TOME IV
déclare la gueire à la Reine d^Hongrie et qu^on la mette au ban de TEmpire.
Il n'y a offres et propositions que la Reine d'Hongrie ne m'a faites pour me séparer de Paliience, mais le tout est penne perdue, et vous voyez, par les efforts que je fais, le peu d'efet qu'ont eu toutes ces négotiations. Il ne s'agit apprésent que d'agir cordiallement ensemble, et de point prêter l'oreille aux meffîences que l'enemy nous veut inspirer mutuellement. Tout l'orgueil de la Reine d'Hongrie c'est fondé aprésent sur ses succès d'Autriche et sur une some de 900,000 florins qu'elle a reseu d'Angleterre par Nurenberg, ce qui fait que nous allons être inondez d'Hongrois et de l'engence la plus maudite que Dieu ait créé.
Je vous prie. Monsieur, de ne point douter de l'estime entière et inviolable avec laquelle je suis à jamais.
Monsieur mon cousin,
Votre très fidelle et inviolable ami,
Federic
La campagne dura peu. Frédéric II resta dans son quartier de Seclovitz jusqu'au 3 avril. Le 17 mai suivant il fut attaqué prés de Czaslau par le prince Charles de Lorraine, mais il obtint la victoire. Aussitôt l'impératrice Marie-Thérèse offrit à son heureux adversaire la cession de la Silésie, et elle obtint ainsi la paix, qui fiit signée à Berlin le 28 juillet 1742. Frédéric II avait laissé de côté les Français, ses alliés, qu'il soupçonnait de négocier de leur côté avec TAutriche. Il avait, d'ailleurs, peu de confiance dans le cardinal de Fleury, qu'il jugeait en ces termes, peu flatteurs pour un homme d'État : « Le cardinal, plus pâte, lin que ferme, n'avait pas un caractère assez mâle pour prendre des partis décisifs ; il croyait ne rien donner au hazard en tenant les choses en suspens... Ces tempéraments et cette conduite mitigée ont souvent nui aux intérêts de la France (i). »
(t) Mémoires, p. 129.