A ROBESPIERRE
Le célèbre discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains, prononcé par Robespierre le 7 mai 1 794, marqua Tapogée de la popularité du dictateur. L'enthousiasme fiit prodigieux; dans les adresses on prodigua les termes les plus flatteurs. Des femmes, follement éprises du héros du jour, lui adressèrent lesépîtres les plus bizarres. Courtois en a publié plusieurs, mais il en a omis une, qui peut compter parmi les plus extraordinaires. Cette pièce, signalée déjà par mon père dans son Catalogue de documents autographes sur la Révolution Française [i), émane d'une veuve Jakin, domiciliée à Nantes, âgée de vingt-deux ans et riche de quarante mille francs de rente, qui offre à Robespierre son cœur et sa main. (2].
Ce i3 prairial Tan 2"'* (3).
Mon cher Robespierre,
Depuis le commencement de la révolution je suis amoureuse de toi, mais j^étais enchaînée et j^ai su vincre ma passion. Aujourd'hui que je suis libre, parce que j'ai perdu mon mari dans la guère de la Vendée, je veux, en face de TEtre suprême, f en faire la déclaration.
Je me flatte, mon cher Robespierre, que tu sera sensible à Paveu que jeté fais. Il en coûte à une femme de faire un tel
(i) Paris, 1863, in-8.
(3) M. Hamel cite cette lettre dans son Histoire de Robespierre, t. UI, p. 534.
(3) I* juin 1794.