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ROI DE PRUSSE

Charles VI, empereur d'Allemagne, mourut le 20 octobre 1740. La transmission de son vaste héritage fut la cause d'une guerre européenne. Marie-Thérèse, fille aînée du défunt, fut proclamée tout d'abord reine de Hongrie et de Bohême et héritière de tous les Etats de son père. Mais plusieurs princes élevèrent des prétentions sur la succession de Charles VI. Le plus sérieux de ces compétiteurs était l'électeur de Bavière, Charles-Albert, qui fondait sa réclamation sur le testament de l'empereur Ferdinand I*'', beau-père du duc de Bavière Albert V. Frédéric II, roi de Prusse depuis le 3i mai 1740, revendiqua la Silésie, les armes à la main, dès la fin de cette même année. Après la victoire de Molvitz, remportée par ce prince (xo avril 1741), la France prit parti contre Marie-Thérèse, et le maréchal de Belle-Isle franchit le Rhin avec quarante mille hommes; il se rendit au camp du roi de Prusse et auprès du roi de Saxe, et il convint avec ces deux souverains de faire élire l'électeur de Bavière empereur par la diète de Francfort. Ce dernier prit Passau et Linz et vint jusque sous les murs de Vienne. Marie-Thérèse, alors, convoqua à Presbourg les Etats de Hongrie et parvint, par sa mâle attitude, à exciter un enthousiasme tel que les seigneurs jurèrent fidélité à leur souveraine en poussant ce cri célèbre qui fut le salut de l'empire d'Allemagne : « Moriamur pro rege nostro Mariâ^Theresiâ! » Pendant ce temps l'électeur de Bavière s'emparait de Prague [26 novembre 1741); deux mois plus tard (24 janvier 1742) il fut proclamé empereur par la diète de Francfort et couronné peu après (12 février) dans cette ville sous le nom de Charles VII.

Frédéric II, à cette même époque, entra en Moravie pour opérer une diversion en faveur des Français bloqués à Linz par le maréchal de Khevenhûller. Il occupa avec ses troupes les bords de la Thaya, de

Znaym jusqu'à Gcedingen, petite ville sur les frontières de la Hongrie, tandis qu'il donnait aux Saxons, ses alliés, les postes les plus voisins de la Bohême. Lui-même plaça son quartier général à Seelowitz, bourg situé sur la Schwarzawa, à dix-neuf kilomètres sud de Brûnn (i). Apprenant que les Hongrois se rassemblaient sur les frontières de la Moravie, il chargea le prince Thierry d'Anhalt de disperser ces bandes, ce que celui-ci opéra avec le plus heureux succès. En même temps il assiégea Brtinn, se distrayant des soucis du commandement par la culture de la poésie et par une plaisante correspondance avec Jordan (2]. Il n'en veillait pas moins sur son armée; le 14 mars, les assiégés firent une sortie et attaquèrent le village de Losch, défendu par quatre cents hommes : ils furent repoussés (3). Le lendemain même Frédéric II écrivit au cardinal de Fleury la lettre suivante (4), pour l'informer de sa situation présente et pour s'entendre avec le ministre français sur les suites de la campagne.

A Selovitz ce 1 5 de mars 1742.

Monsieur mon Cousin, depuis notre expédition de basse Autriche, les enemis ont jeté un secours considérable dans Brin (5), de sorte que la guarnison composant huzards, dra-

(i) Avec la table chronologique des lettres du grand Frédéric, publiée à Berlin en iSSy par Preuss, historiographe de Brandebourg, on peut connattre Titinéraire du roi de Prusse. En effet ce prince écrit de Berlin le 9 janvier 1743, d'Olmutz, le 3o janvier, de Gross- Bitesch, le 11 février, de Znaym, le s 5 du même mois, de Porlitz, le 11 mars, et du quartier de Seelowitz, le 17 suivant. La lettre que je publie plus loin prouve que Frédéric II était déjà à Seelowitz le i5 ours.

(2) Œuvres de Frédéric le Grand, publiées par le gouvernement prussien, t. XVII.

(3) Frédéric II, dans sa lettre à Jordan du 17 mars 1743, raconte avec enthousiasme œ beau fait d'armes. « Jamais Spartiates, s'écrie-t-il, n'ont surpassé mes troupes, ce qui me donne une telle confiance en elles que je me crois dix fois plus puissant que je n*ai cru Têtre par le passé. Nous avons fait, de plus, six cents prisonniers hongrois, et mes braves soldats, qui ne savent que vaincre ou mourir, ne me font rien redouter pour ma gloire. > {Œuvres de Frédéric le Grande publ. par le gouvernement prussien, t. XVII, page 17a). — 11 est curieux de rapprocher de ce récit lyrique la relation plus simple que le grand Frédéric donna plus tard du combat de Lesch dans ses Mémoires : « Un jour 3, 000 hommes de la garnison de BrOnn attaquèrent le régiment de Truchsès dans le village de Lfesch; ce régiment se défendit pendant dnq heures avec une constance et une valeur admirables. Le village fut brûlé, mais les ennemis furent chassés sans avoir remporté le moindre avantage, s {Mémoires de Frédéric le Grand, édition Boutaric et Campardon, 1. 1, p. 144.)

(4) Collection de M. Benjamin Fillon.

(5) Briinn, autrefois ville impériale et résidence des margraves de Moravie.

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