FRÉDÉRIC II
gons et fantassins^ tout compté 1 6 mille homes, nous a presque entièrement coupé notre comunication avec la haute Silésie. De plus un corps de 1 2 mille Hongrois s^est avansé jusques à Sealitz (i), vers la Morava (2), et de plus encore un autre corps d^Hongrois de 10 mille homes est entré par la lablunca (3) pour me couper totallement de mes derières. Toute ces nouvelles m'ont déterminé à investir Brin de plus près, à détacher le prince Didier (4) avec 8 mille homes, qui a fait à Gôdingen (5) 3 00 prisonniers hongrois et qui a chassé le maréchal Palfi (?) de Sealitz. Le Prince a ordre de continuer sa marche par Ungarisbrod (6) à Meseritz (7), où il y a encore un corps considérable d'Hongrois. Les quartiers, que nous ocupons présentement, sont entre la Morava, la Taya (8) et la Swartza (9); les Saxsons sont derrière Tlglava (10). Un détachement de 8 mille homes, venus de l'armée du maréchal Kevenhulér (11), tout le corps du Prince Lobcovitz (12) et quelque régimens de cavalerie du corps du Prince Charle de Loraine (i3), sont en basse Autriche entre Horen, Veitho-
(0 Probablement Sedlit^, ville de Bohême.
(3} Morawa, rivière des États autrichiens, affluent gauche du Danube au-dessus de Presbourg, à Theben (Hongrie), prend sa source au Schneeberg, près Altstadt, en Moravie.
(3) Jablunka, Jablunkau, ville des États autrichiens, en Silésie, district de Brûnn.
(4) Thierry ou Didier, prince d*Ânhalt, n. 2 août 1703, m. 1769.
(5) Giiding, en Moravie, rég. de Brûnn, district de Gaya, près d*AasterUtz.
(6) Ungarisch'Brod, en Moravie, cercle d*01mûtz, district de Hradisch.
(7) Meseritsch, en Moravie, cercle d'Olmûtz, chef-lieu du district de ce nom.
(8) Thaya, rivière des États autrichiens, affluent de la Morawa, au-dessous de Lunden? burg (Moravie).
(9) Schwaria, rivière qui prend sa source dans le cercle dlglau, forme une partie de la limite de la Bohême, rentre en Moravie, baigne Sticpanow et Brûnn, et se jette dans la Thaya, à 10 kil. d'Aupitz.
(10) Igla ou Iglawa, rivière qui prend sa source en Bohême, entre en Moravie, passe à Iglau et se jette, près de Tracht, dans la Schwarza. «
(ix) Khevenhûller.
(is) Jean-Georges-Christian, prince de Lobkowitz, général autrichien, né en 1686, mort le 9 oct. 1753.
(i3) Charles- Alexandre de Lorraine, fils du duc Léopold, n. à Lunéville, I3 déc. 171 3, commandant général de l'armée de Marie-Thérèse, gouverneur général des Pays-Bas, m. 4 juin. 1780.
8o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
ven (i) et Stoquerau (2) , ce qui peut composer 29 mille homes. Les Saxsons, qui en font au plus i3 mille, et mon corps de 16 mille, qui font 29 mille combatans, seront en état de les attaquer ou de les repousser, selon Tocurance.
Monsieur de Broillo (3) se voit par cette position en toute sûreté et les régimens que vous avez fait marcher de Strasbourg, étant arrivez le 1 1 à Donavert (4), doivent mettre la situation des Français hors de toute insulte.
Je vous prie instanment, monsieur, de ne rien changer aux projet de campagne que vous m'avez envoyé et dont nous somes venus d'acort. L'Empereur, trop pressé pour la Bavière, ne pense pas assez à la Bohême, qui cependant, dans cette affaire ici, fait Pobjet principal, car je serois d'avis de rendre le corps de Bohême plus considérable que celui de Bavière, pour que, lorsque nous seront sur le Danube, les autres opérations seront bien plus facilles.
Je vous informerai de plus de toute les dispositions que j'ai fait pour bien remplir ma tâche le printems qui vient. Je fais marcher le prince d'Anhalt avec 25 bataillons et 35 escadrons vers Tropau (5), Ratibor (6) et Fulnect {7). J'aurai ici auprès de Brin un corps de 40 bataillons et de 100 escadron joint aux 20 battaillons Saxsons et à leur 36 escadrons, de sorte que je suis sûr du succès de mon côté. J'espère que vous vérez par ces arangemens que je suis fidelle à mes engagemens et que je fais même plus qu'on ne pouvoit demander de moy, mais je crois ausi être sûr d'un autre côté de ne point obliger
(i) Probablement Hom et Weit^ bourgs de la basse Autriche.
(3) Stockerau, bourg de la basse Autriche, sur un bras du Danube.
(3) BrogUe.
(4) DonauwÔrth, ville de Bavière, cercle de Souabe-Nenbonrg, chef-lieu de district, sur la rive gauche du Danube et au confluent de la Womitz.
(5) TroppaUf ancienne principauté de Silésie, actuellement partagée entre la Pnisse et l'Autriche.
(6) Ratibor, ville de Prusse, sur la rive gauche de TOder.
(7) Fulnek, ville des États autrichiens, en Moravie, rég. d*01mntz, an S. de Troppau.
FRÉDÉRIC II 8l
des ingrats et de trouver en mes alliez des Princes qui me tiendront conte de mes eforts.
Je vais à présent vous parler sur les affaires politiques de l'Europe. A comansér par la Russie, je suis persuadé que le présent ministère ne se soutiendra pas ; vous veréz encore de fréquentes révolutions dans cet Empire, et pour le présent je les crois hors de toute influence dans les affaires d'Allemagne (i). L'Angleterre est en si grande agitation apprésent qu'il est difficile de prévoir quel parti prandra la nation (2). Il me semble qu'un traité de neutrallité avec l'ellecteur d'Hanover (3), un traitté d'amityé avec l'Empereur et lui, moyenant quoi cet EUecteur reconoitroit la Royauté de Bohême, ferait un très bon efet, et dans ce cas les troupes françaises pourois toutes se mettre dans le pais de Juliér, Bergue et Liège, ce qui contiendra à coup sur les Holandais.
L'ogmentation n'est point résolue et me paroit même encor fort éloignée. Rien qu'une bataille perdue contre la Reine d'Hongrie pouroit faire déclarer la Holande. C'est donc sur l'Allemagne que doivent se tourner toute nos attantions. Si vous faites encor un effort, Monsieur, je suis sur que vous viendrez à bout de vos deseins ; mais il ne s'agit pas simplement d'envoyer de bone troupes, il faut des tettes pour les conduire. Ainsi envoyez de bons officiers généreaux et des troupes bien complettes qui tâchent d'en venir aux mains avec l'enemy, s'il se peut, le lendemain de leur arrivéd, et je vous garantis que le tableau deviendra bientôt plus rian qu'il n'est actuellement.
L'on pouroit encore ménager adroitemens à Francfort une négotiation avec les princes de l'Empire, pour que l'Empire
(i) Elisabeth Petrowna, fille de Pierre le Grand, avait été, le 6 décembre 1741, proclamée impératrice de Russie à la place du jeune Ivan VI. Elle régna jusqu'à sa mort, arrivée le 5 janvier 1763.
<a) Georges II régnait en Angleterre depuis 1727. 11 soutenait les droits de Marie- Thérèse à la succession de son père Charles VI, mais Topinion publique était contraire à la guerre.
(3) Le roi d'Angleterre était en même temps électeur de Hanovre.