‹ revve des docvments historiqvesChapitre 55 sur 70 · MASSACRES DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MASSACRES DE SEPTEMBRE

L'abbé Roch-Ambroise Sicard, successeur de Tabbé de l'Épée dans l'éducation des sourds-muets, était en prison, comme beaucoup de ses collègues, à Tépoque des massacres de septembre. Détenu à la chambre d'arrêt du comité de surveillance de la section des Quatre-Nations, il était, le 4 septembre 1792, sur le point d'être mis à mort, lorsqu'il écrivit au président de PAssemblée nationale la lettre suivante (i) :

Monsieur le Président,

C'est à vous-même que^ sur ce chiffon de papier, le seul que j^aie pu me procurer, je me hâte de vous apprendre, le désespoir dans Pâme, que le peuple de la section des Quatre- Nations demande ma tête et que, dans une heure au plus, je ne vivrai plus, si, dans votre sagesse, vous ne trouvez quelque moyen de me sauver. Ahl de grâce, faites-moi transférer prisonnier dans quelque comité de l'Assemblée nationale.

Sicard, instituteur des sourds-muets.

A la chambre d^arrêts du comité de surveillance de la section des Quatre-Nations, ce 4 septembre.

(I Cette lettre et les pièces suivantes font partie de la belle collection révolutionnaire de M. B. Fillon.

L'adresse portait ces mots :

A Monsieur, Monsieur le président de PAssemblée nationale, pour conserver la vie d'un citoyen (i).

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Cette lettre, souillée de sang, fut portée à l'Assemblée nationale qui, alors, n'était pas en séance. Renvoyée au Comité d'instruction publique, eUe produisit un effet tel que le secrétaire de ce Comité, Gilbert Romme, rédigea aussitôt une note pressante pour la Commune de Paris. En voici le texte :

M. Tabbé Sicard fait entendre le dernier cri du désespoir pour appeller à son secours TAssemblée nationale qui, dans cet instant, n'est pas en séance. Le tems presse et Thumanité, la justice, nous font un devoir de prendre la première mesure qui se présente à nous. Vous, Messieurs, qui avez la confiance du peuple, faites un dernier effort pour rappeller ceux qui demandent aujourd'hui la tête de M. Sicard à la

(i) Sar le fac-similé de l'adresse, on a marqué la place de la tache de sang.

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l'abbé sicârd 12g

démence qu'ils montrèrent hier et qui les honora aux yeux de tous les amis de la liberté (i). Nous vous envoyons le billet de M. Siccard. Ces lignes, tracées dans l'agitation d'une âme désespérée, sont faites pour faire une profonde impression sur les âmes sensibles.

4 septembre, Tan 4 de la liberté^ le premier de Tégalité.

Constant Saint-Estève. G. Romme, secrétaire.

Brunel. F.-V. Mulot.

Brugonas (?).

L'Assemblée nationale, pendant ce temps, rentra en séance, et rendit le décret suivant :

« L'Assemblée nationale décrète que l'abbé Sicard sera rendu â ses onctions et qu'il est sous la sauve garde de la loi. »

Aussitôt la lettre de Romme et le décret furent envoyés au G>nseil général de la Commune, qui dépêcha un de ses membres, Guirault, de Bordeaux, à l'Âbbaye. Là, ce citoyen parvint à arracher l'abbé Sicard aux assassins et à le ramener au sein de l'Assemblée. On dressa procès-verbal du fait :

Extrait du procès-verbal de la Convention nationale du 4 septembre 1 792, Tan premier de la République française.

Un membre de la Commune, M. Guirault, vient annoncer à r Assemblée quUl a arraché à une mort presque certaine Tabbé Siccard, élève de l'abbé de l'Épée, qu'il s'est mis entre le peuple et lui, et qu'aiant été assez heureux pour le sauver, il vient le présenter au Corps législatif.

UAssemblée nationale applaudit au dévouement du sieur Guirault, et décrète la mention honorable dans son procèsverbal.

CoUationné à l'original par nous, secrétaires de la Convention.

\t) Romme &it tlliuion à Cazotte et à Sombreail, qui farent^ grâce à l'admirable dévouement de leurs filles, arrachés à la mort.

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