TOME IV
condurmi sopra tucte le cose del mondo, corne piu a pieno potra intendere dal sopra decto Monsignore di Auxerre, al qualle io mi rimecto, pregando Idio mî facda grazia di obedire humilmente tucti i giorni délia vita mia alli commandamenti délia Maiesta vostra et del mio signore Monsignore di Orliens.
Scritta a Niza a di xxiii di septembre mdxxxiii.
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Sire,
Je rends grâces très-humblement à Votre Majesté très-chrétienne d'avoir daigné écrire de nouveau à sa très-humble servante par Monseigneur Févèque d'Auxerre, et aussi de toutes les paroles que celui-ci m'a dites de sa part, en les croyant, Comme me le commande par sa lettre Votre Majesté, aux pieds de laquelle je désire me conduire sur toutes les choses du monde, comme elle le pourra plus à plein entendre par le susdit Monseigneur d' Auxerre, auquel je me remets, priant Dieu de me faire la grâce d'obéir humblement tous les jours de ma vie aux commaQdements de Votre Majesté et de mon seigneur Monseigneur d'Orléans.
Écrit à Nice, le 23 de septembre i533.
La très-humble servante
Catherine de Médicis.
Pendant ce temps le pape Clément VIT s'embarquait sur les galères de France pour venir à Marseille rendre visite à François I®*'. Il arriva dans cette ville le 4 octobre i533, fit son entrée solennelle le 12 du même mois et, le 28, il procéda solennellement au mariage de sa nièce avec le duc d'Orléans (i). Il quitta Marseille le 12 novembre ets'em-
(i) Mémoires de Martin Du Bellay, p. 263.
CATHERINE DE MEDICIS 5l
barqua le 5 décembre pour Gvita*Vecchia, sur Us galères d'André Dorîa. Il mourut le 25 septembre de Tannée suivante, ne se doutant guère de la haute fortune à laquelle était appelée sa nièce. En effet ce ne fut qu'à la mort du dauphin François, en i536, que Catherine, de simple princesse, devint rhéritière du trône. Reine de France en i543, elle mena, à la cour de Henri II, une vie obscure, supportant sans humeur apparente la rivalité de Diane de Poitiers et se contentant de donner , après dix ans de stérilité , des héritiers à la couronne. A Tavénement de François II, Catherine de Médicis se révéla. Dès lors, soit comme régente, soit comme reine mère, elle exerça une influence politique considérable. Je me bornerai à parler des événements qui concernent les lettres que je vais publier.
En 1 567, les huguenots se soulevèrent de nouveau, sous la conduite du prince de Condé et de l'amiral Coligny. Us vinrent livrer bataille à l'armée catholique commandée par le vieux connétable de Montmorency, dans la plaine de Saint-Denis, le 10 novembre 1567. Le combat fut san^ant, et chacun des deux partis s'attribua la victoire (1); seulement les catholiques y perdirent leur chef, ce qui les empêcha de renouveler la lutte. Après ce grave événement Charles IX et sa mère délibérèrent sur la nécessité de remplacer Montmorency. La charge de connétable fut offerte au maréchal de Vieilleville, qui la refusa (2), et qui, sans doute pour faire sa cour à la reine mère, proposa de nommer le duc d'Anjou lieutenant général du roi par tout le royaume (3). Cet avis fut appuyé par Catherine de Médicis (4) qui avait, au dire de ses contemporains,
(i) Le maréchal de Vieilleville, dans ses Mémoires (coU. Michaud, t. ixip. 36o), donne de très-corieux détails sur ce &it.
(a) Cest VieilleviUe lui-m8ine qoi a révélé cette particularité {Mémoires, p. 362).
(3) Le maréchal rapporte l'entretien qu'il eut à ce sujet avec le Roi en plein conseil. Après avoir refusé la diarge de connétable, il répondit au Roy qui, à demi ct^re, s'était écrié : 1 Mais dictes-moy pourquoy ?» ~ c Parce, Sire, qu'il est désormais temps, laissant Testât de oonnestable i part» et qu'il n'en soit jamais plus parlé, de faire entrer monseigneur vostre frère, que voylà, au maniement des afiaires d'Estat, et le constituer lieutenant général de Vostre Majesté en vostre royaume et en toutes les terres et pays de vostre obéyssance affin qu'il ne demeure plus inutile, et qu'en tous lieux où il se trouvera il puisse parler en si grand prince qu'il est, des armées, des bataillfs, des gouvernements, et des ordonnances nécessaires et politicques, et tout ce qui concerne la manutention de vostre couronne et de Testât public, jusques au maniemeiit et disthbutioiis de toutes les finances en général des provinces qui sont soubs vostre couronne; ce qu'il ne sçauroit faire, n'y ayant lam^ eaté appelé ny employé : de quoy il peult ropgir en toutes compaignies t
(4) VidUeviHe marque, dans le pateage suivant, la satisfiiction de Catherine de Médicis : ( Et y avoit grand presse d'aller devers la Royne mère pour luy annoncer l'investiture de son troîsiesme fils en ce sublime estât de vice-Roy de France ; qui eu fust très-aise et très-
une tendresse toute particulière pour son troisième fils (i). Hurault de Cheverny (2), chancelier du duc d'Anjou et créature de la reine mère, fit vérifier et publier au parlement de Paris et dans tous les autres les lettres-patentes qui élevaient le frère du roi à la plus haute situation de l'Etat (3). Le duc réclama peu après une garde particulière: Catherine lui transmit la décision royale par la lettre suivante :
Mon filz, je ne puys vous respondre aultre chose à la lettre que vous m'avez escripte du jour d'hyer si n'est que je trouve très bonne le résolution que vous avez prinse touchant le logis de Tarmée, ensemble les despesches que vous avez faict faire en plusieurs endroictz. Et quant à ce que vous m'escrivez touchant la difficulté que vous a proposée le s' de la Rivyère le jeune, je vous diray que l'intention du Roy monsieur mon filz et la myenne est que doresnavant vostre garde vous soyt entretenue tant durant ceste guerre que durant la paix, laquelle fault
contente, ne se pouvant assez louer de M. le roareschal de Vieilleville, qui avoit mis si dextrement en avant cette belle invention, pour laquelle Sa Majesté l'aima et honora tous jours depuis plus que jamais. » {Mémoires, p. 363.)
(i) Cest l'opinion de Michel de Castelnau qui dit, dans ses Mémoires (coll. Michaud, t. IX, p. 523) : « Or, après la mort du Connestable, la Royne mère du Roy estima que, pour avoir les armes et la puissance avec Tauthorité entière, elle ne pouvoit mieux foire que tacitement supprimer ce grand estât de Connestable, qui luy estoit suspect; et donna la charge de lieutenant général au duc d'Anjou son second fils, qu'elle aimoit uniquement. 1 — Marguerite de Valois raconte dans ses Mémoires (coll. Michaud, t. x, p. 403 et 406/ combien Catherine de Médicis la sacrifia à son fils Henri. Elle ajoute cette phrase caractéristique : « Depuis ce jour-là elle alla tousjours me diminuant sa faveur, faisant de son fils son idole, le voulant contenter en cela et en tout ce qu'il désiroit d'elle. »
(2) Hurault de Cheverny revendiqua, comme Vieilleville, l'honneur d'avoir proposé le duc d'Anjou pour lieutenant général du roi. f Le Roy, voyant tant de guerres et d'affaires préparées h sa ruine, fut conseillé par la Reine sa mère, et par tous les princes et seigneurs qui se trouvèrent près de luy, d'y pourvoir promptement,et de faire eslection d'un chef, mondit sieur le connestable allant mourir, pour comnander à toutes ses armées ; et par la recognoissance du grand courage et valeur, affection et iutérest de mondit sieur le duc d'Anjou son frère, se délibéra par l'advis de tous de le faire et establir son lieutena it général, pour commander ainsi queluy-mesme en toutes ses armées. Et au mesme temps, et dans le mesme conseil, j'eus commandement, comme son chancelier, d'adviser la puissance et authorité qui luy pourroit estre commise, dont je luy fis expédier un pouvoir le plus ample, grand et honorable que frère de Roy ait jamais eu, que je fis vérifier et publier, tant au parlement de Paris qu'en tous les autres du royaume, et peux dire que je mis ledit pouvoir en sa perfection, comme favois esté le premier à en faire les ouvertures. > (Af^mpi ref, coll. Michaud, t. x, p. 468.)
(3) Vieilleville [Mémoires, p. 363) appelle le duc d'Anjou vice-roi de France,
qu'elle soyt de cinquante hommes, dont durant la guerre toute la trouppe servyra, et durant la paix servyront par moyctyé, les ungs après les aultres, et à cheval ilz porteront Tharquebuze au lieu des javelynes que portent les gardes du Roy monsieur monfilz, et à pied porteront les hallebardes, comme font lesdits gardes, qui est, mon fîlz, ce qu'il nous semble que vous debvez arrester avecques ledit La Rivyère pour vostredite garde, dont vous l'advertirez, et le plustost qu'il luy sera possible ferez mectre sus vostredite garde. En pryant Dieu, mon fîlz, vous avoyr en sa sainte garde. De Parys ce XXVIII™® jour de novembre 1 567.
A mon fîlz le duc d'Anjou, lieutenant général du Roy monsieur mon fîlz par tout son royaulme.
La paix fut conclue à Longjumeau le 23 mars i568; elle ne dura que six mois. Les huguenots reprirent les armes pour la troisième fois : Condé et tous les chefs protestants se réfugièrent à la Rochelle (août i568) ; la religion réformée fut interdite par arrêt du Parlement le 28 septembre. Le duc d'Anjou se rendit bientôt à Tarmée et manœuvra sur les bords de la Charente. Le i3 mars iSôg eut lieu la fameuse bataille de Jarnac où les protestants perdirent le prince de Condé. Quoique battue, Tarmée de ces derniers n'était nullement entamée. La reine de Navarre amena aux huguenots son jeune fils Henri ; d'autre part la reine mère se rendit auprès du duc d'Anjou pour surveiller les opérations militaires (i). Wolfgang de Bavière, duc de
(i) Une des raisons du voyage de Catherine de Médicis fut que Tarmée catholique se montrait peu satisfaite Je son jeune chef. (Cf. Mémoires de Castelnau, p. 338.)
Deiix- Ponts (i), venait de pénétrer en Franjce et cherchait à faire sa jonction avec Tamiral Coligny. Il s'empara de la Charité (2) et passa la Loire le 20 mai. 11 allait se réunir aux protestants du Poitou lorsqu'il mourut d'une fièvre quarte, le 11 juin, à Escars, près de Limoges (3). Catherine de Médicis était dans cette dernière ville, et elle ignorait encore la mort du duc de Deux- Ponts lorsqu'elle écrivit, le 12 juin, la lettre suivante à Charles IX :
' Monsieur mon fils, le Coc (4) s'an retourne qui ha présanté vostre présant à vostre frère, qui Ta trové si beau et plus aystimé la fason de quoy Valon lui ha conté que lui avés envoyé, et dist qui ne vous peult fayre aultre remersiment de tant d'aseuranse que lui donne de vostre bonne grase que de anployer sa vie et la luy esposer pour vostre servise, à quoy yl ne perdra neule aucasion de le vous fayr paroytre parefoyst la volante qu'il a mis, è est byen mary de celés qui ce sont perdeues, mes cet né pas sa faulte, ni la myene, car, depuis que je y suis, je fayt marcher vostre armaye en tele diligense, que cet les reystres (5) eusent voleu marcher jeudi, le jour de la feste Dyeu (6), je me pouvès dyre la plus heureuse femme du monde et vostre frère le plus glorieulx ; car vous eusiés heu la fin de cete guère, aystent réduis le Duc de Dus Pons en lyeu qui Testoyt à nous, mes Dieu ne Ta pas voleu ; car j'euse aysté trop ayse d'avdyr esté aucasion de vous mestre en repos par le moyen de vostre frère et de tent de jeans de bien qui sont ysi, qui en sont enragés ; mes puîz qui n'est aveneu, yl n'ont perdu le ceour (cœur), ayspérent encore que yl souint jouins aveques l'Amiral, qui ne l'auron pour sela de
(i) Ce prince, fils de Louis II, était né en i528 et avait succédé à son père le 3 décembre i532.
(3) Mémoires de Castelnau, p. SSg.
(3) Mémoires de CasteînaUy p. 540.
(4) Sans doute un nom propre, comme Valon, inscrit plus loin.
(5) Ces reitres étaient ceux que le comte Rfaingrave et Bassompierre avaient amenés au duc d'Anjou. (Cf. Mémoires de Castelnau, p. 534.)
(6) La Fête Dieu tombait, cette année-là, le 9 juin.
chercher Taucasion et Faventage et vous fayre le servise qu'il désirent tous ceulx qui sont en cete armaye, où vous avés, de puis le plus grent jeusques au plus petit, tent de jeans de bien et playn de si grente afection à vostre servise, et aulter cet royaume de misayre, que je voldrés que le puisyés vojn*, comè je fays, pour les aymer daventage, et avojnrplus de souvenanse de les en reconoystre. Je say bien que vous dires qui ne tient à vous que ne le voyés, et que cet je ne reguardez que à complayre à vostre volante, pour avoyr vostre bonne grase à quelque pris que cet feut, que le vous consellerés, mes yl fault que pansiés que je vous suis mère, et que je reguarde à cet qui peult avenir, et que ryen ne vous peult aulter set beau royaume que Dieu vous ha donné, tent que demeurerés en vie, quelque forteune qui aviegne; car vous serés tous jour pour remetre les chause en sûreté, et, pour cete aucasion, nous avons mendé d'asambler toutes les forses d'Auvergne, de Picardie, Normendie et Bourbonoys, aveques cet que avés de Tlsle de Franse et vostre mayson, afin que puisiés avoyr eun neup (nœud) pour remestre tout cet quy pouroy t aystre rompeu ensemble, cet qui n'aviendra pas, si Dieu playst, et n'avenant, si Ton ne le peult conbatre avent qui voleusent repaser la rivière, vous inestre de là la rivière de Louire, et les côtoyer aveques cet que aurés, et vostre frère au cul, pour les empêcher de la paser, et, ne la pasant, yl sont ruinés, et, s'il retournent en leur conquêtes, tous jour aveques vos forses, vous avenser, défandent la diste rivière, afin qui ne la pasasent plus hault, et, s'il vont en Languedoc et Lionoys, pour aler en Bourgogne quérir les Alemans^ qu'yl disent que le duc de Casimire leur amayne, vous ennaler aveques les forses que avés à Lion, et vostre frère tous jour le cotouier et ne perdre, mes la chercher, en cet pendent, une aucasion de les combatre, cet qui la délibéré de fayre, et, en cet faysant, l'on joura jeu seur, et conestra-t-on que y aies aveques sans et raysons, et seulx que, pour vous complayre, vous en diron aultrement, vous conestré un jour tou le monde,
et voyrés que je vous suis mère et non marâtre. Je ne le vous dis pas pour doucter que ne me conoysié tieule (telle), car je mannaseure et de Tamour et aubeisance que m^avés tous jour portaye, mes cet pour vous refrechir la maymouyre que cet que je vous consel et foys, cet pour vostre conservation et de vostre Royaume, que est vostre honneur, come le conoystrés à la fin de tout cesi, et que je n^ay ni aultre but ni fin que cela, et la prise de la Chérité ayst de très grende ynportanse. Je laisse cet propos pour vous dire que le Breul ha envoyé yer ysi son ensegne, lequel nous panson aystre une espie, et qui lest veneu pour savoyr et voyr cet que nous fayson. Il vous so vient, et Villeroy vous en fayré sovenir, que yl a envoyé beaucoup de foys, et moy le renvoyé ver lui pour savoyr des novelles, et a fayst bonne mine; mes asteure je décovre qu'il né plus tenps de le renvoyer, mes yl dist qui veult aler au (où) vous aystes, et, delà, à Reue. Fayte le prendre et envoyé le à Paris et en mayn seure, et Ton sora de lui beaucoup de chause qui vous pouront cervyr à mon aupinion. Vileroy le conoyt, qui le monstrera à ceulx que le voldrés fayre prendre. Mendé moy cet que ennaurés fayst, et je vous bayse lé mayns.
De Limoges cet XII"* de jouin iSôg.
Vostre bonne et afeaionnée mère.
Caterine
Si volés me fayre chause agréable, et beaucoup pour me contenter, ne me mestés plus cerviteur. Je le vous ay dejea mendé; je vous prie le fayre.
Comme on Ta vu, Catherine de Médicis traçait un plan de campagne, tout en défendant son fils et elle-même contre la jalousie et la défiance du roi et de ses conseillers. Le plan de Catherine ne plut pas aux chefs catholiques : les généraux n'aiment pas ordinairement recevoir des leçons de gens peu familiers aux choses de la guerre. Après divers combats, entre autres la bataille de Montcontour, cette troisième guerre civile se termina, le 8 août 1 670, par la paix de Saint-Germain.