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TOME IV l

Marye, lesquelles en leurs viduitez espouzèrent de bien petiz compaignons; d'avantaige qu'il ne peut penser que les Anglois qui, d'autre part, déprisent toutes autres nations, consentent une autre foix Talliénation avecques les Espaignolz, après en avoir tasté. Sur quoy il se mist à dépeindre le naturel de TEspaignol et leur avarice et superbes déportemens, quant ilz ont l'avantaige, et les moiens dont ilz uzent pour y parvenir, avecques une naifve et plaisante fason, par laquelle il monstre bien le bien qu'il veult à ceste nation là; puis tumba sur le mariaige du roy Philippes avecques ladicte royne Elizabet, dont Ton faisoit quelque bruit, et, luy estant dit par moy que, quant bien les parties et le pais seroient d'accord en cela, sy ne se pouvoit il faire sans luy, il me dist que le roy Philippes ne luy avoit encores rien mandé de la mort de sa femme, mais seulement de celle du feu empereur son père, et que, n'estant par luy requis de la dispence d'espouzer ladicte royne Elizabet, il n'estoit saison de dire s'il accorderoit ou refuzeroit, mais que je vous pouvois bien dire que en cela ne autre chose, force, richesses, grandeurs ou estatz, promesses, guerres, dangiers, crainte de mort ou menasses, ne respect de consanguinité et parenté, n'avoient puissance de luy faire faire chose indigne du lieu qu'il tient..

Avant d'avoir reçu cette dépêche, Henri II écrivit de nouveau, les 3 et. 10 décembre i558, à son ambassadeur à Rome, pour lui dévoiler lés projets de mariage de Philippe II avec la nouvelle reine d'Angleterre Elizabeth et lui ordonner d'agir auprès du Pape pour empéchar que ce vieillard consentît à cette union d'un catholique avec une hérétique (i).

Mons"" d'Angoulesme, vous aurez entendu par la depesche que le gobbe (qui partit le XXVIP du passé) vous a portée, Testât en quoy en estoit lors de son partement la practicque de la paix et l'opinion que j'avoys que le faict de Calais seroit pour empescher tout le fruict que nous en espérions, veu

(i) Cette lettre fait partie de la collection de M. Beajamiii Fillon.

HENRI n ET LE PAPE PAUL IV Il5

mesmement que la longueur dont ilz usoient â se résouldre ne m'en promectoit aultre yssue que celle qui s^en est depuis ensuivye. Et, comme ilz en estoient en ces termes, la nouvelle de la mort de la royne d'Angleterre survint, qui acheva de tout gaster, d'aultant qu'estant le Roy en espérance d'espouser la nouvelle Royne, et ne vouUant luy donner occasion de mescontentement, il n'estoit pas croiable qu'il feust pour conclurre ny faire aucun appoinctementavecques moy, auquel les Angloys ne feussent satisfaictz et contentez. Ce qu'estant bien et saigement préveu et considéré par mes depputez, ilz ne faillirent incontinant de faire instance d'estre résoluz de Calais, ne voulans parler ny se laisser entendre plus avant sur aultre quelconque poinct, que cestuy là ne feust résolu, qui fut le vray moyen pour leur arracher leur dernière conclusion qui fut en somme qu'ilz ne pouvoient conclurre ny traicter avecques moy sans les Angloys. Sur quoy s'estans d'une part et d'aultre voulu séparer, avant que ce faire ilz advisèrent de prolonger la trefve et abstinence de guerre de deux moys, lequel terme ilz prindrent pour se rassembler, promectans cependant de faire tout ce qu'ilz pourroient pour induire et persuader les Angloys de appoincter avecques moy. Voylà la façon dontceste assemblée s'est séparée. Sur quoy il fault que je vous dye, Mons' d' Angoulesme, mon opinion et les considérations qui ont peu mouvoir le Roy d'Espaigne à en user de la façon qu'il a faict, qui sont (comme je sçay et ay esté adverty de très bon lieu) que prévoyant, il y a plus de six moys, la mort de la feue Royne d'Angleterre, sa femme, il a faict tout ce qu'il a peu pour faire gaigner ceste-cy, affin de trouver moyen, sa femme morte, de l'espouser, pour l'espérance qu'il auroit par là de unir pour jamais l'Angleterre, la Flandre et TEspaigne ensemble, par le moyen des enfans qui viendroient de ce mariaige, estant elle jeune, belle et propre pour avoir enfans. De ce qu'il y a proufficté jusques à ceste heure, je ne sçay, mais il est bien certain que dès qu'il

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entendît Textrémité de la feue Royne, il dépescha le conte de Ferye pour remectre les fers au feu, et faire tout ce qu'il pourroit pour y pouvoir parvenir.

Et, aflfin que vous sçachiez quelle elle est, tout le monde sçait de quelle façon elle a vescu et de quelle opiniastreté elle a persévéré en sa religion, quelque contraincte et rigueur dont la feue Royne d'Angleterre, sa seur, luy ayt peu user pour l'en faire désister. Et de faict la première chose qu'elle a faicte, mourant sa seur, et elle entrant en I/>ndres, a esté de faire crier qu'elle vouloit persister en sa religion et que chascun creust ce qu'il vouldroit, ne vouUant contraindre personne de prendre aultre foy ne créance que celle qu'ilz vouldront tenir. Voylà la créance de la nouvelle Royne d'Angleterre, protestante pour la vie et entièrement contraire à celle que le Roy Philippes a jusques icy suivye fort constamment. Maintenant on verra qui sera de meilleure opinion des deux, car, s'ilz viennent à se marier ensemble, je ne sçay, quant à elle, ce que sa loy et créance luy permet, mais selon celle que l'église catholicque tient si longuement observée par tout le monde, je sçay bien que il n'y a homme chrestien qui puisse espouser les deux seurs sans dispense du Pape. N'en demandant point, il est nécessaire qu'il change de religion et que l'ambition de ce royaume luy face praticquer ce dire, s'il fault violer le droict et oublyer Dieu, sa foy et toutes choses sainctes, il fault que ce soit pour régner. En ce cas, s'il a ceste opinion, je ne fais aucune double (elle le voulant) qu'il ne l'espouse. S'il persévère en sa craincte et que, comme l'église nous commande, il ayt recours au Pape pour luy octroyer la dispense nécessaire pour se marier, pour avoir sa Saincteté jusques icy si sévèrement observé tous les poinctz de nostre religion et si religieusement maintenu toutes les bonnes, sainctes et catholicques constitutions de l'église, je ne puis croyreque, sur ses derniers jours, ellesoitpour imprimer une telle tache à sa réputation et à la saincteté de sa vie passée de

consentir jamais à une chose contraire à Fauthorité de l'église et tout droict et raison, et mesmementque estant luy catholicque et elle en son royaume protestant et ennemy de l'église romaine, je ne sçay comme selon Dieu et raison ung homme de bonne conscience peult faire ung tel mariage, car, si par les sainctz canons la seuUe conversation des héréticques et de ceulx qui estoient chassez du sein de l'église nous a esté prohibée et deffendue, et leur a Ion par interdit l'eau et le feu, comme on dîct, par plus forte raison le mariage le doibt estre, ou il fault que toutes choses soient tellement conjoinctes qu'il n'y puisse avoir aucune séparation, qui me faict croyre que, quant sa Saincteté entendra tout ce que dessus, qui n'est que ung progect de cent mil belles et sainctes choses qui sur cela se peuvent dire et alléguer, pour estre telle que jel'ay toute ma vie estimée et que tout le monde l'a congneue, ne sera pour jamais consentir nyprester faveur à ung acte où il y va tant de l'honneur de Dieu et de la saincte opinion en quoy il est justement tenu par tout le monde, vous advisant, Mons' d' Angoulesme, que je vous ay faict tout ce discours pour ce qu'il est nécessaire pour le bien de mon service, et prévenir de bonne heure et préparer le Pape de luy donner ceste impression, avant que les Espaignolz viennent à le gaigner et luy faire entendre les choses aultrement qu'elles ne sont ; et, pour ce faire, il fault que vous gaignez dextrement, comme vous sçaurez très bien faire, quelqu'ung de ses théatins, qui son^ les personnes du monde qu'il croyt le plus, qui luy puissent référer tout ce que dessus et ce que vous sçaurez très bien adjouster, selon que vous congnoissez son humeur, pour le disposer à improuver ce faict, car, si une fois il vient à le trouver mauvais, le prenant par où on le prent, en luy monstrant eti cela lé tort qu'il feroit à sa réputation et à la saincteté en quoy il est tenu par tout, on le chatouillera par où il luy démange et sera, comme congnoissez son naturel opiniastre, si persistant en son opinion, qu'il n'y aura jamais

ordre de le gaigner ny le luy faire passer, qui ne sera point peu de fruict pour le bien de mon service, car, si le Roy Philippes a la religion telle comme il a monstre et que tout le monde dict, je croy qu'il ne passera jamais sans cela, et le moindre retardement qu'il y puisse avoir n'apportera poinct peu d'avantaige à mes aflfaires. Mais, je vous prye, donnezvous bien garde que on ne puisse descouvrir que cela -vienne de vous en façon du monde, car je ne sçay encores comme j'auray à vivre avec la dicte Royne d'Angleterre, et, avant que le sçavoir, je ne vouldrois point me brouiller avecques elle, et, estant dict par ceste manière de gens, il ne sera trouvé si mauvais ny de luy ny d'aultre, d'autant que on estimera qu'ilz ne parleront pour passion aucunement, mais pour la seuUe vérité. Au demourant j'ay receu voz deux dépesches des vingt-quatriesme octobre et cinquiesme de novembre, par les quelles j'ay veu le mauvais estât en quoy il est, dont je suis très marry, pour ce que en ce qui se présente nous aurons besoing d'une personne comme luy.

Vous remercyerez mes cousins le cardinal Carafte et duc de Palliane du bon office qu'ilz ont faict pour moy, comme me mandez, à l'arrivée de mes deniers à Civitavechia, et les asseurez que j'en ay telle satisfaction qu'en toutes choses où je les pourray gratifier ilz me y trouveront aussi prest qu'ilz le peuvent désirer. Je vous ay satisfaict, par la dépesche du gobbe, à ce que ledict cardinal dist à Sainct Ferme (i) touchant révesché de Couminge, sur quoy je voy bien, à ce que me mandez, qu'il ne fauldra d'estre malcontent, et au pis aller je désireroys que sa Saincteté entendist les considérations qui me mandent à en user comme je fais et n'avoir ladicte résignation pour agréable, m'asseurant que, quant il les entenderoit, il ne pourroit que grandement louer mon intention. ToutefFoys vous regarderez de la luy dire plus doulcement que

(i) Boucbier, abbé de Stint«Ferm«, dont il est souvent question dans les dépêches de Babou de La Bourdaisière. Ce dernier l'envoya en France le lo février i559.

faire se pourra et la luy faire trouver bonne, car je n'ay pas délibéré d'en user aultrement. Quant à Tarchevesque de Thurin, j'en escripray à mon cousin le mareschal de Brissac pour sçavoir que c'est, affin qu'il advise tout ce qu'il sera possible de faire en sa faveur ( i ) , qui est, Mons' d' Angoulesme, tout ce que je vous y puis respondre pour ceste heure, ne vous pouvant riens dire sur ce que Torquato (2) vous a proposé, puis que ledit Cardinal ne vous en a aultrement parlé, et me semblant qu'il est bien raisonnable d'entendre ung peu ce qu'il vouldra dire, priant Dieu, Mons'^ d'Angoulesme, vous avoir en sa saincte garde. Escript à Sainct-Germain en Laye le IIP jour de décembre i558.

Depuis ceste lettre escripte j'ay receu une dépesche du s' don Francisque d'Est, par laquelle il se plainct d'une chose dont vous m'aviez par cy davant escript qu'il vous avoit adverty, qui est le descry des monnoyes estrangières dans les terres du Pape, et que le cardinal CarafiFe vous avoit dict qu'on envoyast ung teston et un juUe du poix ligue et scaudille qu'on les vouUoit avoir cours, qui est ung bon commancement, s'ilz ont envye de riens y faire de bon. De quoy je vous prye leur faire instance, affin de remeddier à la nécessité en quoy se trouveroient ces paouvres soldatz de la Tuscane, qui sans cela n'auroient moyen de vivre. Au demourant j'ay veu par voz lectres du XI 1°' l'incertitude en quoy sont les Caraffes de leur récompense, et croy à la vérité qu'à la fin il n'en réusscira riens qui les contente et que tout cela ne se face que pour traîner les choses à la longue, actendant la mort de nostre sainct Père. Au reste, vous pourrez veoir par ce que je vous mande comme le Nunce n'a pas de bons advertissemens, car

(1) Dans une lettre écrite au cardinal de Lorraine, les 4 et 5 novembre i558, Babou de La Bourdaisière avait dit: c Monseigneur, Tarcevesque de Turin se plainct d'une taxe de VC livres que le mareschal de Brissac a ordonné estre prins sur son arcevesché et m'a pryé d'en escrire en sa faveur au Roy et à vous, Monseigneur. « (Bibl. nat., F . Fr.3i5i, fol. 64.)

(2) Torquato Conti) agent du roi de France. (Cf. Négociations , fol. lU r».

il est bien malaisé qu'il leur puisse encores envoyer les articles de là paix qu'il dict estre faiae, car de ma part je seroys bien empesché de sçavoir encores comme le tout se passera. De Saint-Germain en Laye ce X"^ jour de décembre.

YffK

Mons** d'Angoulesme, mon conseiller, maistre des requestes de mon hostel et mon ambassadeur à Rome.

On lit, sur le revers de la pièce, la cote suivante, émanant de l'ambassadeur :

Le Roy des III et X»" décembre i558. R. le IIIP janvier dudict an. .

tfENRI II ET LE PAPE PAUL IV 121

Cette dépêche parvint à Rome le 3 janvier iSSg, ainsi que le marque la cote de l'ambassadeur. Le 7 du même mois l'évéque d'Angouléme répondit à Henri II la lettre suivante (i) :

Sire, je receuz le quatriesme du ' présant vostre lettre de Tunziesme du passé, par le commencement de laquelle contenant un épilogue de vostre précédente et dernière dépesche apportée par le gobbe, j'ay veu comme vous, Sire, m'avez par sy devant écrit du xxvii® novembre, que, estant la praticque de la paix tenue en longueur pour la difficulté et irrésolution sur le fait de Calaix seroit survenu de la mort de la feue royne d'Angleterre qui auroit achevé de gaster tout.

Sire, ledit gobbe arriva icy le xiii* et estoit sa dépesche du XXII® novembre, ne faisant aucune mention dudit Calaix ne delà mort de ladicte royne, dont je n^ay eu aucun avertissement de vostre Majesté jusques à la réception de vostredicte dernière dépesche qui m'a esté envoyée de Montalcin, qui me fait douter que entre ceste là et celle du gobbe il y en peult avoir une autre qui sera demourée par les chemins, ayant entendu que un courier dépesche par les facteurs des Gadagnes à Lion pour venir icy par la longue s'est avanturé de prendre la droicte et a esté détroussé et arresté à Millan.

Sire, vous avez peu voir par ce que je vous ay écrit du XXV* du passé par courrier exprès ce que j'ay senty de l'opinion du Pape sur le fait de ladite dispence. Il ne m'a pas semblé estre requis de presser plus fort ne m'en formaliser d'avantaige que ce que je vous en ay escrit en avoir fait, pour n'avoir aucun commendement sur ce de vous, et mesmes voyant de quel costé incline la volunté du Pape en laquelle je pense estre meilleur qu'il se y gectast et y persistas^ de luy mesmes que à vostre sollicitation et requeste. Je fais doute. Sire,, sur les advertissemens que j'en ay de tous costez qu'il ne soit pour y persévérer, pourveu que ladite royne

(I) Négociations, fol. xlvi v».

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