées aux croyances catholiques..

L'alliance entre le Danemark et la Suède fut plu^ d'une fois sur le point de se rompre; lorsque le traité de Spire eut scellé la réconciliation de Christiem m avec Charles-Quint, la cour de Copenhague parut disposée à faire revivre lé traité de Calmar : le droit des filles de Christiem II était demeuré induis, ainsi que la solution des anciens différends entre les deux couronnes relativement à l'île deGothland. Gustave prévit que ces questions n'étaient qu'âjoijmées.

Cependant la guerre éclata en Finlande; les Russes ne purent prendre Yiborg, mais ils emmenèrent un grand «nombre de prisonniers. Après des ravages et des cruautés réciproques, on <îondut un armistice que suivit la paix de Moscou en i 557 •

La mort de la reine ^rguerite frappa Gustave dans ses plus chères affections, cependant il épousa l'année suivante (1552) Catherine SlenbocK. Marguerite lui avait donné dix enfants. Éric, d'un caractère fougueux et bizarre, obtint de son père les châteaux de Kronebàrg et de Calmar^ avec File

d'CEland ; Jean eut une grande partie de la Finlande pour fief.

La conduite d'Eric troubla la vieillesse de Gustave ; le jeune prince paraissait attendre avec impatience le moment où la mort du roi le laisserait maître absolu de sa conduite et des af&ires. Gustave, tout en lui reprochant sa légèreté^ le consultait souvent, et lui témoignait une grande confiance. Il voyait avec douleur la mésintelligence de ses deux, fils aines y de qui Messénius rapporte qu'ils se disputèrent dans leur en&nce pour des jouets, plus tard pour des provinces,- et enfin pour le royaume; ila s'accordèrent toutefois momentanément pour résister secrètepient à l'autorité paternelle, mais dans des vues bien différentes : Éric se flattpit d'obtenir la main d'Elisabeth d'Angleterre, et Jean prétendait réunir à la Finlande une partie de la livonie. La guerre désolait cette province; elle porta le dernier coup à la puissance des chevaliers Porte^glaive, qui, trop faibles pour résister à la Russie, implorèrent le secours des Polonais^ de Tempereui^ et des rois du Nord. Gustave, qu'alarmait l'attitude du Danemark dépuis l'avènement au trône de Frédéric II, promit de secourir le grancT maître, à condition que ce dernier remettrait entre ses mains, comme garantie, la ville de Revel. Peut-éti^, dit Geler,

DES PEUPLES. DU NORD. ^?2f

cette déterminatipa fut- elle ijiotivée par lea ian trigue^ d'Éric et du duc de Finlande, qui négodait à l'iaau de Gustave avec l'ordre teutouique, 4 la même époque, Jean se trouvait à Londres, d'où U donnait à son frère les.e^pérances les plus flattei|S€|S. Éric était sur le point d'aller trouver lui-même a^ royale fiancée, lorsqu'une lettre d'Ëlisabetl^ fiU

vieux roi, laquelle équivalait presqueà um riefu^) vint désabuser la cour sans détruire les illusions d'Éric, La santé du roi déclinait d'une manière sensible; au mois de mai 1560, il Qrdonna au priiice Jean, qui revenait de Londres, de se trouver, ainsi qu'Eric, à l'ouverture de la diète- convoquée à Stockholm pour le niois suivant. « Les lettres de convocation font mention des frihme^% des fraUman, des prêtres, des bourgeois et des paysans, c'est-à-dire des quatre états* Les friberm représentent les nobles de naissance»; les fr$Uimn étaient ceux qui ol)tenaient des lettres de noblesse par leurs services ou par l'équipement de cavaliers armés en guerre. Les évéques, nomimés à cette époque or (](}ttarn, deux prêtres, aeux paysans de chaque district, et quatre bourgeois de chaque ville furent appelés à la diète. Le roi se rendit dans ta salle du royaume^ accompagné d'Éric, de Jean et de leurs plus jeunes frères, Magnus et Charles. Ce

U6 RÉYOLUTlOiNS

dernier, encore en&nt, était aux pieds de son père ; les autres/ à sa gauche, avaient pris rang suivant leur âge. Le roi salua les états ; ils savaient, leur dit-il. et les vieillards en avaient été témoins, que la patrie avait gémi sous le joug de l'étranger. « Dieu seul, ajouta-t-il, a opéré cette délivrance miraculeuse et s'est servi de mon bras ; Dieu a été mon aide et mon refuge durant les quarante années de travaux et de peines qui ont avancé mes derniers jours. Je suis comme le roi David, ajouta-t-il en versant des larmes, que Dieu tira de la condition de pasteur pour le faire régner sur son peuple. Le Ciel nous a feit connaître la vraie lumière, et j*ai l'espoir que vous resterez fidèles aux doctrines que vous avez embrassées. J'ai £ait des fautes sans doute, car je suis homme, et je vous conjure de me les pardonner; beaucoup d'entre vous ont blâmé ma sévérité, mais un temps viendra où les enfants de la Suède regretteront de ne pouvoir me tirer de la tombe. J'ai le pressentiment de ma fin prochaine^ je sens que les forces m'abandonnent, et j'ai voulu* profiter de celles qui me restent pour vous faire connaître mon testament; je réclame des états la sanction de cet acte (4 ). n

(1) Mer.

Gustave expira le 29 septembre 4560 j dans les derniers moments de son agonie, qui fut plus longue que pénible, son confesseur se pencha sur sa couche, et lui demanda s'il croyait en Jésus- Christ: « Oui, » répondit le roi d'une voix ferme ; et cette parole fut la dernière.

GHAPITRE XXIV.

Les grandes époques historiques peuvent être rapportées à des dates précises J lorsqu'elles représentent un fait nettement défini, ou quand l'idée qui domine une époque se lie tellement à un fait, qu'elle lui emprunte pour ainsi dire la clarté de sa manifestation. Ainsi les grands cataclysmes, les solennités pubhques, la fondation ou la chuté des villes célèbres, ont dû servir aux historiens de points de départ pour la classification des événements subséquents et intermédiaires; mais quand une période historique n'a qu'une signification morale, les limites qu'elle embrasse deviennent indécises et quelquefois insaisissables.

. Qu'est-ce que le moyen âge? où commence-t-il ? où finit-il? Sans doute le règne de Charlemagne

438 AEYPLUTIOINS

peut être conlsidéré comité le développement de la piiis8ance germanique appuyée sur Rome chrétienne, mais les ancêtres de* ce grand homme avaient tout préparé. La transformation . dfi roi franc en empereur n'est que l'expression la plus sensible d'un nouvel ordre politique et moral, et cet ordre n'a été possible que parce qu'il avait ses racines dans le passé : certes, les temps immédiatement postérieurs à ce &it offrent^ une analogie plus marquée avec ceux qui suivent, qu'avec les époques voisines de la grande invasion des barbares.

• Il est également difficile de préciser l'époque .où commence l'histoire moderne; si c'est avec la réformCy £audra-t-il remonter à Wicleff, ou seulement à Jean Huss^ ou enfin à Liither, reproducteur passionné des idées de ses devanciers?

L'ère chrétienne elle-même, à la considérer soqs le rapport de son influence sur l'état des so-f ciétés européennes, reste comme flottante pendant plusieurs siècles. On voit d'abord le paganisme romain graviter vers l'Eglise et s'en rapprocher avec lenteur, puis la lutte s'engage avec les païens de la Germanie , et enfin avec les Scandinaves et les Slaves de la Baltique et de l'Est. Le christianismç avance touîdurs, mais les mœur» réagisseQt dans les

phases de la traii^rmation, jusqu'à ce qu'enfin le mondé paien soit abèorbé dans Tùnité chrétienne.

G!est qu'en généralles idée&, c'est-à-dire la maloifestation inteUigente de la vie des peuples, ne subissent une transformation complète qu^après une longqe série de modifications successîYes; lliomme peut adopter nn nouveau spabole/un autre Dieu, mais à l'instant même où il admet une nouvelle croyance, il s'appuie d'abord sur ce qu'il croyait, et mêle instinct! vement la vérité à l'erreur. Dans l'ordre moral, aussi nécessairement que dans Tordre physique, la succession est une loi immuable et la garantie nécesteire de 4a durée.

La période politique remonte évidemment en deçà du seizième siècle, mais elle se confond encore avec l'influence religiepse, et ne prend un caractère prépondérant que lorsque TÂllemagne, craignant pour ses libertés, devint le point d'appui des puissances qu'inquiétait le développement de l'empire sous le sceptre de Charles-Quint. Le règne de Louis XI peut être regardé comme l'époque transitoire entre les périodes religieuse et politique. À travers les superstitions qui enveloppent les actes de ce prince, on distingue déjà la raison d'État qui les détermine, non plus comme précédemment, par saillies^ et consme r^ultant ^d'intérêts aceiden-

^40 BEVOLUTIQNS

tek, mais avec la suite et la maturité qui caractélisent une tendance durabte. Les guerres contre l'Italie, dont la possession devait assurer la prééminence de la France ou de l'empire, et consommer rabaissement politique de Rome, font surgir de nouveaux rapports au sein desquels prend naissailce la diplomatie. L'époque est tellement politique, que des caractères analogues se révèlent presque ûmultanément dans les principaux Etats de l'Europe. Cest, en Angleterre, Henri Vm, tour à tour l'allié de Charles V et de François P^, et qui après mérite le titre de défenseur de la foi, rompt avec le pape, répudie ou livre aux bourreaux ses femmes, et se dédare chef de l'église anglicane : en Espagne, c'est Isabelle, princesse d'une ambition virile, qui triomphe avec le glaive et assure ses avantages par l'habileté des n^ociations : c'est, en France, François V^ qui, pour perdre son rival, fait cause commune avec la ligue luthérienne, et ne rougit point de s'allier avec rennemi de la chrétienté. Cest C3iarles-Qttint lui-même, qui repousse la réforme par instinct monarchique, et de peur de s'aliéner Tllalie et l'Espagne ; vainqueur à Huhlbei^, il retient contre la foi jurée son prisonniw, le landgrave de Messe ; n'hésitant point à falsifier un traité pai^ raison 4'£tat ; c e»c un pcMitife, Bsul III ,

quiy dans l'espoir de ruiner le parti protestant, es* saye de réconcilier l'empereur avec François, et en présence de si grands intérêts, stipule pour les

Famèse l'abandon des duchés de Parme et de Plaisance. £n Danemark^ c'est Christien II, qui tombe pour avoir passé la mesure d'une politique impitoyable : en Suède, c'est Gustave Yasa, qui triom-* phe et meurt la couroniie en tête, parce que^dans ffis actions , même lorsqu'elles sont moralement repréhensibles, il se montre toujours tel que le temps et les circonstances le réclament : en Pologne^ c'est Sigismond I*% qui serait le plus babile des rois de ce pays, où la bravoure est plus commune q\ie la politique, si Etienne Batory ne lui disputait le premier rang ; enfin, en Russie, c'est Jean le Terrible, dont nous allons bientôt esquisser le règne; certes, la réunion sur les trônes de l'Europe de pareils personnages, presque tous contemporains, établit d'une manière incontestable l'inauguration de la période politique.

La révolution religieuse devait coïncider avec la période politique ; il feUait qu'elle s'identifiât avec de grands intérêts^ pour qu'elle osât se produire,^ et pour que les intérêts qu'elle menaçait lui donnassent, parla persécution, cette éducation forte qui Sait les existoices durables. La réforme eUe-

même prit, dans le principe, le caractère domi-« nant de l'époque ; sa marche, d'abord timide et calculée, devient plus rapide à mesure que les évé*

nements se précipitent^ Luther n'était novateur que sous le rapport de la forme : un siècle ayajit lui, Wiclëf avait attaqué le papisme avec les mêmes armes ; mais les princes n'avaient saisi que le côté religieux de la question, et les idées hardies da^ novateur anglais restèrent dans l'oubli, jusqu'à ce que Jean Huss, encouragé par la protection de So^ phie de Bavière, vint leur donner une nouvelle célébrité par l'âpreté d'un schisme que couronna son supplice.

Depuis ce moment, la réforme fait des* progrès en Allemagne, et les guerres des hussites la propagèrent rapidement. On pressent dans cette lutte, à la fois politique et religieuse, la solution prochaine de l'antique querelle des gibelins.

Dès le milieu du quinzième siècle, jusqu'au cornmencement du seizième, les registres des états sont remplis de doléances sur les abus de TÉghse. Le trafic des indulgences, la célébration pompeuse du jubilé de 1500, coûtèrent à l'Europe chrétienne des sonmies considérables. Souvent Rome était obligée de partager avec les princes les collectes de ses légats^ de sorte que les peuples se trouvaient presra*

ré8,entre les exigence» d'une double fiscalité. Il n'en pouvait être autrement, puisque les empereurs s'arrogeaient la suprématie sur Rome temporelle, et que Rome elle-même, réduite à ses propres ressources, n'aurait pu ni subsister comme Etat distinct, ni exercer d'action efficace sur les évêques investis de dignités séculières. Malgré les efforts vertueux de plusieurs papes, et par suite des prodigalités scandaleuses de quelques autres, Tinfluence reli- . gîeuse baissait en Europe. La^ lutte contre le J)agànisme était finie ; l'industrie et les arts, sortis de Fémancipation des communes, avaient introduit dans lés mœurs une recherche qui devait gagner l'Église. A mesure que le sentiment de la liberté se déve^ loppait dans les masses par le £ait de la richesse et de la propriété, les princes se formaient à une politique plus déliée; c'était partout une lutte de pouvoir à pouvoir, de vassal à vassal, de vassaux à souverains, de couronne à couronne. Dans les positions sociales les plus humbles comme dans les plus élevées, les richesses, qui donnent tout, deviennent le but commun, l'instrument universel* L'enthousiasme qui avait produit les croisades avait feit place à un sentiment raisonné des croyances ; la religion avait cessé de dominer la vie sociale ; elle la complétait et composait avec les exigences

nouvelles. La prise de la ville sainte par les infidèles dvait jadis transformé l'Europe chrétienne en un vaste camp ; depuis la moilié du quinzième siècle, G)nstantinopIe était au pouvoir des Turcs qui menaçaient la Hongrie, la Bohême et l'Autriche ; et cependant TEurope restait presque indifférente en présence de ce danger, elle sentait que sa force était désormais dans son organisation mihtaire, dans le développement do^né à ses ressources par l'industrie et le commerce; elle pouvait essuyer des revers, mais l'Orient^ stationnaire dans son &talisme, était désormais impuissant devant la société régé^ nérée. Les institutions morales, œuvre de l'Église^ étaient affoiblies mais non usées ; en un mot, le principe religieux servait encore de contre-poids à l'action civilisatrice, mais déjà l'on pouvait prévoir que les intérêts .purement temporels deviendraient la base de l'ordre politique et social^ et qu'après avoir dégagé le code religieux de quelques] yices de forme, on ne tarderait pas à porter une investigation hardie sur le principe lui-même pour en mettre les conséquences en harmonie avec les idées et les choses de la vie nouvelle.

Une révolution prochaine s'annonçait, non-seulement par les tendances politiques ^t sociales, mais par les lettres et les arts, expression fidèle des

phases des eivibsations. Le beau passait de l'idée dans la forme; et des chefis-d'oeuvre naissaient sous le regard des Médicis. Léon X s'entoura d'une cour d'artistes, et les monuments de Rome chrétienne parent rivaliser avec ceux de la Rome impériale ; ce progrès cachait dé[à une décadence morale. Le pape avait compris son époque : il annonce une ONHsade contre les Turcs^ et met l'Europe à rançon pour défrayer une guerre sainte. L'Europe reste impassible, et Léon X, qui peut-être avait prévu cette tiédeur, puise à pleines mains dans les trésors de ses légats pour décorer la basilique dç Saint- Pierre. On dirait que, reconnaissant à tant de signes la décadence du saint-siége, il se pressait d'élever ce merveilleux mansolée de la puissance pontificale^ en dotant l'Église .expirante de toutes les splendeurs du génie de l'homme.

Dans la prévision encore confuse d'un grand changement, la société tout entière s'était émue ; dans la pc^ique, les prépondérances territoriales ; dans les chefo subordonnés, la plus grande somme possible d'indépendance; dans les masses, une activité inquiète qui croyait saisir dans toutes les questions générales le principe de la lutte que tous attendaient^ telles étaient les tendances de la société au commencement du seizième siècle; la politique m. *^

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les dominait toutes, et ce ne fut que plus tard que la question religieuse, de secondaire qu'elle était, après avoir grandi dans la lutte, s'éleva à la hauteur de la question politique, et quelquefois même parut l'absorber. Peut-être le clergé eût pu résister à cette pression générale, s'il eût eu pour armes dé** fensives les vertus de la primitive Sg^ae ; maiA il avait adopté les vices des corps politiques, et il ne pouvait que s'énerver en prenant la part det jouissances de la vie nouvelle, L'Église n'avait point seulement pour but l'intégrité du principe religieux : elle voulait défendre tout son passé, eu vue du présent et de l'avenir : tout son passé, c'est*, à-dire non*sei|lem$nt le dogme, mais les annates, les expectatives, les indulgences et tout le cortège de son administration fiscale ; pour l'Église, c'était presque une nécessité; dans la position (ju'elle s'était faite, il ne lui était plus donné de s'isoler dans son influence spirituelle. Le système de défense adopté par l'Eglise devait donc se modi* fier selon que l'agression menaçait plus particulier rement le dogme pu les prérogatives séculières du b^ut clergé. Plus d'une fois, dans les guerres de re* ligion, les papes, moins soucieux des deetiuées futures du saint-siége que de leur pouvoir tem*^ porel, virent ayep satisfeçtiqn les succès de la ligue

protestante contre l'empereur. Alors le pape n'était plus que le chef des guelfes, quoique cette dénomination de parti fât éteinte; de leur côté, les évéques d'Allemagne s'applaudissaient souvent de > échecs des catholiques, l'intérêt séculier l'empor* tant sur toute autre considération. La confusion des principes régnait surtout parmi les niasses, comme il arrive toujours ddns les époques de transition; le principe politique, placé au sommet de la sodé* té, poussait le peuple dans la lutté, eA le peuple croyait s'enrôler sous un drapeau religieux. Le soldat coml^attait comme catholique ou comme protestant, non pour défendre ses convictions, mais parce qu'il appartenait au service de Charles-Quint qa de l'électeuf , de sorte que la volonté supérieure pouvait le constituer ennemi de ses coreli- (ponnanres.

La maifche de la réformation se règle, pour ainsi dire, sur les événements ; la religion ne mène points die marehe à la suite , et ses premiers triomphes comme ses premières défaites ne l'atteignent qu^ par contre-coup.

Aq: seizième siècle , les protestants ne demandaient rien de nouveau ; les mêmes griefs avaient été articulés longtemps avant eux; et il n'en pouvait être Mitremeot ^arce que les abus qu'ils signalaient

Ui RÉVOLUTIONS

étaient inhérents à TEglise constituée depuis des siècles comme pouvoir temporel.

Lorsque Luther commence la lutte contre FÉglise, il ne parle d'abord qu'avec la timidité d'un transfuge ; sans contesteir l'efficacité des indulgences, il se borne à en censurer l'abus ; l'électeur de Saxe devine dans le moine doininicain le porte-voix de l'indépendance germanique ; il le soutient, l'encou-» rage et se déclare son protecteur. Le réformateur s'élève; il se fortifie dans la résistance à mesure que la ligue des rehgionnaires devient plus puissante; enfin la confisssion d'Augsbourg rempHt l'Allemagne et retentit dans toute l'Europe ; désormais Luther est à lui seul une puissance ; il ne lui est plus donné de reculer, et il poussera le schisme jusqu'à ses dernières conséquences.

Après l'abdication de Charles-Quint, le démembrement de l'empire et les concessions foites aux rehgionnaires suspendirent la lutte en Allemagne. Phihppe U^ par ses mesures sanguinaires, crut sauver le càthohcisme; son intolérance était en retard d'un siècle. La réformation avait achevé sa première phase; la guerre de trente ans devait consoDuner l'œuvre de Luther.

Le travail intellectuel, déjà si fécond an seizième siècle^ reçut de la réformation une impulsion puis*

santé : la liberté d'e^men passa des questions religieuses dans tout le domaine de l'idée ; elle agrajadit Tintelligence, mais aux. dépens du sens moral ; le prêtre réformé ne fut plus que citoyen ; il y eut moins de scandales et moins de convictions fortes et de saintes abnégations, enfin les institutions sévères du christianisme perdirent peu à peu leur empire sur une société dont les ministres eux-mêmes tendaient les mains aux liens terrestres.

Gomme tout l'ordre social était l'œuvre de l'Église, de même aussi les cbangements introduits au nom de Luther durent modifier la vie intérieure des peuples par certains intérêts pohtiques. Ces intérêts trouvèrent plus ou moins de faveur dans les grandes sociétés sorties de la civilisation chrétienne.

L'ItaHe devait rester fidèle au catholicisme; menacée par l'empire et par la France, qu'eût-elle fait de la réforme?

L'Espagne, à peine sortie de ses luttes contre les Maures, était encore dans toute la ferveur du principe catholique.

En France, la réforme comptait de nombreux partisans ; mais l'unité monarchique repoussait les idées nouvelles , ce qui n'empêchait pas le roi trèschrétien de donner la main aux religionnaires ; au milieu de ce conflit politique et religieux, le pro-

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testantisme resta longtemps en France à Tëtat de secte.

En Angleterre, les caprices de Henri YOI ébauchèrent grossièrement la réforme ; la réaction suivit de près, et la cause du papisme ne fut réellement désespérée qu'à dater du règne d'Elisabeth.

En Danemark et en Suède^ la nouvelle rehgion servit de levier, tantôt contre la prépondérance impériale, plus souvent dans les luttes qui regardaient sfpécialement les intérêts respectifs de ces deux royaumes.

En Pologne, la cause luthérienne fut paralysée par l'influence des jésuites, et par rétablissement de la Prusse ducale. Albert de Brandebourg s'était dëdaré pour les protestants ; Sigismond crut devoir resserrer son alliance avec l'empereur.

Dans la Russie seule, Jean le Terrible, dont nous allons esquisser le r^pie, put combler la mesure du despotisme, sans que la religion yîm entraver ses actes. L'Occident était prêt pour la grande lutte qui couvrit l'Allemagne de sang et de ruines ; en Russie, le mémeprindpe de domination universelle cpii avait feilti perdre Charles*-Quint et François P' s'asseyait sur une large base, et inaugurait la pmtrsance des Slaves orientaux, puissance dont plus tard les monarques de rEurope centrale onUièrent

de s'occuper daiis leurs savantes combinaisons d'équilibre.

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