Voir p. 81, n
2. Les textes donnent statue. Jansen traduit : « règle », lisant sans doute statute, qui est certainement la bonne lecon.
réclamer de la nature et de la vérité ; et en effet, quoique apparemment inconciliables, ils méritent un crédit égal
Pour expliquer ces difficultés et pour concilier ces opinions contraires, il fallait distinguer, si je puis dire, la plus grande vérité de la moindre, l’idée plus large et plus libérale de la nature, de l'idée plus étroite et plus. confinée, celle qui s'adresse à à l'imagination de celle qui.ne s'adresse qu'aux yeux. En conséquence de cette distinction, les branches différentes de notre art, auxquelles ces différentes vérités se rapportaient, se trouvaient présentées dans un si grand écart et prenaient une apparence si nouvelle, qu'on avait peine à croire qu'elles procédassent de la même source. Les différentes règles et règlements qui président sur chaque province de l’art, suivaient naturellement; tous les modes d'excellence, depuis le grand style des écoles de Rome et de Florence, jusqu’au rang inférieur de la nature morte, eurent son juste prix et leur importance. Chacun trouva sa place; aucun ne fut rejeté. Cette ABS de l'art en classes aura j'espère pour résultat de supprimer dans une certaine mesure l’hésitation dont je suis sûr que tous les artistes ont été tourmentés une fois devant la variété des styles et la variété des perfections. Par là l'étudiant sera mis à même de juger ce qui appartient à sa recherche particulière.
En revoyant mes discours, j ai eu la grande satisfaction de voir que nulle part je n'ai défendu des idées nouvelles et hasardées, ni soutenu des paradoxes, de quelque tentation que füt leur nouveauté, et quelque ingénieux qu'ils aient pu paraître. J'espère qu’on ne me reprochera pas non plus d'avoir recherché dans la déclamation cet ascendant sur l'esprit de la jeunesse qui n’est dû qu'au droit raisonnement, ni demandé à des périodes flatieuses le crédit que de bons préceptes méritent.
J'ai suivi une méthode simple et honnète. Je me suis contenté de présenter l’art tel qu’il paraît dans les exemples que fournit la pratique. des maîtres. Cette approbation que le monde leur a unanimement accordée, j’ai cherché à la justifier par le genre de preuves qui convenait à ce genre de questions,
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par l'analogie qu'il y a entre la peinture et les arts frères, et, en conséquence, par le rapport ERREUR qu ils ont tous avec la nature. Et sonne dans tout ceci il n’y ait pas de nouvelles découvertes, j'ose me flatter pourtant que sur les découvertes que d’autres ont faites par intuition seulement et par une rectitude naturelle de jugement, j'ai réussi à établir les règles et les principes de notre art, plus solidement et d’une manière plus durable qu’on ne l'avait fait jusqu'ici.
Sans vouloir que l’élève transporte son attention de la pra-
:.tique de son art à la théorie spéculative, et devienne un con-
naisseur au lieu de demeurer un peintre, je dois remarquer qu'il ya un avantage pour lui à considérer une fois pour toutes sur quels fondements s'élève l'édifice de notre art. Des opinions incertaines, confuses ou erronées ne sont pas seulement préjudiciables dans leur influence immédiate; elles peuvent avoir de très sérieuses conséquences : affecter sa conduite générale et donner (pour m’exprimer ainsi) un caractère particulier à son goût et à ses efforts pendant tout le reste de sa vie. Dans ma jeunesse, j'ai connu à Rome un élève de l’Académie de France qui me paraissait posséder toutes les qualités nécessaires pour faire un grand peintre, s’il avait permis à son goût, à ses sentiments et j'ose dire à ses préjugés, d'agir. Il voyait et sentait le mérite des grandes œuvres dont nous étions entourés, et cependant il se plaignait qu'on n'y trouvât pas cette nature qui est si admirable dans les écoles inférieures. Il sup- PRES avec Félibien, De Piles et d’autres précepteurs de l’art, qu'une union de tous les différents mérites engendrerait la perfection. Il ne savait pas que l'idée étroite de la nature, dont il déplorait l’absence dans les productions de ces grands artistes, aurait détruit cette grandeur des idées générales qu'il admirait, et qui réellement était la cause de son admiration. Comme mes idées étaient alors encore incertaines et confuses, j'étais en danger de céder à cette espèce de raisonnement spé-
‘cieux, quoique j'aie souvenir que quelque chose déjà m'aver-
tissait de l’erreur de cette doctrine : à cause de cela je m'obs-
tinais à refuser mon assentiment : à ce que je n'élais pas en
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état de réfuter. AL | 4Ë re
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Justement le but de ces discours a été en grande partie de garder le jeune artiste de séduction à cet égard, d'empêcher qu'il ne suive ce qui à première vue peut lui paraître une lumière de raison, et qui est de fait une partie de cette lumière, mais qui n’est pas toute la raison.
J'ai saisi toutes les occasions de recommander une méthode d'étude rationnelle, comme un point de la plus grande importance. Le grand et j'ose dire le seul avantage d’une Académie, est de mettre et de tenir pendant quelque temps les élèves dans cette route, afin que les singularités ne bénéficient pas d’une trop grande attention et que les jeunes peintres ne soient pas dressés à croire que ce qui en règle générale est bon pour les autres, n’est pas bon pour eux.
J'ai fortement inculqué dans mes précédents discours, comme je fais dans ce dernier de tous, la sagesse et la nécessité qu'il y a à se munir des propres instruments de l'art, qui sont un premier dessein correct et un coloris vigoureux et mâle, avant que d'essayer autre chose. Mais par là je ne voudrais pas gêner ni décourager ceux qui cèdent à une forte inclination, comme il est arrivé à beaucoup d’entre nous. Quelque chose doit être concédé à ces grands et irrésistibles élans, et peut-être y a-t-il lieu de relâcher quelque étudiant que ce soit des méthodes générales, lorsqu'elles mettent à la torture son tour particulier d’esprit. Car il faut avouer qu il n’est pas d’une impor- | tance absolue qu’ils se conforment à cette méthode de rechercher d’ abord une justesse mécanique avant de s’abandonner aux élans poétiques, pourvu qu'ils mettent tous leurs soins à atteindre la plus haute perfection du style qu ils ont choisi. Qu’'à l'exemple du Parmesan donc, ils cherchent une manière | grande et gracieuse avant d’avoir appris la correction, pourvu que comme lui ils sachent voir leurs défauts, et qu ils tra-
. vaillent à les corriger; qu ’ils partent à à leur gré du levant ou du
couchant, pourvu qu’ils ne se relâchent d’aucun effort capable de les conduire au but. Le premier ouvrage public du Parmesan est le Saint Eustache” de l’église Saint-Pétrone à Bologne,
ES n à Re
f. Probablement le Säint! Roch, v. p. 318.
qu'il fit étant un tout jeune homme; et l'un de ses derniers est Moïse brisant les tables de la loi, à Parme‘. Il y a certainement dans le premier quelque chose de grand dans les contours ou dans l'idée de la figure, où se connaît l’aurore du talent chez un jeune homme épris de. Michel-Ange. Il cherche dans ce tableau à imiter son style, quoiqu'il ne fût pas encore capable de dessiner la figure avec la moindre correction. Mais quand dans un âge plus avancé ce même Parmesan PIB son Moïse, il avait si bien corrigé ses premiers défauts, qu'on ne sait ce que l’on doit y admirer le plus, de la correction du dessin, ou de la grandeur de la conception. Comme une preuve de sa grande perfection et de l’impression qu’elle laisse dans l'esprit des amateurs délicats, je remarquerai que notre grand poète lyrique, quand il conçut cette invention sublime du Barde Gallois? en courroux, avoua qu'après beaucoup d’années, c'est au souvenir de cette figure qu’il devait la chaleur de son imagination. Fe | | Maintenant, si on considère que Michel-Ange a été le grand modèle à qui le Parmesan a dü toute la grandeur qu'on trouve dans ses ouvrages, la source d’où ses contemporains et la génération suivante ont pris tout ce qu'ils ont eu de noble et de majestueux, qu'il a été l’astre brillant d'où la peinture a pris un nouveau lustre, qu'elle a reçu sous sa main une forme nouvelle et qu’elle est devenue un autre art, supérieur à ce qu ‘elle avait été, comment ne serais-je pas excusé de saisir, comme j'ai fait ailleurs, cette occasion de tourner votre attention sur cet illustre fondateur, et sur ce père de l’art moderne ? Non seulement il en est l'inventeur, mais par l’énergie ds son esprit, il a porté tout d’un coup la peinture au plus haut degré de la perfection. La soudaine maturité à laquelle Michel-Ange porta l'art, et la faiblesse comparative de ceux qui vinrent ensuite et qui l'ont imité s’expliquerait sans doute assez bien, si nous avions le temps d'examiner, Pourle moment je me contenterai d'observer