‹ revve des docvments historiqvesChapitre 32 sur 70 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

tant du fonds des travaux que de la régie, aîant disposé au profit de ma fille tant du tiers restant que de la totalité de ce qui m^appartient comme estant pour ma part aux droits des créanciers de feu Monseigneur le duc de Rohanès; plus toutes les aimées des appointements qui se trouveront m^estre deûes dans la maison de S. A. S. Monseigneur le Prince de Conty et ce qui se trouvera écheu de la dernière au jour de ma mort; plus tout ce qui me sera deu d'appointements dans la maison de S. A. S. Madame Id Princesse Douairière de Conty, et généralement tout ce qui m^est deu de sommes mobiliai^es par obligation, billets, promesses, ou testament, transports, donation, ou à tel autre titre que ce puisse estre; plus ma Bibliothèque comprenant tout ce que j'ay de livres latins ou grecs, imprimés ou manuscripts, et touts les livres françois qui traittent de science et d^histoire, excepté seulement ceux que j'ay destinés à ma fille dans le legs cy-dessus et qui seront cyaprès désignés nommément; ^lus la moitié de ce qui se trouvera chez moi de vaisselle d^argent et de ce qui s'y pourra trouver d'argent monnoïé; plus tout ce pui se trouvera chez moy de meubles à moy appartenants, à Paris^ à Versailles ou à Fontainebleau, excepté ceux que j'ay légués à ma fille cy-dessus et ceux que je déclareray cy-après luy appartenir.

Je donne à ma sœur Le Gousturier ma montre sonante à boiste d'or qui m'a esté donée par feue Mademoiselle de Vertus.

Je veux et entens que l'on paie entière à chacun de mes domestiques tant de Paris que de Versailles l'année de ses gages dans laquelle je mourray. Je comprens dans ce nombre» Madame Tiphaine pour la gratification annuelle que je luy païe au lieu de gages, en considération des services qu^eUe me rend et de ceux qu'elle a rendus autrefois à ma fille pour son éducation et pour son instruction, à quoy je joins cinq cents livres une fois payées, de laquelle somme de cinq cent livres je m'asseure que ma fille Voudra bien luy païer la moitié

DENIS DODAET 6j

pour soulager diamant mon fils sur cet article, et ma petite monstre boiste d'argent.

Je déclare que je ne dois rien de considérable qu'à Monsieur Morin, docteur en médecine, retiré à Saint Victor à Paris^ mon amy (i), qui m'a preste généreusement et sans intérest une somme de dix sept cents livres, que j'espère luy païer incessamment, sy Dieu me conserve encore deux ans de vie. Je ne croy pas qu'on trouve guère d'autres detes après celle-là que l'année courante de mes. quatre ou cinq domestiques, quelques fournitures d'écurie et d'équipages, quelques réparations et quelques parcelles de rente deûes par feu mon frère à ma sœur et à un d» cousins du Bois Hermite en Gascogne de qui je n'ay nulles nouvelles, desquelles rentes )e me suis chargé en acquérant de feu mon frère la moitié de la maison de Paris cy dessus mentionée^ et environ quatre francs de rente que b.dois à un nommé Marin Portechaize et à une mineure à cause d'un petit fonds que j'ay esté obligé de prendre à Stors près de l'Isl' Adam pour dédommager mes enfants de partie d'une somme de mille francs deûe à la succession de feu Monsieur Boulant, ayeul de mes enfants, par le nonmié Tavaut.

Je déclare que tous les livres françois, reliés en marroquin rouge du Levant, qui se trouveront dans ma Bibliothèque, sont à ma fille, luy aïant esté donnés par feue Mademoiselle de Vertus, que le meuble de petit damas, lict, chaises, lit de repos, chaises de tapisserie, fauteuik, tabourets, canapé, écrans, table de marqueterie, tapisserie de brocatelle de Flandres, porcelaines, grand cabinet d'ébène et toutes garnitures de cheminées et cabinets et toutes autres garnitures comme

(i) Lotds Morin, né au Mans, le ii juillet 1036, fut médecin de l'Mdtel-Dieu dé Paris, âa bien&iflttice et sa géaéitMité étaient (yroviErbiales. U wvait coutume, nous dit Fonttfndïe, de Terser le montant de son traitement dans le tronc de Thospice. On le força d'accepter la place de médecin particulier de mademoiselle de Guise. Après la mort dé cette dame il se retira à rabbijiedB Sftintr Victor, ce qui le fit surnommer Mûrhi de Saint' Victor. Am^ intime de Ûodart, il succéda à ce dernier comme pensionnaire de l'Académie des sciences. l\ mourut à Paris le i«r mars 171 5. Le testament de Ûodart prouve une fois de plus la générosité de Louis Morin.

images, miniatures^ quadres, sentences enbordurées, qui se trouveront dans la grande chambre et cabinet attenant, mesme mon portraict, original de la main de M. Jouanet Paisné fait en dernier lieu, le portrait de Madame la Marquise d'Urfé, deux petits païsages avec ses 2 iSUes, plus deux chandeliers d'argent cizelé, la pendule qui est dans sa chambre, de la main de Masson, sa montre à spirale et boiste d'or et une autre petite montre à boiste d'or, luy appartiennent en propre, pour avoir esté aquis par elle de ses épargnes, ou à elle donnés en présent, ou par elle faits de sa main, comme touts les ouvrages de tapisserie et petit point, qui ont mesme touts esté garnys à ses despens, que s'il se trouve que j'y aie contribué, soit au meuble soit à la pendule, c'est peu de chose que je luy ay donné en présent et que je luy donne et lègue, en tant que besoin seroit, par ce testament. J'excepte de ce qui est dans le cabinet attenant la grande chambre de ma fille une pièce de tapisserie verdure très fine que je veux estre remise avec le reste de la tenture de la mesme tapisserie, qui fait partie du legs universel.

Je déclare enfin ma fille quitte de toutes pensions, entretien, logement, comme je le suis vers elle des revenus de ses biens maternels et de ses avances, suivant l'acte que j'ay passé avec elle par devant M. Le Fèvre, nottaire, le trente d'avril dernier.

Je recommande à mes enfants une veuve très pauvre et très vieille nommée Jeanne Grizel, jadis servante de ma mère. Je les exhorte à luy continuer l'aumône que je lui fay d'un escu par mois, c'est-à-dire de soixante sols, le reste de ses jours. M. le Maistre dira où loge cette pauvre veuve.

Je leur recommande aussy le dit sieur le Maistre, l'une de mes plus anciennes connoissances, comme très vieil et très pauvre. Je luy donne touts les mois un peu plus d'un escu. Il est capable de plusieurs petits services et s'aquite bien d'une commission.

Je remets à mon cousin du Bois, ecclésiastique à Pontoise, ce qui se trouvera m'estre deti de reste par la succession de feu Maîstre Guillaume du Bois, advocat, son père, et je luy fay cette remise pour de bonnes raisons, ainsy qu'à M. d'Aspremont, ce qu'il se trouvera me devoir par quelques billets que î è n'ay pas sous la main pour les luy rendre, en compensation de quelques avances qu'il a faites pour moy et en reconoissance des offices et de l'amitié dont je luy suis redevable.

Sy je meurs sans avoir paie à la succession de feu Monsieur le comte de Brienne, cy devant secrétaire d'Estat pour les affaires estrangères, cent quatre vint livres que mon Directeur a jugé, sur mon exposé, luy estre deues, et sans avoir payé à la succession de feue Mademoiselle de Vertus ce que je luy doy par un billet ou mémoire qu'on doit trouver dans le tiroir à gauche sur mon bureau à Paris où je l'ai cherché inutilement, n'aïant pas eu le loisir de feuilleter les liasses de mémoires de l'exécution testamentaire. J'en charge mon fils en qualité de mon légataire universel. S'il ne trouve pas le mémoire ou billet en question parmy les papiers de l'exécution testamentaire il trouvera attaché à ce testament un mémoire que j'ay consulté, suivant lequel je ne devrois que trente livres tournois, mais, examinant le fait plus à la rigueur depuis la consultation, cela pourroit aller à cent cinquante livres ou plus. J'entens donc que mon fils consulte Monsieur Boileau sur ce plus et qu'il suive son avis pour la décharge de ma conscience sur laquelle je ne veux rien laisser de douteux.

Je ne doute pas que ma fille n'asseure à Madame Tiphaine une pension viagère sur son bien, en cas de prédécès de ma fille. Cette bonne fille la mérite pour les services qu'elle luy a rendus durant sa tendre jeunesse avec tant de désintéressement et' d'amitié, tant en son éducation que depuis dans ses fréquentes et violentes maladies, et d'ailleurs les pertes qu'elle a souffertes exigent sur tout de ma fille de ne l'abandonner jamais. Je la recommande aussy à mon fils.

Je révoque touts les testaments que j'ay faits avant celuy cy .

Je nomme pour exécuteur du présent testament, conjointement avec mes chers enfants, Monsieur Brisset, advocat au Parlement, mon amy, que )e supplie, par toute Tamitié dont il m^a honoré durant ma vie, d^accepter cette commission et un présent de valeur de trois cents livres pour marque de ma reconoissance très humble. Je ne puis mieux témoigner Testime que je fay de sa probité et de sa capacité que par la prière très humble que je luy fay d^aider en cette occasion mes enfants de sa conduite et de ses conseils dans Texécution de ma dernière volonté. Je luy joindrois Monsieur Boileau, chanoine de Saint-Honoré, s'il m'estoit permis d'appliquer à des affaires temporelles un ecclésiastique aussy appliqué aux devoirs de son charactère, mais je le supplie au moins de vouloir bien y intervenir en la manière quMl pourra, soit pour prévenir ks difficultés, soit pour les résoudre, s'il en survenoit quelcune.

Après avoir disposé du bien temporel que Dieu m'a d<Hmé, il ne me reste qu'à exhorter mes très chers enfants à vivre dans la paix qui a toujours régné dans nostre petite famille depuis près de cent ans qu'elle est establie à Paris. Pour la conserver et la confirmer de plus en plus je leur conseille de se prévenir l'un l'autre par des offices mutuels d'amitié, de confiance et de, charité. Sy malgré touts mes soins et toutes précautions il survenoit entre eux quelque occasion de se disputer quelque chose Tun à l'autre, j^^xige d'eux> par tout ce qu'ils doivent à la mémoire d'un Père qui leur a donné tant de marques d'amitié dans le soin qu'il a pris de leur procurer une éducation chrestienne et de leur laisser le nécessaire de leur estât, de régler touts leurs diffisrents par l'entremise de leurs amjTs communs les plus intelligents et les plus v«rtueux.

Je les recommande touts deux, avec toute Tinstanœ qui me peut estre permise et avec le profond respea que je dos, à S. A. S. Madame la Princesse de Conxy^ qui m'a donné en tant d'occasions tant démarques de bonté et tant deprotectiocr.

et à LL. AA. SS. Monseigneur et Madame la Princesse de Cont/, et surtout je leur recommande ma fille, qui a moins rhonneur d^estre connue d^eux que mon fils, qui se trouve naturellement et par luy mesme sous leur protection par les services quUl a eu Thoneur de rendre jusqu'à présent dans les deux maisons. Je les recommande Pun et Pautre à toutes les personnes qui m'ont honoré des marques d'une bonté particulière et sur tout à Monseigneur le Pelletier, Ministre d'Estat, à Monseigneur le Premier Président au Parlement de Paris, à Monseigneur le Premier Président du Grant Conseil et à Madame la Première Présidente, à Monsieur l'abbé Bignon, à M. le Pelletier, Conseiller d'Estat ordinaire, à M. et à Madame d'Argouge de Rànes, à Monsieur d'Aguesseau, Con* seiller d'Estat ordinaire, à Monseigneur le Procureur général, à M. d'Aguesseau de Val-^joiian, Conseiller au Parlement, à Messieurs le Nain père et fils, à Messieurs Portail père et file, et à touts ceux que je puis appeller mes amys sans manquer à ce que je leur dois, et nommément à Monsieur Bôileau, Chanoine de Saint-Honoré, pour lequel mes enfants ont touts deux un resp^t égal. Enfin je les reconmiande l'un à l'autre dans la confiance que j'ay que mon fils vivra avec ma fille de sorte qu'il ne la mettra jamais dans la nécessité de chercher dans le cours de sa vie desappuys et des consolations estrangères, et que ma fille vivra avec mon fils de manière qu'elle ne luy donnera jamais d'occasion de manquer de confiance en son amitié.

Après cela je n'ay.plus qu'à demander à Dieu, ce que je luy ay toujours demandé pour eux comme pour moy, la paix, au moins intérieure, et le nécessaire de la vie ou la force de porter le faix de la pauvreté s'il luy plaisoit de nous y réduire, mais sur tout et infiniment plus son amour et sa miséricorde, tant pour cette vie que pour l'autre. Fait à Versailles et signé ce huit may MVIF sept, ce testament compris en huit pages.

J'avois cacheté ce testament ; en le rouvrant pour le revoir sur un doute de quelque obmission un accident impréveu a causé cette déchirure qui ne doit estre considérée que comme un cas fortuit qui ne préjudicie en rien à cet aae. Ce neuf may MVIIC sept.

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