‹ revve des docvments historiqvesChapitre 52 sur 70 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

pontifficat pourra durer, car ilz sont tendans la main à ung chascun pour se laisser à qui plus leur vouldra donner, affin de se haster de proufificter au mieulx qu'ilz pourront de ce pape, d'avant que ce bon homme preigne congé du monde; et ne leur chault à quelz dépens ce puisse estre ; mais il les fault payer de mesme monnoye, leur donner vent pour vent, et les contenter de belles paroUes, remectant toutes choses au temps et à l'occasion plus à propoz qu'ilz ne sont. De présent, pour ce que je ne puis avoir les moyens de entendre en tant de lieux, chargé comme je suis de despenses incroyables et insupportables aussi que ces deuz grosses et puissantes armées que nous avons aux champs, le roy Philippes et moy, ne se pourront peult estre deppartir sans se mesler et venir à ung accord, dont se pourra ensuyvre que celluy qui demourera victorieulx donnera la loy au vaincu (i), espérant bien que, si Ton doit parvenir à la victoire par la grandeur et supériorité des forces, joingtes avec le bon droit, je ne puis, avec Tayde de Dieu, sinon avoir Tissue de ceste guerre à mon advantaige, et selon ce que sainctement je désire. Et lors il sera temps avec ceste bonne occasion d'entendre et adviser (2) sur les ouvertures que vous a faictes le pape tant du duc d'Urbîn que des autres quUl vous a nommez par son discours. Voylà, ce me semble, ce que vous luy povez dire et remonstrer là-dessus, vous venant à demander si vous aurez eu response de moy, et encore y pourrez-vous adjouster ce que vous congnoistrez estre à propos, luy parlant quelquefois comme de vous mesmes, et une autre fois comme ayant lettres de moy, remectant tousjours les conclusions à m'en advertir pour sçavoir mon vouloir et intention sur ce, affin de gaigner le temps et le laisser couUer, pour ce pendant les tenir en office,, ce que vous sçaurez très bien faire, car, comme vous dictes, ilz

( I ) Le passage saivant n*est pas chiffré.

(2) Les chiffres recommencent ici.

sont bien empeschez en leurs desseings pour ne sçavoir à quel sainct ilz se doivent vouer, congnoissans d'ung costé la froideur et durté espaignoUe et d'autre le peu d'occasion que j'ay de me contenter d'eux et Tobligation qu'ilz ont envers moy, mais sur tout il ne fault pas faillir de les asseurer tousjours de la continuation de ma bonne volunté et singulière affection envers eulx et la grandeur de leur maison (i). Et au reste je remectz à vous et à vostre suffisance la conduicte et direction de ceste négociation, sur laquelle je vous ay bien voulu rendre cappable de mon intencion, affin de l'ensuivre au plus près que vous pourrez.

Quant à la pension qui est deue au duc de Paliane, vous luy pourrez bien dire ce que luy mesmes il vous a confessé, que la saison n'est mainctenant à propoz de me presser de telles debtes, veu les grans affaires et insupportables despenses que j'ay sur les bras; mais que je luy prie d'avoir pascience et qu'il n'y perdra ung seul escu, s'asseurant que ce luy est autant de bled en grenier; et, au regard des honnestes paroUes qu'il vous a portées de l'asseurance que je doiz avoir de luy, et de la dévotion, affection et servitu qu'il me veult perpétuellement porter, vous luy rendrez, avec honnestes remercyemens, l'échange de sa courtoysie.

En tant que touche la résignation que veult faire le cardinal Caraffe de son évesché de Comminges (2) en faveur de Julian de Medicis (3), vous povez bien penser à quelle occasion

i) Les passages suivants ne sont pas chiffrés.

(2) Le cardinal Carafa avait obtena du roi Henri II Tévêché de Comminges vers i557 . Il ne figure pas cependant dans la liste des éviques de Comminges, publiée dans le Dictionnaire de statistique religieuse de l'abbé Migne, où il existe une lacune entre Jean III Bertrand, évoque de i55i à iSSy, et Pierre lll d'Albret qui n'occupa ce siège qu*en i56i. Le nom de Carlo Carafa doit la combler, car c'est pendant cette période que ce cardinal fut — mais nominativement seulement— évêque de Comminges. Retenu à Rome par ses fonctions auprès du Pape, il ne résida jamais dans son diocèse. *

(3) Giuliano di Medici, fils de Pier-Francesco II, gonfalonier de Florence, devint successivement évêque de Béziers (i56i), archevêque d'Aix (1571) et évêque d'Albi (1574), et mourut le 28 juillet i588.

et soubz quel prétexte il désire faire ladite résignation, laquelle je ne veulx aucunement permectre ne accorder, mais sans faire semblant de riens (i). Vous luy direz que je pense bien que la volunté qu'il a de se deffaire dudit évesché n'est que pour recouvrer des abbayes, et que en cella il y aura moyen de lepovoîr gratifier, advenant par deçà l'occasion de vacquacion de quelzques bonnes abbayes dignes de luy et jusques à la valleur dudit évesché ou davantaige, si le cas se y offre, dont je ne fauldray avoir bonne mémoire et souvenance.

Je suis après à faire regarder à la dépesche de messire Roch, agent du Conte de Petillan (2), touchant la vériffication des parties qu'il demande, avec assignement du remboursement. Parquoy vous direz audit conte que je le prie bien fort d'avoir pascience jusques au retour dudit messire Roch devers luy, estant bien asseuré que je feray tout ce que je pourray pour le contenter, mais il n'y a homme en France ne en Italye qui ne sache bien les affaires que j'ay de présent à démesler.

Vous direz aussi au cardinal d'Imola que les gens de mes courtz de parlementz, voyant l'entière destruction et ruyne des bois et forestz des bénéfices de ce royaume, m'ont fait certaines remonstrances, sur lesquelles je leur ay accordé de ne plus permectre aucunes couppes ne ventes de boys deppendans desdits bénéfices, au moyen de quoy je luy prie prendre de bonne part si, pour ceste occasion, je ne le puis gratifier en la requeste qu'il m'a faicte par semblable effect.

Quant à la plaincte que font les Cardinaulx pensionnaires pour avoir paiement de ce qui leur est deu de leurs pensions, il n'est riens si certain qu'ilz ont juste occasion d*eulx plaindre, et ne sçay comme les prélatz, sur lesquelz lesdites pensions

(i) Ce dernier membre de phrase est chiffré.

(2) Le comte Nicolas de Petillan, partisan de la France, chevalier de Tordre du Roi, avait, en i557, ét^accusé d'intelligence avec les Espagnols et, pour ce fait, emprisonné. Son procès fut instruit, et le comte fut mis en liberté au commencement de 1 558. (Ct. dépêches de M. de Selve dans les Lettres et mémoires d'Estat de Guillaume Ribier, t. II, p. 670, 710 et 71 5.

leur ont esté constituées, sont si peu respectueux et négligens de satisfaire à leur devoir. Sur quoy vous povez asseurer lesdits Cardinaulx que je ne fauldray à y pourveoir et donner ordre, en sorte qu'ilz auront cause d'eulx en contanter. Mais il sera bon que vous prenez par mémoire de ung chascun d'eulx ce qui leur peult estre deu desdites pensions et sur qui ilz sont assignez, et en m'envoyant par vous lesdits mémoires je ne fauldray à les faire satisfaire, comme la raison le veult. Bien les pourrez-vous advertir que aucuns desdits prélatz débiteurs desdites pensions remonstrent qu'il est raisonnable que sur icelles Ton deflfalqué au prorata les décimes qu'ilz paient.

J'ay veu le pourtraict que vous m'avez envoyé de celluy qui propose Tentreprinse de Naples, à quoy pour çeste heure je ne vous puis faire autre response, sinon qu'il fault prendre sa bonne volunté pour effect, car vous povez penser le peu de moyen que nous avons mainctenant d'y entendre, oultre ce que la saison s'approche et que l'armée turquesque se vouldra retirer sans avgir jusques icy faict aucun effect, dont n'ay occasion de me louer (i), qui est tout ce que j'ay à vous dire pour ceste heure, vous ayant envoyé par le courrier Gobir tout ce que nous avons de nouveau, dont à toutes advantures je vous ay bien voulu faire faire ung dupplicata, priant Dieu, Mons' d'Angoulesme, qu'il vous aict en sa très saincte et digne garde. Escript à Marchaiz le XIIP jour d'aoust i558.

"^^^^* DUTHIER.

Mons' d'Angoulesme, je ne faiz point pour ceste heure de dépesche à mon cousin le s' domp Francisque d'Est (2), mais

(i) Tout es passage est chiffré.

(2) Francesco d'Esté, marquis de Massa, fils d'Altonso I et de Lucrezia Borgia, mort lé 23 février i SjS. C'était un des fidèles conseillers de Henri II, car, dans les instructions données à l'évêque d'Angoulême, on lit ce passage caractéristique : f Aiant editevesque esté quelques jours à Rome, s'il voit que les affaires du Roy le permettent, poura faire un voiaige en poste à Montalchin pour conférer avec le sieur Dom Francesque d'Est de toutes choses concernans le service de sa Majesté, *

e VOUS prie ne faillir de luy faire entendre ce que vous verrez estre à propoz du contenu cy dessus, luy envoyant ung double du sommaire de mes affaires et occurrances, ensemble de la liste des forces qui sont en mon armée, et Padvertîssez au surplus comme, par ce que m'a dit mon cousin le grant prieur, il a donné ordre de faire bailler une bonne et seure galaire, avec une autre de conserve, pour porter l'argent ordonné pour l'extraordinaire de la Tuscane, sur quoy il pourra prendre ce qui luy est deu de son estât. Et au demourant vous ne fauldrez de communicquer au cardinal du Bellay (i) ce que je vous escriptz tant de Testât de mes affaires et occurrances que aussi la liste que je vous envoyé de mes forces.

A Mons' l'évêque d'Angoulesme, mon conseiller, maistre des requestes ordinaire de mon hostel et ambassadeur auprès de nostre Saint Père le Pape.

Au dos on lit cette cote :

Le Roy,XnP aoust i558. Receuele XXVIIP dudit mois.

Ce fut, en effet, le 28 août i558, à une heure du matin, qu^un gentilhomme du cardinal Du Bellay remit la dépêche royale aux mains de l'évêque d'Angoulême. Celui-ci n'y répondit que le 5 septembre suivant (2) et manda au roi les bruits qui avaient couru à Rome, le 27 août, de la mort du Pape, et le démenti donné à cette rumeur par l'annonce faite, le lendemain 28, d'une audience publique du Saint- Père pour le 3o. Il continua en ces termes (3) :

(i) Le cardinal Jean Da Bellay avait quitté la France après la mort de François l» et s'était retiré à Rome, où il était doyen du sacré collège et où il mourut le 16 février i56o.

(3) Entre la dépêche du 14 juillet et celle du 5 septembre on en trouve plusieurs autres dans le recueil des Négociations. Celle du i3 août (fol. XVII v«) est particulièrement curieuse par le récit du Consistoire tenu par le Pape, t II ne parla, dit-il, que d'un bréviaire nouveau qu'il veult que nous suivions, de la translation de la feste saint Dominique . et de la réformation de la vye des cardinaux, ausquels il promest bien de les chastier si , après ceste dernière monition, eux-mesmes ne se corrigeoient. > — On voit, par ce passage, combien les mœurs des princes de l'Eglise étaient relâchées à cette époque : les neveux da Pape, à rinsu de ce vieillard, donnaient, d'ailleurs, le plus triste exemple d'une vie débauchée.

3 Négociattons^foh XXI r».

Le mesme jour à une heure de nuit je receuz vostre depesche du XIIP d'aoust apportée par Niquet à Ferrare et de Ferrare icy par un gentilhomme de M. le cardinal du Bellay à qui ledit Niquet la bailla. Sire, le jour ensuivant XXIX* du passé, je fei? par plusieurs fois chercher le cardinal CarafFe. pour luy dire que j'avois lettres de vostre Majesté, desquelles je désirois luy faire entendre le contenu ; mais il ne fut possible toutte ceste journée là de le trouver. Je fiz semblable dilligence et pour le mesme eflfect d'avoir audience de nostre saint Père, ce que je ne peuz, et me pria le marquis de Montesarchio de l'excuser et de m'adresser pour cest heure au Cardinal. A la fin, sur la nuit, un estaphier du pape me vint dire de la part dudit cardinal que je le trouverois le matin à bon heure en sa chambre. Je n'euz garde. Sire, de faillir à ceste assignation qui fut le XXX% en la quelle apprès avoir devisé avecques luy de la santé du Pape, qu'il m'asseuroit estre bonne, de Testât de vos affaires et du lieu où elles estoient, ensemble celles de vostre ennemy, et de la délibération en laquelle vous, Sire, estiez de donner une bataille au roy Philippes, s'il la vouUoit accepter, je lui fiz amplement entendre la bonne volunté et singulière affection envers eux et la grandeur de leur maison, en laquelle il se povoit asseurer que vous, Sire, vouliez continuer et entendre au moins de l'effectuer à bon étient, si tost que vous, Sire, seriez hors des grans affaires que aviez de présent à demesler, lesquelz ne pourroient durer longuement. Et sur cella luy exposay ce qu'il luy a pieu me commander de la résignation de l'évesché de Comminges, à quoy je adjoustay qu'il ne lairroit pas ce pendent d'estre pourveu de l'évesché de Bresce (i), et ne luy manqueroit dispence de tenir quant et quant celle de Comminges, pour quelque temps, pendent lequel il pourroit vacquer en France de bonnes abbeyes, et pourroit estre que vous,

(i) Brescia.

Sire, luy lairriez Tun et l'autre et le traitteriez de sorte qu'il se résoudroit à la fia de laisser Bresce et de se tenir à Comminges et autres biens faictz qu'il pourroit entre cy et là recevoir de vostre Majesté. Sur quoy, Sire, je vous veux bien advertir que j'ay entendu qu'il est hors d'espérance que les Vénitiens consentent sa provision de Brece, et ne mettoyt cecy en avant que pour donner coulleur à la dimission de Comminges, ainsin que sa Majesté a très bien entendu. Il fist pour l'heure semblant de ce contanter de ce que je luy disois, tant de vostre part que de moy mesmes, qui emplifiay ma créance en tout ce que je peuz d'honnestetez généralles et non obligatoires pour gaigner le temps de ce papal qui menasse ruyne fort proche à ce que sur ce degeel iiz nefacent quelque traict préjudiciable à vos affaires.

L'évèque d'Ângoulême continua en parlant de la mauvaise santé du Pape. « Sire, dit-il, je ne suis astrologue ne médecin, et ne vous en puis mander que ce que j'en sçay, mais les conjectures sont grandes qu'il s'en va le grand galop. »

Répondant au sujet du duc de Paliano, il dit : « Sire, le duc de Paliano c'est contenté de ce que je luy ay fait entendre de vostre part sur le fait de sa pension, et dit qu'il voudroit avoir beaucoup d'escus pour vous en servir durant vos affaires. »

La dépêche suivante, du i5 septembre i358(i), parla encore de la mort imminente de Paul IV. Celle du 21 septembre (2), au contraire, fut des plus rassurantes. L'ambassadeur y raconta une conversation qu'il eut avec le cardinal Carafa, qui se montra très bien disposé pour la France.

Sire^ ainsin que je divisois avecques ledit cardinal à une fenestre, j'apperceuz le Pape qui passoit par un jardin de belveder marchant de son pied assez légèrement pour son âge,

(i) Négociations^ fol. XXV vo. — L'original de cette lettre est conservé à la ffibliothèque nationale, F. Fr. 3i5i, fol. 47.

(2) Négociations, fol. XXVII r». — L'original de cette lettre est conservé à la Bibliothèque nationale, F. Fr. 3i5i, fol. 36.

et me dîst ledit cardinal : Voïez comme marche ce Jeune garson. Avisez s'il est prest à mourir.

Du 26 septembre au 12 décembre i558 Babou de La Bourdaisière envoja six dépêches au Roi(i). De son côté, Henri II instruisait son ambassadeur des graves événements qui se produisaient. La mort de la reine Marie d'Angleterre et Tavénement de sa sœur Elisabeth entravaient singulièrement les négociations commencées entre la France et l'Espagne. A une dépêche du 22 novembre, reçue à Rome le i3 décembre, l'évèque d'Angouléme répondit le 25 de ce mois et raconta une audience qu'il avait eue du Pape (2) :

Sire, je serois trop long si Je voulois référer ce que sa Sainteté me respondit à ce propos, montrant une Joie incroïable de la souvenance que vous, Sire, avez, et du conte que faictes de luy . Maintenant, parlant de la fervente charité et affection qu'il porte à vostre Majesté, maintenant ostant son bonnet et priant Dieu pour la félicité, accroissement et exaltation de vostre empire, et autres foix discourant des louanges de vos vertuz, et au surplus me commandant, sans autrement demander audience, de le venir trouver à toutes heures que je voudrois, qui est un langaîge qu'il m'a plusieurs fois tenu, mais Je ne voy moien de le mettre en effect et ne sauroîs dire sy en cest endroit il parle à bon esciant, car c'e5t un très artificieux vieillard, ou sy J'en dois rejecter toutte la coulpe sur ses"neveuz. Je pense, à dire vray, qu'il y a de l'un et de l'autre. Sire, pour vous rendre conte sommaire de ce que j'apprins en cest audience qui fut de plus de deux heures et demye, il me parla de la mort de la feue royne d'Angleterre et de la couroiination de la royne Elizabet^ laquelle, comme Je pense, prendra mary de pais, et m'allégua plusieurs exemples de grandes dames d'Angleterre qui se sont mariés bassement, et entre autres, la mère du feu roy d'Escosse et la royne

(i) Négociationsj fol. XXIX à XXXV. La dépêche a été publiée dans Us Lettres mémoires d*estat de Guillaume Ribier, t. II, p. 774. (a) Négociations^ fol. XXXV y».

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