‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 102 sur 302 · AD · texte numérisé non relu

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Plusieurs des peintres flamands qui étudiaient à Rome à la grande époque de notre art, comme Frank-Flore, Hemskerke ‘, Michel Coxie, Jérôme Cock * et d’autres, retournèrent dans leur patrie avec autant de ce style qu’ils en pouvaient porter. Mais, comme une semence qui tombe dans une terre mal préparée, la manière de Michel-Ange ne prospéra que peu chez eux. Peut- étre lui doit-on cependant la voie ouverte à ce libre, à ce large, à cet exubérant contour que Rubens introduisit ensuite, après l'avoir reçu par l'intermédiaire de Venise.

Cette grandeur de style a été répandue à des degrés divers par toute l'Europe. À quelques-uns elle vint d’avoir vécu à cette époque et d’avoir approché le maître, à d’autres elle fut transmise de seconde main; et, comme elle fut adoptée partout, elle a changé tout le son et le style du dessin; si l’on peut dire qu'il y eüt le moindre style avant elle. Ainsi notre art tient de Michel-Ange un rang auqueliln ’aurait jamais. oséaspirer, si cet artiste n'avait pas découvert au monde des ressources cachées avant lui. Sans son secours, jamais on ne nous aurait fait croire que la peinture füt capable d’égaler dans la représentation les héros et les événements de l'Iliade.

Je demande à tout homme en état d'apprécier de pareils ouvrages, s’il peut regarder avec indifférence l'Ëtre Souverain personnifié à la voûte de la chapelle Sixtine, ou les Sibylles autour de cette chapelle, auxquelles il faut joindre la statue de Moïse * ; je lui demande si ces ouvrages ne réveillent pas les mêmes sensations que celles qu’on se rappelle d’avoir ressenties aux passages les plus sublimes d’'Homère. Je cite ces figures en particulier, comme venant davantage en comparaison avec le Jupiter, les demi-dieux, les héros d'Homère : car ces Sibylles et ces Prophètes sont une manière d'êtres intermédiaires entre les hommes et les anges. Certainement on pourrait trouver dans

1. Florissant à Harlem, mort en 1574. Un de ses tableaux du musée de Vienne a été attribué à Michel-Ange.

2. Mort en 1570, plus important comme Dar and d’estampes à Anvers que comme peintre et même comme graveur,

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